ENTRETIEN DU PERE ET DU FILS
Alors le roi Çuddhodana adressa à Bhagavat les questions (exprimées) dans ces stances :
Héros, tandis qu'un vainqueur rentre dans sa maison Avec un attirail de bœufs, de véhicules, de chars, Gomment es-tu venu à pied, Lentement, pauvrement, sur le sol de la terre?
Bhagavat répondit :
J'ai à ma disposition le pied de la puissance surnaturelle, Le véhicule de l'application parfaite ; C'est ainsi que, à travers les naissances et la corruption, Je circule partout avec égalité d'esprit sur le sol de la terre.
Le roi reprit :
Autrefois, héros, les habits de Kâçi
Etaient ceux que tu demandais pour te parer ; Mais ces vêtements rougeâtres et grossiers, Gomment peux-tu les endurer sur ta personne ?
Bhagavat répondit :
Ma parure, 6 roi, c'est de revêtir
Le manteau large et ample de la modestie ;
Gelui qui porte Je manteau de Muni
Est embelli par le calme dans lequel il repose.
Le roi dit :
Autrefois, maître, c'est dans une vaiselle d'or Que tu te nourrissais de mets variés; Et maintenant ces aumônes misérables.
Gomment en sont-elles venues à te satisfaire?
Bhagavat répondit :
Ma nourriture est la satisfaction que donne la loi ; J'ai échappé (au mal), je suis dans l'égalité d'esprit : J'ai renoncé à la bonne chère; Je travaille à la conversion du monde entier.
Le roi dit :
Être intelligent, c'était autrefois sur la terrasse d'un palais magnifiquo Que tu passais le temps dans la méditation. Maintenant que tu résides dans la forêt, Gomment peux-tu y vivre sans crainte?
Bhagavat répondit :
Gautama, j'ai rejeté toutes les racines de crainte, Les désirs et les passions.
G'est sans crainte de la douleur que j'habite la forêt ; J'y suis absolument sans crainte.
Le roi dit :
Prince des Munis, jadis dans mon palais où le plaisir abondait, Tu prenais sans cesse d'excellents bains ; Maintenant que tu résides solitairement dans la forêt, Quel bains opulents y peux-tu prendre?
Bhagavat répondit :
Gautama, c'est dans l'étang de la loi, au bord des mérites religieux,
Que, sans souillure et loué par les gens de bien,
Sans mouiller mon corps, je me baigne,
Arrivant ainsi à l'autre bord des qualités de la science.
Le roi dit ;
Héros, dans mon propre palais, (je t'ai vu)
Te baigner dans des baignoires d'or et d'argent ;
Tu n'as plus que des eaux souillées de toutes sortes d'impuretés.
Gomment peux-tu y laver ton corps?
Bhagavat répondit :
Qautama, c'est sur les bords du fleuve pur de la moralité Que je me baigne et me purifie, loué par les sages. Sans humecter mon corps, je m'y baigne, Et j'arrive à l'autre bord des qualités de la science ' .
Le roi Çuddhodana reprit :
D'où naît la joie du triomphe? d'où naissent la frayeur et la crainte? D'où naît l'affliction? Je te pose ces questions, réponds~y.
Bhagavat répondit :
D'où vient, dis-tu, la joie du triomphe? d'où viennent la frayeur et la crainte ? D'où vient l'affliction? Ecoute ce que j'ai à te dire.
On vieillit, on tombe malade, on meurt: si ces trois conditions n'existaient pas, Moi aussi je serais satisfait (de la vie) et je me plairais dans les lieux habités.
Le roi reprit :
O toi qui réjouis les tribus des Çàkyas, Héros, en répandant la loi dans le monde Tu n'éprouves aucun souci ; Tues bien né, c'est bien, (c'est) bien!
Puis, avec une grande joie et avec effusion , Il tourna autour de l'assemblée des Cramanas~
Après quoi, se prosternant contre terre aux pieds du prince des Munis, Il adressa au Tathâgata les éloges les plus judicieux.
Le roi Çuddhodana fit ensuite cette réflexion : Mon fils, dont le jugement se distingue par un tel assemblage de qualités, est (donc enfin) retrouvé, oui, heureusement retrouvé!