‹ Fragments et correspondanceChapitre 30 sur 47 · I.A JEUNESSE 1)1" CIL · texte numérisé non relu

I.A JEUNESSE 1)1" CIL

guerre, réunis par lui-mrme pour honorer la disirràco. de son fils exilé (Corneille, placé dans d'autres conditions et au milieu de mœurs différentes, a dû altérer un peu ces données). Tous veulent (\ue Rodrigue les commande.

L'ennemi, les Maures de la frontière, vient d'envahir la vieille Castille, les montagnes d'Oca, de Naxera; c'est l'histoire môme. Chacun sait déjcà combien il en coûte de frais d'invention et d'anachronisme à Corneille pour sauver ses unités de temps et de lieu en portant la scène à Séville, afin que le redux du Guadalqnivir puisse amener dans les limites voulues une bataille, une campagne de (juelques heures

Rodi'igue, pressé d'aller rejoindre sa troupe, demande et reçoit à genoux la bénédiction de son père. L'omission par Corneille de cette noble circonstance résulte bien moins d'une différence de ma:'urs nationales, que d'une différence entre les deux théâtres : l'espagnol sans cesse sanctifié par des détails sacramentels, le français obligé de s'interdire rigoureusement tout acte, toute parole, (pi'on pourrait regarder comme une profanation.

Mais à d'autres égards une invention propre à Corneille lui fournit dans cette scène un motif d'intérêt fort attachant, fort bien placé, qui manque et fait faute chez son devancier. Corneille, on le sait, a supposé l'amour pourChimène connu dès longtemps du père de Rodrigue. Le rude vieillard a pu n'en pas tenir compte pour exiger le duel ; mais ici il est beau et dramatique que le jeune homme tout rempli de son amour sacrifié, que le fils respectueux, quitte envers un devoir si cruel, repousse, écarte avec une amertume contenue la pé'ulanle allégresse de son père.

Scène IV. — C'est d'abord la mélancolique Infante qui, rêvant et admirant la campagne, aperçoit du balcon d'un chàt(>au la troupe de Rodrigue : lui-même s'avance seul pour lui rendre hommage; Urraque, sans oser lui dire qu'elle voudrait être la dame de ses pensées, bénit son entreprise et ses exploits futurs. Un tour délicat, galant et chevaleresque, fait le mérite de cet épisode de mode castillane. Un signe de deuil, la couleur jaune des plumes et de l'armure du jeune chevalier, est presque la seule allusion qui soit faite à sa tragique situation. Il détourne adroitement le sens trop tendre des compliments de cette royale amante dédaignée, que l'histoire lui attribue, et que Corneille a introduite un peu péniblement sur la scène, comme on le voit encore dans ses deux derniers actes.

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