SUR LA COULEUR DE LA CHEVELURE
BBS ANCIENS fiACLOIS.
SûMMAiBB. — Partage des opinions sur le sujet en quesdoD. De quels ar{;ument9 l'on se sert pour soutenir que les Celtes étaient une race blonde. — Coloration artificielle de la chevelure chez ces peuples. — Analyse critique des témoignages invoqués. — Ces passages des auteurs démontrent seulement que les Cymris étaient blonds. Quelques faits. — Types gaélique et cymrique constatés de nos jours, par Will. Edwards. — Les croisements n'auraient pas produit les co.orations actuelles. Les Celtes ou GaU" lois devaient être hruns^ comme le sont leurs descendants.'^ Signî* fications différentes données au nom de Gaulois* Exemples. ^* Les Gaulois sont ou Celtes, ou Cimbres, à moins que Celles et Cimbres ne soient enfants dnue seule et même race. Cette identité de race est en question.
L En commençant cette étude sur la question de savoir quelle était la couleur de la chevelure des Celtes (Gaëls ou Gaulois) , question dont nous avons indiqué l'importance et le but (fr. I, p. 13-21) ; et après avoir rappelé que les auteurs modernes» dont nous citerons
DE0xitiiE niGHEirr. 28
quelques-uns , rangent ces peuples, tantôt dans les variétés blondes (l), tantôt parmi les races brunes (2), on conçoit que notre premier soin doive être d'interroger les traditions. Que disent-elles ?
Bochart est le premier auteur, que nous sachions, qui se soit appliqué à démontrer historiquement que les Gaulois étaient une nation blonde. Et c'est dans ce but qu'il coUige avec attention les divers passages des Grecs et des Latins qui semblent en effet donner gfûn de cause à cette démonstration : -^ ... oolorem capilliiii, dit-il, quod pleriêque [Gallis) fuisse flai^umaut eroeeum, seu rutllum, probant hase loca 'fJêtemm, Et vent-on savoir à quel propos et dans quelle vue spéciale U se livre à ce genre d'investigation ? C'est tout simplement afin de justifier, par la ressemblance des termes, la curieuse étymologie qu'il donne aux mots Rhodanenses, Rhodani; lesquels Rhodaniens ou Gaulois primitifs auraient été ainsi nommés, d'après l'étymologie en question, pour leur chevelurrj jaune ou blonde : — A quo colore hebraïcè Rhodanisn^ dbI ara^ èioè Rhadinium^ id est^ croceos à veteribas suspicior
(1) Bochart, Geograph, tocr., part, pr., Ub. lU, cap. VL-^^iebahr» ony.cît.,toc. «It.—- Price,ooy. eit.,fi&. sup., p. 4S2-483.-^Prichard, Bmetwch, etc.,dt., vol. lU, part.I, p. 189-196, cf. p. m|. ; -^BiH, ntU, etc., cit., t. i,p. S62etfaiv.««-Bodichoii, «vv. cit., p. ISO, 1S6, 489. — D'Omaliat d*Ha<loy, ottv. cit., lac. cit, — De Gobineam, our. cH.,t.DI,p. 101. -*ilok«,o«T.cit., p. 14, 30 et SUIT., 60 et suif.
(2) PinkertOD, An Enquiry etc., cit., loc.cK. — Bory de Saiot* Vincent, Dut, cUus, â^Mst, nat.y art. hommb, p. 2S5 ; Paris, 1822^30* — DesnonKns, Hkt, nat. de$ racês Jbum., p. 49, 136; Paris, 1826. — Eéirards, F^agm, etc., cit., t^. sup., p. 18.— Béranl, Court d&pky$id»f 4. 1» p. 421 ; PaHi, 1848, etc.
2& OEUZIfillE PRAGMEHIT.
fuis$e dictos (1). Déjà bien antérieurement, le P. de la Ramée avait remarqué que Diodore et Strabon € s'accordent quant aux cheveux des Gaulloys et des » Germains qui sont de couleur rousse (2). » Biais on comprend que cette opinion touchant les Gaulois fût singulièrement accréditée par l'autorité d'un érudit tel que Bochart. Aussi, la voyons-nous régner pour ainsi dire sans partage chez les écrivains spéciaux ou historiens plus modernes, et chez la plupart des contemporains, depuis dom Bouquet, par exemple, jusqu'à Jean Picot, de Ségur, Lacépède, MM. Michelet et Henri Martin (3) ; sans parler de tous ceux qui, à l'instar de Mézeray, de Guill. Marcel, dePelloutier (A), confondent en outre les Celtes avec divers peuples de l'ancienne Europe, et notanunent avec les Germains.
Prichard néanmoins, trouvant ce point encore sujet à controverse, croit devoir reprendre les mêmes argu-
(1) Op. cit. , loc, cil, — (Dom Calmet, Comment, UU» tur tous les liv, de VÀnc. et du Nouv, Test., Genèse, ch. X, f 4, Dodanim),— Cf. Jaste Lîpse, in Comment, et not. ad Tacit, mor. Germ., pass. — Pelloatier, ouv. cit., t. I, p. lis, et pass.
(2) Traicte des façons et coustumes des anciens GaiMs, trad. daUt., par deCastelnau, p. 14, a; Paris, 1559.
(3) Bouquet , Aer. galUc, tifrancic, Scriptot\,t. I, Praf., p. IJ; in-fol., Paris, llSS etc. — Picot, Hist. des GauhUy t. U, p. 209, 220-221; Genève, an XII. — Ségor, Hisi, des Gaulois, édit. 1824, p. 10, 37.— Lacépède, Hist, génér, phys. etcw.deVSuropet 1. 1, Disc. prélim.,p. 70; Paris, 1826. — Michelet, out. cit., t« I,p.2.«-liarliD, Hist. de Fr., édit. 1844 etc., 1. 1, p. 14.
(4) Mézeray, Ahr. chronol de Vhist. de Fr,, édit. in-12, 1755, t. I, .9, cf. p. 5 et suiv., 20. -— Marcel, Hist, de l'orig, et des progr, de
la monarch. fr., 1. 1, p. 55, cf. p. 8-9, 11 ; iQ-12» Paria, 1686.— PelloQtier» oqy cit., 1. 1, p. 121, 173, 175» cf. p. i, 8,12 etpoa*
OfiCXIÈHE FlUkGlIfllfT. 2d
ments, mais sans les rapporter à leur auteur. Il les énumère avec un zèle digne, selon nous, d'une meilleure cause. Et il cite, après Bochart, les poètes : Virgile, Lucain, Silius Italiens, Claadien ; puis, Tite*Live, Strabon, Ammien Marcellin, Diodore^de Sicile, et aussi des chi'oniques poétiques en langue gaélique, et peu significatives : en un mot, toute la série des témoignages qui lui paraissent prouver jusqu'à l'évidence en faveur de l'opinion qu'il soutient, sur la couleur blonde ou rousse, dorée, de la chevelure des Gaulois (1).
Mais a-t-on suffisamment étudié ces témoignages, et s'est-on rendu compte du degré de confiance que charcun d'eux mérite? Les chroniques, par exemple, toujours plus ou moins fabuleuses, les légendes, les chants des Bardes, ont-ils un grand crédit en cette matière? Et l'histoire ne pourrait-elle puiser à de meilleures sources ? N'est-il pas de l'essence même de la poésie, et aussi des traditions nationales, de ne point s'en tenir au fait, et de peindre avec amplification? Avant tout, s'est-on mis d'accord sar la signification du mot Gaulois? Et si ce terme comprend plusieurs acceptions différentes, si tous les Gaulois ne forment pas un peuple unique, de quels Gaulois ces auteurs enten« dent-ils parler? Voilà ce qu'il importe de se demander.
IL Rappelons d'abord ce fait, que, soit dans un but, soit dans un autre, les peuples appelés Gaulois, ainsi que les Germains, donnaient artificiellement à leurs cheveux une couleur de roux ardent,^ bien faite pour
(1) BâUÊurek, ete., dl., loe. ctt.;— Bi$U noL etc., cit., hc. cU.
20 UBUllMl rRâOMEllT«
frapper les regards des Romains, et pour donner rière à l'imagination de certains écrivains.
Les peuples de Ttle de Bretagne faisaient plus : « Tous n les Bretons, dit César, se teignent le corps avec du n pastel, -^ vit/Yf infidunt, — ce qui leur donne une » couleur azurée, et rend leur aspect horrible dans les n combats (1). » Solin et d'antres nous apprennent que les barbares de ce pays représentent sur leurs corps des figures d'animaux différents : ^ . • . per art^ces plagaruni figurât ^ jàin indè à pueris 'variiB animalium ejjf^
gies ineorporantur (2). D'autres encore disent que c'est avec le fer qu'ils se pratiquent, tant sur la figure que sur le corps, cette espèce de tatouage, — Ferro picta
gênas (Britannia)^ — Ferro pingunt corpora (3)« De là même, ainsi que le rapporte longuement Gamden, l'origine des mots BntOy Brithon^ Britannia, de briik^ signifiant colôratuê^ pictus^ dans l'ancienne langue des habitants ; ^-^•.. quod Britones re ipsd erant i picU^ dêrpicti, infectiy colorait (i)« Et de là aussi, dit-on, l'appellation latine des Pietés : ce trait de mœurs caractérisant surtout le Picte, si digne de son nom, suivant €laudien, — nec falso rn^niine PitOos (5). Mais ces interprétations ne sont pas toujours d'accord avec tes
(i) Op. cit., lib. V, cap. XIV; trad. par M. Artaud, coUecl. Panekoncke, t5td.— Cf. Pomponius Mêla, lib. III, cap. YI. — ^Martial, Epigr.f coll. Panck., lib. XI, ep. Lm; lib. XIV, ep. XCIX.
(2) polyhisU , cap. XXU, tn/ln. — Cf. Saamaise, PIMin. eœêreiUU*^ •M.— PlfM, Hist. nat,, lib. XXil, cap. l.-r-HëBMUeB, lib. HI, ed.gr. lat., 1724, cap. XLVa.*-TertalUea, D0 Virgin^, vêland. lib., cap. X.
(3) Glandien, De laudib. StUicon., lib- II, v. 247-248; — cf. D« helL getic.y y. 417-418. — JoraaDdès, op. cit., loc» cit.
(4) Op. cit. , p. 1 9-20.— Cf. Isidore de Séville, Ort^.,lib. XIV, cap. VL <5)D6 iare. conéut. irofiof.,v.54.-<if. UiM«,o^«cK.,1ik.IX,«ap.Q.
DEUXIÈME rBAGMEIVT. 27
connaissances de nos jours. Ainsi, suivant M. Ad. Pîctet, le mot brython (Bretons) vient de brwth^ combat, tumulte, terme cymrique, et veut dire guerriers; et le nom de Britannin , parait dériver de Tancien nom prydain^ autre mot cymrique, « lequel ramené au sub- « stantif /?rx^, beauté, signifierait beau, belle (1) . »
Or, quels étaient tous ces Bretons, ces Pietés, et aussi ces Scots, dans les premiers siècles de notre ère? On a pensé que, chez ces peuples de races mêlées, dominait originairement le sang gaélique. Mais nous avons vu (fr. I, p. 15) que cette opinion n'est point justifiée par les témoignages anciens; et peut-être se rattache-t-elle plus ou moins à Fancienne confusion entre les Bretons et les Celtes, alors que les uns et les autres étaient si peu connus : — * Britannos autem cum Celtis sœpè legimus confusos ab antiquis (2). D'ailleurs, si les
noms de Scots et Pietés sont « seuls employés par les écrivains latins, qui paraissent ignorer le nom de Galls,» ainsi que le dit Aug- Thierry (3) , comment serions-nous assuré que les Gaëls seuls occupèrent la région du nord, nommée Albanie, et que Test et l'ouest de l'île, qui portaient les noms de Loegrie et de Cambrie (Lloëgr ou lloegyr , — Kymru ou CynuM-u) , furent habités , dans la suite, par diverses familles de Cymris exclusivement ? Il y a là des obscurités que nous ne dissiperons pas.
(1) Ouv. cit., p. 167-168. — Cf. Trioeàd Ynys Prydain, nM; ia The Myvyrian etc., cit., vol. l\, p. 57. — Owen, A DictUmary ofthe Welsh languagCy vocib. Prydf Prydain; Lond., 1806.
(2) Dom Boaquet, op. cit., 1. 1, p. 465, not, — Cf. Strabon, éd. gr.« lat., in-fol., Paris, 1620, lib. II, p. 75; édit. fr., ia-4% 1. 1, p. 198; Paris, 1805-19,
(3) OuT, cit., t. l,ç. 36.
28 DEUXIÈME rRAGMËNT.
Nous observerons toutefois que les stigmates ou le tatouage dont il vient d*être parlé n'étaient pas seulement usités anciennement chez les Thraces et les lUyriens, ainsi que nous l'apprennent Hérodote et Strabon (1) , mais chez les Daces, les Sarmates, comme le dit Pline (2) , et par conséquent chez les Scythes, desquels divers auteurs, Bède et Gamden, par exemple, font descendre, soit les Pietés, soit les Scots (3). Pelloutier n'en fait un apanage de « tous les peuples celtes, )> que parce qu'il confond sous ce nom la plupart des habitants de l'ancienne Europe (&;.
Revenant à la chevelure des Gaulois, cette coutume antique d'en rehausser l'éclat, toute bizarre qu'elle est, nous la retrouvons en quelque manière dans les temps modernes, chez les descendants de ces mêmes peuples, s' affublant de cheveux d'emprunt, noirs, blonds, argentés, dorés. Nous la voyons exister depuis des siècles dans certaines régions de l'Orient, où le henné sert à donner aux cheveux des femmes et des petits enfants une couleur « iaune ou rouge, » comme le dit Pierre Belon (5). Et nous la retrouvons, tant chez
(1) Hérod., lib. V (Terpsich.), § vi, edent. Larcher, t. IV, p. 4, cf. p. 190, not, — Slrab. , lib. VH, p. 315; édit. fr., t. HI, p. 76. — Cf. Virgile, ad Géorgie, lib. U, y. 115. — Claadien, in Ati/ln., y. 313. — Fréret, Mém, sur les Cimmériâns^ u6. sup.» t. IV, p. 298 el suiy.
(2) Op. cit. , loc, cit, — Cf. PoDiponius Mêla, lib. II, cap. 1, edent. Fr«« dia, not. — Bucbanan, op. cit., lib. U, p. 56-57. — Pinkertoa, An Enquirytid cit., 1. 1, p. 225-226; — Hech. etc.« cit., p. 212.
(3) Bède, op. cit., loc. cit. — Camden^ op. cit., p. 86-87. — Cf. PinkerlOD, Hech. etc., cit., Âv. prop., p.xiij, p. 291-292.
(4) Ouv. cit., t. I, p. 26, 1, 8, 12 et pass,
(5) Les observ, de plus, singular. et choses memor. trouv, en Grece^ Asie, Judée, etc., cb. LXXIV, ia-4% Paris, édit. 1588, p. 302.
les divers peuples de TOcéanie et de l'Afrique occîdentaie (1) , que dans notre Algérie et dans les pays limitrophes, où les femmes indigènes empourprent également de henné, soit leur chevelure, soit celle de leurs enfants. Quoi qu'il en soit, nous ferons remarquer que, chez les anciens, l'usage de cette teinture n'avait pas pour but seulement d'exagérer la nuance des cheveux blonds, mais aussi d'en changer ou d'en masquer tout à fait la* couleur, alors qu'ils étaient bruns :
Caustica Teutonicos accendit spuma capiUoiy Bt muiat Latias spuma Batava comas (2). AdrutUam speciem nigros flavescere crines^ Unguento cineris pr(BdiœU Tulliusautor (3).
Quant aux procédés employés à cet effet, Diodore dit que les Gaulois avaient l'habitude de laver ou d'ablutionner leurs cheveux avec de l'eau, de chaux, — T^ravov
yotp airo7r^v/JiaT{ 9fAb>vTc; xàff rpi-j^aç awr/tùç,,, (â).Et, Suivant
Pline, ils se servaient surtout d'une préparation appelée savon ou onguent, composée avec du suif et de certaines cendres, — ex seboet cinere, — et qui aurait même été inventée dans les Gaules, pour rendre les cheveux
blonds, — Galliarum hoc Im^entum rutilandis capillis ^\^).
' * (1) Eus. de Salles, ouy. cit., p. 246-247.
(2) Martial, op. cit., Hb. XIV, «p. XXVI; lib. Vm, ep. XXXm.— Cf. Tertullien, De cuit, fœmin, lib, y cap. VI.
(^) Q. Serenus Samoaicus, De curât, mort,, cap. YL — Cf. Vaièra Maxime, lib. II, cap. 1.
(4) Lib. V, cap. XXVIU.
(5) Op. cit., lib. XXVm, cap. 11!. - Cf. HardoaîD, ad PUn., (lib. XXVm, cap. LI, Yux. 10, 11). — Théod. Priscien, ad TMmoCH. ffo<«,lib» I, cap. lU; ap. Med. amiq, omn. etc.; Venet, 1547.
SO DBUZIÈIIE nuC»l£llT»
Suivttt d'autres, ce coBmétique proyenwt de la Gennanie, et notamment de la ville de Mattiacum^ était réputé le
meilleur : — Quod optimum indicamus germanicum... deindè gaUicum; — Si mutare paras,^. capillos^ jiccipe
MattiacaSé.. pilas (1). Nous n'en dirons pas davantage sur la coloration artificielle.
ni. Voici maintenant ce que fait connaître une simple analyse critique des autorités si souvent invoquées, et sur lesquelles se fonde Topinion de la couleur blonde des cbevenx gaulois. Si nous montrons que ces auteurs ont été mal interprétés, nous aurms déjà quelque peu éclairé la question.
Les Gaulois, auxquels Virgile attribue une chevelure dorée ou blonde, — aurea cœsaries {2), sont les vainqueurs de Rome, au commencement du iv* siècle avant notre ère ; par conséquent des Senones cisalpins, ou des Cymris, qu'il n'est pas permis de confondre avec les Gaulois proprement dits (3) , qui sont pour nous les Celtes. Ces Senones, les derniers venus de la Gaule transalpine (4) , étaient les premiers guerriers du nom de Gaulois qui combattirent les Romains, il est bon de le noter ; et, telle fut la rapidité de leur marche, après la levée du siège de Clusium, qu'ils furent sans doute
(i) Galien? De slmpliçi^. .fmdtcamin., ad PcUemian.^ Op. oim*t te-fol., VeofU, i(p. JuBt., 1625, (inSpwr. lib*)^ fol. 95. —Martial, op. cit., lib. XIV, cp. XXVn.
(2) Ad ^neid., lib. VHI, y. 659.
, (8) Am. Thierry, oav. cit., kl, p. 46; U II, p. 36, 39.— Gf, nnk^non, AacA, ete., cit.,|>. 138, 232, 2Aa»
(4) iSif-LijWb Mb. V» ça^ XXXV.
Dimftiii nAUMËjn^ Si
Isa 6eids Gaolois engagés dans cette lutle, appelée par Aulu'-Ctelle, Belàun seiionieum (1). C'est donc bien de la cherelure des Gymiis, non de cdUe des autres Gaulois« ou des Celtes, qu' il est ici question. — Lucain fait dire à César, au banquet deCléopâtre, qu'il narait pas rencontré^ sur les bords du Rhin, des cheveux plus blonds — • • • Tarn rutilas vidisse comas — que ceux qu'il avait sous tes yeua {% Mais, dans ce passage, le nom de Gaulois n'est pas prononcé; et quds étaient lespeuples des borda du Rhin qu'avait vus César, et qu'il avait soumis, sinon ceux de la Germanie cisrhénane, ou les Belges, et en« iMÛte les Germains euxHOQLèmes ? C'est donc à ces peu* pies, et non aux vrais Gaulois, que César fait allusion* Parmi les troupes gauloises ou celtiques, ^~ Celticus. . . ftàw^-^ Gallorum populi^ -** que Silius ItaUcus fait com«> battre sw les bords du Tésin âvec celles d' Annibal, U lie signale que les Boii, aux gra&ds coips, et les inflimes
Senones, '^. . . immania membra , -^ InfûPidi Senonês. Ce
Gauldis âarmens, à la chevelure blonde, aussi belle que l'or qui k fixait derrière sa tète, -^ .... et mtiluni sut ^ettice nadum (3), était d(mc un gu^rier de l'une t^u de l'autne de ces nations. Or, les Boii, aussi bien que les Senmes, étaient un peuple cymrique ; Cési^ teiâ* donne mès^ le nom de f^oloB Tèctosages (4), Et quant au Jeune Eurytus, mentionné aussi par Prichard, *»^ comam nitilus^ — dont la peau était plus blanche qtie la
iSNge^ et qtd figure dans les jeux que Scipion fsdt oèlé-
(i) Lib. XVn, cap. XXI.
(2) Ub. X, y. 13(i-t3l«
(3) Lib. IV, ▼. 190, 2iS, i4t», leo, 300, SOS^
il} ksBk Thierry, omt. eiU^ U J, Jn/iW.,> xyt,.liv4?, p;4à, 4S; t. n, p. 15, 193.— GéMr, op. cit., lib. VI, cap. XXIV. - . ^ -f
82 DEUXIÈIIB rBAGlUlIT.
brer en Hispanie, il n'est pas même Gaulois par le lien de sa naissance : car Sœtabis, qui «l'avait nourri sur ses collines (1) , » parait être aujourd'hui la ville de Xativa, dans le royaume de Valence.
Vient Claudien. L'un des passages que l'on cite est re* latif à la Gaule elle-même, bien vaguement personnifiée, avec une chevelure blonde, — Tum/lava repexo Gallia crmeferox ; — l'autre, aux Gaulois de l'armée de Stili^ con, en lUyrie, tant ceux que b^dgne le Rhdne et l' Arar, que ceux des bords du Rhin et de la Garonne, — tmces flapo.,.. vertice Galli (2). Ici, d'abord, nous voyons bien plutôt une image que l'énoncé d'un fait. Tout guerrier batave, sicambre, ou frank, tout Germain était blond ; à côté surtout des troupes orientales qui formaient, avec celles des Gaules, l'armée du minislaro d'Honorius. Et l'on sait, d'ailleurs, que la dénomination de Gaulois pouvait s'appliquer à ces auxiliaires de race germanique, aussi bien qu'aux Cimbres. Vers ce temps, enfin, les provinces gauloises, désolées par la guerre civile et par les invasions des Barbares, n'étaient plus qu'une agglomération de serfs, d'afiranchis, de hordes et de tribus mêlées, au milieu desquelles l'antique popular tion des Celtes ne dominait plus. Même sans fsûre la part du style poétique, ce passage serait donc assez peu important, — Serons-nous plus heureux avec les prosateurs?
Et d'abord, les paroles du discours de Manlius dans Tive-Live : — ....procera corpora^ promissœ etrutilatœ
(i) Siliof luiicoi» rib. XVI, t. 471 MM.
{%) De laudib. Stiikon,, Ub. U, t. 240*211 ; - InBuflu., lili. H, V. iiOsqq. .
comœ (1), à qui s'adressent-elles? Aux Gaulois de Texpédition en Grèce, que nous connaissons comme Tectosages, comme Tolistobogii, Trocmi, semblables aux premiers (2) , et qui, pour la plupart, n'étaient autres que des Cymris, surtout des Volcœ ou Belges : — Tectosages primces^o nomine Fol cas (3). Encore ici , par conséquent, les anciens Gaulois sont hors de cause. Ces derniers, d'ailleurs, ne se faisaient point remarquer par une haute taille ; et l'on ne doit pas ignorer que ce sont habituellement des Cimbres, et non des Celtes proprement dits, que les auteurs désignent sous divers noms, quand ils font allusion à ce caractère si connu des races germaniques (A). Manlius appelle
ces Gaulois dégénérés et mêlés, — . . . dégénères sunt misti
et Gallogrœci verè. Et Tive-Live parle encore de la blancheur de leur peau, — ,.. et sunt fusa et candida
(i) Lib. XXXVin, cap. XVII.
(2) Tite-Live, lib. XXXVUI, cap. XVf. —Cf. Polybe, éd. gr. lat., coUect. F. Didot, Miq,, lib. XXH, legai. XXXUI, XXXiV. — Strabon, lib. IV, p. 187-188, lib. XII, p. 566-567; ëdit. fr., t. U, p. 31- 33, t. IV, part., II, p. 89 sqq.
(3) Ausooe, Clarœ tirbes, XIII, v. 9. (Narbo). — Cf. Am. Thierry, oay. cit., t. I, Mrod,, p. xxvq-xxviij, p. 129-131; t. II, p. 204. — Moke, oay. cit., p. 93.
(4) Céiar, op. cit., lib. II, cap. XXX. — Plutarque, in Mario, éd. gr. lat., collect. F. Didot, § XI. — Appien, De reb. galL, éd. gr. lat., ibid., S I, 2, § m ; — De helL civilib., lib. I, § L. — Arrien, De beU, aiea;., lib. I, cap. IV. — Paosanias, lib. X (P/ioctd.), cap. XX. — Dion Cassius, edent. Gros, Fra^m., |LVII, lib. XXXVUI, cap. XLVII; Paris, 1845 etc. — Cf. César, op. cit., lib. I, cap. XXXIX, lib. IV. cap. I.
— Pomponias Mêla, lib. III, cap. III. — Colamelle, lib. III, cap. VUI.
— Tacite, in Agricol.^ cap. XI; — io Germ., cap. IV.— Végèce, De re miUl., lib. 1, cap. I. — Sidoine Apollinaire, Carm. XIT.
corporn (1) , blancheur appartenant en propre aux races du Nord, signalée si souvent pour les Gaules, et que les poètes comparent à celle de la neige et du lait (2) • On sait , en effet, que divers auteurs vont jusqu'à faire dériver de cette blancheur lactée Vétymologie ai controversée des mots GalU ou Galatœ. — Galli antiquitns a candore corporis Galatœ nunçupqbantur^ 4it Lactance ; yaXa enim grœcè lac dicitur^ — ajoute IsidOTO de Séville (3) . Mais Galli n'est sans doute qu'une forma latine de Kelt^ et il nous parait puéril de demander 4 des langues étrangères une interprétation que la langue indigène seule peut donner. Ainsi que le remarqua Schœpflin , « le mot Gaulois^ dont les Romains sa ser-* » vaient, ne parait différer que par la prononciation du » mot Guelt^ Kelt [&). » Et tel est aussi le sentiment de Schafarik, quand il dit que les Romains écrivaient d'a^ près les Grecs, Celtœ^ et surtout GallL ((Probablement, » ajoute-t-il, les Celtes se nommaient eux-mêmes » Gaëls^ Gaïls OU Gâls^ comme aujourd'hui encore leurs » descendants de l'Irlande et de l'Ecosse, et les ethni- » ques grecs Reltai et Galatai en auront été formés (5). »
(1) Lib. XXXVUI, cap. XVH, XXI.
(2) Silius Ualicus, lib. XVI, v. 471-472, et pas$. -- Virgile, ad A'nei(i., lib. VIII, v. 660.
(3) Lact.« ap. Hieronyicum, Comment, in epist. ad GaU^Lt lib. U, init, — Isid., op. cit., lib. IX, cap. II, lib. XIV, cap. IV. — Cf. Cé- Dalis, Gallic, histor,, p. 12, a, cf. p. 3; Pariaiis, 1557.
(4) Dissert, sur Vorig, des peupl. Celtes etc., trad. da lau, (Ftindi* ciœ celticœ, 1 754; ; dans Pelloutier, ouv. cit. , édit. cit. , 1. 1, p. 477-47S. — Cf. Fréret, De Vorig. des Français^ et de leur étabUssem. dans la Gaute, ub. sup.y t. V, p. 170.
(5) Aperçu ethnograph, des anc, peupl. de VEuropef etc., trad.,
dans es Nouv. ann, des voy., ann. 1852, t. U, p. 327. — Cf. suf^,^ r. , p, 9.
DEUXIÈME FRAGMEIHT. ^
Déjà Wachter, en se fondant sur T autorité de César et de Pansanias (v. fr. III, ii, vu), s'était exprimé dans le même sens : — Nos ila censemus Celtarum nomen à sua ipsorum linguâ^' non aliundè^ explicandum esse.,, (1),
Dans le passage cité de Strabon, passage dont on a beaucoup abusé, l'illustre géographe avait noté que les insulaires bretons étaient moins robustes, d'une taille plus élevée et moins blonds — xa» fldcov $av9oTp«;(çç — quç les Gaulois, — KcXtwv. César et Tacite ne disent rien de semblable. Et nous pensons qu'il ne faudrait pas donner à ce fait, s'il est exact, une grande valeur, les diverses familles de Cymris pouvant bien différer entre elles par la nuance des cheveux, comme par la force et la stature. Ce sont, en effet, des Cymris, les Belges bretons, que l'auteur compare aux Gaulois, c'est-à-dire aux Belges de la Gaule, qu'il nomme Kcàtoc , ajoutant même qu'ils leur ressemblent quant aux mœurs, si cq n'est qu'ils sont plus barbares et moins intelligents que ces derniers. Autre part, il dit que les Germains sont plus blonds que les Gaulois (2). Du reste, Bochart explique tout naturellement cette difficulté, par la coloration rousse que les habitants de la Gaule donnaient artificiellement à leur chevelure. Itaque^ dit-il, Bri^ tanni Ucet GalUs borealioreSy tamen minus erantjlavi{^^ ,
Comme on le voit, cette remarque de Strabon ne prouve donc point en faveur de la couleur blonde des che^ veux des Gaulois non compris sous la dénomination de Cymris.
(1) Glos9à/i\ germât voce CelUs, et, v. OalH; Lipa., 1737.
(2) Lib. IV, p. 200; édit. fr., t. H, p. 79. —V. iw/., fr. Uï, vu.
(3) Op. cit., toc» cU,
S6 DEUXIÈME f RAGMENT.
Voyons le document fourni par Ammien Marcellin, au lY* siècle, document que l'on a surtout invoqué et copié, et que nous rapporterons, nous aussi, ne f&t-ce que pour le faire juger mieux. « Les Gaulois, dit-il, » — Galli^ — sont presque tous blancs, et de haute » taille ; ils ont les cheveux blonds, le regard farouche. . • » Plusieurs étrangers réunis ne pourraient pas soutenir » Teffort d'un seul d'entre eux avec qui ils prendraient » querelle, s'il appelait à son secours sa femme, qui » l'emporte encore sur lui et par sa vigueur et par ses » yeux hagards. Elle serait redoutable surtout si, en- » fiant son gosier et grinçant des dents, elle s'apprêtait » de ses bras forts et aussi blancs que la neige, à jouer » des pieds et des poings pour en donner des coups » aussi vigoureux que s'ils partaient d'une catapulte, n
Voici le texte : — CeUioris staturœ et canditU pœiti Gain sunt omnes, et rntili^ liiminumque torvitate terri'
biles Nec enim eorum quemquam adhibita uxore
rLvantem, mnito fortiore et glauca^ peregrinorum ferre pùterit glohus : tuin maxime cum illa iiiflata cefvice suffrendens^ ponderansque niçeas ulnas et vaslas^ ad" mistis calcibus emittere cœperit pugnos^ ut catapultas tortilibus rierpis excussas (1) . On voit que ce tableau, pour n'être pas en vers, n'en est pas moins poétique. Est-ce bien là, nous le demandons, le sobre langage de l'histoire ? Ammien ne dit pas de quels Gaulois il retrace le type, mais on ne saurait s'y tromper. Ces traits sont bien incontestablement ceux de la race des Gymrid, tomme nous allons en avoir la preuve.
Diodore a plus d'autorité, selon nous. Et quelle que
(I) Lib. XV, cap. XII; — fi(m. trad., (par de lloalme»;, îM., Paris, 1778.
DEUXIÈME FBAGBIENT. 37
soit la source où U ait puisé, s'il ne parle de son propre fonds, son langage touchant la haute taille des Gaulois, la blancheur de leur peau, la couleur blonde de leur chevelure, ne diffère pour ainsi dire pas de celui d'Ammien, qui semble l'avoir pris pour modèle. Il dit en outre que les Gaulois — TaXarai — n'ont pas seulement les cheveux blonds par nature, — .... oûjuiévov b yu(7ca>; ^ovOoc, — mais qu'ils s'appliquent encore à en augmenter la couleur (1). Toutefois, Diodore a soin de faire connaître ceux qu'il désigne par le nom de Gaulois ou Galates — TaXarat, — ce qui donne à ses paroles, aussi bien qu'à celles d' Ammien, son imitateur, un sens tout autre qu'on ne l'aurait pensé d'abord. U distingue, en un mot, dans une question où rien n'est plus important.
« Il est bon, dit-il, de rapporter ici quelques circon- » stances qui sont inconnues à un grand nombte de » personnes. On appelle Celtes — KiXtovç — les peu- )) pies qui habitent au-dessus de Marseille, enti^e les » Pyrénœes {et les Alpes). Mais ceux qui demeurent au » nord de la Celtique le long de l'Océan, et de la forêt » Hercynie jusqu'aux confins de la Scythie, sont appe- » lez Gaulois — raXaraç : — Cependant les Romains » donnent indifféremment ce nom, et aux vrais Gaulois » et aux Celtes (2). » Il continue : a Parmi les premiers,
(1) Lib. V, cap. XXVHI.
(2) Xp>i9t[Acv ^iart ^icptaxi roirapàitoXXoIç à^vccufAevov. Toùç ^àp ÛTrtp MaaaaXta; xxrouccûvTa; sv tû (aiog'^iiu xai tcùç irapà ràç ÂXitttç, Iti^î Toùç irs\ raé^i twv II'jpif;v«i«v ipwv KgXrcù; évo;xa?îouat, toÙ; ^'Oirèp rauTHÇ T^; KiXrucîi; eî; tx irpô; vorcv vtûcvTA {Jitpvi irapx Tt tgv Ôxsxvcv xxi t& Èpxuvicv ope; xxtti^p'jiAsvcu; xxl irxvToiç tcù; i^'n; p><Xp^ "^^ Zxjtt'la;
TaXO^TO^ 17p09X^CplU0U9lV* ft\ èi i*M[AxIct (ffxXlv) irXVTX TXUTX TX I6vy) ouX*
88 DEUXIÈME FRÂCMEjrr.
» les femmes — Aî Sk yuvanci; T«v roXaTwv — ne cèdent en » rien à leurs maris, du côté de la force et de la taille. » Lesenfants, à leur naissance, sont très blonds, mais ils » deviennent aussi roux que leurs pères, à mesure qu'ils » avancent en âge. » Toutes ces observations concernent donc exclusivement les Gaulois du nord, ou les peuples voisins de la Scythie, et non les Celtes. « ...On prétend,, ajoute-t-il, que les Cimmeriens — Kt^Afit- » ptouç — qui ont ravagé toute TAsie, et que depuis » on a appelés Gimbres par corruption — RiV^/wv, — » sont les mêmes que les Gaulois dont nous parlons, n Ailleurs encore il nomme séparément et les Celtes et les Gaulois ou Galates, entre lesquels il vient d'établir une distinction formelle : — Ktkxb\ ^ furà roXarcM... — ...riiv ^fl^fM» TMv FoXaTÛv xol\ KcXtwv, — Gallorum et Celtarum re^ giones (1). Voilà qui est clair.
Il résulte de là que, suivant certaines traditions, Diodore considère la Celtique comme s'étendant i la Germanie; et que, pour lui, les Galates ou Gaulois sont les peuples germains, et aussi ceux qui devinrent si célèbres sous le nom de Cimbres ; et que c'est à ces Gaulois, notamment, qu'il attribue une chevelure
Idest : NuQcquod a mollis ignoratur defmiri opers pretiom est. Qai ioteriora supra Massiliam teDeot, et qui ad Alpes ac cis Pyreonos montes habitant, hos Cellas nominant; qui ultra banc celticam partes austmm (septenlrkmem) versus et ad Oceanum Hercyninmque montem sitas incolunt, omnesquead Scytbiamusqbediffusos, Gallosvocitant, At Romani gentes basée uni versas nna Gallorum appel latione comprehendunt. — Lib. V, cap. XXXII; — Trad. fr., par Terrasson, liv. V, chap. XXI. (1) Ibid. ; Reliq.y Kô.XXV, § XIU; trad. fr., ibid., Fragm., liv. XXV, ch. m.
blonde on rousse. Il est enfin le seul auteur, que nous sachions, qui fasse remarquer que cette couleur de cheveux est originelle chez les Gaulois, ajoutant qu'ils usent d'artifice pour la fortifier. Néanmoins, Bochart hii-même, quelque porté qu'il soit à justifier son opinion sur les blonds Rhodaniens ou Gaulois, ne tire du récit de Diodore, après l'avoir cité, que cette induction, savoir que les Gaulois étaient, ou naturellement, fm artificiellement blonds : — Totum hune locum non piguit hic describere, quia docet apertissimè^ Galles htinc colorent in comis aut à natura habuisse, autsummo studio affectasse (1). Mais voici déjà que nous rencontrons le mot Galli^ non plus employé dans le sens restreint que nous venons d'indiquer, mais appliqué sans distinction, à tous les habitants des Gaules.
Du reste, Niebuhr ne doute pas que cette version de Kodore ne soît due à « l'excellent ethnographe Posido- » nius. » Et il ajoute que, dans une narration empruntée h ce dernier auteur, a les Belges sont appelés Galates, n les Gaëls, Celtes (2). » Ainsi Strabon appelle les peuples de la Gaule, Gaulois ouGalates, — ...«puXov,o vw
TaXXcxov re xa( roXaTcxèv xaXw(7(v ; — et, divisaut le pays
d'une manière difiérente de César (v. fr. III, ii), non-seulement il place les Celtes au voisinage des Pyrénées, vers la mer de Marseille et de Narbonne, mais il distingue de leurs frères du Nord les peuples belges , — rà XotTrà BeX76)v l(7Tiv rOvTi, — qui habitent les côtes de l'Océan , entre le Rhin et la Loire, et au nombre desquels étaient
(i) Op. cit., toc. cil.
(2) Ouv. cit., t. IV, p. 286-287.
les Feneii — 'OvcviTe (1). Plutarque, qui se sert parfois indifréremmeQt du terme raXarto», pour rendre Galatie et Gaule , et qui dit que les Galates ou Gaulois d'où sortirent les vainqueurs de Rome, étaient une nation celtique, — 0( ^c roi)^i ai ToO xcXtcxoD ycvou;. . . (2|, PlutarquO
distingue aussi l'une de Vautre les deux nations, quand, en parlant des peuples qui s'abandonnent le moins à la douleur, il dit : KtXrot xac FaXarai (3). Et tel est encore Appien, qui semble d'abord confondre les Galates et les Celtes, — TaXaTott. KtxTOf, — etquiles distingue ensuite, disant que les Celtes, les lUyriens et les Galates prirent leursnoms de Celtus, d'IUyrius et de Gala, — ...xa'« «pÇai
TÛv j( aOrovcKcXTÙv, IXXupcûv, xatraXuTwvXcyofifuaiv (i).NoUS
reviendrons sur ces distinctions (fr. III, vu) , etnous verrons qu'elles ne furent point toujours méconnues. C'est ainsi , par exemple, que les Grecs donnèrent souvent le nom de ToXâTai aux Belges, et surtout aux Gallo-Grecs, pour la plupart Cimbres de nation, et frères de ceux que César appelle Belgœ^ tandis qu'ils conservaient en général aux vrais Gaulois leur ancien nom de Celtes — KcXtoc.
IV. La plupart des témoignages que nous venons de rapporter s'évanouissent donc, pour ainsi dire, aux lueurs d'un simple examen ; et, loin d'établir que tous les
(1) Lib. IV, p. 195, 176, 194, 196; édit. fr., t. U, p. 59, 2-3,
(2)lD Pomp., § XXXI-LVn, et panA — io Caiii<M.,§ XV.
(3} Consolai, ad ApoHonium, § XXH.
(4) De bell. ann»6., § IV gqq., X, Xll;— De réb. galU, § l-III, XVI, XVII, et pass.;— De reb. ti2|/r.,§ 11,
DEUXIÈME FRAÇMENT, &1
Gaulois fussent de race blonde, ils prouvent seulement que les Cymris étaient blonds ; ce que nul ne conteste. 11 est vrai que la question demeure non résolue, quant aux autres Gaulois ou GaUs, et il est vrai aussi que les inductions seules pourront nous éclairer à cet égard. Mais déjà nous avons fait justice des principaux arguments qui servent de piédestal à l'opinion d'un grand nombre, en montrant que ne point distinguer ici entre les Gaëls et les Cymris, les Celtes et les Cimbres, c'est attribuer sans raison à ceux-là ce qui peut bien n'appartenir qu'à ces derniers. Nous verrons d'ailleurs que, grâce à quelques travaux modernes, les grands traits caractéristiques de ces deux peuples ne sauraient plus être méconnus. Ils existent dans les deux types fondamentaux de notre nation ; et il ne faut qu'observer avec attention pour les voir dans leur couleur, dans leurs formes, dans leurs expressions morales distinctes. Ils sont encore de nos jours comme le miroir des temps passés.
Ces caractères, en ce qui touche les Celtes, Gaëls ou Galls, n'ont pas été retracés par les anciens, et l'histoire nous fait défaut sur ce point, au milieu des passages nombreux cependant, où il est fait mention de ce peuple comme originaire de la Gaule. Faut-il s'en étonner? Les anciens Grecs, on le sait, ne pouvaient s'attacher à distinguer des peuples qu'ils connaissaient à peine, ou sur lesquels ils n'avaient même aucune notion géographique. Écoutons Polybe : « ... nous ne » connaissons non plus, dit-il, rien de l'espace qui est » entre le Tanais et Narbonne jusqu'au Septentrion. » Peut-être que dans la suite à force de chercher nous » en apprendrons quelque chose. Mais tous ceux qui en
A2 DBCnclÊBIE FRAGMENT.
» parlent ou qui en écrivent, on peut hardiment assu- » rer qu'ils parlent et écrivent sans sçavoir, et qu'ils ne » nous débitent que des fables.» — Qaidehislocis temere aliquid loquwitur aut scribunt, pro imperitis et fabularwn concinnatoribus sunt habendi (1;. Ammîen Marcellin
dit également que les anciens auteurs n'ont transmis sur l'origine des Gaulois que des notions incomplètes,
— ,., notitiam reliquere negotii semiplenam (2), Et
tout prouve en effet, dans les récits contradictoires des Grecs, et aussi dans ceux des Latins, combien étaient peu connus les manières d'être et le nom même des peuples de ces contrées. On peut remarquer d'ailleurs que les Celtes proprement dits, en tant que nation plus sédentaire et moins adonnée au génie des conquêtes, leur étaient plus inconnus que les Cîmbres et que les Senones, avec lesquels les Romains s'étaient d'abord mesurés^ Et ne peut-on dire aussi que leuf type physique n'avait sans doute rien de bien extraordinaire aux yeux de ces derniers, n'étant ni d'une taille colossale, ni blancs de peau (v. .f !//>., p. 33), ni blonds de cheveux, comme les Cymris?
Quoi qu'il en soit, aux données qui précèdent, nous ajouterons les considérations que voici :
1* Lorsque l'usage se répandit parmi les dameS romaines de porter des perruques blondes, nous ne voyons nulle part que les coiffeurs de Rome achetassent des cheveux blonds dans la Narbonnaise ou dans la Gaule ; tandis qu'Ovide et Martial nous apprennent,
(1) Li?.UI,cb. yil,trad. par aTbuiUier, eilNit. Foltrd, 173740« t.IY, p. 40-41; in éd. ct(., Ub. lU, cap. XXXYUI.
(2) Lib. XV, cap. IX. — Cf. tnf., fr. UI, vii.
au contraire, que c'est à la Germanie que Ton faisadt des emprunts, pour fournir à ce luxe extraordinaire :
Nunc iiM GopMvot vUtM Qêrmania cr^^.
Arcloade gente comam tibi^ Lesbia, misi (i).
2* Dans le passage remarquable de Tacite que nous avons rapporté (fr. I, p. 11) , de même que les cheveux bouclés des Silures semblent les rapprocher des Ibères, ainsi c'est aux Germains, et non aux Gaulois, que sont comparés les Calédoniens, pour leur chevelure rousse, alors que d'autres Bretons encore (les plus voisins de la Gaule) sont dits ressembler aux Gaulois. Strabon observe aussi, comme nous l'avons vu {sup.^ p. 35), que les Germains sont plus blonds que les Gaulois.
3* Caligula, voulant un jour se décerner les honneurs d'un triomphe germanique, réserva pour cette cérémonie (( ceux des Gaubîs qui étaient de la taille la plus
ft haute: — Galliavum quoque procerisslmum quemque,.*
» — n les obligea & se peindre les cheveux à la manière
» d^* Allemands » — ... coegitque non tantum ruti--
lare et submittere comam (2) . Or, ces Gaulois que
Ton ne dira sans doute ni Belges , ni Cimbres , car il n'eût pas été nécessaire de les teindre en blond pour en faire des Germains,, ne pouvaient donc être que des Galls ou Celtes , lesquels, selon toute apparence, n'étaient pas de couleur blonde.
(1) Ovide, Afïior., lib. I., éUg, nv, v. 45, cf. v. 49. — Martial, op. dt, lib. V, epig, LXVUI.— Cf. Mole, Fis^ des modas franc. ^ p. 2, 217; in-tS., Amsterd., 1773.
(2) Suétone, in Calig.^ cap. XLVII; trad. par La Harpe, t&id. — Cf. JttBie tipse, op. cit., not. 18. — Crevier, Hist, desemp, rom,^ etc., liv. vu, S H, Mit. 1769-71, t. lil, p. 112.
ti DEUXIÈME FRAGMENT.
h* C'est aussi pour ressembler aux Germains que rempereur Caracalla donnaitàses cheveux la couleur rousse,
— etiamfla vam capiti cœsariem imponens 1 ] . Enfin ,
le médecin de Pergame, énumérant les diverses nations blondes ou rousses, y compte les Germains avec les lUyriens, les Dalmates, les Sarmates et tous les Scythes, et ne mentionne ni les Gaulois, ni les Celtes (2) ; à une époque où ce dernier nom n'était presque plus employé pour désigner collectivement divers peuples, où les Celtes, par conséquent, ne pouvaient manquer de fixer son attention. Tout ceci doit paraître assez significatif. On nous permettra de rapporter encore les deux arguments qui suivent, et dont on ne récusera pas l'autorité. Nous lisons dans M. Al. de Humboldt ces paroles positives : a Les nations celtes, à cheveux bruns, (( différoient certainement de la race des nations ger- » maniques à cheveux blonds ; et, quoique la caste des » Druides rappelle une des institutions du Gange, il » n'est pas prouvé pour cela que l'idiome des Celtes ap- » partienne, comme celui des peuples d'Odin, au r^mieau » des langues indo-pelasges (3) . » Et voici comment s'exprime Aug. Thierry, parlant de l'île d'Érin au XII* siècle, lors de là conquête par les Normands établis en Angleterre : « Le peuple de cette île, frère des » montagnards d'Ecosse, formant avec ceux-ci le der- » nier reste d'une grande population qui, dans les temps » antiques, avait couvert la Bretagne, la Gaule et une
(1) Hérodieo, lib. IV, cap. XU.
(2) Galteo, De Temperam.^ lib II, edatit. Kuho, t. I, p. 618; Lipsi», 1821-33.
(3) Voy. auxrég. équinoœ. du nouv.contin.y pari. I, (Relat. hist.], liv. III, ch. IX, édit. in 4% 1814 etc., U I, p. 479, no(.
» partie de la péninsule espagnole, offrait plusieurs des )) caractères physiques et moraux qui distinguent les » races originaires du Midi. La majeure partie des Irlan* » dais étaient des hommes à cheveux noirs... (1). » Or, ne suit-il pas logiquement de tous ces témoignages que vraisemblablement les Celtes ou Gaulois étaient bruns?
V. D'un autre côté, la science ethnologique doit à Will. Edwards d'avoir singulièrement élucidé le problème qui nous occupe, en découvrant parmi les Français actuels les deux types gaëlique et cymrique anciens, et en montrant qu'à chacun de ces types appartient une couleur de cheveux différente, soit blonde, soit brune. Sur les traces de cet observateur, on constate en effet que, chez les descendants des Gymris, la taille élevée, ainsi qu'une forme particulière de la tête, s'allient ordinairement à la couleur blonde du système pileux, tandis que c'est le contraire pour les types provenant de l'élément celtique, chez lesquels la stature est moindre et la forme du crâne différente, comme nous le dirons (fr. III, iv).
Bien plus, les masses de population, dans les diverses parties du territoire, conservent encore chacune l'empreinte vivante du passé ; et c'est ainsi que, procédant du Nord au Sud, on pourrait appeler Cymro-Galls et Gallo -Gymris , Galls, Gallibères et Ibero-Galls les groupes de nationaux correspondant plus spécialement aux Gymris ou Gimbres , aux Celtes ou Galls , aux Aquitains ou Ibères , et dont la couleur des cheveux
(I) Oav. cîU, t. m, p. 2iO-2il.
A6 DEUXIÈME FBAGIISNT.
est successivement le Uond, le châtain ou le brun. Or, quand on voit les nuances blonde et brune persister et prédominer encore de nos jours dans les zones où sont représentées les races cimbrique et ibérienne, ne peuton croire qu'il en est ainsi pour les familles à cheveux châtains que nous retrouvons également, et qui ne font sans doute que se perpétuer, dans la contrée jadis occupée par les Celtes ?
Dirait-on que la couleur actuelle résulte du croisement entre les hommes blonds du Nord et les bruns de la région méridionale ? Mais que seraient devenus les Celtes? A moins de tomber jusqu'au dernier homme sous le fer des envahisseurs, les peuples ne meurent point ainsi, sans laisser une trace plus ou moins altérée, mais ineffaçable. On peut supposer, il est vrai, que des races brunes anciennes, ibériennes ou autres, occupèrent le sol antérieurement aux Galls et se mêlèrent avec eux (v. fr. I, p. 20), Mais, sur quoi se fonde-t-on? M. d'Omalius d'Halloy lui-même nonseulement n'apporte aucun argument en faveur d'une semblable manière de voir , mais il reconnaît que \e$ textes anciens n'appuient pas cette hypothèse pour tt les parties de la France au nord de la Garonne, » ajoutant que « ces textes attestent l'existence de peu-* » pies antérieurs aux Celtes, dans les contrées au sud n de ce fleuve.,. (1). » Or, ce dernier point ne saurait être mis en doute. D'autre part, les triades galloises font des Logriens un rameau des Cambrions (ou Cwsh bres), ainsi que nous l'avons vu (fr. I, p. 9). Mais oe n'est pas là un témoignage tiré de l'histoire, tant a'en
(1) OUT* cit., p. 26-27, «10^
DEUXIÈME FRAGMEirr. Ip
faut, et rien ne prouve qu'ils ne fussent pas de race gallique. Peut-être même ne fait-on intervenir les Ligures comme race brune, qu'en vertu de l'opinion non justifiée sur la couleur blonde des Celtes. Il serait permis d'in» sister sur ce point. Tout enfin n'est que conjectures dans cette nuit profonde. Mais quand, aussi loin que remontent les connaissances historiques, nous trouvons les Galls occupant la Gaule, et quand nous apprenons qu'il y existait très anciennement des populations brunes, il faut bien voir en cela un témoignage de plus favorable à notre opinion, savoir, que les Galls étaient bruns.
VI. Nos études sur le croisement, si peu avancées qu'elles soient, montrent d'ailleurs que les effets dont nous venons de parler, dans lesquels les produits participeraient également des pères et des mères, ne sont pas aussi fréquents qu'on pourrait le penser, entre races peu différentes. Le croisement eût-il lieu même entre tous les individus sans exception des deux races, ce que l'on ne peut admettre, les deux types primitifs seraient néanmoins reproduits. Le fait est commun chez les nations européennes, suivant la remarque d'Edwards (i). On a dit que, « dans la race blanche, l'union du type » blond avec le type à cheveux noirs produit des indi- » vidus dont la chevelure est noire, plutôt que d'une » teinte iotermédiaire entre le blond et le noir (2)« » £t d'un autre côté, l'on croit observer que, dans la zone
(I) Du cwoGt. phyiiok etc., cit,, ta iiip,, p. 24. (8) D^Omaliuf d^HiUloy, oa?. cit., p. 13, noU
occupée par les Gymro-Galls, le sang gallique tend à prédominer dans le mélange avec les Gymris ; parce qu'en effet «Le type des hommes blonds.... s'altère de plus en plus, à mesure que des bords de TEscaut on s'avance vers ceux de la Seine et de la Loire (1).» Mais ce sont là des points de vue mis au service d'une théorie, et qu'il ne faut accepter qu'avec réserve. Cependant le caractère ibérien dominait, dit-on, chez les Celtibériens (2) ; de même que la physionomie des Guanches se révèle encore dans la race issue de leur croisement avec les Espagnols (3) .
Serait-ce donc l'élément le plus méridional, serait-ce surtout le plus pur et le moins étranger au sol, celui des premiers occupants , serait-ce l'élément féminin qui dominerait dans ces sortes de croisements? A-t-on raison de dire, avec M. Serres, que « constam- » ment, dans le croisement de deux races, la supé- » rieure empreint ses caractères sur le produit qui en » résulte, d'une manière beaucoup plus profonde que » la race inférieure (4) ? » Toujours est-il que la prééminence d'une race sur l'autre est surtout le privilège de celle qui sera la moins dégénérée, et la moins altérée par diverses causes, entre lesquelles les mélanges tiennent sans doute le premier rang. D'autre part, on reconnaît que la femme est plus particulièrement que
(t)Moke, ouY. cit., p. 61.
(2) G. de Hamboldt, op. cU,, p. 478, o. 5; ef. dans Michelet, 'oqy. citot. I,p. 438.— Cr.Niebahr,ottT.clt., t.lV.p 282>283.
(3) Berthelot, Mém, sur les Guanches , dans les Mém. de la Soc» eihnoU^ t. U, part. I, p. i29.
(4) Rapp, sur les résuU. iCimUf, du voy» de TAstrol. H de la Zélée, dans les Compt, rend, de VAcad.desseiânces, t. XUf , p. 648, ann.1841 .
l'homme, chargée de conserver et de transmettre le type de la race. Et c'est ainsi, par exemple, que les • Romains ont pu mêler leur sang avec celui de la Gaule, sans pour cela procréer des rejetons qui ne fussent surtout Gaulois. C'est encore ainsi que les Rourouglis actuels, quoique issus de pères étrangers, n'appartiennent pas moins, par leurs principaux caractères physiques et leurs aptitudes morales, à la race de leurs mères, au sang algérien. On comprend donc que les chocs, les invasions, puissent se succéder à la surface d'un pays, sans que les anciens possesseurs du sol cessent de revivre et de se perpétuer dans les générations qui suivent.
Voilà ce qui nous semble ressortir de l'examen général des faits. D'où il serait permis d'inférer que les familles des hommes ne sont pas destinées autant qu'on le pense à se confondre en un embrassement indéfini, qui produirait une génération métisse uniforme.. Car ce mélange universel, s'il était possible , frapperait au cœur les races les plus abâtardies, lés plus faibles, et serait pour elles un naufrage ; tandis que les plus pures, comme pour prix de leur pureté, les plus fortes, surgiraient seules, et triompheraient sans cesse dans cette lutte inégale. L'homme ne déchoit pas. Telle est, en effet, la persistance de la nature dans ses voies éternelles; telle est sa puissance incoercible de retourner à ses formes considérées comme primitives : argument tout expérimental, qui témoigne d'ailleurs dans le sens de la diversité établie dès l'origine entre les types humains. Mais nous ne faisons qu'effleurer en passant ces questions.
La conclusion de ce qui précède , c'est que l'an-
tique couleur de la chevelure des Celtes était vraisemblablement fort peu difFérente de celle qui domine parmi leurs descendants actuels, soit dans les iles Britanniques , soit au milieu de nous ; conclusion toute nature Ile, et conforme à la loi fondamentale de la trans* mission des types par voie d'hérédité.
VIL Ce qui ressort en outre de ces considérations, et ce que nous avons voulu montrer, c'est à quel point les auteurs anciens diffèrent sur la signification qu'ils donnent au mot Gaulois, n'appelant pas seulement ainsi les peuples de la Gaule, mais quelquefois ceux du nord de la Gaule, de l'Océan à la forêt Hercynie, par conséquent les Germains. Il faut arriver jusqu'à César, pour trouver sur les populations gauloises un langage précis, qui puisse nous servir de guide (v. fragm. III, n) . Et encore, lui-même, après avoir distingué dans la Gaule chevelue les Galls, des Belges et des Aquitains, emploie-t-il souvent le terme GalU^ pour désigner tous les habitants des Gaules , lesquels ne représentent même qu'une partie des peuples que les antérieurs avaient confondus particulièrement sous le nom de KcXtoc. De plus, il n'est pas rare de voir les auteurs des siècles suivants se contredire, en quelque sorte, donnant alternativement aux mêmes nations des noms différents (v. fragm. III, v, vi). On conçoit donc, au milieu d'un tel dédale, que les traits propres à quelques-uns de ces Celtes ou Gaulois, aient été prêtés à divers*autres peuples, tous également barbares , c'està-dire étrangers, pour les maîtres du monde d'alors. Et de là des dissidences d'opinions sans nombre, et
qui se perpétuent jusqu'à nous. Insistons sur cett^ confusion des termes, point de départ et nœud gordieu des difficultés inhérentes à ce sujet.
Sans qu'il soit besoin de remonter plus haut dans l'histoire, Tite-Live et Florus avaient donné leur nom de Gain Senones aux Gaulois qui triomphèrent à l'Allia, et qui brûlèrent Rome (1) , ceux que Strabon nomme Senones seulement, — Sevwvcç (2); les mêmes que Dior dore dit être Cimbres, — Kt>€po>i/, — et ailleurs, Celtes appelés Senones, — Tm ouv KcXtû>v...c< j6cx)oû|uievo« Scvwvcç.,. — et auxquels Denys d'Halicarnasse et Appien donnant aussi le nom de Celtes, — ri KcXtwv e^ofoç, — KcXto» (3) ; Içs mêmes que Plutarque nomme également, tantôt Celtes, ^- KtXTO(, — et tantôt Galates, ainsi que Dion Cassius, — Toikarat (4) , et que Justin , Sextus Rufus, Pline et beaucoup d'autres appellent Galli (6). Ainsi, les Gaulois de l'expédition en Grèce sont nommés par Pausanias, d'abord raXaxat, puis KtXro^ (6) , tandis qu' Appien les appelle Cimbres : — 01 Celtarum^ mU Cim^
bri vocantur^ — ...jiai KiXroTç rorç Ktfi^poeç XcyojMvoiç, .. (7j,
£n effet, cette formidable armée, indépendamment des
(1) Tite-Live , lib. V, cap. XXXV. — Florus, lib, I, cap, XIII.
(2) Lib. V, p. 212; édit. fr., t. H, p. 117.
(3) Diodore, lib. V, cap. XXXU;.lib. XIV, cap. CXllI. r- Denys d'Halic, AniiquU. roman., lib. I, cap. LX^IV. — Appieo, -Pe re&. gall., § I, ni sqq.
(4) Plutarque, in CamtW.,§§XV-XXlX;— 'cf. Dfl/brttt«. iîomanor., §XII.— DioD, Fragm,^ edeat. Reimar., $ CXLI. Hamburg.^ 1750-52.
(5) Justin, ex Trogo Pompeio, lib. VI, cap. VI ; lib. XXIV, çap, IV.— Sçxt. Ruf., Breviar, de vicL et prov. pop, rom,, cap. VI,— Pline, op cit., lib. XXIX, cap. IV; lib. XXXIII, cap. I.
(6) Lib. I (Atlic), cap. III, IV ; lib. 7i, cap. XIV-XXHI,
(7) Debeii. f«yr.,§lV.
Tolistobogii, des Trocmi et des Tectosages (v. sup.^ p. 33), comptait encore dans ses rangs plusieurs peuples ou fractions de peuples dont l'histoire a conservé les noms (1) , et qui paraissaient être de même origine que les Tectosages ; leur langue , suivant la remarque de saint Jérôme, étant à peu près la même que celle
des Treviri : — ... propriam linguam enmdem pêne habere [Gaintas) quam Trei^iros (2). On sait aussi que les principaux chefs de ces armées portaient le titre de Bren, Brenin, c'est-à-dire roi, mots que les historiens ont traduits par Brennns, Bpcwoç (3) , et qui sont empruntés à Fidiome des Cymris (à). Voilà les masses de peuples que la plupart des auteurs n'appellent pas seulement Gallo-Grecs et Celtes, mais Gaulois.
Il en est de même pour le fameux désastre de Q. Serv. Cépion et de Cn. Manlius, sur les bords du Rhône, l'an 649 de Rome. Là, suivant l'histoire (5) , ce sont les Cimbres, Ambrons et Teutons, et aussi les Tigurins, qui taillèrent en pièces les troupes romaines, et que nous voyons encore être appelés par Salluste Ga//i (6); tandis que Velléius Paterculus et Tacite, non contents de les nommer Cimbres, les disent Geraiains : —
(1) Pline, op. cU, lib. V, cap. XXXH.
(2) Op. cit , loc. cit.
(3) Tite-Live, lib.V, cap XXXVHI, XLVm,lib. XXXVHI,cap. XVÎ. — Juslio, lib. XXIV, cap. Vl-VUl, lib. XXXII, cap. III.— Plutarque, in CamilL, §§ XVII, XXn,XXVni.— Pau8anias,lib. X, cap. XIX-XXIII.
(4) Owen, op. cit.. Voce Brenin. — Adelung et Vater, op. cit. y t. II, p. 49. — Cf. Baiter, op. cit. y voce Brennus.
(5) Tite-Live, Epitom. lib. LXVIÏ, LXVIII. — Justin, lib. XXXII, cap. m. — Plutarque, in Cafwt/i.,§ XIX;— in Mario, § XIX. —Dion Cassius, Fragm.y §XGV11Ï sqq.--Eutrope, lib. V, cap. I.'
(6) De hell. jugurth., § CXIV.
... immanisuis Gernianarwn gentium^ qiiibusnomen Cim* bris ac Teutonis erat,., — At Germani,,,,, et Servilio Cœpione^ Cn, quoque Manlio fusis vel captis,,, [l),, Il n'y a pas jusqu'aux Cymris de la grande invasion qui terrifia Tltalie, un siècle avant notre ère, et qui fournit un éclatant triomphe à Marins, aux environs d' Aquae Sextiœ, et ensuite auprès de Vercellae, — ... to ittSiov to wfpc BepxAXoeç — , il u'est pas, disons-nous, jusqu'à ces barbares, pour la majeure partie Cimmériens, Ambrons et Teutons, Cimbres pour tous, qui n'aient été
considérés, soit comme Celto-Scythes, — KsXtoc-
xuôaç Tôv (jTpaTov wvo/ia^ov, — soit comiue uuo uatiou Celtique, — xp^ip^ KcXtwv, — KtfAêpot yt'voç KcXtwv (2), et désignés quelquefois, par Cicéron, par Sextus Rufus, sous le nom de Galli : — Ipse ille C, Marias, . . influentes in Italiam Gallonim maxiiuas copias repressit,,, — Marias Gallos de lia lia expiilit{2i). Enfin, c'est encore ainsi que l'esclave chargé de tuer Marins est appelé Gaulois, — natione Gallus , raXàrr^v av<5p«, — par Tite-Live et par Appien, alors que Velléius Paterculus dit qu'il était Germain — nations Gennanus, — et que ^Lucain le nomme Cimbre, — Cunlri [h).
On le comprend, il était impossible qu'une telle confusion dans les termes n'amenât un semblable désordre
(1) Paterc, lib. II, cap. XU. — Tacit., in Gem., cap. XXXVH.
(2) Platarque, m Mario, §§ XXV, XI.— Appien, De reb. gaU., § I, n. 2; — De helLcivUib., lib. I, § XXIX, — Cf. Dion Cassias, lib. XUV» cap. XUI. '
(3) Cicér., De prov. consuîarib., § XIII; —cf. De oratore, lib. Il, § LXVI. — Scxt. Buf., op. cit., îoc, cit.
(4) Tit.- Liv., Epitom. lib, LXXVil. — App., De fcc«.cw«tô., Ub. ï § LXI. r- Paterc, lib. Il, cap. XIX. - Luc, lib. H, v. 85. .
dans les idées qu'ils représentent. Et de là rerreur et les faux jugements. Mais qu'importe, après tout, au fond de cette question, que les noms soient les mêmes, si les types sont différents? Et qu'importe que les Celtes et les Cimbres aient été considérés comme également Gaulois, si les caractères physiques et moraux qui leur sont propres ne les assimilent point? Les Celtes et les Cimbres, pour s'appeler isolément ou collectivement Gaulois, n'en demeurent pas moins ou Celtes ou Cimbres, Galls ou Cymris. Ainsi l'appellation de Franks, donnée plus tard aux uns et aux autres, quel que fût le point de départ du torrent germanique, n'en laissa pas moins subsister les traits originels des races subjuguées , qui ne firent, au milieu de ce nouveau conflit, que changer encore une fois de nom.
VIII. D'après tout cela, nous sommes donc conduit à cette alternative, ou de voir les Gaulois dans les Celtes, et ûon dans les Cimbres, Cymris, Cimmériens, Belges; ou réciproquement, dans les Cimbres, non dans les Celtes, Galls ou Gaëls, à moins d'identité dans la race des Uns et des autres ; à moins que Cimbres et Celtes, Cymris et Gaëls, issus d'un même sang, ne soient liés au point de ne former qu'une même famille, dont ils constitueraient seulement deux rameaux. Of, cette unité de famille ethnologique, cette fraternité dont on a tant parlé, n'est rien moins que démontrée à nos yeux ; et la non-consanguinité, au contraire, entre les deux peuples, nous paraît être un fait qui repose sur des considérations de plusieurs sortes, notamment sur la diversité des Caractères propres à châcuû d'eux.
Les Gaëls et les Cymris différeraient donc par T origine, aussi bien que par le type qui les caractérise , et de manière à constituer, non deux rameaux d'une même famille, mais deux familles ou races distinctes. Telle est notre pensée : — nous croyons du moins que la question n'a pas été définitivement résolue; et ce sont les raisons à l'appui de cette opinion que nous allons exposer dans le fragment suivant.
SDR LA FRATERNITE ENTRE US GAELS ET LES CYHRIS.
Sommaire. — Exposé de la question. Opinion de divers auteurs. — Combien les témoignages anciens et modernes sont obscurs el contradictoires à l'égard des Celtes. Les Cymris Iielges De seraient pas Gaulois. — Raisons à l'appui de cette thèse. — Différence des types physiques gaël et cymri. — Langues distinctes. La fraternité des deux peuples n'est rien moins que prouvée. — Ancienne Celtique. — Auteurs grecs et latins ne donnant qu^aux Gaulois leur vrai nom de Celtes, ou réciproquement. Méprise de Strabon sur Télymologie du mot Germani. — Demeures fixes des Celtes, soit en Espagne, soit dans la Celtique propre. La tradition, au contraire, fait connaître les transmigrations des Cimbres. — Besumé. Conclusion : Les Cymris n^etaient pas d*ongine celtique, — Inductions finales.
I. Parmi les difficiles problèmes que l'ethnologie a pour objet d'éclairer, et qu elle poursuit de ses investigations, il n'en est pas qui soient plus riches d'intérêt que ceux concernant l'origine et la filiation des divers peuples. Et, dans ce nombre, il faut convenir que les
TROISIÈME FRAGMEI9T. 57
notions sur les Celtes, leur physionomie, leur évolution dans l'histoire, ont pour nous un attrait puissant. On nous excusera donc d'oser aborder, après de grandes autorités, la question encore imparfaitement résolue et sujette à controverse, de la parenté des Celtes avec les Cimbres, des Gaëls avec les Çymris.
Certains auteurs, suivant en cela des errements surannés, persistent à ne voir dans les Gaëls et les Cymris qu'un seul et même rameau de la famille celtique, et ne croient point, par conséquent, que les Cimbres aient différé des Gaulois. ..4insi, pour M. de Gobineau, « ....il n'existe aucun motif de scinder les » masses celtiques en deux fractions radicalement dis- » tinctes,.... » «On a pensé, dit^il, que ce nom de » Gumù'ij de Kymri^ de Cimbre^ pouvait indiquer une » branche de la famille celtique, différente de celle » des Galls, de même que dans les Celtes on ne savait » pas reconnaître ces derniers. » Et il ajoute : (( M^s » il suffit de considérer combien les deux dénomina- » tions de G ail et de Kymri s'appliquent souvent aux » mêmes tribus, aux mêmes peuplades, pour abandon- )) ner cette distinction (1) . » Nous verrons par la suite ce qu'il faut penser d'une raison comme celle-ci. C'est d'ailleurs un fait, que nombre d'historiens, même récents, comme Anquetil, Jean Picot, de Ségui*, de Sismondi, par exemple, n'établissent aucune distinction entre les Gaulois et les premiers Cymris, dont ils ne prononcent même pas le nom (2) . Toutefois la dualité de la nation
(1) Ouv. cit., t. Ul, p. 98-99.
(2) Anquetil, Précis^de Vhist. «ntv., t. IV, p. 493-513 ; Paris, an VII. — Hist. de Fr.\ etc., *édit. 1829-31, t. I, § I, U. — JMcot, ouv. cit.,
gauloise considérée comme identique originairement, sa division en deux branches appartenant à la même famille et ayant divergé d'un même tronc , ainsi que cela résulte des travaux de M. Am. Thierry, telle est la doctrine admise généralement, et que l'on ne songe guère à contester.
Sans parler de Pinkerton, pour qui les Cimbres ou Cimmériens sont des Celtes Germains, qu'il distingue des Celtes Gaulois, ou Celtes proprement dits (1) ; sans parler de Prichard, qui divise également les nations celtiques en deux branches, comme nous l'avons déjà vu (fragm. I, p, 1 A) , tout le monde sait que M. Am* Thierry soutient avec un t^re éclat cette thèse du partage en deux races de la population gauloise ou celtique» et de la fraternité des Gaëls et des Cymris (2) ; et Ton n'ignore pas que des écrivains nombreux, et entre lesquels il nous suffirait de nommer MM, Michelet et Henri Martin, suivent les mêmes traces (3). Enfui, on sait que notre Edwards, tout en constatant les
t. I, ch. I-in. — DeSégur, ouv. cit., ch. ML — De Sismondi, Hist. des Français, t. I, p. 2 etsaiv.; Paris, 1821-44.
(1) Rech.,eic.,tii.tp, 74-75, 80-82, 237» et pa5s.^^ilii£'ft9ttirt(,etc,, cit., vol. I, p. 202, et pass, — Voy. fragm. I, p. 12.
(2) Guy. cit., 1. 1, Jntrod., p. xj et suiv.
(3) Michelet, ouv. cit., t. I, p. 10-11, 16, 18 , et pass. — Martin, onv. cit., t. !, p. 19 et suiv. -- Cf. Malte-Brun, ouv. cit., t. Il, p. 68, 405-406, cf. t. I, p. 124. — Baibi, Abrégé de géogr., édit. 1838, p. 100, cf. p. 110, 475-476. — De Pétigûy, ouv. cit., 1. 1, p. 7-8.— Vivien de Saint-Martin, Rech. swr Us popul. primit, du Caucase, dans les Nouv. ann, des voyag,, ann. 1846, t. HI, p. 288-290, cf. p. 274. — Bodichon, ouv. cit., p. 136, 138, et pass.*— E. de Salies, ouv. cit., p. 09, 102, 108, et pass, — Bfalto-Brtto fils, La France et 9$t colonies, p. 2; Paris, 1857.
TROISIÈME MIAGMENT. 59
dîfféféncesqtiî existent entre l'un etTautrede ces peuples, et comtïie s'il était empressé de donner une sanction physiologique à la distinction que M. Thierry venait de puiser dans T histoire; on sait, disons-nous, que Will. Edwards regarde encore comme deux races gauloises les Gaëls et les Cymris (1) .
Personne plus que nous ne s'incline devant les travaux de ces maîtres, auxquels nous sommes tant redevables. Mais en ce qui touche la fraternité ethnologique des Celtes et des Cimbres, il nous sera permis de ne pouvoir nous défendre d*un doute que nous allons amplement motiver. — Les Gaëls et les Cymris sont-ils deux races d'une même famille celtique, ou sont-ils deux peuples différents et séparés par l'origine comme par le type physique, les aptitudes^ les mœurs? En d'autres termes^ les Cimbres sont-ils Gaulois? Telle est la question.
II. On ignore d^où vinrent les Celtes ou Gaëls ; car l'histoire est muette sur la marche qu'auraient suivie leurs antiques migrations. Et il est sans doute curieux dB les voir classés alternativement parmi les Sémites (2) ; dans le rameau indien, germain et pelas-
(1) Des caract. physiolog., etc., cit., ub, wp^, U i, part. I, p. &i ei suiv-., 60, 65. — Fragm, mr VinfL,^ etc., cil.) «6. su]»v,t. H, part. 1, p. 9« — Fragm^ cur les Gûifli, oiU, iWd.^ p. 21 fli satT., 27, 28*
(2) DesmeiilinB, otiv. cit. {Tàbl. y^^r» des esp. etûesnajcet «te), m /In. — Cf. MaUe^Srun fil», <mv. ^., toc, tU.
gique (1) ; dans la race ariane ou indo-européenne (2) ; parmi les Atlantes (3). De même, ils ont été considérés, tan^tôt comme originaires des rives du Scamandre (à), comme venus de la Phrygie, de T Arménie ou de ribérie (asiatique) (5) ; comme provenant des premiers habitants de l'Espagne (6) , ou même comme issus de Thubal (7) ; tantôt comme descendants des Titans (8) , de Polyphème et de Galatée (9), d'Hercule et de Coltine (10) ; et tantôt comme nés du sol (11), alors qu euxmêmes se disaient enfants du dieu Dis (12) ; et alors que d'autres, suivant une interprétation particulière de
(1) Cuvier, Le Règne antm., t. I, édit. 1829, p. 81-82. — Cf. Lesson, Manuel de Mammal. ; in-12, Paris, 1827, p. 24. — D'Omalius d'Halloy, ouv. cit., p. 28, 37.
(2]PriGhard, £/isf.na£., etc., cit., t. I, p. 243, 247.
(3) Bory de Saiot-Vincent, Sur Vanthropol, de VAfr. fr. Broch., Paris, 1845, p. 8.
(4) LucaiQ, lib. I, y. 429-430.— Sidoine Apollinaire, lib.VIl.^pts^VU.
(5) Wachter, op. cit., Prœf. ad Germ,, §§X1V, XXVUI, cf. § XXXI.— Dano5l, Hist. desSéquanais^eic. {Il* dissert. ], p. 2, 85 ; in-4, Dijon, 1735.
(6) Moret, InvesUgacion. histor, de las antiguedad, del reyno De Navarra^ lib. I, cap. IV; in-fol.,Pamplona, 1665. — Cf. Graslin, de VlbériCf Introd., p. 4, 127-128, et pass. ; Paris, 1838.
(7) De Masdeu, Histor. criUca de Espana, y de la cultura, etc. (en italiano, trad. al espanol), t. II, part. I, lib. III, § I-UI, etposs.; Madrid, 1783 etc. — Voy. tnf,, iv.
(8) Callimaque, Cyrenœi hymni, in Delon, v. 174. — Cf. Pezron, Aniiquit. de la nat. et de la langue des CelteSj p. 9 et saiv., 111-124 etsaiv., et pass.; Paris, 1703.
(9) Appien, De helL iUyr,, § H. .
(10) Parthenius, De amaior, affectionib. lib, (Cornario interpr.), cap. XXX; in ofT. Froben, 1531. ' — Diodore, lib. V, cap. XXIV.
(11) Ammien Marcellin (exTimagene), lib. XV, cap. IX. — Cf. Malte- Brun, ouv. cit., 1. 1, p. 63. — Anqaetil, Hist. de Fr., cit., 1. 1, p. 4.
(12) César, op. cit., lib. VI, cap. XVUI.
la Genèse (1) , reconnaissent en eux la postérité de Japhet, soit par Aschkenas (2), soit aussi par Gomer (3), postérité s étendant non-seulement aux Gomérites, aux Galates, aux Cimbres, mais à tous les peuples occidentaux que Ton avait compris sous le nom de Celtiques.
Toutefois , prenant la Gaule au temps de César , abstraction faite de la province Narbonnaise, déjà soumise, et dont il n*est pas fait mention , nous rappellerons d'abord les propres paroles de cet observateur ; il est évident que nous ne saurions suivre un meilleur guide. Les voici : Gallia est omnis dwisa in partes tres^ quartim unam incolunt liel^œ, aliam Aqid» tani^ tertinm^ qui ipsonun lingua Celtœ^ nostra Galli appellanhir. Ailleurs il emploie le mot Gallia pour désigner la Celtique exclusivement (à) . Strabon paraît vouloir suivre la division de César, mais on peut croire qu'il se trompe ; car il s'en écarte notablement, soit en comprenant la Narbonnaise dans la Celtique, soit en reculant les bornes du territoire occupé par les Belges, territoire qu'il étend depuis l'Océan, comme nous l'avons vu (fragm. II, p. 39), jusqu'au voisinage des Alpes (5). Toujours est-il que Celtes et Gaulois sont ici deux mots
{l)Cap. X, ^. 2 8qq.
(2)Cluvier, GQrm.(Mii\q,., lib. I, cap.IVsqq.,tn/b2., éd. 1631, p. 32, 37, SSsqq.) cf. cap. IX, p. 61. — Marcel, ou?, cit., t. I, p. 8-9. —Duood, oav. cit., p. 2, 84-86. — Le Gendre, Das aniiquii, do la nat. et de Iamonarc^./r.,chap.V, p. 223, cf. p. 225, etpa5s.;iQ-4% Paris, 1741.
(3)Jo8èphe,ilntt7Uiï.jt*d.,lib. I, cap. VI (VU). —Saint Jérôme, Quœst, hehraic. lib., in Gènes., cap. X, 2. —Isidore, lib. IX, cap. U. — Pezron, OQY. cit., p. 12 etsuiv., 47, 183-186, eipass.
(4) Op. cit , lib. I, cap. I, init.; lib. H, cap. III, etpass.
(5) Lib. IV, p. 176-177 ;édit. fr., t. H, p. 1-3.
63 THOISIÈMS FHAftMlNT.
synonymes. Et c'est ce qui fait dire à d'AnvîUe que «lea » Celtes étaient en quelque manière plus Gaulois que les » autres (1) » , ce que nous dirion» encore des habitants de la France centrale actuelle. Car les autres Gaulois, Belges, Aquitains, n'étaient en réalité Gaulois que de nom.
Eb bien, de même que les Aquitains tiraient sans doute leur origine des Ibères, auxquels ils ressemblaient plus qu'aux Gaulois — » . . • «fjiy»P<*ç H>îp<t< ^aI.\ov ig Vakàr T@(K (2)* ainsi les Belges paraissaient consanguins des Germains , dont pour la plupart ils étaient issus, comme le dit César : — , . , sic reperiebat : plerosque Belgas es fie ortos ab Germanis (3) . Quelques-uns de ces peuples annonçaient même hautement cette origine, dont ils tiraient vanité (4) ; c'est, du moins ce que rapporte Tacite, qui, pour le dire en passant, est du nombre des autem^s anciens qui ne ménagent guère les G^iulois.
En ce qui touche la fraternité des Belges et des Cymris ou Cimbres, fraternité sur laquelle insiste M. Am, Thierry (5), elle n'est point ici mise en question ; et nous n'avons pas à nous en occuper. Mais nous remarquerons que Velléius Paterculus et Tacite mettent au nombre des Germains les Cimbres (6) ; que
^ (1) f^otice deVancienne Goufe, etc., p. 5; in-4% Paris, 1760. — Géogr. anc. abrég., OEuv., t. il, p. 51; in-i**, Paris, 1834. (2)Strabon, lib. IV, p. 176, 189; édit. fr., t. II, p, 2, 38.
(3) Op, cit., \i\). Il, cap. IV, cf. lib. VI, cap. XXXIl.
(4) In G«riw., cap. XXVUI.
(5) OuY. cit., 1. 1, Introd.y p.xxxvj-il , cf. t. II, p. 28, eipats,
(6) Paterculus, lib. II, cap. Xiï, Vllî. — Tacite, in Germ., cap. XXXVII.
Strabon range aussi les Cimbres — Kîf*6poi — parmi leg peuples germaniques (1) ; et qu'il en est de même pour Pline, dont voici les paroles : AUemm genus {Gennano^ mm) Ingœvones^ quorum pars Cùnbri, Teutoni,.,, PrQxi" mi autem Rheno lstœ\'ones^ quorum pc^rs Cimbri Méditer-^
ranei (2), Plutarque tient le même langage, Après avoir distingué clairement les Cimbres des Celtes ou Gaulois — KéXtouç — qui les avaient précédés sur le territoire cisalpin, il dit que les Cimbres — KiV^pouç — étaient regardés comme Germains, « à cause de leur grande taille et de
» leurs yeux pers, » — . . , rorç fJieyi6i(Ji tmv ^Wftarwv x«t Tfi x^"
pewoTïjT* Tûv ofi/xaTwv. ,. (3) ; grande taille, que nombre d'auteurs signalent comme un des caractères de la nation cimbrique, et que beaucoup d'autres, à T instar d' Ammien Marçellin» attribuent aux Gaulois (v. fragm. II, p., 33, 36). Nous ne pouvons donc être de l'avis de notre éminent historien, quand il dit que « Les Belges sont » reconnus unanimement par les écrivains anciens, » comme Gaulois, formant avec les Galls, improprement » appelés Celtes, la population de sang gaulois (4) . » L'origine germanique des Belges ou Cimbres est encore attestée par de nombreuses autorités modernes. Ainsi Fréret, regardant les Celtes et les Germains comme deux nations différentes, rattache les Cimmériens à la source germanique proprement dite : ainsi Pinkerton ne doute pas que les Belges ne fussent Ger-
(1) Lib. Vn, p. 291, 294; édil. fr., t lU, p. 8, 19.
(2) Op. cit ,lib. IV, cap. XIV.
(3) Plutarque, in Mario, § XI; édit. fr. cit., t. IV, p. 22-23.- Cf. Tacite, in Germ.y cap. IV.
(4) Am. Thierry, ouv.cit., t. I,./nfrod., p. uiv^.
mains (1). Et dans notre siècle, Adelung, Malte- Brun, Schœll, par exemple, rangent également, soit les . Belges, soit les Cimbres, parmi les peuples originaires de la Germanie (2). Aug. Thierry, sans s' expliquer d'ailleurs autant qu'on pourrait le désirer, distingue cependant, quant à l'origine, et d'après les triades galloises^ entre la race gaélique, dite indigène de la Grande-Bretagne, et celle des immigrés Cambriens ou Cymris. Aussi n'est-ce que « faute de termes w , suivant lui, que l'on est souvent obligé d'appliquer le nom de Celtes ou Gaulois a indifféremment aux populations » d'origine cambrienne et gallique (3). » Parmi les contemporains, MM. Lavallée, Bouillet, de Brotonne, Bérard, entre autres, distinguent foncièrement les Gaëls des Cymris ou Belges, les uns appartenant à la race ou famille celtique, les autres à celle des peuples germains (à). Schafarik, d'un autre côté, observe que si les Galls, les Ibères et les Cymris étaient trois branches d'une même souche , « Il suivrait de là que les » Gais avec les Ibères devraient être séparés des races » indo-européennes, et classés avec les races septen- » trionales, ce que Ton ne sera jamais en droit de
(1) Fréret, Mém, sur les Cimm., ub, sup., t. V, p. 7-9, cf. p. 58.
— Pinkerton,, Rech. etc., cit., p. 163, 191-192, 224, eipass.
(2) AdeloDg, op. cit., ind,, {exlr.), ub. sup.,i, IV, p. 320, cf. p. 325.
— Malte-Bran, ouv. cit., t. II, p. 50, cf. p. 69; t. IV, p. 24. — Schœll, Tabl. des peupl. quihabit. V Europe, etc., p. 29, cf. p. 31-32, et poss.; Paris, 1812.
(3) Ouv. cit., t. I, p. 30-31, 54, not.
(4) Lavallée, Hisl. des Français, édit. 1841, t. I, p. 9-11. — Bouillet, Dici. wiiv. d'hist., etc., art. Gaulois. — De Brotonne, Hist. de la filial, et des migrtU. des peuples, t. T, p. 295, 334, 342-343, Hpass.; Paris, 1837. — Bérard, ouv. cit., t. I, p. 420-421, 423.
» faire (1). » Enfin, MM. Nott et Gliddon sont également en opposition avec M. Am. Thierry, et tie croient pas non plus à la consanguinité des Cimbres et des Celtes. — « . . .but this we doubt » , disent-ils ; et ils continuent ; « No proof can be adduced of their common )) origin, beyond some affinitybetween their languages : » raguments that we shall show to be no longer satisfac- » tory évidence of aborigenal consanguinity (2) . »
Les deux nations cependant occupaient des territoires limitrophes ; et les Belges, suivant la remarque de Pinkerton, avaient adopté T idiome des Gaulois (3). Lors du partage de la Gaule en quatre nouvelles provinces, sous Auguste, il y eut de grandes modifications dans la division territoriale ; et plusieurs peuples de la Celtique furent compris dans l'Aquitaine et la Belgique, qui j s'en accrurent d'autant (4). Mais les éléments constitu-
[ tifs de la population n'en subsistèrent pas moins, comme
I familles distinctes. Et, quelques efforts que Ton ait
faits pour prouver l'identité de race entre les Belges et les Galls, en se fondant sur la philologie, l'histoire ou les traditions nationales, nous ne croyons point que l'on ait atteint ce but.
Aucune des raisons que l'on apporte à l'appui de cette théorie n'égale d'ailleurs, à nos yeux, les témoignages qui nous sont révélés par l'ensemble de la constitution, et sur lesquels en particulier se fonde pour nous l'opinion contraire, à savoir, que la qualifi-
(1) Oqv. cil., uh. sup., p. 324.
(2) Types ofMankind. Philadelph., edit. 1854, p. 92, cf. p. 91
(3) flcch., etc., cit., p. 231.
(4) Slrabon, lib. IV, p. 177; édit. fr., t. II, p. 3.
cation de Gaulois, donnée aux Gymris Belges, est purement nominale et géographique, et qu'elle ne se rattache point, quant au fond, à l'idée de fraternité entre les hordes cimbriques et les Gaulois ou Géltes proprement dits. Les uns et les autres étaient Gaulois sans doute, mais comme les peuples de Tile de Bretagne étaient Bretons; dans un sens collectif, rien de plus. Belges et Gaëls étaient frères par le voisinage, par des analogies nombreuses dans le langage et dans les mœurs, comme cela se voit entre peuples fort différents. Ils étaient frères par l'habitude d'une existence commune, par des liens de plusieurs sortes et par des croisements multipliés ; non par le sang de leurs aïeux. Nous tacherons de le montrer.
III. Si ces deux peuples que César trouve établis, l'un particulièrement au nord delà Marne et de la Seine, Vautre, au centre et à l'orient de la Gaule, depuis la Garonne et l'Océan jusqu'au Rhin (1) ; si les Gaëls et les Belges, disons-nous, n'avaient formé qu'une famille de frères, nous comprendrions assez mal comment, liés par l'origine, ils eussent été si complètement séparés. Gomment, en effet, auraient-ils habité, depuis de longs siècles, des territoires limitrophes, sans que la nécessité de s'unir eût fait taire les vieilles haines qui ne cessèrent de les diviser, à ce point que les confédérations de cités ou de cantons furent presque toujours ennemies ou rivales? Et comment, par la communauté de leurs efforts, n'eussent-ils pas épuisé toutes les res-
(1) César, op. cit., !ib. I, cap. I.
TROISIÈME FRAGMEIfT, 67
poiirces del?. défense, £|,fm de résister .^ux ^mes étrangères ! Nous ne saurions voir en qela des indices de parenté, M^ Am. Thierry lui-même s'exprime daus ce sens ; <( , , . il y avait pour les masses complète » séparation d'affections et d'intérêts, dit-il ; elles ne » le firept voir que trop clairement, lorsque le danger )) d'une seiTitude commune vint menacer toutes les » races qui habitaient la Gaule. » Car, dans ce inoment d'ej^trême péril, la cause des uns et celle des autres pe fut pas la même. Et c'est ainsi que les Belges pactisèrent sans nulle difficulté avec les Cimbres qui françhirent le Rhin, vers la fin du ii* siècle avant l'ère actuelle, alors que les Gaulois mettaient tout en œuvre pour défendre la patrie (1). Non, ce ne sont point là des preuves d'affinité, encore moins d'identité de ?-ace ou d'origine,
César, en effet, PQUS apprend qu'avapt lui, les Gaulois étaient en guerre presque tous les ans, soit pour faire des incursions, soit pour en repousser : — .... atque aliquod hélium inçicfU [quod qnte CœsarU adventum fève miOtaf\ni9 accidere solebat, uti aut ipn inj\irias injevrent^ autillatas propidsarent) (2). Et nous savons,
d'ailleurs, qu'ils passèrent les six premières années de leur lutte avec César à s'entre-déchirer, à s* entredétruire ; et que ce ne fut qu'à la septième campagne, qu'ils opposèrent toutes leurs forces à leur trop redoutable ennemi. Napoléon observe que « la Bretagne, cette
(1) Ouv. cit., t. II, p. 39, cf. p. 6, 197,204, t. I, M^rod., p. f^iix, liij-Iiv, Uiv.
(2) Dp. cit., li^. VI, wp. XV. - Cf. Strabon, lib, IV, p. i95; édit. fr.,t. II, p. 59-60.
î) province si grande et si difficile, se soumit sans faire des » efforts proportionnés à sa puissance », et qu'il en est de même de T Vquitaine et de la basse Normandie ; et que cela tient surtout à (( Tesprit d'isolement et de lo- » calité qui caractérisait les peuples des Gaules (1). » Combien la distinction des races ne facilite-t-elle pas l'intelligence de tous ces faits !
Nous ajouterons qu'une foule de traits particuliers des mœurs appartiennent plutôt, soit à l'un, soit à l'autre des deux peuples ; et il est même remarquable que plusieurs, propres aux Gaulois, semblent leur être communs avec les Ibères, et que d'autres, propres aux Cymris ou Cimbres, le sont également aux Germains. On peut mettre au nombre des premiers la singulière coutume, mentionnée par Strabon, de se nettoyer les dents avec de l'urine, l'habitude de se coucher sur le sol ; celle de porter des saies, de se servir de vases de terre (2). Les Ibères et les Gaulois avaient encore en partage le génie du commerce, de l'industrie et des arts (3) , l'aptitude au travail des métaux (à). Parmi les seconds, sans parler de l'engagement que prenaient les compagnons
ou clients, — comités^ — les soUlnrii^ — cu^j^wXtpxTot , —
de ne jamais abandonner leurs patrons, ou de ne pas leur
(1) Précis des guerres de César (écrit par Marchand, sous la dictée e l'empereur), p. 53; Paris, 1836.
(2) Strabon, lib. Ul, p. 164, 155; édit. fr., t. I, p. 481, 448. — Cf. Catulle, Carm. XXXVIÏ, XXXIX. — Diodore, lib. V, cap. XXXHI.
— Apulée, Apolog., collect. Panckouke, t. IV, p. 17.
(3) César, op. cit., lib. VF, cap. XVII. —Diodore, lib. V, cap. XXXVI- XXXVni. — Pline, op. cil , lib. XXXIV, cap. XVU, et pass.
(4) Strabon, lib. III, p. 146 sqq ; édit. fr., t. I, p. 418 et suiv.
— Diodore, loc, cit.
survivre (1) , institution dont Torigine est peut-être ibérienne ouceltLbérienne (2), nous pouvons citer Tusage plus spécial aux Germains qu'aux Belges, de baigner les nouveau-nés, ou de les exposer sur le Rhin, pour éprouver la fidélité des épouses (3) ; et aussi certaines cruautés que Ton exerçait envers les ennemis, ou qui présidaient aux sacrifices humains (4). Au reste, les maximes de droit, les systèmes d'idées religieuses, le culte du druidisme lui-même, importé de l'Orient par les ancêtres des Cymris, étaient fort différents chez ces derniers et chez les Gaëls.
Pour ce qui concenie les femmes, leur condition était aussi bien différente chez les uns et chez les autres, du moins à certaines époques. Elles paraissent avoir exercé plus d'empire anciennement chez les Germains et les Cimbres, que chez les Celtes ou Gaulois. Cependant, si les femmes des premiers étaient consultées sur les questions de paix ou de guerre et rendaient des oracles, ainsi que. nous l'apprend notamment Tacite (5),
(t) Tacite, in Germ., cap. XIU-XIV. — César, op. cit., lib. HI, cap. XXn. — Athénét', lib. VI, cap. UV. - Cf. i réret, Mém. sur les Ctmm., ub. sap., t. V, p. 55-56.
(2) Strabon, lib. HI, p. 165 ; édit. fr., t. I, p. 487.— Valère Maxime, lib. II, cap. VI, nMl. — Plutarque, in Serlor., § XIV.
(3) Galien, De valetud. tuendâ, lib. I, cap. X, t. VI, p. 51. — Cf. Aristote, PoUtica, lib. VH, collect. F. Didot, cap. XV (XVII). — Julien, Epist. XVI, (Maximo j}/it2osop/io) ; — De Constant, imperat. reb. gest., Orat. II, edit. gr. et lat., in-4«, 1630, part. I, p. 151. — Claudien.in Au/ln., lib. Il, Y. 112. — Cf. Anquetil, Hht. de Fr., cit., t. I, p. 11. — Am. Thierry, oav. cit., t. H, p. 69-71.
(4) strabon, lib.lV, p. 198, lib. VII, p. 294;édit. fr.,t. II, p. 70- 71. l. m, p. 18-19.— Diodorc.lib.V, cap. XXX, XXXI.
(5) Tacite, Hisl., lib. IV, cap LXI,LXV, lib.V, cap. XXII, XXIV;—
90 TftOlSlÊMÈ FRAGMEIIT.
les (iàuloises eurent aussi leur part d*influeiice dans les affaires publiques ; et Ton sait que les prêtresses de cette nation , les druidesses, se rendirent célèbres dans la prédiction de T avenir (1). S'il est vrai, d'ailleurs, que chez les Gaulois, considérés en général, les hommes eussent le droit de vie et de mort sur leurs femmes, de même que sur leurs enfants , la communauté des biens établie entre les époux témoigne, au contraire, d*une sorte d'égalité des droits de chacun d'eux (2). Strabon, néanmoins, donne à entendre que les occupations des femmes gauloises indiquent lem- état d* abaissement ou de subordination (3) , ainsi que cela se voyait chez les Ibères, où les femmes travaillaient à la terre (4) . Mais, d'autre part, Plutarque signale un grand exemple de l'ascendant politique des femmes de l'Aquitaine (5) ; et l'on peut voir aiissi , dans Tacite lui-même, que les femmes germaines cultivaient le sol, alors que les hommes ne faisaient rien : — Fortissimus quisqne av
bellicosissimus nihil agens^ delègatâ domûs et penaiium
in Germ,^ cap. VIII; - Ânn,, lib. XIV, cap. XXX, IXXII, cf. cap. XXXIV, XXXV. — Cf. César, op. cit., lib. I, cap. L. — Strabon, lib. IV,p. 198, lib. VU, p. 294; édit. fr., t. II, p. 72, t. lU, p. 18. — Pomponius Mêla, lib. III, cap. VI.— Plutarqae, in Cœsar.^ \ XIX. — DionCassius, lib. XXXVUI, cap. XLVIII.— Pliïie, op. ci(., tib. XXU, cap. I.
(1) Lampride, in Alex.Sev,^ §LIX.— Vopi8qae,rûiliir0{fafi.,'{ XLHI; — in Arwm©r.,§XIV,XV.
(2) César, op. ct7., lib. VI, cap. XIX.
(3) Lil). IV, p. 197 ; édit. ftr. t. Il, p. 66. — Cf. Ariatote, op. cii.y lib. n, cap IV (IX) ; cf. trad. par Barthélemt Saint-Hilaire, ch. VI, § 6.
(4) Strabon, lib. lit, p. 165; édit. fr., t. I, p. 484. — Jostin, lib. XLIV, cap. lll.
(5) De mulier.virtutih.j § VI (Celticœ).— Cf. Polyen, lib. VII, cap. L,
ei agPnhffH ciird Jeminis .... ipsi hebent (1) . Il ne faudrait dotiC pâô trop se hâter de croire que les Gaulois asservissaient la femme, tandis que les Germains l'honoraient.
Et ne pourrait-on mentionner encore ici la fécondité relative des deux races? Car il nous parait certain que la nation cimmériennê ou clmbrique, comme il arrive pour la plupart 'des peuples Slaves et Germains, était douée d'une aptitude génératrice très grande, et qui serait en rapport avec le rôle que cette nation a joué dans les annales des temps anciens. Or, l'histoire n* apprend pomt qu'il en ait été de même pour les vraiâ Gaulois ou Celtes. Si ces derniers émigrent, c'est plutôt par le refoulement qu'exercent les masses cymriques, non par l'excès de leur propre population. Et quand Justin compare les Gaulois à un essaim dispersé dans toute l'Asie (Mineure) : — ,,Mt Asiam omnem Delut examine aliquo implerent ; quand Un poëte les dit aussi nombreux que les flocons de neige, ou les étoiles qui peuplent le firmament, — qnando pluvimœ per tiet'ém puscnnîut\ — ce sont les Galates que ces auteurs désignent jsous le nom de Galli ou de Celtes, — KcXràv. . . . épiîflt (2) . On a disserté longuement sur la fécondité des peupleià dits septentrionauîc, et venus surtout de ces contrées dont Jornandès a dit : qund officina gentium^ (tuicerte veiui vagina naiionum (3)* Hais quand OU a nié leur fécondité, en se fondant sur des raisons cllmatèrî-
(i) In Germ,j cap. XV.
(3) Justin, lib. XXV, cap. U. -^ Callimaque, op. oUx^ «b. sup., V. 171-176 , 184. — Cf. Pausanias, lib. I, cap. IX. (3) Op. cit,, lib. I, cap. IV.
ques (1), n'a-t-on pas oublié qu'ils n'étaient point aborigènes de ces régions, en même temps que Ton méconnaissait la force de persistance du type originel, et les aptitudes que les races transportent avec elles, et qui s'exercent, en général, indépendamment des circonstances du climat? On a dit les Celtes adonnés à F ivrognerie : et Ton a même supposé qu'ils n'avaient franchi les Alpes anciennement que par l'appât du vin d'Italie (2). Mais, d'abord, cette assertion est très contestée ; et ensuite les conquérants dont on parle n'étaient pas de vrais Gaulois. En outre, nous savons que chez ces peuples les boissons communes étaient la cervoise — Wôo? — et
1 hydromel, — .... xat rà xv^pta irXuvovTCç tw T0uto»v àiro-ïrXv-
fAoïTc 3fpûvTa« (3). Et l'exact Posidonius dit même que dans l'ancienne Celtique les seuls riches buvaient du vin. Voici conmient il s'exprime : Est Dero potus^ apud dmtesquidem^ vinum exltalia^ aut ex Massiliensium regione advectum ; . . . apud paulo tcnuiores^ cerevisia triticea^ cum melle parata ; apud plerosque autem Dulgo^ cerevisia absque melle : corma eum potum uocant : — irapà ^ to7ç viroSuarépoiç , ^u6o; irvptvov, fuxà fûXtToç caxcuaafxévov* iropà Sk to?ç
woXXocç, xaô'aÛTo* xaXtTrai Ss xop/wt (4) . Il y aurait douc licu de croire, d'après cela, que c'est surtout aux habitants des Gaules septentrionales, ou aux Cimmériens, que l'on a fait allusion, Diodore et Ammien notamment, quand
(1) Depping, HisL des expéd, maritim. des Normands, édit. 1846, p. S, cf. p. 10, 44, et pass.
(2) Tite-Live, lib. V, cap. XXXUl.— Denys d'Halicarnasse, {Eœcerpta, 24, p. 25), cit. parNiebahr,ouv.cit., t. IV, p. 272. — Pline, op. c««., lib. XII, cap. 1. —Plutarque, in Cornai., § XV, cf. §§ XXIU, XLI.
(3) Diodore, lib. V, cap. XXVl. — Cf. Pline, op. cit., lib. XXH, cap. XXV.
(4) Ap. Athenaîum, lib. IV, cap. XXXVI.
on a parlé de leur culte passionné pour Bacchus (1 ) . Maintenant, s'il faut faire mention de cette sorte d'amour que paraissent leur reprocher Strabon, Athénée, ensuite Eusèbe, et d'abord Aristote (2), peut-être est-ce plus gratuitement encore qu'elle serait imputée aux Celtes ou vrais Gaulois. En effet, c'est des Gaulois du Nord et non des Celtes, que Diodore dit qu'ils se prostituent avec une facilité incroyable, et sans croire en cela laire mal : — , , , corporis Tjenustatem aliis levissime prostiiuunt* Nec in vitio illud ponunt, — xai touto abj^pbv ovx iyoOvTotc, — sed potins^ ajoute-t^il, quum quis oblatam ab ipsts gratiani non acceperit^ inhonestuni infameque sibi id esse ducunt ^ — arif^ov lîyovvxac (3) .On peut trouver singulier que Strabon, en parlant des Celtes ou Gaulois en général, — rravTc; RiXtoi,— s' exprime à son tour sur le même sujet d'une manière presque semblable. « ...Chez eux, )) dit-il, les jeunes gens, se prostituent sans que cela soit re- » gardé comme une action honteuse, » — . . . .xat oi> vofjK'Ccrac
Trap aÙTûTç al^p^pov t6 t^ç âxpïç âycc^erv Toùç veovç (A) . Et il
n'est pas moins remarquable que les termes dont se sert Diodore, dans tout ce passage, sont très peu différents de ceux qu'emploie Athénée, à tel point que le premier paraît servir de modèle au second, comme on peut le voir en
comparantes textes. Eicôôacrc ^'cwt lîoparç 6»)p(wv ^a^at xaOeu- ^ovTCç èçdtp^oTcpcjv Tfuv ikt^tii'^ niapaxoirocç ouyxuXuaOai. Ainsi S CX*
(1) Diodore, loc. cit. — Ammien Marcellin, lib. XV, cap. Xil. — Cf. Am. Thierry, oov. cit., t. II, p. 61-62.
(2) Strabon, lib. IV, p. 199; édit. fr., t. If, p. 75. — Athénée, lib. XUI, cap. LXX[X.— Kusèbe, Prœparat. evangel.^ lib. VI, cap. X. — Aristote, ep, cit.j lib. U, cap. VI (IX). — Cf. liichelet, oav. cit., 1. 1, p. 6. •— Henri Martin, ouv. cit., t. I» p, 44-45.
(3) Lib. V, cap. XXXII.
(4) Loc, cit.
H TROISÎtIIË PBA«MËtrr.
prime Diodore. — ...«c itoXX<lxiç cvéduf, répète Athénée, ïit\
xaTç iopaîç ficxà jûo t^fuvtav dtvaffowcffÔaie, — . . • ut S€Ppe nonulti in pellibuscum duobits ùmasiis cubitent (1). D'oÙ il suit l|ue les Celtes dont parle Athénée, de même que Strabon, seraient encore les Gaulois du Nord comme les entend Diodore, ou les Cimbres. Aussi, dans la traduction latine de Xylander, l'expression frjîvTtc KtXtoc est-elle rendue par omnes Belgas, . . (2) . Voilà néanmoins comment, à défaut d'un examen"suflisamment approfondi, et par suite des idées reçues, certaines notions erronées ou douteuses, accréditées, il estvrai, par des autorités telles que Casaubon (3) , passent comme de main en main, et se perpétuent sous la plume de nos plus illustres historiens. Du reste, les paroles dont se sert Eusèbe à l'égard des Gaulois, — TaUof^, — diffèrent assez peu de celles que nous venjons de rapporter. Il suffit d'en faire la remarque. Et pour Aristote, rien ne prouve que dans cette circonstance, et peut-être aussi dans l'exemple cité plus haut (p. 69), il n'ait eu en vue, en les appelant Celtes, — KcXtoi, — soit ces mêmes Gaulois du Nord, soit des peuples germains, que l'histoire grecque confond sans cesse avec les Gaulois, en les désignant sous le nom de Celtes. Enfin, Sextos Empiricus, médecin et philosophe, attribue positivement le même vice aux Germains, — ... apud Germanos autem^ utfertur^ — itojjà Tcppxvoïlç ^, — turpe non est^ — oOx ««(xjfpov» — [mascula uenere uîî\^ sed nnum ex ils quœ usu recepta sunt (A). Il est vrai que ces té*-
(1) Diodore, loc. eU» — AUiéné«, loo» eil.
(2) Ed. gr. et lât. cit., loe. cit.
(3) Comment, et^astigaL, àp.Stnbon.i in «dit. cit., p.93.-^Crk édit. fr., loc. cil. (trad. de Coray), noU
(4) Pyrrhon. Hypotypos,, lib. Ul, cap. XXHT.
fiiGtitiMS FAAMtfrr. 7t
moign&ged ne «om pad tits conformes è Topinion %l doutent proclamée de la chasteté et du penchaht au sentiment^ quel* on dit être le propre des races bloudeSi comparées aux races brunes» Mais là n'est pas notre question. Les Ibères se donnaient la mort plutôt que de subir une souillure semblable, suivant Sirabon (1) \ tandis que les Hérules, au dire de Procope « poussaient non-seulement la cruauté dans leurs actions, mais leë aberrations et le cynisme de la débauche, jusqu'à leun demiè^^ limites. Nêfhndos sectantar coitits , ettéim t>i>tK rUM ac pecudum --»•.•« HkÏMt ri xal M^^ mc\ C«^ (2)«
Tout ce qui constitue, d'autre part, les expressions deè mœurs, les grands Uuits du caractàne des deux nations^ était en général de nature aies faire distinguer (S)i Ainsi les Belges étaient plus belliqueux que les autres habitants de la Gaule (A) . Gimbres et Calâtes avaient aussi des instincts nomades, une humeur guerroyante, un mépris pour la mort, qui ne caractérisaient poiut au môme degré les Celtes. Et c'est pour cela sans doute que ces derniers ue sont jamais en majmté dans le tumulte des Mpéditkms lointaines auxquelles les anciens méfiaient le nom de Gaulois, et dans les chocs qui s'en suivinnit, non plus que dans les armées des petits rois
(«) lib. m, p. 164-165; édit. fr., 1. 1, p. 4t3.
(2) DeUU. gMiki., Ub.U, cap. XIV.
(3) Am. ThîenT, ou?, dt» t. I« hUràd.^ p. V-ff, lifilhl^f cf. t. il, p. 73-t4. -^ Edwardf, De r#i^. réoipr. tHit^j dU, té. mp.^ I. H, p«t. I, p. 9, 16 ; ->- Fragm, etc.» «ft., ttUL, pu 4t.
(4) César., êp. mi.. H». I, cap. L -- Stfabon, lib. IV« p* 196; édit. fr., u n, p. 61. — ce Plotarqne, te CtaMr., | XX, XXV. ^ TaàM^ ma., Ub* IV, cap. LXXVl. ^ Alliai. Marteilte, iibu XV» tap. XL
de rOrient, que servaient en mercenaires les Galates, non les Gaulois (1). Il en fut de même ensuite : et, sans parler des bandes de ces peuples, à la solde de Garthage, qui jouèrent un grand rôle dans les guerres puniques, nous voyons, à quelque temps de là, des auxiliaires cymriques figurer sous le nom de Gaulois, non-seulement dans les armées romaines, maissurtout parmi les troupes d* Annibal, dans la. Gaule ^cisalpine. Et nous nous demandons si ce genre d'aptitude mercenaire ne constituerait point un caractère de race, et qui mérite quelque attention.
Ici toutefois, dans la guerre d'Annibal, les vrais Gaulois partagent avec les Gimbres la gloire immortelle du grand capitaine. Polybe nous apprend que dans les journées de la Trébie, de Trasîmène et plus encore de Cannes, ce furent surtout les Gaulois — KcXto» — qui payèrent de leur sang la victoire (2). Or, quels étaient ces Gaulois auxiliaires qui prirent parti pour Annibal ? On sait que les principales des nations cisalpines n'étaient plus vers ce temps, que les Insubri, les Boii et aussi les Cenomani (3) ; et de ces trois peuples, les deux derniers seulement avaient une origine cymrique. Plus tard, les étrangers qui formeront la garde des premiers empereurs seront également de race germanique et non gaélique (à). Enfin, c'est parmi ces
(1) Jastin, lib. XXV, cap. II, cf. lib. XXVII, cap. II, III, et pass.— Polybe, lib. V, cap. LXXVII, LXXVIU, LXXXÏI, CXI, et fms.
(2) Pojybc, lib. UI, cap. LXXIV, LXXXV, CXVH. (S)Tite-LiTe, lib. XXXI, cap. X, lib. XXXn,cap. XXIX, XXX,etpa5«. (4) Saétone, io Augt^Lt cap. XLIX ; — inCali^tii., cap.LVIII; — in
Néron,, cap. XXXIV. — Tacite, Ann., lib. Xm, cap. XVIU ; lib. XV, eap. LVUl, et pa$s.-- Dion Cattiiu, Ub.LV, cap. XXIV; lib. LXXVIU, cap. VI. — Uërodien, lib. IV, cap. XII.
TROISIËMB FRAGMEirr. 77
mêmes peuples que seront en partie recrutées les légions de Rome. Et, de même que les Galates furent quelquefois mis en présence par les hasards des combats, comme à la bataille d'Apollonie, entre Antiochus et Molon (1), ainsi les Germains dont nous parlons s'armèrent plus d'une fois les uns contre les autres, connue on le vit encore dans les plaines de Châlons, où les Franks combattirent pour et contre Attila (2).
Nous venons de remarquer la tendance à l'émigration des Cymris, que l'on peut opposer au goût pour la vie sédentaire des Gaëls, caractères qui se montrent aussi, même de notre temps le premier, chez les nations germaniques, — mutandœ sedis amor (3) , le second chez les Ibères. Et de là l'un des éléments de ce grand rôle que joue la famille cynu-ique dans les héroïques aventures des temps reculés, alors que les Celtes n'y prennent qu'une faible part, au moins depuis leurs plus anciennes migrations dont l'histoire ait gardé le souvenir (voy. inf.^ vi). Nous avons remarqué qu'il entrait dans les mœurs des Cymris plus que des Gaëls, de vendre leurs services militaires, en se mettant à la solde des autres nations. Et chacun voit que tels sont encore maintenant les Helvétiens modernes, pour la plupart d'origine germanique, ou si mêlés de sang germain. Qui ne sait aussi que c'étaient les départements limitrophes du Rhin qui fournissaient naguère à notre armée le plus grand nombre des remplaçants ? Enfin,
(1) Polfbc, lib. V, cap. LH-LUI; cf. édit. fr. cit.. liv. V, rh. XH et oftserr., t. V, p 333 et suif.
(2) Michetet, ouv. cit., t. T, p. 173.
(3) Tacite, /7îs^, lib. IV, cap. LXXm.
78 TWttlIW flU^MIUIT.
pour ce qui touche leurs iustiucts de guerrq et de rapine, leur mépris de Id mort» on peut noter ici que, de nos jours, le maximum des crimes contre les propriétés se trouve constamment dans la région du Nord, plus spécialement occupée par les descendants des Cymris, et que les suicides sont environ trois fois aussi fréquents dans cette région que dans le centre de la France (1). Ce serait donc là autant d'exemples de l'intérêt que peuvent présenter les distinctions ethnologiques, dans la plupart des recherches auxquelles se livre la statistique actuelle (2).
U nous parait en outre que les Celtes ou Gaulois.
(1) Guerry, Essai sur la sUHist. morale de la France, p* 42, 63-64 ; in-fol., Paris, 1833. — Cf. Brierre de BoUmoot, Du suicide et delà feU^ suicide, p. 394-396; Parts. 1S»6.
(3j U y a un qoart de sièQle que M. Ouerry écrivait eea lignei re- IPirqnables, et que Too nous saura gré de rappeler : — o Parmi les eauses de Tioégale distribution géographique des crimes contre les personnes, il en est une que jusqu'ici on n'a point assez remarquée. C*est la difTérence d'organisation acquise ou primitive qui, malgré la régularité de nos nouvelles divisions administratives, faiteucore reconnaître dans le royaume comme plusieurs nations distinctes ayant chaeupe son langage, ses mmurs, sas babitiides, ses préjugés de tra4ition. Dans des circonstapces pareilles, le Pasqtie ou le {languedocien n'agira point comme le Normand, ni le Bas-Breton comme l'habitant de l'Auvergne ou du Berry. Ces diversités de caractère, dans plusieurs de nos anciennes provinces, sont même si frappantes, qu'elles sont depuis longtemps consacrées par des proverbes populaires. Malheureusement l'histoire naturelle 4e l'homme, qui devrait eependant nous ioiéresier si vivement, est trop peu avancée pour être ici de quelque secours. Les distinctions de type ou de race que, pour une partie de l'Europe, on p'a guère fait qu'entrevoir, ne sont établies que d'après des documents historiques, et d'une manière tout à fait incomplète et superficielle. L*étude des caractères physiologiques parait devoir conduire à des résultats plus positifs et plw aatisfaifants^..,, » — Oav, cit^vp. 40.
révèlent une sorte de prédilection .pour Tbabitation det lieux élevés, tandis que leurs voisins. Aquitains ou Ibères, mais surtout Belges ou Cynuis, habitent en général préférablement des pays moins accidentés, ou des plaines. La Celtique, en effet, ce cœur de la France, qui comprenait ce que nous appelons le plateau central, est une haute terre, comparée à T Aquitaine et à la Belgique ancienne dont la vaste étendue consistait sur* tout en pays plats ou bas : — Pascal Belga pecus , dit Claudien (1) . Le territoire occupé par les peuplades celtiques, sur la côte nord-ouest de l'Espagne, est le plus montueux de cette péninsule. Et ce sont aussi les montagnes de la Calédonie — Grampius Mons — qui servent de retraites inaccessibles contre les envahisseurs. Il y p'Vait là sans doute des nécessités de situation : les idées de monarchie n'avaient point germé chez les Gaëls autant que chez les Cymris, leur gouvernement était {noins théocratique et plus libéral ; et cette seule observation peut être invoquée pour éclairer bien des faits de l'histoire moderne. Il appaitenait donc aux Gaëls, plus encore qu'aux Cymris, d'être jaloux de leur indépendance et de se soustraire par tous les moyens au joug étranger. Mais cette remarque elle-même prouve qu'en agissant de la sorte, ils ne faisaient qu'obéir à des instincts de race. Entre autres étymologies attribuées au nom des Calédoniens, on les a dits hommes des forêts ^ ce que l'on dit aussi des Celtes, a DicU sunt Caledones de Sylvis quas incolebant^ Britannis nostris Kelydhon swe Colydbon, atque ipsœ eoruin Sylvœ, Coit Kelydhon : neque
(1) De la^ib. SUlic., lib. 1, y. 226. — Cf. Am. Thierry, our. cit., t. II, p. 4-5. — Michele(, ouv. cit., 1. 1, p, 27.
fin
°^ TROISIÈME PRAGMEirr.
sanè alinnclè peregrini Brigantes audiebant KcXr«?, nisi quod in Sylvis a garent.... « C/est ainsi qiie s'exprime Baxter ; et il ajoute : « Scotobrigantibus etiam hodiè coil />/« Sylva 6.V/ (1). „ En gallois, celyzon, pluriel de c^/^^, signifie encore lieux couverts, et coedcelyzon, la forêt de Calédonie; de même qu'en gaëlic, ceil veut dire cacher, ceilte^ caché, r^oi//^. forêt (2), d'où viendrait la dénomination de Celtes. Voilà ce que Ton a dit quelquefois de ces peuples. Mais pour le nom de Calédonien , M^\\m^, avec autant de raison, sans doute, le fait dériver de Cnel, Gaël, Gaulois, et Don ou Dan, montagne : — <(... von Cael, Gai, ein Gale, dit-il, und Don, Dun, Berg, also Berg-Galen, oder Hochlander (3). ;> Ces étymologies, du reste, ont au fond le même sens. On sait, en outre, que la racine gauloise ^Hp, montagne, d'où les mots Alpes, ^Ibans (qui répond au terme actuel Higlanders), se montre dans les divers lieux jadis habités par les Gaëls (4). Faut-il ajouter que le mot Belges est donné par divers auteurs comme signifiant habitants de Pays- Bas (5) ? Nous avouons ne pas avoir confiance dans les
(t) op. cU,. voce Caledonia. — Cf. Mezeray, ou?, cit., t. I, li?. I, p. tO-11.
(2) Owen, op. cit., vocib, sup. dict, — AmstroDg, op. cit., vodb, sup, dict. — Cf. Am. Thierry, ouv. cit., t. I, Introd., p. xxii, xxxv, p. 4, t. III, p. 3. — De Gobineau, ouv. cit., t III, p. 92-93, not.
(3) Op. cit., t. n, p. 78; cf. trad. (ext.), ub. sup., t. IV, p. 325- 326. — Cf. Schœll, ouv. cit., p. 26. — Ménage, Dict. ^tymol. de la langue fr., vocib. Dun,Dune.
(4) Isidore de Sévillc, op. cU. , lib. XIV, cap. Vm.— Cluvicr, op. c«., lib. I, cap. I, p. 9. — Cf. Vergy, dans Ménage, ouv, cit., voce Alpes. — Am. Thierry, ouv. cit., t. I, p. 23,48. —Henri Martin, ouv. cit., t. I, p. 9, not.
(5) Schœll, ou?, cit., p. 29. -• De Brolonnc, ou?, cit., 1. 1, p. 334.
inductions puisées à la souj*ce des étymologies, presque toujours obscures et si souvent contradictoires enti'e elles. Aussi, bien que celles qui précèdent nous semblent rationnelles et soient favorables à notre opinion, nous ne les rappelons néanmoins qu'avec réserve.
Enfin, pom* ce qui concerne Tétat de la civilisation, sa nature, son degré chez les Celtes, et chez les Cimbres, comment ces manifestations physiologiques ne vien-* draient-elles pas déposer à leur tour, et témoigner de la distance qui sépare ces peuples, considérés comme sortis d'un même berceau? Différents par la forme, comment leurs aptitudes, comment leurs manières d'être intellectuelles ne seraient-elles pas différentes? A ce point de vue telles sont même toutes les civilisations particulières , qui ne se ressemblent ni dans la marche qu'elles suivent, ni dans le but qu'elles se proposent, but lui-même aussi divers pour les peuples que pour les individus. C'est ce que nous venons de voir, en retraçant quelques-unes des expressions du caractère national ; et c'est ainsi, comme nous le dirons (////., x), que la culture des lettres et l'enseignement des sciences florissaient chez les Celtes, alors que nul travail semblable ne se manifestait encore chez les Cimbres. Saint Jérôme fait une remarque de ce genre à l'égard des Galates ou Gallo- Grecs comparés aux Gaulois, et qu'il dit être d'un esprit pesant — ,.,stultos^ et ad intelligentlam tardiores^,., — ajoutant, d'après Hilaire, qu'ils sont difficiles à gouverner, — indociles^ — et qu'ils étaient sortis des quartiers des Gaules qui n'avaient pas encore été cultivés parles lettres — ,^,,deJerocionbus Gallis profecti (1). Quelle que soit
(i) ComtMni, in epist. ad Galal., lib. H, Proem.
la valeur de ces divers témoignages, on conviendra qu'ils viennent puissamment en aide à l'opinion que nous soutenons, sur la distinction radicale à établir entre la famille des Gaëls et celle des Cymris.
IV. Arrivant aux caractères physiques des deux peuples, trouverons-nous dans les types qui leur sont propres des traits frappants de similitude? Loin de là, nous savons déjà qu'ils auraient différé par la forme du crâne, plus sphérique, chez les Gaêls, plus allongée chez les Cymris, dont le front est en même temps plus large et plus élevé. Ils différaient par les traits de la face, et notamment par la saillie nasale, à peu près droite chez les premiers, plus considérable et recourbée, la pointe en bas, chez les seconds. Le menton est également plus allongé et plus proéminent chez les Cymris que chez les Gaëls. On peut juger de l'énergie de ces dissemblances, en songeant que ni le temps, comprenant tous les siècles de l'histoire, ni les modificateurs ambiants de toute sorte et sous les divers climats, n'ont pu les effacer, et qu'elles existent encore aujourd'hui dans les types fondamentaux de notre nation.
Nous savons, en outre, que les Cimbres ou Cymris se faisaient remarquer, non-seulement par la couleur ardente de leur chevelure, mais par leur haute taille, par la blancheur de l'enveloppe cutanée, par la nuance bleue de l'iris (v. fragm. II, p. â3-3&, jm/?»,P« 63). Les historiens nous les représentent encore comme des corps mous, flasques, ne pouvant supporter la fatigue, la chaleiu*, la soif. Labor et œstus mollia etjluida corpora Gallorum^ et minime patientia sitis ^ quiim decedere pugna
TKOisiÈiii fragmint; 8S
cQegiâ4et,... Ainsi s'exprime Tite-Live, en parlant des Boii cisalpins (1) . Plutarque qualifie à peu près dans les mêmes termes les Gimbres vaincus par Marius (2) ; et ces termcis rappellent tout à fait ceux dont se sert Tacite à l'égard des Germains : — ..Jaboris atqm ope^ rum non eadein paiientia : minimèque sétim^ œstumqué to/erare... cœlo soloi^e adsueçerunt (3). Ces derniers
traits, selon toute apparence, caractérisaient donc particulièrement les Cymris.
Toujours est-il que dans Tun des types actuels, les cheveux sont bruns ou noirs, et la stature comparativement petite, mais assez robuste, tandis que Tautre pré* sente, avec des cheveux de couleur moins foncée ou blonde, une taille élevée et grêle. Comme nous l'avons déjà dit (fragm. Il, p. A5) , ces observations sont dues à Will. Edwards, qui constate aussi, sur les traces de M. A.m. Thierry, et par les documents de l'histoire et de la géographie, que ces deux types sont indubitablement les deux représentants modernes des anciens Gaêls et des Cyiouris (4). Nous n'avons pas besoin d'ajouter que l'un d'exu, celui des Cymris, notamment en ce qui concerne la haute stature et la couleur blonde, n'est autre que le type des Germains.
Or, en présence de ces caractères différentiels et de ceux exposés précédemment, comment ne pas admettre
(1) Lib. XXXIV, cap. XLVH; cf. lib. X, cap. XXVUI; lib. XXVH, cap. XLVm ; lib. XXXV, cap. V, et pas$.
(2) In itfarto« g XXVI ;— cf. in CrassOy § XXV.>--Cr. kp^ien. De r9b. |raif.,SVIL
(3) lo Germ.^ § iV ; -- cf. HisL, lib. II, cap. XXXII, XCIII.
{4) Fragm„eU,,ciUyUb,sup., t.n,part.l, p.6, 1 7- 1 8.— -Des caracr gall. , etc., cit.,-u6. sup., t. I, part. I, p. 39 et suiv., 51-55, et paas.
%h TROISIÈME FRAGMENT.
qu'ils sont de nature à faire considérer les Cymris et les Gaéls, non plus comme deux branches d'une même famille, mais comme appartenant à deux familles ethnologiques différentes? En effet, sans qu'il y ait lieu d'entrer dans plus de détails sur les caractères propres à faire distinguer les familles et les races, au point de vue qui nous occupe, combien de peuples classés dans des groupes distincts ne sont pas séparés par des différences plus marquées ; combien d'autres, assimilés pendant des siècles, sont venus à leur tour, et conformément aux progrès du temps, occuper une place distincte dans le cadre si complexe des classifications anthropologiques ! <( Il est une proposition évidente par * )) elle-même, dit Pinkerton, c'est que l'auteur de la » nature a diversifié les races d'hommes dans les dilfé- )) rents pays, comme il a établi des variétés dans la » même espèce de plantes et d'animaux (1) . »
Alors que toutes les nations étaient confondues sous les noms d'Indiens, d'Éthiopiens, de Scythes et de Celtes (2) , ces derniers, à eux seuls, comprenaient les divers peuples de la souche indo-européenne, ou de la race Ariane, en Europe. Ainsi, les Américains n'étaient pas même comptés pour une race ou variété distincte, avant Blumenbach (3);lesHyperboréens,avantM.Duméril (4), bien que Linné eût indiqué la race américaine, — Homo
(i) Rech.^ etc., cit., p. 54.
(2) Éphore, ap. StraboD., lib. I, p. 34; édit. fr. t. I, p. 70. -» Cf. Denis d'Halycaroasse, op. cit., lib. VH, cap. LXX.
(3) De gêner, hum. variet. nativ., Gottings, éd. 1795, p. 286, 310 sqq. — Decas collect. stMBcraniov, p 11, 24; 10-4" Gott., 1790.
(4) Trait, élétn. d'hist. nat-^ p. 374; Paris, an XII; -^ Zoolog, analyt.^ p. 7; Paris, 1806.
nmericanus. — considérée géographiquement (1), et queBuffon l'eûtentrevue, ainsi que celle des Lapons (2). Quel usage encore n'a-t-on pas fait des termes : Orientaux, Indiens, Moghrebins, Francs, par exemple ! Mds à mesure que la lumière pénètre ces obscures questions, la nécessité de distinguer se révèle, et les races se multiplient. L'idée de fraternité entre les Cymris et les Celtes ou Gaëls, rapprochement que Ton peut consi* dérer aussi comme une distinction, marque un progrès sans doute, eu égard à la confusion qui règne dans le passé. Mais cette distinction insuffisante est encore pour nous un reste des anciens errements. Que penser, en effet, d'une prétendue identité de race qui, loin de se fonder sur' des analogies, ne repose guère que sur des différences de toute sorte, ainsi que nous venons de le voir? Il y a plus, c'est que si nous ne nous trompons, de même que l'ensemble des caractères assimile les Gimbres, ou nouveaux Gaulois, aux types des nations du Nord, ainsi tout, chez les vieux Gaulois, ou les Celtes, semblerait devoir les rattacher aux climats tempérés. Quelques mots encore sur ce point.
Nous n'avons pas à revenir ici sur la ressemblance ou la parenté des Cimbres avec les Germains (v. sup. , p. 62-63) . Mais nous dirons que tels sont les points de similitude entre les anciens Celtes et les anciens Ibères, ceux-ci bien différents des Cimbres ; que tels sont les liens qui les unissent et leurs communes traditions, que des écrivains célèbres sont conduits à rapprocher
(i) System, nat,^ etc., 1. 1 (Mammalia), imt, (2) Hist. nai, {Variétés dans l'esp. hum,), édit. 10-4", 1838-39, t III p. 313-315. 268-270.
s* TROISIÈME FRAGMENT.
les deux peuples, jusqu'à les confondre, pour ainsi dire, en un seul. Nous avons déjà cité Moret et Masdeu {sup.^ p. 60), Vun admettant que les Celtes peuvent descendre des premiers habitants de T Espagne ; l'autre, qu'ils sont la postérité de Thubal lui-même, tandis que les Ibères seraient issus de Tharsis. Or, on sait que ce Thubal — eô6>?Xcç — est considéré par Josèphe, saint Jérôme, Isidore de Séville et par d'autres, avec Moret, comme le père de la nation ibérienne (1). Les Celtes, selon Masdeu, sont donc originaires de l'Espagne , qu'ils habitaient anciennement, avant d'occuper la France. Voici quelques-unes des paroles de cet historien : « Los Celtas è Ibéros, aquellos » descendientes de Tubal, y deTarsis estos, son los dos » pueblos primitives de Espana. ... — . . yo derivo el origen » de los Celtas de la Espana mas occidental , y el de los Ibé- » ros del residuo del pais hasta los montes Pyrenéos (5) . » Le savant Lenglet fait venir les Gaulois « ou les Celtes » delà Gaule, et il croit aussi qu'ils furent, avec les Ligures etlesTurdules, cesdemiers sortis d'Afirique, Tundes trois peuples qui prirent possession de TEspagne encore inhabitée avant eux. « Il y a plus de témoignages qu'il ne » faut, dit-il, pour montrer que les Gaulois ont peuplé » la plus grande partie de l'Espagne (3). » Bullet pense égdàemeat que les Celtes ou Gaulois furent au nombre des plus anciens habitants de cette contrée (4) . On sait, d'autre part, que Martial, né en Espagne, considérait
.j(h)>3mtègim^.op* eu.^ lib. î, ap. VI (TII). — 8«int JérAiâe, Qiemi. hebraiCflib.. cap. X^ 2. — Isidore, op. cit,, lib. IX, cap. U.
(2) Op. ciL , loc cit.
(3) Méthod. pourétud, l'hisi., clM^. XX^U, Mi.iO-4t^, l'ftffs, i829, t. n, p. 320-321.
(4) Oav. cit., loc. cit.
les Espagnols comme descendants des Celtes et des
Ibères : — Nos^ Celtis genitos et ex Iberis, . . (1) .
11 ne faut donc pas s'étonner que divers auteurs aient recherché quelle parenté pouvait exister entre les Ibères et les Celtes, et que plusieurs d'entre eux aient cru devoir identifier en quelque sorte les deux peuples. Nous nous bornerons à citer Guill. de Humboldt, qui s'exprime de la manière suivante : « Les Ibères sont » différents des Celtes. . . . Cependant il n'y a pas de » motif pour nier toute parenté entre les deux nations ; il » y aurait même plutôt lieu de croire que les Ibères sont » une souche appartenant aux Celtes, et qui s'en est sé- » parée de bonne heure, — Fruher (2). » Disons encore que M. de Brotonne, tout en considérant les Celtes et les Germains comme descendant des Scythes, estime aussi que les Ibères firent partie de la première migration celtique venue de l'Asie, à une époque antérieure à nos connaissances historiques. « La migration des Ibères, » dit-il, n'a pu précéder de beaucoup celle des Celtes, » et n'en peut être détachée distinctement ; il y a appa- » rence, au contraire, qu'elle n'a été qu'une première » société ou agrégation que la masse celtique poussa » sans, cesse devant elle. Enfin, on peut, sur des docu- » menta assez vraisemblables, rapporter les Ibères aux )> Celtes (S) • » Ces opinions, comme on le voit, devaient ici trouver leur place.
(1) Op. cit., lib. IV, cpig. LV.
(2) Op, ait,, p. 179, n. 9; cf. dans Michelet, ouv. cit., ub, 5up., t. I, p. 439.
(3) Ouv. cit., t. 1, p. 3i2et8uiY.,295etSQiv., 302-303, cf. p. 306.
V. Enfin, les deux peuples n'avaient pas seulement des institutions, des lois, mais une langue différente.
Ht omnes lingna^ institutiSy legibus inter se différant^
dit César , et ce témoignage, confirmé par Strabon et par ..4mmien Marcellin (1), est ici d'une importance considérable. M. Am. Thierry, lui aussi, reconnaît cpie le fond des deux idiomes, (cymrique et gaélique) « est » le même, qu'ils dérivent sans nul doute d'une lan- » gue mère commune ; mais qu'à côté de cette simili- )) tude frappante dans les racines et dans le système géné- )) rai de la composition des mots , on remarque de grandes » différences dans le système grammatical ; différences » essentielles qui constituent deux langues bien sèpa- )) rées, bien distinctes, quoique sœurs, et non pas seu- » lement deux dialectes de la même langue (2). » De son côté, Edwards fait une étude particulière des langues usitées dans la Gaule ; et il trouve que <( sous cer- )) tains rapports, il y a une grande ressemblance entre » les idiomes gaulois. » « J'ai compté, dit-il, qu'elles )) avaient 463 racines de même nature. . . » Puis il ajoute : (( Voilà où s'arrête la similitude ; car on conçoit que ce » nombre de racines ne fait qu'une très petite partiedes )) racines générales, et que la terminaison, même des » mots qui ont la même racine, étant très différente, » ces mots ne doivent pas être intelligibles pour les » individus de l'autre nation (3).» M. Pictet dit formellement aussi que « les deux branches (gaélique et
(1) César, op cil.y lib. I, cap. I. — Cf. Strabon, lib. IV, p. 176; édit., fr. t. II, p. 2. — Amm. Marcellin, lib. XV, cap. XI.
(2) Ouv. cit., 1. 1, Introd., p. xx-xxj, cf. p. 38, not.; cf. t. II, p. 5.
(3) Fragm.y etc., cit , ub, sup , t. II, part. I, p. 25, cf. p. 26.
» cymrique)«.. diffèrent assez entre elles ponrconsti- » tuer denx langues bien séparées, n Et, . selon lui, « L'irlandais s'éloigne bien plus du gallois, par exemple, » que le Scandinave du gothique, et presque autant, à » certains égards, que le grec du latin (1) . »
Cette similitude, ou ces analogies, établissent donc seulement que les idiomes sont tous deux de la famille indo-germanique ; encore ce fait, comme nous Tavons vu (fragm. II, p. Ai), n'est-il pas incontesté. Et cependant on ne doit pas l'oublier, quelles que soient les différences que nous avons signalées, c'est ce point de départ commun, appuyé de récits plus ou moins vagues, puisés dans les anciens, qui fait surtout envisager les Cynuîs et les Gaëls comme issus d'une même souche de sang gaulois. Toutefois Schœll , en se fondant de même sur la comparaison des langues, arrive à des inductions opposées. Il dit que par le mélange de la langue des Celtes avec celle des Cintibres, « il s'est formé une troi- » sième langue, également composée des idiomes cel- » tique et germanique, mais tellement différente de » chacun d'eux, qu'il résulterait une grande confusion » dans l'étude de l'histoire et dès langues, si, à côté » des Celtes et des Germains, on n'admettait une troi- )) sième nation, qui est celle des Cimbres... (2). » D'autre part, le linguiste Schlegel n a énoncé des doutes sur » la parenté des langues celtiques avec la famille indo- » européenne ; » et M. Pictet lui-même ne méconnaît pas que « toutes ces langues, et en particulier l'irlandais,
(1) Ouv. cit., Av.'prop.^ p. viij.
(2)0uv.cit., p. 29.
» offrent des traces de mélange avec des éléments étran- » gers à cette famille (1) . »
Déjà le P. Pezron avait trouvé dans la langue celtique, telle qu'il la comprend, des a mois Syriens ^ ChalJéenset » Arabes » (2) . Avant lui Bochart avait voulu démontrer que cette langue, qu'il dit avoir été semî-hébraïque, — senèi'-Hebrœa, — fut à divers égards semblable au phénicien, et que beaucoup de mots furent communs à ces deux idiomes : — Galllcum sermonem Phœnicio inmultis fuisse similem prohnnt,,, (8). PourGuill. Marcel aussi la langue celtique ou gauloise (( n'estoit qu'un dialecte de » l'Hébraïque » (4) . Et, de notre temps, Vallancey notamment croit encore reconnaître la plus grande affinité entre la langue des Irlandais et le punique, le phénicien, l'hébreu. D'où il déduit que cette langue est la plus riche qui existe, — n ...the most copious language » extant » (5) . On conçoit dès lors les idées de cet écrivain sur l'établissement de populations orientales en Irlande, et sur la ressemblance des Irlandais avec la plupart des peuples de l'Orient, le tout fondé sur des analogies de langage et des étymologies trop souvent fantastiques. Enfin, on peut noter que Wachter, Pelloutier et d'autres assimilent, au contraire, l'idiome des Celtes à celui des Phrygiens, des Scythes, des Germains (6), et que
(l)Schlegel, Menu sur lesHindouSt cit. par Pictet^ouv. c\i,,Av,-prop.y p. vj; ibid., p. 164.
(2) Ouv. cit., p. 41, cf. p. 30, 188.
(3) Op. cit.i part, pr., lib. III,cap. VI, part, post., lib. I, cap.XLII. (4) Ouv. cit., t. I, p. 11.
(5) An Essay (mtheaniiquityoflheirishlangvi,age; LoDdon,ed. 1818, p. 21, cf. p. seq.
(6) Wactit., op. cit., Prœf. ad Germ., J X, ÎXVIII et suiv. — Pelloat., ouv. cit., iiv. I, chap. XV.
XBOISttlIB FEAGMfilIT. M
eertains linguistes^ Arndt, ensuite Pott, s'uppayatit sur « le rapport d'un certain nombre de mots et de racines u entre le finnois et les langues celtiques, >i ne craignent pas de considérer les Celtes conune « une race alliée » aux Finnois et aux Mongols (1). » Tel est Tabus que Ton peut faire des connaissances philologiques appli^ quées à Tétude des races humaines. Quelles analogies, en effet, Timagination ne peut^-elle trouver, et quelle^ rêveries ne peuvent prendre leur source dans une com^ paraison imprudente des langues !
Au reste, il est aujourd'hui hors de doute, et tout le monde conçoit que dans les études ethnologiques, ainsi que le dit M. Al. de Humboldt , « ni l'analogie, ni la » diversité du langage ne peuvent suffure pour résoudre » le grand problème de la filiation des peuples : elles ne » donnent que dé simples probabilités (2) . » U est hors de doute que cet ordrede documents, dont nous sommes loin de constester Futilité, ne peut être mis en balance avec les notions qui se tirent des caractères phy^ologiques. Ne saitH)n pas, en effet, qu'il existe nombre de peuples différents par les traits extérieiu^ et par l'origine, dont la langue est à peu près sembliJtile; que nombre d'autres de même race parlent des langues très dii£te*entes ; que d'autres encore ont en partage un idiome d'emprunt, ayant subi le langage avec la loi de leurs conquérants, ou même adopté celui des vaincus? Nous n'avons pas à entrer dans les développements
(i) Arndt, Veher Ursprung und Verwandschaft der europœtschen Sprachen (1S27, p. 29-56). — Pott, Etymologische Forschungen (t. I, p. nini, Lixxn), -*- cit. par Schafarik, out. cit., ub, tup., p. S24-325.
(2) Oav. cit., t^. sup., 1. 1, p. 496.
92 TROISIÈliE rBAGMENL
que comporterait ce sujet. Cependant nous citerons encore M. de Humboldt. k Tel est le contraste entre les » deux continents, dit*il, que, dans le nouveau, on )> observe une surprenante variété de langues parmi » des nations qui sont d'une même origine.... ; tandis » que, dans Tancien continent , des races d'hommes » très différentes... • parlent des langues dont le mécan nisme et les racines offrent les plus grandes analo* » gies. » Ailleurs, il dit que ce phénomène « se remar- » que à la fois dans les deux continents, savoir, que )> deux familles de langues entièrement différentes » peuvent se trouver dans une seule et même race ; » que, d'un autre côté, chez des peuples très divers » d'origine peuvent se rencontrer des idiomes d'une n même souche de langues (1) . »
Là se borne ce que nous avions à dire sur les caractères différentiels des Gaëls avec les Gymris. On a vu combien ces différences sont profondes ; et peut-être aurart-on quelque peine à comprendre que des historiens du plus haut mérite n'aient pas fait difficulté de considérer ces deux peuples comipe issus d'une même origine, comme étant d'une même famille de sang gaulois. On comprendra du moins qu'il pous soit permis de nous prononcer pour l'opinion opposée : car, à nos yeux, une semblable fraternité, admise dans ces circonstances, serait contraire aux témoignages de l'histoire, comme aux enseignements des études ethnologiques, en même temps qu'elle est démentie par des faits irrécusables.
Nous avouons encore tout notre embarras d'être en
(IJ Ouv. cit., ub, sup.f 1. 1, p. 463. -* Cosmos^ irad. fr. par Faye, édiU 1847-48, part. I, p. 429.
TBOISIÈME FRAGMENT. 03
désaccord avec M. Thierry et Edwards ; d'autant plus que notre manière de voir se fût conciliée, sans doute, avec les principales vues de ces auteurs : le premier remontant la chaîne des siècles, et trouvant toujours semblables à eux-mêmes et différents entre eux ces deux éléments fondamentaux de la nation appelée gauloise ; le second les reconnaissant encore aujourd'hui dans leurs traits physiques, et aussi dans leurs mœurs. Mais nous avons dit toute notre vénération pour leurs travaux, qui marquent dans les sciences ethnologiques le commencement d'une ère nouvelle. Nous n'y reviendrons pas. D'autre part, comme nous sommes amené à restreins dre le nom de Celtes ou Gaulois proprement dits, aux limites de la seule Celtique, ou de la Gaule propre, nous différons par cela même avec Pelloutier, Cluvier, Volaterran, Brower (1), et tous ceux qui, à l'instar de ces savants, regardent les Celtes comme étant représentés anciennement, soit par toutes les nations de l'Occident, soit par la plus grande partie d'entre elles, soit par les Germains et les Gaulois, soit même par les Germains exclusivement. Mais nous pouvons invoquer sur ce point particulier d'autres autorités qui nous suffisent, et entre lesquelles nous ne citerons que Jean Bodin, Le Gendre, dom Martin et surtout Scheepilin (2). Cela dit, nous
(i) Pelloutier, ouv. cit., t. I, ch. I etsuiv., etpass. — Cluvier, op, cit., Hb. I, cap. U, sqq. — Volaterran, Comment, urhan., lib. Ht, inU. ; lu-fol., Basil», 1530. — Broirer, AntiquU, et annal, trevirens,^ t. I,cap. Vn, p. 15; in-fol., 1670, — cit. par Scbspflin, out. cit., ub, sup,, p. 478-479.
(2) Bodin, Meihod. ad facil, historiar. cognition,, cap. IX, edit. in-4, 1566, p. 416 et suiv., et pass.— Le Gendre^ out. cit., chap. IV, p. 208 et suiv., chap. V, p. 297 et suiv. et pass, — DomMartîn, Hist.des
9k TnouotiiB mmmm,
allons demander encore quelques renseignements à rhistoire, afin de nous éclûrer autant que possible sur la vraie patrie des Celtes.
VI, Aussi loin que remontent les annales des peuples, il est question des Celtes comme habitants de rOuest. Ils furent appelés KiXto^, roXarat, TâXkot.—Celtœ^ GalatcBy Gain. Mais, au temps des anciens Grecs, c'é* taient là des termes d'une signification très vague, ordinairement employés dans un sens collectif, et qui s'appliquaient, comme nous F avons- dit {sup.^ p. 8&), à la plupart des peuples occidentaux de 1* Europe. Les auteurs comprenaient sous ces dénominations non-seule* ment les Celtes et les Galates, mais les lUyriens, les •peuples appelés plus tard Germains, ceux de Tîle de Bretagne, ceux aussi de Tlbérie. Cela n'est pas contesté. On ne diffère que sur la question de savoir si c'est avec raison ou à tort, proprement ou improprement, que tous ces peuples étaient appelés Celtes. Et nous avons assez fait connaître de quel côté, selon nous, est la vérité.
Cependant les Ibères furent de bonne heure distingués des Celtes ; il en fut de même de^Scytb^s : jet de là vint que les auteurs imaginèrent les noms mixtes de Celtibères et de CeltOrScythes,-^K€XT»<?yïp€c xa't KçXrowQa,', — (( rangeant par ignorance, dit Strabon, sous une seule » dénopiination, des nations différentes,)) — . . . o& ignomib-
Gau^e$etdesc<mq^desGauloiSyi.\(D%sseri,surlaCeU%qm)y p. 39-429 et fo^.y \. U (0&$^rv,, etc.), p. 36 et suiv. [ÎHctionn, topog, ^ Gaules) ^
p, i65 et suiv.; in*4% Paris,! 752-54.— ^b»pf|iii, oav. cit., 146. svp,, p. 473-5S4, pa».
tiam singiêlœ gentes uno omnes nomine afficerentur (1), On sait, en effet (v. fragm. II, p. 63) , que, selon Plutarque, les Cimbres et Teutons de la grande invasion étaient appelés Celto^Scythes, par ceux qui considéraient la Celtique comme s* étendant de la mer extérieure et des cli» mats septentrionaux vers le Levant jusqu'aux Palus Méotides, et comme touchant de ce côté à la Scylhie
Pontique »— • ...afro TT}çcSa>6rv ôotXaooifjc txà twv y^rta^txiwi xX*-* ftarcM irpoç vjXiov ov/o^ovra xac rijv Maiwriv «friffTpe^utfov ofirrcc6at Tnç nGVTtxTÎ; SxvOt'aç >éyov9< xàwTSjv.... (2). Et qUOÎqU il
en soit de l'origine des Celtibères (8) , ils n'en étaient pas moins voisins des Celtes et des Ibères. D'où il suit que ces noms mixtes eux-mêmes, fussent-ils l'expression du mélange des races, excluent leur identité, et prouvent la distinction dès lors établie entre ces divers peuples. Ainsi, on appela Celto-Ligyens — KiXToXiyvcç— les Ligyens ou Ligures habitant le territoire au delà de Marseille jusqu'aux Alpes, et que l'on distinguait des Ibéro-Ligyens — Iftj^ioX/yvfç — établis entre le Rhône et les Pyrénées (4). Ainsi, les Gaulois de l'Orient, lesGalates, Cymris ou Cimbres, étaient nommés Gallo-Grecs — ÊX/>}voyqcXaToti, — et lour territoire, Gallo-Grèce, — ...rijwvvv Btdvvcftv, w\ rocXXoyfoiMay XcyofAivYjv (5) . Appien nous ap-
(1) Lib. I, p. 33 ; édit. fr., 1. 1, p. 69.
(2) la Mario, § XL
(3) Diodore, lib. V, cap. XXXIU. — Cf. Lucain, lib. IV, v. 9-10. — Âppien, De reb, hispaniensib,^^ H.
' (4)Strabon, lib. IV, p. 203; édit. fr., t. II, p. 89. — Cf. Aristote,. De mirabilib. auscultât, lib,, in med, — Scylax, cit. par Fiéret, Rech, swVorig., etc. y cit., ub. sup. y t. IV, p. 198-199.
(5) Diodore, lib. V, cap. XXXU. — Strabon, lib. XII, p. 566, cf. lib. n, p. 130 ; édit. fr., t. IV, part. U, p. 89, cf. U II, p. 359.
M TROISIÈME rRAGMEin'.
prend même que le nom de Gallo-Grecs précéda celui
de Galates — ••• Gallogrœciœ^ qnœ nunc Galatia est^ — ••• raXXoypxxûv fAKf ol vOv cefft ra^ctroif...— Ct C CSt auSSl
ce que dit saint Jérôme : — ... primiim ea regio Gallo* grœcia^post Galatia nominata est (1).
Toutes ces nations, et particulièrement les peuples des pays au delà du Rhin, ou de la Celtique transrhénane, étaient donc connus sous le nom de Celtes ; et nous voyons même cet usage persister, parmi les Grecs surtout, longtemps après César, le premier qui les eût appelés Germains (2) . Ainsi , Dion Cassius emploie habituellement le terme KcXtoc, pour Germains; tandis qu'il appelle Vakârat les Gaulois (3). Il dit, par exemple, qu'Arioviste commandait aux Celtes : — û^% fùv yàp Âptowiaroç tmv KcXrwv cxéwwv, — et ailleurs il observe que le Rhin sépare la Gaule des Celtes : — ...êv ipttiTtpâ làv rr,y
TC FaXaTtav xac toÙç ftrotxoOvTotç ovttjv, tv ^cÇc^ ^c tovç KcXtoÙÇ
àiroTcpcTai* — ajoutant que dans les plus anciens temps, les habitants des deux côtés du fleuve portaient le même nom de Celtes, — ...KcXroe txaxtpu oi iv'afxtpé' rtpa Toû TOTfltfjioO oîxoOvtcç &>vopaCovTo (4) . Pausauias paraît aussi donner aux Germains le nom de Celtes, notamment quand il parle des contrées du pays des
(1) Appien, De hell. Mithrid.., §CXIV. — Jérôme, Comment, in epist. ad GalaL, lib. II, Proem. — Cf. Isidore de Séville, op. cit,, lib. IX, cap. n.
(2) Op, ct<., lib. I, cap. 1,11, et pass. — Cf. Tacite, in Germ., cap. II, IV, et pass.
(3) Lib. XXXVIII, cap. XXXV, XLVII; lib. XL, cap. XXXI, XXXU, XXXIX; lib. LI, cap. XX; lib. LIV, cap. XXI; lib. LVl, cap. XXIH, et pass,
(4) Lib. XXXVin, cap. XXXIV; lib. XXXIX, cap. XLÏX.
Celtes, que le froid extrême et la nature du sol rendent
stériles, — .... xa't KeXrwv o'Jov iÀj àyptioy vo^tÇouffi, Sii rt Û7rep€otXXov ^yp^ *ai y^ç youXornîrat >... — et (jue ICS KO-
mains avaient négligé de soumettre (1) . Julien nomme également, à diverses reprises, les Germains, Celtes, tout en les distinguant des Gaulois, — raXarôv o?/jia xa\ KcXtwv. . • — . . . chfn Galli^ opinor^ et Germani» . • Il dit encore : Celtce^ atque Galli^... KcXrol xal TaXarat,... Ailleurs, il appelle
la Gaule TaXaxia, et la Germanie Ktkrièa (2) ,
Mais il est remarquable qu'en d'autres passages ces auteurs eux-mêmes tiennent un langage un peu différent de celui-ci ; Dion, quand il parle de certains Celtes que Ton nomme Germains^ — KeXrwv yap rt'veç ou; Sh TtpfAavoùç xaXoO/jievv — 6t encoTC, quaud il appelle de leur nom les Germains et la Germanie— rcp/uiavot, Ttpixœ/ia ; Pausanias, alors qu'il nomme Celtique, — ...ÙTrgpyîjcTr^çKeXTixÇjç... — la Gaule cisalpine; Julien, toutes les fois qu'il appelle aussi de leurs noms propres les Germains et les Celtes (3). Du reste, sans qu'il y ait lieu d'insister davantage sur ce point, les habitants de la rive droite du Rhin, les Germains, en tant que peuples de la Celtique comprise ainsi que nous venons de le voir, étaient Celtes sans doute, mais seulement de nom, à peu près comme les Belges, ou même les Aquitains étaient Gaulois. Ausçi,
<1) Lib. I, cap. IX.
(2) In Constant, imperat, laud, y ont. l, u&. sup., p. 53, 62, cf. p. 66$ orat. ni, p. 230, cf. p. 273, not,
(3) Dion, lib. LUI, cap. XH, lib. LIV, cap. XX, XXV, lib. LV, cap. VIII, XXIII, lib. LVI, cap. XVIII, XXIIÏ, XXIV, lib. LVH. cap. UI, V, et pass, — Pausan., lib. I, cap. XXX. — Jul., Ad S. P. Q. athentensem, uh. sup,, part. I, p. 503, 511, 512, et pass.; — Misopog. t&id.,part. II, p. 61, 92, 94, et pass,
9è TROISIÈME FRAGMENT.
dom Bouquet a*t-il raison de dire dans ce sens, que « tous )) . les Gaulois étaient Celtes, mais que tous les Celtes n'é- )) taient pas Gaulois (1) . » Non , tous ceux que Ton appelait Celtes n'étaient pas Gaulois. Voilàde ces paroles qui résument, pour ainsi dire, toute la question. Au point où nous en sommes arrivé, rien n'est plus clair, en effet, ritn n'est plus évident. Toutefois, tel est l'empire de l'abus que les auteurs anciens avaient fait du mot Celtes, en donnant ce nom à tant de peuples divers, que ces traditions d'un autre temps ne serviront pas moins de base aux systèmes des modernes et des contemporains, qui croient devoir encore confondre les Celtes avec les Scythes, ou doter les premiers d'une origine scythique (2). Et de là aussi les théories tant accréditées de nos jours sur les migrations vraies ou prétendues de ces peuples, migrations que l'on peut bien acceptera titre de conjectures, car l'imagination franchit sans guide tous les espaces et remonte facilement jusqu'au déluge, mais qui ne sauraient prendre i:ang dans la science comme faits historiques. . C'est ainsi que, sans nous arrêter à l'invasion des Celtes dans l'antique Ibérie, invasionsurle caractère de laquelle les auteurs ne s'accordent pas (3), et qui détermina
(1) Op. cit., Prœf,, p. XXX.
(2)CluTier,op.cit.,lib.I,cap. n,p. 16-17.— PellomieryOttv.cit.,t.I, p. 1 et8uiv.,112 etsuiv., 123, et pass. — Cf. Pezron, ouv. cit., p. 27-28, 32 et 80ÎV., 49. — Du Boat, Hist. ancienne despeupl. de l'Europe^ 1. 1, ch. I» p. 10 et suiv., ch.m, p. 33 et suiv., tipassr, Paris, 1772. — La lo ^ AuvetgûCi Origin. gauloisest etc., iiv.-prop.,p« vy, not., ch. U, VUI, etpass.; Paris, an V. — Gossellin, daos Strabon, édit. fr., t. I, p. 149, not, 6.— De Brotonoe, ouv. cit., t. I, p. 290 et luiv., 812 «1 SQiv., cf.334etsuiv.— DeSaUes,ouY.cit.,p.96, 98-99, 102,107-108.
(3)Diodore,op.cit., lib. V,cap. XXXIU.— Sttabon, lib III« p. 158; édit. fr., t.I, p. 460-461 .
TROISIÈME PRAGMElfT. 99
sans doute les mouvements des Sîcanes et des Ligures vers r Italie (1) ; invasion que Guill. de Humboldt fait remonter aune époque anté-historique, et que, d'après le calcul de Fréret, M. Am. Thierry croit pouvoirplacer vers le xvp siècle avant notre ère (2) ; c'est ainsi, disonsnous, que les migrations celtiques ongau/oises, que Ton a multipliées à l'infini, ne commencent à revêtir historiquement quelque apparence de certitude qu'au temps de la double émigration conduite, suivant Tite-Live, par les neveux d' Ambigat, au v siècle, avant l'arrivéede César dans la Gaule. Et encore, les auteurs ne s'accordentils pas, non-seulement sur l'époque précise où s'opéra ce grand déplacement, mais aussi sur les pays d'où sortirent ces populations, que Justin n'évalue pas à moins de trois cent mille âmes, allant chercher vers l'Orient des patries nouvelles (S) . Or, nous avons assez appris que ces régions ne pouvaient être la Celtique propre, et que de semblables masses d'émigrants n'étaient point exclusivement gauloises, c(wnme le prouvent et les récits contradictoires des historiens, et la nature du type, cimbrique ou germanique, ainsi que le nom même delà plupart des peuples dont les ancêtres avaient pris part à ces gigantesques expéditions. Toutes les tmgrations, du reste, et les
(i) Thierry, ouv. cit., U I, /tKrod., p. ixv*ixvj, p. 6-9. — Gfi Dom Martin, out. cit., 1. 1,' p. 200-201.
(2) Hiinboldt, toy. fragm. I, p. 6. — Am. Thierry, oar* dt«, toc. €iU — Fréret, foy. rragai. 1, p. 5-6* — Cf. dé Oobiiiean, our. eit*«
(3) Tite-Livc, lib. V, cap. XXXIV, XXXV. — PluUrque, in CanUll., § XV. — Justin, lib. XXlV, cap. IV.— Diodorc, lib. XIV, cap. CXUl. -^Gf.Du Baat, ont. cit., 1. 1, ch. Il, p. 24 et suiv., cb. lU, p. 3i et suiv., ei pass.
100 THOiSlÈME FRAGMKKT, '
nombieuîses colonies dont nous parlons attesteraient au besoin que le foyer celtique primitif avait des limites restreintes, et qu'il n'était qu'une partie des vastes contrées auxquelles on étendit ce nom. Car un peuple n*émigre pas sur son propre territoire, il ne colonise pas dans sa patrie.
Vil. Maintenant, à côté des quelques exemples rapportés tout à l'heure, nous devons faire observer que bon nombre d'auteurs grecs ne confondent point les Germainsavec les Celtes, et donnent spécialement, soit àTancienne Gaule le nom de Celtique, soit à ses habitants le nom de (ieltes ou Gaulois. Tel est Posidonius, qui nomme chacun de ces peuples, eu parlant des banquets^ chez les Celtes-et chez les Gennains, — KcXto*, rcpfjuxvot (1). Ainsi, Strabon dit et répète que la Celtique — -n Ktknxn — est bornée à l'orient par le Rhin, au nord pai* le détroit britannique, à l'occident par les monts Pyrénées, au uiidi par la mer de Narbonne et de Marseille. Il dit que les Geiinains — Vt^fAavol — habitent à l'orient du Rhin (2) . Plutarque appelle en mainte occasion, de leur nom, les Gennains, qu'il distingue des Celtes, comme dans cet exemple où Césgjr prend ouvertement parti pour les uns contre les autres : — AiuTcpcv Sk Tcpoç Tcp/jiavoùç avTixpuç uTccp KtXxwv cTroXcfAYjac)*** — et dans cct autrCi où il e^t question des triomphes du même conquérant ; — ^,.quuni CœsarHispaniam^Gallids^ Germanos^Britannos
(1) Ap. AlhcD., lib. IV, cap. XXXVI, XXXIX.
(2)Lib.II,p. «28, lib. IV, p. 176-177, lib. VII, p. 2iJ0; édit. fr., • XP- 353-3â4, t. n, p. 2, t. III, p. 4.
TROISIÈME FBAGMKNT. 101
SUoeglSSCt^ . ♦ . — ^. . • . Ta icjti^ict xoi KcX-rcù? y.at Fec^itavoùç . . . (1) •
Appien, à son tour, qui considère les Cimbres comme Celtes (v. fragm. II, p. 51,53), dit que Ton nomme aujourd'hui Galls, et que les Grecs nommaient Galates ,
les (ieltes, — ... KsXtoc, o^otroXarae tc xxc FoiÀXoi vuv irpo^otyopeuovTai*... Et il dit aussi que la Celtique ancienne était de son temps appelée Gaule, — ... iç tyjv KcXriîeiv, w vûv
Xcyo/ACviQv FocXartav * . . . (2) .
Cependant, telle était T incertitude des notions et des idées à Tégard de ces peuples, que, dans quelques autres passages, ces auteurs s'expriment de manière à autoriser une interprétation qui les mettrait en désaccoi^d avec eux-mêmes. Il serait trop long de discuter ici ces divers témoignages, sur lesquels on peut voir que s'appuie Schœpflin, tandis qu'ils sont repoussés, plutôt que réfutés, par Pelloutier (3). Mais, s il est vrai, conmie on Ta dit, « qu'en histoire les autorités >sont des faits (4), » quiconque aura pris soin d'étudier les documents qui sont comme les pièces du procès, ne pourra s'empêcher de voir dans leur ensemble une confinnation des principes que nous défendons. .V. peine est-il besoin d'ajouter que si les Grecs ont donné le nom de Celtique à la Gaule cisalpine, c'est parce que cette contrée était habitée par des peuples venus de la Gaule, qu'ils con* nurent sous le nom de Celtes, et que nous savons,
(1) In CiBmr,, § XIX, cf. §§ XVIU, XXU, XXIII; - in NiciœJ:mi Crasso compar., § IV,
(2) De reb, hispaniensib.^ § I; — De BelL Annibai,y § IV; — cf.
(3) Schœpfl., ouv. cit., m6. swp., p, 479-493, cf. p. .$niv. — Fclloiit., lléponse, etc., tWd., p. 3S6-G15, cf. p. suiv.
(i) Pinkerton, Rech., elc, cit., p. 14, 161, 292.
102 TROISIÈME PRAGMENT.
pour la plupart, avoir été Cymris, ou « Gaulois Gern mains, et non Celtes, » comme dit Pinkerton (1) . Pour les auteurs latins, au contraire, et cela se conçoit bien, ils emploient presque constamment, depuis César, la dénomination de Galli^ qu'ils trouvèrent dans leur propre langue, pour signifier Celtes, et qu'ils appliquent tant aux peuples de la Gaule en général, qu'aux Gaulois en particulier, tout en réservant parfois encore aux vrais Celtes leur vrai nom de Celtœ.
En effet, nous avons vu que, d'après César, Celtes est le nom que se donnaient eux-mêmes ceux que les Romains appelaient plus spécialement Gaulois. Pausanias dit de même, en parlant des premiers Gaulois ou Galates — raXarat — qui firent irruption en Grèce, et qui vinrent des bords de TÉridan, qu'ils prenaient anciennement le nom de Celtes, nom que les autres peuples leur donnaient aussi : — KcXrot yàp xara
te 9^a$ ta âp^«roy xac nctçà ttîtç <2X).0(ç o)vo/jiaÇovTO (2). Et
quant à la distinction fondamentale entre les Celtes, les Aquitains et les Belges, distinction que nous fait également connaître César, et dont se sert Strabon (v. sup. , p. 61), elle est reproduite par Pomponius Mêla, Pline, Ammien -* Marcellin (3). G allia cqmata, dit encore
Ptolémée, AqiUtaniam^ Lugdunensem et Belgicamhabet.
\a Celto-Galatie, selon cet auteur, comprend l'Aquitaine, la Lyonnaise, la Belgique et la Narbonnaise (&] . £t Dion Cassius lui-même, énumérant les peuples de la
(i) Rech,, etc., ctl., p. 138, 239, tXpass, (2]Cés.,voy. sup., p. 61. — Pausan., lib. T, cap. UI, in fin. (3)lltla, op. cit., lib. UI, cap. II. — Plin., op. cit., lib. IV, cap. XVll. — Amm., lib. XV, cap. XI.
(i) Op. cit., lib. II, cap. VII, cMib. VlII (£«rop. iahul lU;
TROISIÈME rRAGMENT. iOS
Gaule — ToiAvoit iravTf ;, — ne diffère de Ptolémêe qu'en ce qu'a donne aux Belges le nom de KcXtixo\ (terme auquel Leunclavius a substitué BcXytxol) (1) .
Il est vrai que Strabon croit à la fraternité des Gaulois et des Germains. «... ces deux peuples, dit-il, ont » une origine commune, soit qu'on les considère du » côté du caractère et de la manière de vivre et de sô » gouverner, soit qu'on examine le pays qu'ils habî- » tent... » Ailleurs, il dit que les Germains diffèrent deâ Gaulois à certains égards, — ... à G al Us parum tliffêreh^
tes^ si feritatis^ corporunt magnitudinis^ et fuhi colorié excellentiam spêcteSy — ... (jKxpov cÇaXXaTTovrgç toO xcXrcxou y\)).ou, TcSrc nhovaç^îâ Tfiq deypi^rrytoç, xac roO fjicy/Oouç, %o^ T^ç
favOoTUToç'.... Puis , il ajoute : « et c'est à juste titre, je » pense, que les Romains leur ont donné le nom de » Germains — Ti/ifiavot, — comme s'ils voulaient dire
» de véritables Gaulois , — û? âv y^ricto/oç Vakaxaç ^pâCcev
» PouXofiicvot * — car c'est ce que signifie ce mot dans la » langue des Romains (2) . » Tel est ce passage auquel on a fait si souvent appel, et qui se fonde sur la signification d'un mot, pour établir la consanguinité des Germains et des Gaulois.
Mais cette étymologie appliquée au nom de Germains n'est rien moins qu'exacte. Nous la trouvons déjà formellement combattue par Cellarius, qui s'autorise d'un passage de Tacite, et qui donne au mot Germani son véritable sens, cîtlvî ài^ bellatores (3). Et voici d'ailleurs comment s'exprime Coray, qui fait honneur à Wachter
(1) Lib. LIU, oap. XU;— io edit. gr. et lat., cit., lib. XXIX, cap. I, t. I, p. 189, 190, no(.
(i) Lib. IV, p. 196, lib. Vil, p. 290; édit. fr. t. U, p. 60, l.lll, p. 4.
(3) NotH. orb, anliq. jWb. U,cap. V, t. I, p. i48>4i9 ; in-4'', Lipsis, 1701-1706. — Cf. Tacite, in Gtrm., cap. II.
d'avoir relevé cette erreur : « Ger-man^ dit-il^ composé j de deux mots teutoniques, signifie homme de guerre ou » homme belliqueux. Les Gaulois donnèrent d'abord ce » nom à quelques peuples de la Germanie, qui, ayant » passé le Rhin , occupèrent une partie de la Gaule, après » en avoir expulsé les anciens habitants. Par la suite du » temps, comme cela arrive ordinairement, cette épi- » thète s'étendit sur toute la nation, dont le véritable et » le plus ancien nom était celui qu'elle porte encore » aujourd'hui, Teutscher^ et qui répond en quelque » sorte au nom Autochthones... (1). » On ne doute plus guère maintenant de l'erreur commise ici par Strabon ; et voilà comment cette présomption de parenté tombe, pour ainsi dire, d'elle-même, avec l'étymologie qui Im servait de base.
La confusion mentionnée tout à l'heure , en ce qui concerne les peuples de l'ancienne Celtique, était donc plus apparente que réelle ; et l'on peut dire aussi qu'elle prenait sa source dans l'insuffisance des notions sur ces divers peuples autres que les Celtes, lesquels, à la faveur de leur antique célébrité, et grâce au voisinage de la colonie phocéenne établie sur leur temtoire, personnifiaient en quelque sorte tout l'occident de l'ancien monde, La géographie de cette contrée et du nord de l'Europe existait à peine : l'ethnographie était le chaos. Et cependant, déjà Strabon était venu ; et il avait même signalé l'erreur d'Ephore, étendant trop loin, comme il le dit, les limites de la Gaule, (( en comprenant sous » ce nom la plus grande partie de ce que nous appelons » aujourd'hui YJbén'e, même jusqu'à Gadès (2). » Déjà
(t) DansSiraboD., édit. fr., t. 111 , p. A, not. — > Cf. Wacbter, op. cU., voce Germant, (2; Lib. IV, p. 199 ; cUit. fr., t. ïl,p. "îS.
TROISIÈME FRAGMENT. i06
César et Tacite avaient jeté quelque lumière sur TUe de Bretagne et ses habitants, qu'ils sont enclins à considérer conune autochthones, ainsi que nous l'avons vu (Fragm. I, p. 15-16). Et ces deux maîtres avaient déjà fait connaître la Germanie et les peuples transrhénans, que Tacite en particulier regarde également comme indigènes, — Ipsos Germanos indi gênas crediderlm^... (1).
Mais la science alors ne rayonnait pas comme de nos jours ; et, telle était l'ignorance sur ces divers points, que, si l'on en croit Josèphe, ceux des Grecs qui passaient pour les plus exacts, Ephore entre autres, s'étaient imaginé que l'Espagne n'était qu'une ville — ...«are «oXiv caTcToïc fi^av cTvat tow; ÎCijpaç, ... (2) ; que, d'après ce que rapportent Plutarque et Dion Cassius, l'existence même de la Bretagne était un sujet de contestation pour les anciens historiens, — .... quum quidam nihilnisi nomen esse eam putarent^... — et que, «plus tard on mit en doute si c'était » un continent ou une île (3) . » C'est encore ainsi que, suivant ce dernier auteur, les Romains s'étonnaient que César triomphât de tant de nations dont ils ne connaissaient pas même exactement les noms, — .,. wv o\jSt rà ové/jiaTae Trpoiepov ^xpi^ouv, viprtxu''»»» (4). Yolci maintenant comment s'exprime Strabon : <(.... Timosthène et Eratos- » thène, comme tous ceux qui les ont précédés, connoîs- » soient mal l'Ibérie et la Celtique, etbien plus mal encore » la Germanie, la Bretagne, les pays des Gètes et des Bas-
(1) Ces., op. cit., lib. VI, cap. XXI sqq. — Tacit., in Germ.^ cap. II, cf. cap. IV.
(2) 0$ AnliquU. jud, conlr. Apionem, lib. I, § XII. ]
(3) Plutarq., in Cœsar,, § XXIII. —Dion, lib. XXXIX, cap. L; édit. gr. fr. cit., Ibid.
(4) Lib. XXXIX, cap. V, cf. lib.XLlV,cap.XLII.
100 TROISIÈHB rRAGMEirr.
tarnes. » Autre part, il tient un langage assez peu jdifTé-rent, à l'égard des « Germains qui sont au delà de VJIbis » près de TOcéan , n ainsi que des peuples et des pays qui se trouvent au delà de la Germanie, au-dessus du Pont- Euxin ; à Tégard surtout des fabuleuses régions u des » monts Riphées et des Hyperboréens (1). » Et Plîne, à son tour, avoue qu'il ignore quelles sont les limites de la Scythie, de la Sarmatie, de la Taurique, — Ego in-
certtun in hac terravum parte niensuram arbitror (2).
Quoi qu'il en soit, peut-être nous aura-t-il suffi de ces renseignements, à Tappui des données qui précédent, pour dégager en quelque sorte les anciens Celtes ou Gaulois, et la Celtique ou Gaule primitive, des divers peuples et de tous les pays qui s'étaient vus décorés de ces noms. Nous ajouterons encore quelques mots sur l'antique demeure des Celtes, comparativement aux divers établissements des Gymris,
VIII. Hérodote, Eratosthène, Polybe, Strabon, M. Varron, Pline, Pomponius Mêla, Ptolémée et d'autres, font mention des Celtes ou Celtiques d'Espagne — KiX- Tfxoc, Celticl (3). Nous nous bornons à rappeler l'existence de ces peuples, que l'on trouve établis au delà des Pyrénées, ainsi que les Celtibères , et dès les siècles
(1) Ub. U, p. 93» lib. vu, p. 294-295 ; édit. fr., 1. 1, p. 242, t. m, p. 19-22. — Cf. fragm. U, p. 41-42.
(2) Lib. IV, cap. XII, m fin,
(3) Hérod., lib.U (£utorp.), § XXXIUJib. IV(Af0{pom.), § XUX; édit. fr. cit., cf. not, — Eratosth., ap. Strabon., lib. H, p. 107; édit. fr., 1. 1, p. 290, cf. mi, — Polyb., Reliq.^ lib. XXXIV, cap IX. — Strab.,lib. Ul, p. 139, 141, cf. p. 151; édit fr., 1. 1, p. 389, 402, cf,
- nOISIÈXl FIAGIIINT. 107
les plus reculés. Quant aux Celtes de la Gaule, Aristote et Polybe les placent, le premier, au-dessus de ribérie,~ •...it/pi KiXtoùç toùç vwip vrii JC^piac***-* — Ic second, au voisinage de Narbonne jusqu'aux Pyrénées, de la Médi^ terranée à l'Océan, — Àiro Si tou Nap6tt>vo;, xott rà mp\ to>
vaitiv opw\.. (1). Tite-Live signale les Celtes dans l'une des trois parties de la Gaule, sous le règne de Tar*
C[ttin l'Ancien : — Celtarum^ (summa imperiC) quœ pan Galliœ tertia est... (2). Pline et Silius Italiens, après Polybe, disent que les Pyrénées séparent les Hispanies des Gaules, les Ibères des Celtes ; et Silius ajoute qu'Annibal (au v* siècle de Rome) traversa le pays des Celtesi en se portant de Sagonte aux Alpes (3) . Appien ensuite fait la même remarque,... in Celttcam^ — içri^v KeXnxiiv, — ••• superato Pyrenœo^ transiit;,,. Ailleurs, il dit que le
côté des Pyrénées qui regarde l'Orient est habité par les
Celtes, — Oêxouffd'aÛToOirp^ç/iK rwKeXro'c... (&). Elièu
parle aussi des Celtes, comme voisins des Massaliens,
— Celtas aiidiOf et Massilienses^ atque omnes Ligures,,. ~— Axovw Sk KcXtovç, jtcic Mai7aX(CtfTaç. ... (5).
p. 435-436. — Vairr.,ap. Plin.fOp.cit., lib. III, cap. I.— Plin., op.cit., lib. III, cap. m, lib. IV, cap. XX, XXI. — Mêla, lib. III, cap. I.— Plo- !ém.,lib. II, cap. V.
(1) Arist., De animal, gênerai. ^ lib. II, cap. VIII; «^ cf. De Mundo ad Akœandr.t cap. III; — Météorologie, ^ lib. !« cap. XIU. — Polyb., lib. III, cap. XXXVII; Reliq., lib. XXXIV, cap. X. — Cf. Athénée, lib. vm, cap. IV.
(2) Lib. V, cap. XXXIV.
(3) Plin., op. cit., lib. III, cap. III, in /In.— Silius, op. cit., lib. III, V. 417 sqq., 442 sqq., cf. lib. IV, v, 59 sqq. — Polyb., lib. III, cap. XXXIX.
(i) De bell, annib. ^IW ;^De reb . hispaniens., § I. Cf. sup.,p. 10t. (5)De nat. animal., lib. XIII, cap. XVI.
iM TlOISIÈME FRAGMENT.
VoicU d'autre |mrt, ce que dit Strabon, en parlant des habitants de la Narbonnaise : « On les nommait D autrefois Ce/tes — RcXt^ç, — et je présume que les n Grecs n'ont été portés à donner à tous les Gaulois le Il nom de Celtes — Talâxfx:;, — KcXtoù;,— que par la célé- M brité de ce dernier peuple : le voisinage des Marseil- » lois peut y avoir aussi contribué. » Il dit encore que « Auguste, en divisant la Gaule en quatre parties, Il réunit d*abord les Celtes à la Narbonnaise (1). » Nous avons déjà vu que, selon Diodore, on appelait Celtes les peuples occupant le pays entre les Pyrénées et les Alpes, et (jue César, en cela suivi par divers auteurs, les place liu centre des Gaules, séparés des Belges par la Manie et la Seine, des Aquitains, par la Garonne (v. Fragm. II, p. S7, sttp.^ p.l02). Làétaitdonc, sans nul doute, le teri'itoire dos vrais Celtes, et peut-être le moindre des foyers d*où s'irradièrent ces antiques colonies, qui portèrent nu loin, avec leiu' nom, la renommée des Celtes, et qui contribuèrent à égarer T opinion des Grecs sur la situation et rétendue de leur mère patrie. Ainsi, dès les plus anciens temps de ThivStoire, nous voyons les Celtes ou vrais Gaulois habiter la Celtique proprement dite, et nous les trouvons même établis de l'un et de l'autre côté des Pyrénées, comme si ces majestueuses montagnes eussent été leur berceau.
PovH' les Cimbres ou Cymris, au contraire, le fait de leur existence dans les Gaules ne se perd point dans les impénétrables ténèbres du passé ; et la tradition nous fait à peu près connaître les époques de leurs principales immigrations dans cette contrée. L'on sait, en
(n Lib. IV. p. 189, 177; édit. fr , t. U, p 37,3.
effet, et M. Am. Thierry a popularisée ces connaissances^ que ces chocs terribles, qui déchiraient et qui morcelaient la patrie des Celtes ou Gaëls, avaient lieu dans le vix% dans le iv* et dans le n* siècle avant notre ère (1). On sait quelles parties du territoire furent successivement envahies sur les Celtes refoulés de l'ouest à Test, et de plusieurs côtés vers le centre de leur pays ; et de là même les noms de Cymris Armoricains, Belges ou Teutons,, auxquels se rattache particulièrement chacune de ces grandes invasions. On sait, par les témoignages historiques les plus reculés , quel avait été dans l'Asie occidentale le théâtre des premières luttes de ces a Gii^ )) mirisi) parfois encore confondus avec les Gaëls (v, sn/j.^ p. 57) , et dont on a trouvé fréquemment le nom dans les inscriptions cmiéifonnes (2). On sait aussi de quelles régions de la Scandinavie s'échappèrent enfin , conmie pai' torrents, ces hordes formidables, pour envahir nos contrées (3) ; tandis que nul récit ne fait connaître que de semblables mouvements aient eu lieu chez la nation des Celtes, Ilien dans l'histoire n'infirme donc cette tradition druidique, d'après laquelle une partie de la population gauloise était indigène, et l'autre composée d'insulaires étrangers venus d'au delà des mers, et de peuplades transrhénanes chassées de leurs foyers..,. — Diysidœ niemomnt rêvera fuisse popuU partem indigenain : sedalios quoque ab insulLs extlmis confluxisse et tractibuM
(1) Oar. cit., 1. 1, p. 33 et saÎY.» 129 et sair., t. If, p. 19S etsuir., cf. p. 28 et raîT.
(2) De Gobineau, ouv. cit., t. Hl, p. 93*98 , t. II, p. 379 et sair. -* Cf. Fréret, Mém. sur les Cimmcr,^ ub. sup., t. V,p. 13 et suit.
(3) Am. Thierry, op. cit., 1. 1, Introd,, p. Ij, lijt I. Il, p. IM-ifla«
110 nOISItlIB rBAGMENT.
transrhenanis^ crebriiate bellorum^ et alluviotie fervidi maris sedibus suis expulsas (1).
Un dernier mot, c'est qu'il nous parait d'après cela que Ton pourrait voir certaines analogies d'existence^ d'une part, entre les Celtes et les Gimbres, vivant ensemble jadis dans l'ouest de l'Europe ; et d'autre part^ entre les Kabyles et les Arabes des temps modernes^ habitant conjointement le nord de rAfnque (en admettant que ces derniers fussent bien les représentants de la conquête) . Car les Celtes, de même que les Kabyles, ont été considérés comme autochthones ; et les CimbreSf aussi bien que les Arabes, sont immigrants. A de certaines époques, les premières tribus de ces envahisseurs ont fait irruption sur le territoire étranger, qu'ils ont tjraité d'abord en pays conquis, avant d'en faire leur patrie d'adoption. Et, trouvant dans ce milieu nouveau des conditions favorables au développement de leurs races, ils ont refoulé au loin , et parfois jusques dans des demeures inaccessibles, les premiers occupants. Hais ensuite, forcés de se subir réciproquement, vainqueurs et vaincus ont fini par traverser la série des siècles, là, dans une sorte d'association ou d'alliance avec les races dépossédées , ici , dans une communauté véritable.
On comprend bien que nous n'attachons pas d'impor* tance à ce rapprochement. Il nous permet, cependant, de constater que les deux peuples, en Europe, mieux faits pour s'entendre que ceux habitant la terre africaine, moins hostiles les uns envers les autres, se sont croisés dans une certaine mesure, et quelquefois même au point qu'il en résulte une sorte de fusion , tandis que ces der-
• (1) àamitti-MamlliD (es TimâgeDc), tib. XV^ cap. UL
nOISItlIB rBAGMERT. 111
niera, en Afrique, sont demeurés comme juxtaposés, sans jamais se confondre. Ainsi que beaucoup d'autres populations cultivant de mêmes contrées , les Arabes et les Kabyles n'ont jamais mêlé leur sang, et sont encore aujourd'hui tels qu'ils furent isolément, avant leur réunion sous le même deL
IX. Nous ne pousserons pas plus loin nos recherches. Nous en avons assez dit pour montrer combien les anciens en général s'accordent peu sur les appellations souvent contradictoires dont ils se servent à l'égard des anciens peuples de la Gaule, à l'égard de la Celtique. Nous avons vu que les deux nations, des Cymris ou Cimbres, et des Celtes ou Gaêls, différaient essentiellement par le type physique, par les mœurs, par le langage; enfin, autant qu'on en peut juger, par le point de départ et l'origine des races. Ces différences, nous les avons constatées par l'examen des caractères physiologiques , par les faits et les données de l'histoire, par les renseignements tirés des idiomes; et nous avons cherché vainement les traits de similitude sur lesquels se fonderait l'opinion d'une souche commune*
Nous croyons donc, avec toute certitude scientifique , pouvoir inférer de ces études , que les Cymris et les Gaêls n'étaient point originairement de même sang gaulois; et que, par conséquent, la fraternité ethnologique entre les uns et les autres, entre la race des anciens possesseurs du sol et celle des conquérants, loin d'être prouvée, est infirmée au contraire par des faits et des autorités sans nombre. C'est la question dont nous nous étions proposé l'examen t — que si nous
ne Favons résolue, au moins avons-nous fait voir que tout n'était pas dit sur ce point.
X. Nous ne hasarderons plus, sous forme d'inductions finales, que les propositions suivantes :
!• Aux Gaëls, Celtes, Galls ou vrais Gaulois il appartiendrait plus spécialement d'avoir cultivé, non sans éclat, les lettres, les sciences, avec le concours de leurs bardes, de leurs eubages, de leurs druides; ceux-ci ingénia' celsiores^ comme dit Ammien-Marcellin (1 ) ; ceux-ci les précepteurs de la jeunesse, qu'ils initiaient à des connaissances élevées qui leur étaient familières, telles que le mouvement c[es astres, l'immensité de l'univers, la nature des choses, le pouvoir des dieux, ainsi que le rapportent César et Pomponius Mêla (2) . Il leur appartiendrait d'avoir ensuite fondé des écoles renommées, où les Romains et même les Grecs venaient s'instruire danslaphysique et l'éloquence, la philosophie, la morale ; et d'avoir en quelque sorte partagé avec les Grecs de Massalie , cette nouvelle Athènes, la gloire de leur enseignement (3), Ne nous étonnons donc pas que l'ennemi lui-même rende hommage à l'intelligence de la nation vaincue ; — ...ut est swnmœ
genus [Gal/orum) solertiœ^ atque ad omnia] imitanda atque efjicienda^ quœ ab quoque tradantur, aptissimum.
(!)Lib.XV, cap.IX,
(2) Ces., op, cit., lib. IV, cap. XIV. — Mêla, lib. UI, cap. II.
(3) Strabon, lib. IV, p. 181; ëdit. fr.,t.II,p, 13. — Tacite, in Âgri' coi., cap. IV.
TBOISIÈME FRU;]ilEVr. IIS
Ainsi parle César : — \ wti pwniiet, . . uev tuinius insignes vuvs è Galliâ ^arbonetisi tnuish'i'sse? dit Tacite: — ...ingénia acuti^ nec fui disciplim^s ineph\ ajcNlte Diodori : """••• Tflàç A ^corvctacç oÇerç xat irpoç fca9i}ffcv o-jx nmnit^ (1).
Au temps des druides, qui sont d'abord les seuls dépositaires des sciences, et plus encore après eux, sous la pression de l'étranger, mais par le £ût surtout de la diffusion des lumières, qui résulta de l'extinction même dn druidisme ; au temps des druides, disons-nous, et plus encore après eux , il y eut toujours parmi les Celtes des bommes éminentset d'une rare éloquence, ~ ...vins
semper fortibus et ehquentissitni^ ahnndavit^ — ainsi que le dit safait Jérôme, en parlant de la Gaule, cette institutrice des orateurs bretons, suivant Juyénal : — Gallia caussidicos doeuit/acunda Briîannos (2). Les Gaulois, en effet, paraissent avoir siutout brillé dans les letdres. Et, par exemple, depuis ce L. Plotius Gallus, qui fut le premier à enseigner en latin la rbétoriqne à la jeunesse de Rome, près d'un sièele avant notre ère, et, après lui, M. Antottius Ctmphon, autre Gaulois dcmt Cicéron et César forent les disciples (8), l'on ne saurait dire combien d'orateurs, de rhétenra, de grammairiens illustrèrent le nom de nos anoètras, soit daas la capitale, soit dans les provinces,
(1) Cé8.V op. dt., lib. TU, cap. XXU. — Tadt., Âwn., Hb. XI» cap. XXTf. -^ nM., Ift. V, cap, XXXI.
(S) JMoM, etmlr. ngUmU. iib., iait.; — cf. SpmU CXXV (otf Jim- Heum monachum). — JuYéDal, lib. V, sat. XV, y. 111 ,cf. lib. III, •at. yiI,'T.14S.— Cf. Gatofi, Qrigin. ftagment. Ub. U. — Aufooe, Commemor. prof est. BîirdiffeJl^,pass.
(3)Saétone, De clari$ rheUnib. , Cap. 11; —De illtutrib, grammat., cap. VII, eipass. - Qdiutilida^ institut, orator. (collecl. Panckotike), lib. H, cap. IV, injiny lib. I, cap. VI, ciuot.
11& TBOISiÈME FRAGMENT.
soit sur le sol gaulois. Mais la poésie, l'histoire, la philosophie, mais la plupail des sciences, comme la médecme, les mathématiques, la jm*isprudence, la géographie, l'astronomie, enseignées , à différentes époques, dans les principales villes de la Gaule : à Autun, à Lyon, à Vienne, à Arles, à Nîmes, à Narbonne, à Bordeaux, à Toulouse; mais les beaux arts, enfin, ne trouvèrent pas moins eu eux des représentants célèbres, qui ne cessèrent d'apporter leur tribut à la grandeur du colosse romain, jusqu'au moment où cette grandeur elle-même entraîna sa chute (1). Tel serait donc en général, et très sommairement, l'apanage des Celtes.
2'' Les Cymiis, loin de là, Cimbres, Belges, Galates ou nouveaux Gaulois, auraient eu le principal rôle dans l'œuvre des conquêtes et la puissance des armes, dans les invasions, dans les actes de sauvage.déprédation. Posidonius, cité par Strabon, qui confirme son jugement, parle des Cimbres comme étant un peuple de brigands et de
vagabonds : — •• • xac ou xax£îç cîxo&c, Stc Xv}9Tpcxo2 Svrcç xa2
fikùonnrtç oc Ki^€|(>o(,...(2). Et Plutarque observe même que les Germains appellent Cimbres^ les voleurs, — ••« «où en
KifiSpoMÇ cirovofiaC&uffc Ttpftacifot toù^ Xq^roç (S). Ainsi, Blajl-
lius, dans Tite-Live, qualifie en ces termes iferoxnaUo, pervagata bello prope orbem terrarum,»*. les Galates OU
GaUo-Grecs; ceux-mêmes dont les pères avaient osé profaner le temple d'Apollon Pythien, l'oracle de Funi-
(1) Bist. lUUr. d€ la France (par Dom Riret), 1. 1, part. J, tm7., et pa$s.; in-4% Paris, 1733 etc. — Cf. Moréri, Le gr. Dhtiann, Mst., art. GAt'LKpn-fol., "ans, 175;^, p. QSetsoiv.
^2)l.ib. Vil, p. 2!)3; ddil.fr., l. III, p. 16-17.
(:<) 1(1 iVurio, §XI.
vers, comme dit Cicéron, — ,.,.atque ad omcutum orbîs terne vexandum ac spoliandum.,. (1). La soif du butin, TardeuT des combats , et même les cniautés après la lutte à outrance, témoin leur triomphe sur Q. Serv. Cépion, paraissent en effet caractériser les (ambres, depuis leur apparition dans Fhistoire jusqu'au jour de leur sanglante défaite par les légions de Marius.
A ces peuples donc le mérite d'avoir porté le meurtre et l'incendie jusqu'au pied du Capitole ; d'avoir asservi des nations lointaines, et d'avoii* ravagé différentes fois l'Asie, (( tombant tantôt sm* les Paphlagoniens, tantôt sur » les Phrygiens,... » comme (déjà du temps d'Homère) ils avaient « ravagé tout le pays , depuis le Bosphore » jusquàrionie,» ainsi que le rapporte Strabon (2). aDe » toute ancienneté, dit Diodore, ces peuples (les Gaulois n qui demeurent au nord de la Celtique, les mêmes que » les Cinunériens ou les Gimbres) se plaisent au bri- » gandage, aiment à porter le fer et le feu dans les pays » voisins, et méprisent toutes les autres Nations. Ce sont n eux qui ont pris Rome, pillé le temple de Delphes, et » rendu tributaire une grande partie de l'Europe et de
» l'Asie, » — Ovtoc yap tîacv oî xijv [ùtt Pwfiïîv cXovtc;, to ^ aplv Tt IV Ac).^7; ouXvivoyTc;, xaX iroXÀr^v [à^é t^; £0p(^<iry3;, où.t ô).(yv}v Sk
xoeîTîç Âaiaç tffiffikfiYftfjanxt^,... (3). En uu mot, ces peuples, plus OU moins barbares, grossiers ou mercenaires (v. snp., p. 75-76, 81), si redoutés de l'Orient et de
(1) Tit.-Liv., lib. XXXVUI, cap. XVII, cf. lib. VII , cap. XXIII, Epitom, Ub. LXHL — Cicer., ProM. Fonteio, § XUI.
(2) Ub. I, p. 61, 6, cf. lib. 111, p. U9, lib. XIV, p. 618; édit. fr, t. I, p. 151-152, 14, cf. p. 430, t. IV, part. Il, p. 309-310, et pass.
(3) Ub. V, cap. XXXII; frad. fr. cit.. liv V, th. XXI.
114 IROISlfCME FRAGMRNT.
rOccîdent, n*étaieiit-ils pas en quelque soilele bras, et nullement la têle de la nation dont ils portaient le nom?
Et maintenant , si notre appréciation est fondée^ et si les opinions que nous avons soutenues ont quelque va* leur, ne serait-ce pas, — sans parler des effets du mélange entre les deux races distinctes, l'une plus brune que blonde, Vautre certainement blonde ou rousse, et que Ton poun'ait croire appelées à se compléter Tune l'autre, — ne serait-ce pas, disons-nous, d'abord à l'antagonisme même des caractères, à l'alliance du génie de la guerre avec celui de la civilisation, et ensuite à leur union de longue durée, à leur réciprocité d'action, non moins qu'à la perfectibilité respective des deux peuples, chacun dans la sphère de ses aptitudes, que la grande famille des Gaëls et des Cymris, devenue française, devrait d'avoir acquis tant do renommée dans tous les genres de gloire, et de marcher aujourd'hui peut-être la première entre les familles des hommes ?
Mais nous nous bornons à soulever ce coin du voile. Il nous suffit d'avoir émis nos doutes sur l'identité de souche entre les Gaêls et les Cymris : doutes qui n'orft d'autre objet que d'appeler la critique, et par suite desquels nous avons été conduit à établir, et nous avons essayé de prouver, que les Celtes et les Cimbres n'étaient pas de m^me origine, et qu'ils constituaient des races différentes ; le premier de ces peuples olVrant d'ailleurs un type qui nous semble appartenir moins aux climats \oisins du nord qu'à des cioux tempérés.