U ACADÉMIE DES SCIENCES MORALES ET POLITIQUES
La section de législation, de droit public et de jurisprudence a été plus heureuse q,ue la section de morale, sans que toutefois ses vœux aient été entièrement remplis. Elle avait demandé à la science des lois, éclairée par la monde et la philosophie, de rechercher quelles réformes l’adoption du système pénitentiaire devait apporter dans celui de nos lois pénales. Dès que la peine, gardant le caractère de châtiment qui lui appartient avant tout, et la terreur salutaire qu’elle doit exercer sur les imaginations et sur les âmes, peut avoir aussi pour effet l’amendement du coupable et sa réconciliation avec l’ordre, il est évident que plusieurs points de notre Gode pénal ne peuvent subsister. La perpétuité . des peines n’est-elle pas en contradiction avec un régime qui se propose d’améliorer le condamné pour le rendre un jour à la société? L’infamie légale, maintenant attachée à des peines afflictives temporaires, peutelle continuer à dégrader l’homme et à le rendre par cette dégradation incapable de reprendre sa place parmi ses semblables? L’échelle actuelle des peines peut-elle être maintenue? Devançant donc l’époque où nos prisons auront fait place au système pénitentiaire, adopté déjà dans plus d’un pays et auquel est promis l’avenir, l’Académie, prudemment hardie, avait mis au concours cette question : a Indiquer les moyens de mettre en harmonie le système de nos lois pénales avec un système pénitentiaire à instituer, dans le but de donner de plus efficaces garanties au maintien de la paix et de la sûreté générale et privée , en procurant l’améliora-
DISCOURS DU PRÉSIDENT. 421
tion morale des condamnés. » De nombreux concurrents ont répondu à notre appel. Cependant, malgré le mérite de plusieurs des mémoires qui ont clé envoyés, l’Académie s’est décidée à ne point décerner le prix ; mais elle partage la somme qui y est attachée, à titre de récompense et d’encouragement, entre le mémoire n" 2 dont l’auteur est M. Alauzet, et le mémoire n» 5 qui appartient à M. Moreau (Christophe), inspecteur -général des prisons du royaume. Elle accorde une mention honorable au n° 4 qui a pour auteur M. Lefran, de Colmar. L’Académie a voulu reconnaître les recherches exactes et l’esprit judicieux dont les auteurs des mémoires n° 2 et n° 5 ont fait preuve, en regrettant de n’avoir pas trouvé dans ces deux mémoires plus de force dans la pensée, plus de noblesse et d’élévation dans le langage.
La section de philosophie avait ouvert deux concours : l’un sur le cartésianisme, l’autre sur la philosophie allemande. La pensée de l’Académie n’est point douteuse, elle l’a plus d’une fois marquée dans ses différents programmes. Non, elle n’abandonne point la philosophie spéculative, mais elle croit la servir en invoquant les leçons de l’expérience. En face de questions purement abstraites, on peut aisément s’éblouir et se perdre en rêveries stériles* ou recommencer de vieilles erreurs et rentrer dans des voies depuis longtemps condamnées. Mais quand on se place cnlre Descartes, Spinoza, Locke et Leibniz, ou bien entre le philosophe de Kœnigsberg et ses célèbres disciples, on est assurément au milieu