‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 201 sur 295 · ENTRETIEN D'UPAKA ET DE GAUTAMA · texte numérisé non relu

ENTRETIEN D'UPAKA ET DE GAUTAMA

L'entretien du Buddha avec l'Ajivaka Upaka sur le chemin de Buddha - Gâyâ à Bénarès (voir ci-dessus p. 17-18) est raconté bien des fois tant dans les livres canoniques que dans les récits extra-canoniques. Ne pouvant songer à recueillir toutes ces versions diverses, nous nous en tiendrons aux versions des livres réputés canoniques. Nous en connaissons quatre : 1° celle du Mahâvaggo du Vinaya pâli; 2° celle du Dulva tibétain (vol. IV); 3° celle du Lalita-Vistara sanskrit et tibétain ; 4° celle du Mahâ-Vastu sanskrit de l'Ecole des Lokottaravâdinas, plus développée. Les deux premières forment un groupe; la troisième est comme un lien entre celles-ci et la quatrième. L'étude de C3S diverses versions n'est complète que si l'on discute les textes ; nous ne le ferons pas. Il y a néanmoins un grand intérêt à comparer entre elles ces versions diverses. Nous n'insisterons pas sur toutes les diverses remarques auxquelles cette comparaison peut donner lieu ; le lecteur les fera lui-même.

Dans cet entretien, les paroles attribuées au Buddha sont versifiées ; le récit et les paroles de l'interlocuteur sont en prose. Nous mettons cette prose en lignes continues, et les vers en lignes discontinues, de manière à faire ressortir cette partie versifiée qui est la plus importante, puisque c'est la parole du Buddha.

Ann. o. — b 61

DULVA (Volume IV, Tibétain)

Upaka l'Ajivaka dit a Bhagavat: Très cher, (es sens sont calmes, la couleur de la peau est pure, reposée. Qui reconnais-tu (comme ton chef) depuis que tu es initié? Qui est ton maître? Qui est celui dont tu approuves la 'loi?

A ces moU, Bhagavat adressa ces stances à TAyusmat Ajivaka :

J'ai tout surmonté, je sais tout; je ne suis taché par aucune loi ;

j'ai renoncé à tout, j*ai vaincu la soif, je suis délivré. J'ai acquis par moi-môme la connaissance surnaturelle. Qui reconnaîtrais-je (comme mon maître) ?

Je n'ai point de précepteur; il n'existe personne d'égal à moi.

Dans ce monde avec ses dieux, je suis le maKre sans supérieur; je suis Tunique parfait Buddha devenu froid, entré dans le calme.

Pour faire tourner la roue de la loi, je vais dans la ville des Kàçî.

Dans ce monde aveugle, je serai le tambour de la loi.

— De sorte que toi, mon cher, tu te vantes d'être un Arhat, un Jina immortel ?

— Ceux-là sont Jinas comme moi

qui ont acquis la supression des souillures.

J'ai vaincu les lois mauvaises.

C'est pour cela, Upaka, que je suis Jina.

A ces mots, l'Ajivaka Upaka dit: Soit, mon cher! et secouant la tête, il prit le chemin en remontant et continua sa marche.

L'Ajivaka Upaka parla ainsi :

Çramana Gautama, tes sens sont purs; les couleurs d ton visage sont parfaitement reposées ; la couleur de tapea est claire. Ayusmat Gautama, qui est ton maître? Sur qr t'es-tu appuyé pour te faire initier? Dans h loi de qui t complais-tu ?

A ce moment, Bhagavat prononça ces vers :

Nul n'est semblable à moi ; je n'ai pas de maître, quel qu'il soit ; je suis dans le monde Tunique Buddha; j'ai oltenu la Bodhi parfaitement bonne.

J'ai tout surmonté, je conuais tout dans le meede, je ne suis taché par aucune loi (mauvaise) ; j'ai renoncé à tout; je suis sans soif, délivré. J'ai par moi-même la science surérie:re; sur qui m'ap-

puierais-je ?

Je suis TArhat du monde ; dans le monde, je suis sans supérieur.

Dans le monde avec ses dieux, je suis victorieux (Jina), j'ai vaincu le démoD.

— Gautama, tu prétends donc être un Jina?

— Celui qui a obtenu la destruction des souillures est comme un vainqueur (Jina), il faut qu'on le stehe. J'ai vaincu la loi du péché ;

en conséquence, Upaka, je suis un Jina.

— Ayusmat Gautama, où vas-tu ?

— Je vais à Vârànasî.

J'y ferai retentir le tambour de la loi ;

j'y ferai tourner la roue de la loi

que personne n'a fait tourner dans le monde.

Celui qui est devenu un Buddha omniscient délivre le monde de ses passions.

S'il ne s'agissait pas de délivrer le monde, l'homme bon n'existerait pas.

— L'ûyusmat Gautama est un Jina. C'est bien! - Aprjj avoir dit ces paroles, l'Ajivaka Upaka sen alla r^ chemin.

LALITAYISTARA (Sanskrit-Tibétain)

MAHAVASTU (Sanskrit)

L'Ajîvaka Upaka... dit: Les sens du bienheureux

Gautama sont parfaitement calmes, la couleur de sa peau parfaitement pure, l'ovale de son visage bien pur. A l'école de qui est-il dit que tu exerces le Brahmacarya, Ayusmat Gautama? — A ces mots, le Tathàgata parla ainsi en stances à l'Ajîvaka :

Il n'existe pas de précepteur tel que moi; non, aucun.

Moi, je suis le parfait Buddha devenu froid, sans souillure.

(Upaka) reprit: Tu te vantes donc d'être un Arhat, Gautama f — Le Tathàgata répondit :

Oui, je suis Arhat, je suis, dans le monde y compris dieux, Asuras, Gandharvas, un maître sans supérieur ; je n'ai point d'égal.

(Upaka) reprit: Donc, Gautaraa, tu te vantes d'être un Jina ? — Le Tathàgata répondit :

Il faut savoir que ceux-là sont Jinas comme moi,

qui ont obtenu la destruction des souillures.

J'ai vaincu les lois mauvaises ; "\\

c'est pour cela que je suis un Upajina (sanskrit)

(ou) c'est pour cela que je suis un Jina, Upaka (tibétain)1.

Upaka reprit: Et maintenant, Ayusmat Gautama, où ?as-tu ? — Le Tathàgata répondit;

Je me rends à Vàranasî.

Arrivé dans la ville des Kàçî,

je ferai briller pour ce monde aveugle

une lumière telle que celle-ci.

Je me rends à Vàranasî.

Arrivé dans la ville des Kàçî,

je battrai, pour ce monde dur d'oreille,

le tambour de la loi .

Je me rends à Vàranasî.

Arrivé dans la ville des Kàçî,

j e ferai tourner la roue de la loi

qu'on n'a pas fait tourner dans les mondes.

Je m'en vais, Gautama, dit l'Ajîvaka, et il se dirigea vers le Sud.

f Celle différence doit tenir à une «Itération dn texte sanskrit. La version tibétaine correspondrait à la Traie leçon.

J'ai tout surmonté, je sais tout.

Aucune loi ne s'est attachée à moi.

Je connais tout; j'ai détruit la soif; je suis délivré. J'ai par moi-même la science supérieure. Qui désignerais-

je (comme mon maître)?

A ces mots l'Ajîvaka Upaka dit à Bhagavat: Bienheureux Gautama, tu te vantes de n'avoir pas de précepteur? — Alors Bhagavat adressa ces stances à l'Upaka Ajlvaka:

Je n'ai point de précepteur, je n'ai point d'égal. Je suis dans le monde l'unique Buddha parfait. J'ai acquis dans le monde la suprême Bodhi parfaite.

A ces mots, l'Ajîvaka Upaka dit à Bhagavat : Tu te vantes d'être Arhat, bienheureux Gautama? — Alors Bhagavat répondit à l'Ajîvaka Upaka par ces stances:

Je suis Arhat dans le monde,

Je suis sans supérieur dans le monde ;

dans ce monde avec ses dieux,

je n'ai pas d'égal.

A ces mots, l'Ajivaku Upaka reprit : Bienheureux Gautama tu te vantes d'être un Jina ? — Alors Bhagavat répondit à l'Ajîvaka Upaka par ces stances:

Je suis Jina. Ceux-là le sont comme (moi) qui sont arrivés à la destruction des souillures. J'ai vaincu les lois mauvaises.

En conséquence, je suis Jina, Upaka.

De même que la pluie

ne peut mouiller le lotus,

ainsi, je ne m'attache pas au monte ;

c'est pour cela que je suis Jina, Upaka.

Tout ce qu'on peut connaître par la science supérieure, je le connais ; toute la vérité brille (pour moi).

Ce qu'il faut abandonner, je l'ai abandonné. C'est pour cela, Upaka, que je suis Jina.

A ces mots, l'Ajivaka Upaka dit à Bhagavat: Maintenant, bienheureux Gautama, où vas-tu ? — Alors Bhagavat adressa cet stances à l'Ajîvaka Upaka.

Je vais à Vàranasî.

J'y ferai retentir le tambour d'immortalité;

j'y ferai tourner la roue de la loi

qu'on n'avait pas fait tourner dans le monde.

(La roue de) cette loi que j'ai pu atteindre,

au point d'être sans passion, calme,

je la ferai tourner, moi,

pour le bien de tous les êtres animés.

DUÇCARITA-SUCARITA

Le Duçcarita et le Sucarita, c'est-à-dire les dix actions défendues dont la perpétration constitue la mauvaise conduite (Duçcarita), tandis que la bonne conduite (Sucarita) consiste à s'en abstenir, sont suffisamment connus par les textes tibétains que nous avons traduits. Cependant, il n'est pas inutile de donner un au moins des textes pâlis qui s'y rapportent. Ces textes sont fort nombreux et hérissés de répétitions. Nous en avons choisi un qui nous paraît présenter le double avantage de donner la définition la plus exacte et et la description la plus complète des dix actes, — et en même temps, d'indiquer, sous la fonùe la plus simple, le châtiment infligé à celui qui les commet et la récompense accordée à celui qui s'en abstient.

Ce texte est tiré du recueil intitulé Anguttara Nikâya, quatrième section de Sutta-pitaka, et de la division de ce recueil appelée Dasa-Nipâta, parce qu'il ne s'y trouve que des énumérations décimales. Il forme le commencement du premier chapitre (Vaggo). Le préambule habituel est supprimé ou sous-entendu; il a été donné une fois pour toutes au début. Le texte entre immédiatement en matière par l'allocution du Buddha à ses Bhixus.

Voici notre traduction :

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