‹ Fragments, extraits du KandjourChapitre 86 sur 295 · VI. Qu'est-ce, Ananda, que la notion d'absence de passion · texte numérisé non relu

VI. Qu'est-ce, Ananda, que la notion d'absence de passion

Ici, Ananda, le Bhixu retiré dans la forêt, au pied d'un arbre, ou dans une maison déserte, raisonne ainsi: C'est le calme, c'est la perfection que la cessation de tous les sanskâras, le rejet de tous les upadhis, la destruction de la soif, l'absence de passion, le Nirvana.

C'est là, Ananda, ce qu'on appelle l'absence de passion.

1 Maladie dans laquelle on éprouve le sentiment de la peau enlevée ou léchée par une vache.

* Raxasa (folie furieuse?) a en pâlila forme Rakkhasa. Un ms. pàli-birman donne au lieu de Rakkhasa ou Rakkhassa la leçon Nakhassa; ce qui s'entendrait d'une maladie des ongles des mains et des pieds.

8 Le tibétain a A-ga;\e pâli, amsd, « épaule ; » il s'agirait de maladie de l'épaule (?).

* Le tibétain rend BhagandcUa (« fistule à l'anus ») par l'expression mts%an-mar-rjod-pa, qui ne semble pas pouvoir signifier autre chose que a parler par signes », et désignerait alors la surdi-mutité.

5 Le tibétain dit : provenant de nourriture non prise à l'heure convenable.

* Cette liste est peut-être de nature à intéresser les médecins : mais elle aurait besoin d'un commentaire, d'autant plus que nous ne garantissons pas la traduction du nom de plus d'un? de ces maladies. Quelques-unes sont certainement défectueuses ; outre les deux maladies Raxasa, Aupahasmrika, il en est cinq dont les noms sont purement et simplement reproduits sous la forme sauskrite.

VIL Qu'est-ce, Ananda, cpie la notion d'empêchement1?

Ici, Ananda, un Bhixu retiré dans la forêt, au pied d'un arbre, dans une maison déserte, fait la réflexion suivante : C'est le calme, c'est la perfection que la cessation de tous les Sanskâras, le rejet de tous les Upadhis, la destruction de la soif, l'empêchement, le Nirvana.

C'est là, Ananda, ce qu'on appelle la notion d'empêchement.

VIII. Qu'est-ce, Ananda, que la notion en vertu de laquelle on ne prend plaisir à rien de ce qui est dans le monde ?

Ici, Ananda, le Bhixu, au lieu d'appliquer son esprit à l'attachement pour tous les expédients habiles qui sont dans le monde, de les rechercher, de les désirer, repousse tout cela, s'en abstient, refuse de s'y livrer; c'est là, Ananda, ce qu'on appelle la notion en vertu de laquelle on ne prend plaisir à rien de ce qui est dans le monde.

IX. Qu'est-ce, Ananda, que la notion de l'impermanence à l'égard de tous les Sanskâras ?

Ici, Ananda, le Bhixu, n'a pour tous les Sanskâras, que mépris, aversion, dégoût. C'est là, Ananda, ce qu'on appelle notion de l'impermanence à l'égard des sanskâras.

X. Qu'est-ce, Ananda, que l'exercice de la mémoire dans l'aspiration et dans l'expiration ?

Ici, Ananda, le Bhixu retiré dans la forêt, au pied d'un arbre, dans une maison vide, s'assied les jambes croisées, le corps droit, mettant sa mémoire devant lui, et c'est en rassemblant ses souvenirs qu'il aspire et qu'il expire.

En faisant une aspiration longue, il a cette connaissance: je fais une aspiration longue. En faisant une expiration longue; il a cette connaissance : je fais une expiration longue.

En faisant une aspiration courte, il a cette connaissance: je fais une aspiration courte ; en faisant une expiration courte, il a cette connaissance : je fais une expiration courte.

1 «Arrêt, destruction, » le terme indien (Nirodha) est le nom de la troisième vérité (la suppression de la cause de la douleur).

Il apprend à se dire : C'est en percevant le corps tout entier que j'aspi rerai ; c'est en percevant le corps tout entier que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en assoupissant le Sanskâra du corps que j'aspirerai; c'est en assoupissant le Sanskâra du corps que j'expirerai.

Il apprend à se dire: C'est en percevant le bien-être que j'aspirerai; c'est en percevant le bien-être que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en percevant le sanskâra de l'esprit que j'aspirerai: c'est en percevant le sanskâra de l'esprit que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en assoupissant le sanskâra de l'esprit que j'aspirerai ; c'est en assoupissant le sanskâra de l'esprit que j'expirerai.

Il apprend à se dire: C'est en percevant l'esprit que j'aspirerai; c'est en percevant l'esprit que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en réjouissant fortement mon esprit que j'aspirerai; c'est en réjouissant fortement mon esprit que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en plongeant mon esprit dans la contemplation que j'aspirerai; c'est en plongeant mon esprit dans la contemplation que j'expirerai.

11 apprend à se dire : C'est en affranchissant mon esprit que j'aspirerai ; c'est en affranchissant mon esprit que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en considérant l'impermanence que j'aspirerai ; c'est en considérant l'impermanence que j'expirerai.

Il apprend à se dire : C'est en considérant % l'absence de passion que j'aspirerai; c'est en considérant l'absence de passion que j'expirerai.

Il apprend à se dire: C'est en considérant l'empêchement que j'aspirerai ; c'est en considérant l'empêchement que j'expirerai.

Il apprend à se dire: C'est en contemplant le dépouillement (le rejet absolu) que j'aspirerai; c'est en contemplant le dépouillement que j'expirerai.

Si doue toi, Ananda, tu allais trouver le bhixu Girimânanda pour lui énumérer ces dix notions, le mal dont souffre le bhixu Girimânanda serait à l'instant connu, et, dès qu'il aurait entendu énumérer ces dix notions, la maladie s'apaiserait immédiatement.

Alors l'âyusmat Ananda, ayant appris ces dix notions de la bouche de Bhagavat, se rendit au lieu où était le bhixu Girimânanda. Quand il y fut arrivé, il énuméra ces dix notions à l'âyusmat Girimânanda.

L'âyusmat Girimânanda n'eut pas plus tôt entendu ces dix notions que le mal s'apaisa immédiatement, et l'âyusmat Girimânanda releva de cette maladie. Ainsi finit la maladie de l'âyusmat Girimânanda, Fin du sûtra de Girimânanda.

Stances sur Girimânanda

Parmi les stances du recueil pâli intitulé : Thera-Gâthd, il y en a sur notre personnage. Les voici :

La pluie tombe ; c'est comme une belle musique (?) ; ma hutte est bien close, agréable, à l'abri du vent ;

j'y demeure dans le calme, et maintenant, si tu le désires, pluie, tu peux tomber.

La pluie tombe ; c'est comme une belle musique (?) ; ma hutte, etc. ;

j'y demeure l'esprit calme; et maintenant, si tu le désires, pluie, tu peux tomber;

j'y demeure sans passion j'y demeure sans haine * ;

j'y demeure sans égarement d'esprit ; et maintenant, si tu le désires, pluie, tu peux tomber.

Nota. — Cette pluie désigne sans doute les passions, les orages de la vie; mais il est peut-être permis d'y voir, comme nous l'avons dit plus haut, une allusion à un certain genre de vie, à des exercices ascétiques qui, auraient pu valoir à cet Anânda le surnom de Girima pris dans le sens de « fiévreux ».

Page 1