‹ Fragments historiques rélatifs à la campagne de 1815, et à la bataille de WaterlooChapitre 7 sur 9 · AOUT · texte numérisé non relu

AOUT

Observations sur la Campagne de 1815 , par le Gal Grouchy.

On a déjà beaucoup écrit sur la campagne de i8i5, ou plutôt sur la journée de Waterloo qui la renferme tout entière. Les grands événements qui influent sur le sort des nations , deviennent presque toujours , après le résultat, des procès historiques sur lesquels les parties intéressées raisonnent à perte de vue. Longtemps encore on cherchera comment Buonaparte pouvait ne pas perdre une dernière bataille , après en avoir gagné tant d'autres ; et quelques personnes croiront de bonne foi que le succès n'a dépendu que d'une chance , d'un hasard , tandis que le dénoûment qui a eu lieu était amené tôt ou tard par l'extrême péril de l'Europe , et par cette nécessité qui est le fatalisme de la politique. L'honneur de la France n'est pas engagé dans cette discussion. Elle ne fut pas vaincue à Waterloo , puisque sa volonté n'y était pas ; elle doit des regrets et des larmes aux braves Français qui périrent dans le duel de Buonaparte contre l'Europe; elle doit porter leur deuil et plaindre leur mort. Quant à Buonaparte , il est naturel que , du fond de l'exil , il ne veuille pas laisser sa renommée en Eu-

( 58 ) rope sous Je poids d'une défaite. Aux jours même de sa puissance, c'était sa politique d'imputer à ses généraux les revers passagers qu'il éprouvait ; et plus d'une fois il a flétri le courage et le dévouement par d'ingrates et odieuses injures, afin de mettre à couvert son infaillibilité personnelle. Aujourd'hui qu'il ne lui reste que le souvenir de ses batailles , et qu'il n'a plus de revanche à prendre , il est d'autant plus intéressé à justifier sa gloire dans le passé, et à conserver cette grande réputation militaire à laquelle il a eu le malheur de borner son ambition ; mais il n'a pu le faire sans rejeter le tort et le reproche sur des hommes devenus malheureux et privés de leur patrie. Peut-on maintenant imaginer une position plus pénible que celle de ces hommes attaqués dans leur réputation militaire, par celui pour lequel ils sont bannis, et forcés par l'honneur de prouver qu'ils ont en effet servi une cause dont ils sont les victimes? Ces idées se présentent d'abord à l'esprit , en lisant les réponses que le comte de Grouchy oppose à la relation publiée par le général Gourgaud. Cette réponse prouve, par des raisonnements et des pièces officielles, que les fautes militaires, s'il y en a eu , sont sur le compte de Buon aparté ; que le général Grouchy n'a point omis d'ordre, n'a point fait de faux mouvements, et qu'enfin il n'est point la cause de la perte de la bataille. Nous n'examinerons pas les détails de stratégie qu'il donne à ce sujet. Nous ne discuterons pas les

( 59 ) fautes qu'il attribue à Buonaparte. Il y aurait quelque ridicule à chicaner, clans les feuilles d'un journal , le génie d'un conquérant vaincu. C'est aux hommes de guerre a lire cette relation nouvelle, et à chercher si Buonaparte commit en effet une faute décisive, en restant oisif sur le champ de bataille de Ligny pendant la matinée du 17, ou si ( comme le dit d'un autre coté le comte de Grouchy ), il ne fut vaincu que par un excès de génie, parce qu'il avait supposé à ses adversaires des plans trop vastes et une tactique trop hardie. La mesure plus ou moins étendue des talents de Napoléon, l'infaillibilité plus ou inoins grande de son coup-d'œil guerrier, est une question indifférente. Il n'aurait jamais pris une fausse mesure , ni fait une erreur de tactique , qu'il n'en serait pas plus regrettable.

L'écrit du comte de Grouchy est remarquable par un ton de franchise et de noblesse, par une sincérité sans amertume, qui ménage encore la gloire du célèbre chef dont il est obligé de repousser les reproches et d'accuser les fautes.

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