CONVERSION DE YAÇAS
En ce temps-là vivait à Bénarès le fils d'un chef de famille, nommé Yaças*; les jours se succédaient pour lui dans le plaisir que lui donnait la musique
* C'est-à-dire : oui. Mais cela n'est pas très clair. Je suppose que le Buddha veut dire que son air, depuis qu'il est Buddha, diffère de celui qu'il avait avant de l'être devenu. f Qrags-pa, « gloire. » L'original sanskrit Yaças est bien connu.
exécutée par des femmes, il s'en réjouissait. A force do goûter ce plaisir, son corps s'affaiblit, son corps se fatigua, son corps s'exténua et tomba subitement dans un assoupissement disgracieux. Il en fut do même pour ces femmes ; leur corps s'affaiblit, leur corps se fatigua, leur corps s'exténua et tomba soudain dans un assoupissement lourd et disgracieux. Le fils du chef de famille, Yaças, s' étant réveillé la nuit de son sommeil, vit toutes ces femmes dans des attitudes violentes et nues, les cheveux épars et les bras étendus.
Cette vue fit naître en lui, à propos de ses épouses se présentant à lui de la sorte, l'idée d'un cimetière.
Ensuite Yaças le fils du chef de famille se levant de sa couche, mit des chaussures (ornées) de joyaux du prix de cent mille (pièces de monnaie), puis étant arrivé à la porte de sa chambre à coucher: Compagnons, dit-il, je suis tourmenté ; compagnons, je suis déchu ! — Il proféra ces paroles de découragement; la porte lui fut ouverte par des êtres non humains, sans dire un mot.
Ensuite Yaças, le fils du chef de famille, arriva à la porte de la maison, disant : Compagnons, je suis tourmenté ; compagnons, je suis perdu ! — A ces paroles de découragement, la porte fut ouverte par des êtres non humains, sans dire un mot.
Ensuite Yaças, fils du chef de famille, arriva au lieu où était la porte de la ville: Compagnons, dit- il, je suis tourmenté ; compagnons, je suis perdu ! — A ces paroles de découragement, la porte fut ouverte par des êtres non humains, sans dire un mot.
Ensuite Yaças, le fils de famille, arriva au lieu où est le cours d'eau Vârana 4 .
En ce moment, sur le bord du cours d'eau Vârana, sur la partie extérieure et découverte du Vihâra, Bhagavat allant et venant, marchait à pas comptés, pendant que Yaças le fils de famille arrivait. Yaças, le fils du chef de famille, aperçut de loin Bhagavat marchant (allant et venant) sur le bord du cours d'eau Vârana. A cette vue, il prononça ces paroles de découragement : Çramana, je suis tourmenté, Çramana, je suis perdu ! — Bhagavat répondit à Yaças, le
1 Le nom tibétain est Qnod-pa-can (« dangereux»); je restitue le sanskrit Vârana; le Vârana (aujourd'hui Barnà) est un cours d'eau voisin de Benarès et dont le nom entre, dit-on, dans celui de la ville. — Vârana sigaiiant « empêchement », on peut considérer le tibétain gnod-pa comme une traduction de ce terme et gnod-pa-can comme un équivalent du nom de fleuve Vârana.
fils du chef de famille : Jeune homme, viens ici ! fie lieu sera pour toi sans tourments, il ne sera point (pour toi) une (cause de) perdition.
Puis Yaças, le fils du chef de famille, déposa sur le bord du cours d'eau Vârana sa paire de chaussures ornée de joyaux du prix de cent mille (pièces); passant alors le cours d'eau Vârana, il vint au lieu où était Bhagavat, puis ayant adoré avec la tête les deux pieds de Bhagavat, il se tint à peu de distance. Ensuite, Bhagavat ayant mis au large Yaças, le fils de famille, se rendit au lieu où était son Vihâra, puis s'assit sur le siège préparé spécialement pour lui. Quand ils furent assis, Bhagavat s'adressant à Yaças, le fils de famille, par des discours pleins de la loi et propres à l'instruire, à lui faire prendre prise, à l'exalter, à lui donner une joie vive, développa longuement les discours de la loi qui avaient été dans les temps antérieurs ceux des bienheureux Buddhas, tels que le discours sur le don (dâna), le discours sur la moralité (çîla), le discours sur le Svarga, le peu de satisfaction que donnent les passions et leur néant, la corruption morale complète, la perfection, la sortie (hors du monde), l'éloge de la solitude complète, la région de la perfection.
Lorsque Bhagavat vit que (Yaças) avait l'esprit joyeux, l'esprit tourné à la vertu, l'esprit tourné à l'application, l'esprit exempt de ténèbres, doué de jugement, et capable do comprendre si on lui présentait un exposé complet de la loi, alors Bhagavat lui enseigna, en la développant telle qu'elle est, la loi d'après l'exposé complet qu'en ont (toujours) fait les Buddhas, à savoir : la douleur, l'origine, l'empêchement, le chemin; par exemple, si l'on revêt un habit pur, exempt de taches noires et de saletés, d'une couleur convenable, il importe d'adopter la couleur convenable. En conséquence, Yaças le fils du chef de famille, pendant qu'il était encore assis sur le siège, passa en revue (dans son esprit) les quatre vérités sublimes : la douleur, l'origine, l'empêchement, la voie.
Puis Yaças le fils de famille vit la loi, entendit la loi, obtint la loi, pénétra les profondeurs de la loi, fut débarrassé de toutes ses obscurités, débarrassé de tous ses doutes. N'attendant plus son bien d'autre (chose), no se laissant plus conduire par autre (chose que la loi), ayant conquis l'absence de toute crainte grâce aux lois enseignées par le maître, il se leva du tapis où il était assis, rejeta son vêtement de dessus sur son épaule et faisant l'anjali
en s'inclinant du côté où était Bhagavat, parla ainsi à Bhagavat : Vénérable, je suis un ârya, je suis un ârya complet : je vais en refuge dans le Buddha, la Loi, et la Confrérie des Bhixus ; je demande à être reçu solennellement. — Désormais, pendant tout le temps de ma vie, tant que je jouirai du souffle vital, j'aurai une foi complète pour aller dans le refuge.