DÉFENSE DE SE FROTTER LE CORPS AVEC DES BRIQUES
Les articles précédents sont relatifs à des faits graves, les suivants à des faits de peu d'importance, à des minuties. Les titres suffisent pour l'indiquer ; le récit confirmera cette indication, comme on va le voir. Nous avons déjà dit que ce texte est extrait du Xe volume du Dulva. La scène se passe à Vaiçâlî.
— Dulva X, folios *-ô —
Le bienheureux Buddha résidait à Vaiçàlî sur le bord de l'Étang du singe, au lieu (dit) la Maison d'étages.
De bon matin, les six classes revêtirent la tunique et le manteau, prirent le vase à aumônes et entrèrent dans Vaiçâlî pour mendier.
En ce temps-là, dans la ville de Vaiçâlî, à l'intérieur des maisons à étages, ce n'étaient que parcs des Licchavi de Vaiçâlî avec fleurs, pavillons, admirables pièces d'eau, oiseaux divers au ramage varié, bosquets ; et, au milieu de tout cela, des exercices gymnastiques, des danses, des chants, des concerts d'instruments variés et de toutes sortes : on y trouvait aussi tous les objets nécessaires au bain.
Les six classes dirent : Nanda Upananda, ces Licchavi de Vaiçâlî avec leurs parcs délicieux, Bhagavat les a comparés aux dieux Trayastrirïiçat. Nous allons regarder un instant les parcs de ces Licchavi pour savoir à quoi ils
ressemblent. — La proposition fut acceptée, et ils entrèrent dans les parcs de ces (Licchavi).
Ils y trouvèrent des instruments d'exercices d'adresse, de grandes flèches, des filets, des jets de pierres de toutes sortes qu'on lançait, des danses, des chants, des concerts de voix et d'instruments, violons, flûtes, petits tambours, grands tambours de bronze, des voix agréables et autres choses semblables de tout genre, tous les ingrédients (nécessaires) pour le bain, des briques et tous les accessoires du bain, diverses sortes de Skyu-ru-ra (sk. Ambla) pour se laver la tête1.
A cette vue, ils se dirent les uns aux autres : Nanda Upananda, voici tontes sortes d'appareils excellents et en grand nombre, à quel exercice nous livrerions-nous bien pour un instant, la danse, le chant, le jeu des instruments, le bain? — Quelques-uns dirent : Voilà longtemps que nous ne nous sommes baignés: baignons-nous donc ici ! — La proposition est acceptée. Ils se frottent avec des briques; une fois frottés, ils commencent à se baigner2.
Gomme ils étaient bien familiarisés avec ce genre d'exercice, avec ce genre d'opération, quand ils furent entrés dans le bain, ils firent entendre des sons allant au cœur, comme si d'habiles musiciens eussent manié des cymbales à cinq parties.
Le bruit arriva aux oreilles des gens qui passaient par là en grand nombre ; ils écoutèrent, s'arrêtèrent un moment et dirent : Messieurs, allons voir les danses exécutées par les danseurs dans les parcs des Licchavi de Vaiçâlî ? — Oui, fut-il répondu. Et le désir de leur cœur les portant vers le spectacle, ils s'avancèrent vivement et pénétrèrent dans le parc. Quand ils y furent, ils ne virent que les six classes, et, s'adressantà elles: Vénérables, de quel côté les danseurs exécutent-ils des danses? — Ceux-ci répondirent : Pauvres gens, vous ne savez point faire la différence des choses : Est-ce là un bruit comme celui que font les danseurs en dansant? — Eh bienl Vénérables, quel est donc ce bruit? — Messieurs, c'est le bruit que nous faisons en nous baignant après nous être frotté le corps. — Vénérables, est-ce que vous, qui êtes des
1 Le Skyu-ru-ra est représenté (Dulva II, 10-19) comme un fruit d'un goût keve ou acide, avant une vertu médicinale ; il semble faire ici l'office de savon.
* M. Rennie, médecin militaire anglais, dans un livre intitulé Bhotan and the dooar vxtr (Londres» 1866, in-8*>), raconte avoir vu à Carragola, un éléphant auquel on faisait la toilette dans l'eau du Gani."t en le frottant avec un morceau de brique.
Ann. G. — B 1 i
Çramanas, vous êtes troublés par les qualités du désir ? — Pauvres gens ! C'est pour mettre vos cous sous nos pieds que nous sommes dominés par les qualités du désir ! Avez-vous un enseignement conforme au nôtre? Quoi ? Vous n'avez rien à dire maintenant ? Tant pis pour vous ! — Effrayés par ce ton de menace, les (passants) rentrèrent dans Vaiçâlî et se répandirent dans les rues, les grandes rues, les carrefours, les places, (riant et) se moquant.
Les Bhixus ayant entendu parler de cette aventure la rapportèrent à Bhagavat. Bhagavat y réfléchit profondément: Quelle a été la faute légère qui a été commise dans cotte circonstance? Les Bhixus se sont frottés avec des briques pour se livrer à l'exercice du bain ; en conséquence, il ne faut pas que les Bhixus se baignent en se frottant le corps avec des briques. Si l'on se frotte, on commet une transgression. — Bhagavat donna donc cet ordre: Les Bhixus ne doivent plus se laver le corps en faisant usage de briques.
Ensuite les Bhixus s'en allèrent mendier, les pieds meurtris et couverts de boue. Des brahmanes et des maîtres de maison les voyant leur dirent: Vénérables, vous avez les pieds écorchés et couverts de boue. Pourquoi donc n'enlevez- vous pas la boue? — Ghers amis, répondirent-ils, Bhagavat ne le permet pas. — Quoi donc, Vénérables, est-ce en gardant les souillures de la boue, que vous devenez purs, vous? — Ils ne répondirent rien. Après avoir recueilli leurs aumônes, ils rentrèrent au Vihâra.
Alors les Bhixus racontèrent à Bhagavat ce qui s'était passé. Bhagavat répondit: Bhixus la règle précédemment établie demeure; mais pour ce cas-ci, je consens. Par conséquent, j'autorise les Bhixus à se frotter les pieds avec de la brique ; mais, pour le reste du corps, je n'y consens pas j en le frottant, on commet une transgression.