Voir une grande lumière semblable à l'éclat de l'or
C'est ainsi que Manjuçrî-Kuruâra Bhûta expliqua l'enchaînement de la loi des quatre Nirhâra, et le fils de dieu Çribhadravat, content, satisfait, ravi, joyeux, le cœur allègre, voulant faire une offrande à l'assemblée et à Manjuçrî-Kumâra-Bhûta, fit à toute l'assemblée une offrande de fleurs divines de mandâra, d'utpala, de lotus rouges, de lotus blancs ; ces fleurs furent semées sans interruption. Alors par la puissance du Buddha, dans Patmo-
6phère supérieure, des fleurs de lotus, dont les dimensions égalaient celles des roues d'un char, agréables à voir, odoriférantes, allant au cœur, apparurent. Au cœur même du centre de ces fleurs, des corps de Bôdhisattvas ornés de trente- deux signes du grand homme ? apparurent également. Alors le fils de dieu Çribhadravat dit à Manjuçrî-Kumâra-Bhûta : « Manjuçrî, d'où ces Bôdhisattvas sont-ils venus? » Manjuçrî reprit: « Fils d'un dieu, d'où ces fleurs sont-elles venues elles-mêmes? » Le fils de dieu répondit: « Manjuçrî, ces fleurs sont des apparitions surnaturelles. C'est moi qui les sème en vue de te faire une offrande. » Manjuçrî repartit : « Fils d'un dieu, de même que ces fleurs sont en fQrme d'apparitions surnaturelles, ainsi en est -il de la vision de ces Bôdhisattvas. »
Ensuite, en ce temps-là, Bhagavat fit un sourire.
Or, c'est la règle que dans le temps où les bienheureux Buddhas font un sourire, de la bouche de Bhagavat sortent des rayons de diverses couleurs, de toute sorte de couleurs, tels que. bleus, ou verts, jaunes, rouges, blancs, couleur de pavot, couleur de cristal. Ces rayons ayant pénétré de leur éclat les régions infinies du monde, et s'étant manifestés dans les régions supérieures au sein du monde de Brahmâ, après avoir effacé par leur splendeur la clarté du soleil et de la lune, revinrent sur eux-mêmes, et s'éteignirent dans l'excroissance de la tête de Bhagavat.
Ensuite, le fils de dieu, Çribhadravat, s'étant levé de dessus son tapis, ayant rejeté son manteau sur une épaule, mit en terre la rotule du genou droit, et, s'étant prosterné les mains jointes, adressa cette louange en vers à Bhagavat 2 :
1. 0 toi, qui possèdes la splendeur de l'éclat sans tache de For pur,
qui possèdes les divers signes excellents du grand homme, au nombre de trente-deux , qui brilles par cent millions de qualités, par des qualités sans nombre, protecteur, par quel motif as-tu fait apparaître le sourire?
2. Faisant entendre une voix douce, communique -(nous) une explication, enseigne avec mélodie, prononce pour notre instruction de douces paroles ;
* Pour le trente-deux signes du grand homme, voir Rgya-cher-rol-pa, p. 107, Lotus de la bonne loi, p. 553, et Triglotte bouddhique, 4.
* Ces stances au nombre -de huit sont divisées, selon l'usage, en deux hémistiches et quatre padas, chacun desquels a onze syllabes. La dernière n'a que trois padas (un hémistiche et demi), en sorte que le nombre total des padas est de quarante-six tau lieu de quarante-huit.
FRAGMENTS TBADUITS DU KÀNDJOUÉ 215
Sugata, qui possèdes l'intelligence, et fais briller au loin les sept pierres précieuses, toi qui as la voix dominante du kalapinka, pourquoi as-tu fait le geste d'autorité, le sourire?
3. L'homme excellent, l'homme de bien, vainqueur de ceux qui ont des membres
pervertis,
lui qui met pour toujours un terme à la force du démon,
à qui les dieux, les Asuras et les grands oiseaux du ciel (Garudas) font constamment des offrandes,
qui possède les dix forces, par quelle cause a-t-il fait Voir le sourire?
4. Cet être sans tache, sans souillure, qui a rejeté les trois souillures, dont le large visage est semblable au disque du soleil et de la lune,
qui efface les profondes ténèbres et la tache causée par la passion qui obscurcit, qui fait toutes sortes de dons avantageux, a fait voir le sourire!
5. Le Tathâgata, utile et excellent pour la terre et pour le pays des dieux, qui fait de bons présents de toutes sortes, dont les qualités sont illimitées,
lui qui est bien instruit dans l'égalité et l'unité, et dont l'enseignement est
lumineux, comment ferai-je pour comprendre le sens du sourire qu'il a montré?
6.0 toi, qui éclaires les ténèbres profondes, épaisses, formant une taie sur l'œil, qui possèdes l'éclat de la lumière de la lampe de la science,
éléphant, qui possèdes une force excellente, et qui brilles à la manière d'un lion, toi qui fais du bien aux créatures, je te prie de m'enseigner le sens de ton sourire.
7. Le meilleur des hommes, qui dompte l'homme en proie à toutes sortes de maux, qui est profond, qui creuse les choses difficiles à comprendre, lui dont il est
difficile de donner la mesure, qui tarit l'eau de l'existence, et qui n'a pas son égal, qui est sans artifice, et doué des dix forces, par quel motif a-t-il fait voir le sourire?
8, Celui qui met un repos à la vieillesse et à la mort, qui procure le bien de l'Amrta, dont les pieds sont bien unis, pourvus de membranes et de roues,
qui a une grande science, je le prie de m'enseigner le sens de son sourire.
Tel fut son discours, et Bhagavat adressa ces paroles au fils de dieu Çrîbhadravat : « Fila de dieu, as-tu vu ces Bôdhisattvas assis dans l'essence de lotus, sur des trônes, dans la région supérieure de l'atmosphère ?» — Il répondit : « Bhagavat, je les ai vus. » — Bhagavat dit : « Tous ces Bôdhisattvas rassemblés des dix régions auprès de Manjuçrî-Kumâra-Bhûta, y sont venus pour entendre la loi, et pour entendre cette énumération
successive des quatre Nirhâra. De plus, tous ces Bôdhisattvas ont été corn plètement mûris par Manjuçrî-Kumâra -Bhûta. Une seule naissance tient encore tous ces Bôdhisattvas éloignés de la Bodhi parfaite et sans supérieure ; mais, dans les sections aux noms variés du monde des dix régions, dans tel et tel champ de Buddha, ils deviendront des Buddhas parfaits, accomplis, sans supérieur. »
Le fils d'un dieu reprit : « Bhagavat, je ne suis pas capable de faire le compte de ces Bôdhisattvas ; combien y en a-t-il ?» — Alors Bhagavat dit à râyushmat Çâriputra: « Çâriputra, peux-tu compter ces Bôdhisattvas? »
— Il répondit : « Bhagavat, tout ce qu'il y a d'étoiles dans le grand millier des trois mille mondes, je suis prêt à les compter en un instant, en un moment, un clin d'oeil. Mais pour ces Bôdhisattvas, je ne voudrais pas (me charger de) les compter en cent ans. » — Bhagavat dit : « Si, bien que ce Jambudvîpa soit rempli de grains d'une poussière très ténue, il est possible d'en achever le compte par l'art du calcul, tandis que pour ces Bôdhisattvas, il n'est pas possible d'en achever le compte par l'art du calcul, ces Bôdhisattvas assemblés, tout autant qu'il y en a, seraient donc innombrables! » Çâriputra reprit : « Bhagavat, où y a-t-il des champs de Buddha en assez nombre pour que ces Bôdhisattvas y deviennent des Buddhas parfaits et accomplis ? )>
— Bhagavat répondit : « Çâriputra, reste assis en silence ! ne parle pas ainsi ! Çâriputra, les innombrables champs des Buddhas ont été comptés par le Tathâgata. Çâriputra, pour prendre une comparaison décisive, si le Kalpa, mesure de la vie d'un Tathâgata, était dans une mesure aussi grande que celle du sable du fleuve du Gange, et si dans tous les jours (de ce Kalpa), un par un, on installait autant de docteurs de la loi qu'il y a de grains de sable dans le fleuve du Gange, et que tous ces docteurs de la loi eussent autant de Bôdhisattvas à prédire qu'il y a de grains de sable dans les eaux du Gange * , dans la (seule) région de l'est, ils auraient eu à compter autant de champs de Buddhas qu'il y a de grains de sable dans le Gange, môme à ne prendre pour exemple qu'une seule région de Bôdhisattvas j les Tathâgatas qui énumèrent les champs de Buddha en aussi grand nombre, les voient avec
• * La dernière partie de cette phrase, destinée à donner Vidé> d\::i nombre immense exprimant l'immensité du monde et l'immensité delà science d i Buddha, est très difficile très compliquée surtout; et je ne suis pas sûr de l'avoir exactement rendue.
l'œil de la chair du Tathâgala ; les êtres qui naissent dans ces champs de Buddha, les pensées de ces êtres, les Tathâgatas les connaissent ; comment les Tathâgatas ne seraient-ils pas en état de les énumérer ? »
Ensuite ces grands Çrâvakas et cette assemblée qui contient tout, s'étant émerveillés, s'écrièrent : « Maintenant que ces enseignements nous ont été donnés en un tel langage avec accompagnement de prodiges si grands, d'une si grande puissance, et d'une telle science, offerts à nos regards, nous avons obtenu un grand gain. »
Puis, les Bôdhisattvas qui s'étaient rassemblés des dix régions du monde, et qui siégeaient au plus haut de l'atmosphère, étant descendus de cette atmosphère, adorèrent avec la tête les pieds de Bhagavat et de Manjuçrî- Kumâra-Bhûta ; puis, après avoir tourné autour d'eux, s'en allèrent dans les dix régions.
Puis le fils de dieu Çrîbhadravat adressa la parole à Manjuçrî-Kumâra - Bhûta: « Manjuçrî, ea accomplissant les actes (convenables) tu as complètement mûri pour la Bôdhi des êtres innombrables, c'est bien ! c'est bien ! Manjuçrî, puisque tu as commencé par la loi en vertu de laquelle on mûrit les Bôdhisattvas dans la Bôdhi, courage, continue ! » — Manjuçrî reprit : « Fils d'un dieu, la loi par laquelle on mûrit les Bôdhisattvas dans la Bôdhi comprend trente-cinq sections. — Lesquelles? -— Les voici \