Encore une réponse il Helvétius
PROFESSION DE FOI
peut troubler l’ordre général. Le mal que l’homme fait retombe sur lui sans rien changer au système du monde, sans empêcher que l'espèce humaine elle-même ne se conserve malgré qu’elle en ait. Murmurer de ce que Dieu ne l’empêche pas de faire le mal, c’est murmurer de ce qu’il la fit d'une nature excellente, de ce qu’il mit à ses actions la moralité qui les ennoblit, de ce qu'il lui donna droit à la vertu. La suprême jouissance est dans le contentement de soi-même ; c’est pour mériter ce contentement que nous sommes placés sur la terre et doués de la liberté, que nous sommes tentés par les passions et retenus par la conscience. Que pouvait de plus eu notre faveur la puissance divine elle-même ? Pouvait-elle mettre de la contradiction dans notre nature, et donner le prix d’avoir bien fait à qui n’eut pas le pouvoir de mal faire? Quoi! pour empêcher l’homme d’être méchant, fallait-il le borner à l’instinct et le faire bête? Non, Dieu de mou âme, je ne te reprocherai jamais de l’avoir faite à ton image, afin que je pusse être libre, bon et heureux comme toil
« C’est l’abus de nos facultés qui nous rend malheureux et méchants. Nos chagrins, nos soucis, nos peines, nous vieunent de nous. Le mal moral est incontestablement notre ouvrage, et le mal physique ne serait rien sans nos vices, qui nous l’ont rendu sensible. Nest-ce pas pour nous conserver que la nature nous fait sentir nos besoins? La douleur du corps n’est-elle pas un signe que la machine se dérange, et un avertissement d’y pourvoir ? La mort... Les méchants n’empoisouuent-ils pas leur vie et la nôtre? Qui est-ce qui voudrait toujours vivre? La mort est le remède aux maux que vous vous faites; la nature a voulu que vous ne souffrissiez pas toujours. Combien l’homme vivant dans la simplicité primitive est sujet peu de maux! Il vit presque sans maladies ainsi que sans passions, et ne prévoit ni ne sent la mort; quand il la sent, ses misères la lui rendent désirable : dès lors elle n’est plus un mal pour lui. Si nous nous contentions d’être ce que nous sommes, nous n’aurions point à déplorer
DU VICAIRE SAVOYARD
notre sort ; mais pour chercher un bien-être imaginaire, nous nous donnons mille maux réels. Qui ne sait pas supporter un peu de souffrance doit s’attendre à beaucoup souffrir. Quand on a gtlté sa constitution par une vie déréglée, on la veut rétablir par des remèdes; au mal qu'on sent ou ajoute celui qu’on craint; la prévoyance de la mort la rend horrible et l’accélère; plus on la veut luir, plus on la sent ; et l’on meurt de frayeur durant toute sa vie, en murmurant, contre la nature, des maux qu’on s'est faits en l’offensant.
« Homme, ne cherche plus l’auteur du mal : cet auteur c’est toi-même. 11 n’existe poiut d'autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l’un et l’autre te vient de toi. Le mal général ne peut être que dans le désordre, et je vois dans le système du monde un ordre qui ne se dément point„Le mal particulier n’est que dans le sentiment de l’être qui souffre; et ce sentiment l’homme ne l’a pas reçu de la nature, il se l'est donné. La douleur a peu de prise sur quiconque, ayant peu réfléchi, n’a ni souvenir ni prévoyance. Otez nos funestes progrès ', ôtez nos erreurs et nos vice§, ôtez l’ouvrage de l’homme, et tout est bien.
<• Où tout est bien, rien n’est injuste. La justice est inséparable de la bouté or, la bonté est l’effet nécessaire d’une puissance sans borne, et de l’amour de soi essentiel à tout être qui se sent. Celui qui peut tout éteml pour ainsi dire son existence avec celle des êtres. Produire et conserver sont l’acte perpétuel de la puissance; elle n’agit point sur ce qui n’est pas. Dieu n’est pas le dieu des morts, il ne pourrait être destructeur et méchant
1. On sent, ici le fond du triste système qui gâte tous les ouvrages de llousscau. Les vices de la société le révoltent contre la société elle-même. Parce qu’il voit les lettrés, de son temps corrompus, il en enrichit que |;t culture de l’esprit est le principe de toute corruption. A ce compte, il devrait aussi accuser la liberté, car sans elle il 11’y aurait pas de crime. Grèce ù Dieu, ces traits, qui abondent dans l’£ !mih, sont très-rares dans ce fragment.