‹ Fragments littéraires (volume 2)Chapitre 35 sur 62 · DISCOURS SUR LA RENAISSANCE · texte numérisé non relu

DISCOURS SUR LA RENAISSANCE

Un bruit se répand que Saint-Acheul se relève de ses cendres, et qu'il se forme depuis quelque temps à Paris même, au centre de Fautorité, un institut ou noviciat de jésuites. Ou ces maisons ne renferment qu'une sorte de congrégation, d'association religieuse, et alors je demande si ces maisons sont connues de M, le ministre de l'intérieur , et si elles sont autorisées par lui conformément aux lois ; ou bien dans ces maisons il y a Un enseignement quelconque, il y a une école, et, alors, d'après Taut. 2 du titre I^'^ du décret de 1808*, qui, je le répète, est une loi, toute école, tout établissement* quelconque d'instruction doit être préalablement autorisé par le grand maître de l'Université. Cette autorisation se donne sur l'avis du conseil de l'Université ; il faut qu'une demande soit formée ; il faut que le règlement intérieur d'étude et de discipline soit produit ; il faut que l'établissement en question se soumette à la surveillance des inspecteurs de l'Université. Or, aucune de ces conditions n'a été remplie par les établisments auxquels je fais allusion. Comment donc

(M. Tabbé Nicole), et il avait reçu Tapprobalion de M. rarchevêquc de Paris.

En 1 828, on n'aurait jamais souffert qu^une Faculté de théologie abandonnât Paudifoire universitaire, et, par un renversement com • plet de la règle, transportât ses cours dans le séminaire qui relève exclusivement de Pautorité épiscopale. Cest pourtant ce qui se fait aujourd'hui dans une grande Faculté de théologie.

ont-ils pu se former, comment ont-ils pu se soutenir un seul jour, sans que les lois sur les écoles clandestines leur aient été appliquées ^ ?

Sous la restauration, en 1828, une ordonnance a été rendue sur les petits séminaires à la suite des délibérations d'une commission dont faisaient partie des hommes aussi attachés à la religion qu'aux lois, de graves jurisconsules, de pieux prélats. Je crois même que M. l'archevêque de Paris présidait cette commission^. Eh bieni cette ordonnance^ dont l'auteur est un de nos plus respectables collègues ici présent , cette ordonnance que certes on n'accusera pas d'avoir été rédigée à une époque et dans un esprit hostiles à la religion et à l'épiscopat, je le demande à la bonne foi de M* le garde-des-sceaux de 1837 et de 1838 : est-elle sérieusement exécutée ^?

Mais je m'arrête, messieurs; cette énumération m'entraînerait trop loin. Je supprime les faits les plus authentiques et les plus graves, qui se pres-

t M. le garde des sceaux a répondu sur Saint-Acheul; maïs il a cru devoir garder un absolu silence sur le noviciat des jésuites.

s Elle était composée de MM. Tarchevèque de Paris, Laîné, Séguier, Mpunier, pairs de France ; le comte Alexis de Noailles, Labourdonnaye, Dupin aine, députés; Pévêque de Beauvais; Cour- ▼illc, membre du conseil de l'Université: Voy. Tordonnance royale du 22 janvier 1028, signée Portalis.

• Il ne peut être ici question du nombre des élèves que M. le garde des sceaux a rappelé, mais des conditions auxquelles ces élèves peuvent être admis, et ces conditions ne sont point remplies.

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sept; dan^ ma mémoire ; j'écarte les réflexions qui se pr^entent d'elles-mêmes; je pe Veux point aggraver le mal en le montrs^nt dans toute sou ëteQdue; 4'âiUeurs, je seQ3 que mes forces ne $^:Yiraient pas mon zèle* Mais qui donc pouvait ici élever la voix en faveur des lois et des règlements UOÎversitaireSy et contre les empiétements toujours croissants de l'autorité ecolésiastique^ si ce n'es^ un membre de l'Université^ bien connu, je l'espère, pour ne pas être l'adversaire du clergé? Je ne triomphe pas ; loin de là, je m'afflige profondér ment des abus que je vous signale; ]fi devoir même que je remplis tae pèse; et, pour rompre le silence sur une pareille matière, il ne m'a pas moins fallu que le cri impérieux de ma conscience. Non, l'Université n'est point l'ennemie d^ l'Eglise; elle en est l'amie, elle en est l'alliée; mais enfin elle n'est point l'Eglise. Depuis Gerson jusqu'à Rollin, elle s'est toujours honorée d'être gallicane; mais elle n'a jamais été, elle ne sera jamais jésuitique. L'université nouvelle connaît et sa situation et sa mission. Elle est de son siècle^ elle ne demande ni privilèges injustes pour elle^ ni proscription des écoles privées et rivales ; elle les appelle toutes, au contraire, à servir avec ellf5 la grande cause , la cause sacrée de l'éducation de la jeunesse; elle ne réclame qu^une seule chosCi ^ savoir V^g^e exécution desloi^i^ et parti-

DE LA DOMINATION ECCLÉSIASTIQtJB. 219

culièremem, «dp pelles dpm U gar^q lui est confiée. Puisse, messieurs, ce tableau, trop long sans doute, et pourtant bien $ibrégé et bien pâle, des concessions imprudentes récemment faites à la domination ecclésiastique, ne pas vous avoir été présenté en vain! Puisse cet appel à la justice et à 1^ fermeté 4tt gRiïverQç^€|it ^tre i^nt^nd^, e^% un prompt v&'OW auip ^caiitf )na:i|i{^es d'^^, une iffpmi^e «^<fWfti| 4^ la légi§}*ttp« çxi^^Wite, q^lmeç \^ p^pj?»^ ^ij|^ eii ç^WPS^^ ^S alafnnes def afiw? 4p I?tF?li©flft et de Vf)F4Ffi put>lifi \

DOCUMENTS INEDITS

Domat est, par excellence, notre jurisconsulte philosoplie. Gujas habite en quelque sorte avec l'antiquité romaine : ce qui l'occupe, c'est Tédit du préteur, la restitution et l'interprétation légitime du texte authentique. Dumoujin- s'enfonce dans les coutumes et le droit canon, pour y disputer la raison et l'équité à la barbarie qui l'enveloppe lui-même. Domat a travaillé pour la société nouvelle que Richelieu et Louis XIV tiraient peu à peu du chaos du moyen âge. C'est au profit du présent qu'il interroge le passé , les lois romaines et les coutumes, les soumettant les unes et les autres aux principes éternels de la justice et à l'esprit du christianisme. Il est incomparablement le plus grand jurisconsulte du dix-septième siècle; il a inspiré et presque formé d'Aguesseau; il a quelquefois prévenu Montesquieu, et frayé la route à cette réforme générale des lois entreprise et commencée parla révolution française et réalisée par l'empire. Les Lois civiles dans leur ordre naturel sont comme la préface du code Napoléon. La même législation pour la même société, sur le

fondement immuable de la justice et à la lumière de cette grande philosophie qu'on appelle le christianisme, tel est Tobjet de l'ouvrage de Domat. Sa méthode est celle de la géométrie. Gomme la plupart de ses amis de Port-Royal et à l'exemple de Pascal, Domat avait étudié avec succès les mathéno^tiques ; il en transporta les habitudes dans la composition des I^ais civiles. Il y part des maximes les plus générales pour arriver, de degré en degré et par un enchaînement rigoureux et lumineux, aux dispositions les plus particulières, imprimant ainsi à tous les détails des lois la grandeur de leurs premiers principes, et à l'édifice entier une simplicité austère et majestueuse. Le style de Domat n'est point, il est vrai, du premier ordre: il n'a ni l'énergie passionnée du style de Pascal, ni ces traits de grandeur qui éclatent de loin en loin dans la diction abondante et un peu diffuse d'Arnauld ; il n'a pas non plus l'élégance et l'aménité répandue dans les Essais de Nicole; mais il possède au nioins les qualités essentielles de la belle prose du dix-septième siècle, le naturel, la correction, la clarté, L'ordre, la gravité.

A ces titres divers le nom de Domat est illustre mais sa vie est très-peu connue. Tandis que l'on compte plusieurs biographies étendues et savantes de Cujas, qui assurément mérite bien cet honneur, tandis que les éloges et les notices histori-

224 DOCUMENTS INlÊDITS

M. Rëmy (Paris, 1835), ont été encore plus bre& que Térrasson ; ils déclarent l'un et l'autre que c'est dam ses ouvrages qu'il faut chercher Domat^ car ils sontf pour ainsi dire y sa vie entière ^. Enfin, la Biographie universelle (article Domat par M. Bernardi) est, s'il est possible, plus vide encore de tout renseignement historique.

Par une sorte de compensation, un article de cette même Biographîeuniverselle sur Prévost de la Jannès nous apprend que ce maître et ce prédécesseur de Pothier à l'Université d'Orléans, qui s'était formé lui-même à la grande Jurisprudence dans les écrits de Domat, avait laissé manuscrite « une Hisioire de la vie et des ouvrages de Jean Domat,» qu'en 1742 il était dans l'intention de publier. Mais l'impression éprouva divers obstacles, dont le principal était l'opposition du censeur royal Hardion, qui, taxant, on ne sait trop sur quel fondement, l'ouvrage de jausésisne, exigeait de nombreuses corrections qui l'eussent défiguré, et, par-dessus tout, le retranchement absolu de tout ce qui, dans cet écrit , avait trait à Pascal, compatriote et ami de Domat. Cet éloge, réuni à deux ouvrages inédits de Prévost, faisait partie de la bibliothèque publique delà ville d'Orléans. Ce

• M. Carré, Notice sur Domat, p. 1. M. Rémy (p. 1), répèle celle phrase : « Gtsl donc seulement dans ses ouvrages qu'il faut le chercher tout entier. »

SUA DOMAT. SSft

recueil, indiqué au catalogue de 1777 par D. Fabre, a disparu, ainsi que plusieurs autres , lors du désordre momentané qui exista dans cet établissement à l'époque des troubles révolutionnaires. » L'éloquent et savant éditeur de Pothier, M. Dupin, dans sa dissertation sur la vie et les ouvrages de ce célèbre jurisconsulte (OEuvres de PothieTy Paris, 1824, tome !«', p. 89) , après avoir cité ce passage curieux de la Biographie universelle, remarque qu'il est commode de tout rejeter sur les troubles révolutionnaires. « Sans disputer, dit-il, sur l'époque où cet enlèvement d'un manuscrit suspect de jansénisme a pu avoir lieu, je crois qu'on peut assurer que cet enlèvement a eu lieu avec discernement par un de ceux à qui l'ouvage avait déplu, et qui voyaient dans l'abolition de l'ancienne censure l'anéantissement de l'obstacle apporté jusque là à la publication du manuscrit. Is fecii ciii prodest. »

Nous n'avons point retrouvé l'écrit si regret- ^ table de Prévost de la Jannès ; mais nous sommes à peu près certain de connaître et de posséder la source à laquelle il avait puisé lui-même les documents authentiques dont il avait pu se servir. Dans le manuscrit de la Bibliothèque royale (5w/)plénent français, n^ 1485) qui contient les Mémoires de Marguerite Perrier sur sa famille et sur les

amis de sa famille, avec une foule de lettres et de

3Ȉ6 t)ocxJi4EN.TS vsdmr^

pièces de toute soi^t^r APW trouyoxvs (p.. 2^)- v» écrit intitulé : Mémoire pour servir à l'histoire 4ip, Iç, vie de M. Domat, acocat du, rqi mgrésiiiajL de Çl^-r mont en Auver.gne. Ce mémoire çte paraît pas de la m^ain de IVtarguerite Perrier, puisqu'elle y e^% citée, mais il a été composé éyidej^ment; sjttç jd^ i^enseignemeuts fournis pai: elle. Il est plus. éteuioUi que l'article de Fefriçre, et c'est la source première et parfaitement sûre de tout ce qui a évé ^rit sur Domat; car Marguerite Perrier l'ay^ Içngtçmps connu à Paris et à Clermont, a dij^ ijentes époques ; elle partageait ses opinions, elle ^yait vécu dans le même parti et avait été mêlée à tçute sa vie- Plusieurs écrivains jansénistes^ p^ ^^çmple l'o^uteur du Recueil de plusieurs pièçc^ pour servir à l'histoire de Port-Royal (Utreclit, :i740) et celui duSupplément auNécrologe dejfojçt- !^oyal (l^^ partie, 4735), ont eu connaissance 4^ ce mémoire. Prévost de la Jannès, qui^ était in^bu de l'esprit de Domat, et qui, comme Pothiei;, était ^é au parti janséniste, l'avait eu probableniiei^t sp\^s les yeux, ainsi que les pièces qui l'açcompament, c'est-àrdire plusieurs lettres inédites, ïj^ seules de Domat qui soient venues jusqu'à i^i^ çt des Pensées ou trouvées dans ses papiers ^pi;^ sa iTiort, ou, recueillies dans sa conversation et qiii nprtçnt un caractère manifeste ^'autbcmticit^. !^qi:is^piLblieronas ici int^^leme^t 1^ m^gin^^ ^

SVti DOMAT. $27

y joignant divers morceaux de Pomat, que contient notre naanuscrit, et nous terminerons par les Pensées elles-mêmes dont quelques-unes s'élèvent au dessus du style ordinaire des Lois civiles et iusqu à la mapière épergique et mélancolique de Pascal. Ces divers documents, ep faisant mie^^ connaître Domat^ mettront encore plus haut sa mémoire, et ajouteront à Tadmiratioi^i universelle excitée par le jurisconsulte le respect singulier que mérite Tlipmme par la beauté de l'âme et la vigueur soutenue du caractère.

<x M£hoirb pour servir à l'histoire de la vie de M. Bo^^^^ avocat du roy au présidial de Clem^ont en Auvergne.

« M. Jean Domat naquit à Glermont, le 30 novembre 1625. Son père, qui s'appeloit Jean comme lui, étoit bourgeois. Sa mère s'appeloit Marguerite Vaugron, petite fille de M. de Basmaison, célèbre commentateur de la coutume d'Auvergne, fi aVoit un frère qui se fit jésuite, et deux sœurs qui furent mariées. Le père Sirmond, jésuite, grand oncle de M. Domat, confesseur du roi i4HW XIU, se chargea de son éducation. Il le ^eonduisit à Paris, le mit au collège de Glermont, oui, £iyecles humanités et la philosophie, il apprit fm^pirp le grec, l'italien, l'espagnol et la géométrie. La wacité, la beauté, Télévation et la jus-

îeêfi^ de^^OfiÈ f:xfmt, Im dtmncÀeat vatemerwtSOeme hciVtîé ffOar Xanlt âorte àe Meacesk ^*

/< yiprè» Je eoor» de^ éiade» da coD^e^ fl reymt dârtP» M ùitnîtte, H fat enmhe prendre ses Ik tence» en droit dans Ytinirenité de Bourges. Mé TAnénVitÂê ^ loi trcmtra tant de czipsicité^ €fuU lui offrit le honnei de docteur^ qucâqaHl n'eAt qoe Yingt aii»« Au retour de Bourges ^ il suirit le barreau et comiuença à plaider arec un succès extraordinaire^ Il continua cet exercice durant neuf k dix Htiêf et, pour remplir plus dignement cet emploi, il s^appliqua sérieiMement à l'étude du droite A cette <Hude il joignit celle de la religion , et se désabusa bientât des fausses préventions qu'on lui avoit inspirées dans le collège des jésuites*

u II fit une liaison étroite avec le célèbre M. Pascal, Leurs premiers entretiens et leurs premières conférences furent sur les mathématiques ; ils firent cnsomlile plusieurs expériences sur la pesantour do l'air, etc. Dans la suite ils s'entretinrent sur les importantes affaires de Téglise,

* Ferrtèrt?, datii TaUand, ajoute que « après avoir fait son cours de (tliilofiophte, U en soutint des thèses générales avec le fils de M. te prinre de Cotltl. m

• Kerrièfe i ^miMntifh. Terrasson» avec raison : Edmond MérilU, profeMeut* de droit à liourgcs, mort en 16^7, et dont la notice est dans Taisatidi tandis qu Ëmcrville ou Ètnërille est alMolument in- «Htntui.

sua DOMAT. 229

troublëe, comme l'on sait, par la faction des jésuites. Personne ne fut plus parfaitement uni de sentiments avec M. Pascal sur les affaires de la religion que M. Domat; c'est sans doute ce qui engagea M. Pascal à lui confier, préfërablement k tout autre ^ quelques écrits qu'il avoit faits sur la signature du formulaire. M"* Perrier a dit au P. Guerrier que son oncle avoit prié M. Domat, en lui remettant ces papiers , de les brûler , si les religieuses de Port-Royal se souteuoient dans la persécution qu'elles souffroient à ce sujet, et de les rendre publics, si elles plioient. M* Domat fut aussi très-lié avec la famille de M. Pascal, et avec messieurs de Port-Royal, qui Festimoient beaucoup et prenoient ses avis sur des matières d#» théologie. S'étant trouvé à Paris durant la dernière maladie de M* Pascal, après lui avoir rendu les devoirs d'im ami sincère, il reçut ses derniers •oopirs.

« A Tàge de vingt-deux ans, M. Domat épousa mademoiselle Blondel, de bonne Emilie, suivant phitAt la volonté de son père, à qui il étoit parfaitement soumis, que sa propre inclination* Dieu béait ce mariage en leur donnant plusieiuv en- £uits ^, après la naissance desquels, l'épouse n'éunt

* Temère, 1. L : «Soopère rayait mari^, le 8 finUa !&^«arec la fille èa seur Blondel, avocat ao préfidial de Oenmmt Uemeoî trene cnfint». Huit niomreot trèKfeooe», et le» csoq astre», qui

pas moins chrétienne que l'époux, ils firent connoitre par leur conduite le motif qui les avoit unis.

« Sept ou huit ans après son mariage, il fut pourvu d'une charge d'avocat duroy au éiégeprésidial de Clermont, dont il remplit les devoirs avec dignité pendant près de trente années; ces conclusions furent toujours suivies à l'exception de trois ou quatre. Il étoit ferme dans l'exercice de ses fonctions; nulle considération humaine ne l'affaihlissoit : ayant fait mettre en prison un homme qui fut surpris dans une action contraire aux bonnes mœurs et à la police, et M. l'intendant de la province, dans une visite aux prisons, après avoir appris du prisonnier la cause de sa détention, l'ayant élargi, M. Domat le fît remettre en prison.

« Les grands jours étant venus à Clermont en 1665, M. Domat fît avec MM. les présidents de Novion, Pelletier et Talon, une étroite liaison qui* a duré jusqu'à la mort. Ces messieurs, après avoir reconnu sa capacité et son intégrité^ lui confièrent le soin de plusieurs affaires importantes, et en particulier la recherche de la noblesse qui abusoit de son autorité \ Ny les menaces de plusieurs

restèrent, étaient trois filles et deux garçons, Jean Domat, chahéfi^ë de la cathédrale de Clermont, et Gilbert Domat, conseiller à la conr des aides de la même ville. »

' Terraisàon dit que les présidents de Novion^ Lepellètier et Talon, lui confièrent le soin de plusieurs ai&îres importantes, sans désigner la nature de ces affaires. Les détails donnés dans cette partie du mémoire sont entièrement nouveaux.

ètA bojSrÀT. 281

g^ttlilèfeôittmèé ^ui hVbîenl juré ^ perlé, ny quelqm €ô\ij[is dé fii^l tires «ut- Hii, ne fuirent poiht pd\nï éajpàblés de nhtirùîdér dans les Fonctioiis de

« Au tiOfnmèncèhleht de l'àiméë 1662, lés jésuites feiàployèrènt bieh dîès 'artifice^ et des fourberies pour ^'emparer dti côU^ de Clermont. Mm. les ichanoiïies dé i*églîse fcathédrale écrivirent à M, Domat, qui étoit a Paris, et lui en- Vôy èllèhl uiié pitiètiratlon , ten le priant dé s*opposer ett leur nom à cet établissfehiëm, qui ne peut, didôieht-iU, produire d'aMrë effet ifùie rinterfiiption dé " cette yuiétitdè ^e nù^ pêrei ûous ^nt c6n$e)rvée depuis tàht étûnfitfeè. M. Oomat fit dé isbn mieux pour rôAdre seHicë éh tette occasion à sa patrie, mais Ifths ^uc^cès, le père Antiat, confesseur du roy, àyàtit sçu tromper ce prince "par ses impostures \

« Quelques années après> un ecclésiastique , M. Lierai, de la communauté de Saint-Joseph, établie à Lyon, qui est mort leur supérieur général, après avoir prêché deux années consécutives deux avents et dètlx carêmes dans la cathédrale de Qtermont atec un concours, un applaudissement et un succès extraordinaires, fit un boii et beau discoure sur l'amour de Dieu, Les jésuites, ennéttkîè jurée de te grand précepte, engagèrent M. l'érèê[he (M. Barbolize) à interdire ce prédicateur,

*■ Voyez plus bas.

temps d'accepter, et lorsqu'on lui représentoit qu'il laisseroitses enfants sans bien : Si c'est la volonté de Dieu, disoit-il, je ne dois pas m'y opposer ^.

« L'estime générale qu'il s'étoit acquise par son savoir, par son intégrité et par sa droiture, le rendoit l'arbitre de toutes les grandes paires de la province. y

« Il avoit un grand amour pour les pauvres ^ et les soulageoit selon son pouvoir, et prenoit un soin particulier des affaires des hôpitaux ^. Mais, s'appliquant ainsi à rendre service au prochain, il ^ ûe négligeoit en rien les devoirs de sa charge ; il ëtoit laborieux et n'étoit jamais détourné par aucun amusement. Si on le pressoit de prendre ^elque repos : « Travaillons, disoit-il, nous nous reposerons dans le paradis ^. »

« Ayant partagé, dans les premières années de son établissement, la succession d'un oncle chanoine, il remit aux pauvres, dans la suite, avec une scrupuleuse exactitude, tout ce qu'il put soupçonner y avoir de bien ecclésiastique dans cette succession^.

* Suppl. au Nécrologe, p. 461.

* Suppl. au Nécrologe, p. 461 ; Bist, de Port-Royalj t. IV, p. 465.

* Àdditiont de Ferrière, p. 638.

* SuppL au Nécrologe et HUt, de Port-Royal, C'est le mot qu^adressa aussi, dit-on, Amauld à Nicole.

» Ibid.

281 DOCUi^ENTS lîl^ÉDITS

« Dieu avait donné à M, Domat de gf^ilds «èAtiments dé religion ; il i'affligeôit iUb totis lès maux de l'Eglise, il gémissoit continuellemetit du déluge d'erreurs qui, par la négligence ou la fiâblesse des pasteurs, ternissoientia pureté de lafby, renversoient la règle sainte des mœurs, et &isoiéiit mépriser celle de la discipline. « N'àUrois-jë jamais, disoit-il , la consolation de Voit Un ^^pè chrétien sur la chaire de saint Pierre ^ ! >^ Il ii*e^timoit que les prédicateurs qui atuionçoienl itès vérités de l'Evangile âvfec ùtafe simplicité digne dé là parole de Dieu.

« Il ne permit point à M. son fils, l'ecclé^iaStique, de prendre des grades en Sorbonne, pà)t(é qu'il était fort opposé aux signatures que Voh ^ exige, quoiqu'il lui eût été très-facile d'obtenir ttà bénéfice pour ce fils, et que les affaires de sA famille dussent, selon l'usage du monde, le porter à faire quelque démarche pour cela ; il ne voulut ni en faire, ni consentir qu'on en fît *. Les jésuitèà dans la province, le regardoient comme leur grahd ennemi®; il l'étoit en effet, non de leurs pét-

^ SuppL au Nécrologe.

* Suppl, au Nécrohge,

» JjC Supplément au Nécrologe parlé de l'énergie avec laquelle, en 1673, « il réprima le P. Duhainel, jésuite, qui avait ose, dans la cathédrale de Clermont, prêcher l'infaillibilité du pape et contredire les maximes du royaume et lès sentiments de Téglise ^alKcane. » Voyez plus bas le détail de cette affaire.

SUR DOMAT. iSS

sonnes^ mais de leurs mauvaises doctrines, de leur morale corrompue et de leurs pratiques dangereuses; aussi ne voulut-il jamais leur confier Téducation de ses enfants.

« La confusion que M. Domat remarqua dans les lois le détermina a en faire une ëtude singulière, et à s'appliquer en même temps à un travail qui ne devoit être que pour son usage particulier et pour ses enfants qui voudroient prendre le parti de la robe; mais, l'ayant fait voir à quelquesuns de ses amis, ils le trouvèrent si beau, et jugèrent qu'il pourrait être si utile au public, qu^ils l'engagèrent à le communiquer à des personnes habiles et constituées en dignité.

« En 1681, il fît un voyage exprès à Paris. Le plan de son ouvrage et ce qu'il avait déjà fait, fut si goûté, que S. M. lui ordonna de le continuer,

avec promesse d'une pension de 2,000 livres i.

« M. Domat se retira donc tout à fait à Paris, pour s'appliquer uniquement à cet ouvrage, c'est-

* Ferrière dît que ce fut M. Lepelletier qui fut le protecteur de Domat auprès du roi. « L^attention que M. Lepelletier avait pour le bien public fit qu^il se résolut d''en parler à Sa Majesté de manière à en être écouté favorablement. Le roi , qui connaissait sa candeur, sa' probité et son discernement, très-satisfait du rapport quMl lui venait de faire, lui répondit qu^il fallait que l'auteur restât à Paris pour le conduire à sa perfection , pour raison de quoi Sa Majesté lui accordait une pension de 2,000 livres. » Terrasson fait le même récit.

à-dire aux Lois civiles dans leur ordre naturel, et travailler sous les yeux de ceux qui l'y avoient engagé; il le leur communiquoit à mesure qu'il avançoit. Ces messieurs goûtoient de plus en plus l'ouvrage, et M.« d'Aguesseau, conseiller d'Etat, lui dit en lui remettant un cahier où étoit le traité de l'usure : « Je savois, monsieur, que l'usure « étoit défendue par l'Ecriture et par les lois ; mais « je ne la savois pas contraire au droit naturel : « votre écrit m'en a persuadé ^« » M, Domat ne pouvoit s'empêcher d'applaudir lui-même à son ouvrage et de marquer en quelques occasions l'estime qu'il en faisoit ; s'en étant expliqué de la sorte à un ami, il dit tout de suite : « Je suis sur- « pris que Dieu se soit servi d'un petit homme^ « d'un homme de néailt comme moi, pour faire un « si bel ouvrage, pendant qu'il y a à Paris des « personnes d'un si grand mérite ^. »

« Lorsque son amour pour la justice et pour la vérité l'obligeoit k s'élever avec force contre tout ce qui y étoit contraire, il conservoit dans son cœur de vifs sentiments de mépris pour lui-même, et ces sentiments se produisoient quelquefois malgré lui au dehors, comme il parut dans une rencontre où un ecclésiastique de mérite, parlant

^ Cf. le Recueil d^Ufrecht. Il s'^agît icî de M. d'Aguesseau, conseiller d''État , père de Fillustre chancelier. * Cf. Suppl, a^k Pféerohge et Bitt, de Port^Royai,

dans une compagnie très-avantageusement d'une personne^ après en avoir fait un éloge accompli : H vous ressemble ; lui dit-il. M. Domat^ par un mouvement subit, répondit avec sa vivacité naturelle : C'est donc quelque chose de bien horrible !

« L'application au travail causa à M. Domat de grandes infirmités qui le conduisirent au tombeau ; il souflEroit de violents accès d'asthme et de vives douleurs de la pierre : ces deux maux furent l'exercice de sa patience et le moyen dont Dieu se servit pour le purifier plus parfaitement. H disoit souvent avec actions de grâces, pendant ses grandes douleurs : « C'est un excellent moyen « dont Dieu se sert pour purifier les hommes. » Un de ses amis l'étant venu voir dans un violent accès d'asthme, M. Domat, voyant cet ami touché de son état : « Ce mal n'est rien, lui dit-il, en « comparaison de l'autre (c'est-à-dire des douleurs « de la pierre); vous voyez, ajouta-t-il, que je « suis bien impatient, mais je ne puis m'empécher « de crier. » Il disoit encore à cet ami que, s'appliquant quelquefois au travail durant les plus vives douleurs de la pierre, il ne les sentoit plus ; 'il lui dit aussi que, par oubli, lui étant arrivé de faire deux fois les mêmes titres et les mêmes sections, il les avait trouvés si parfaitement conformes, qu'il n'y avait pas eu un mot de différence. Sou-

259 DOCttttÊNTS INÉDITS

vent, après avoir médité pendant la nuit la section ou le titre sur lequel il devoit travailler en se levant, il Técrivoit couramment, et le donnoit ep içiéme temps au copiste pour le distribuer aux personnes, à qui il le communiquoît.

« Il s'étoit fait une si grande réputation à I|l cour, <jue feu M. le régent, qu'on nommoit alors M, le duc de Chartres, voulut avoir avec lui une çonférencç sur son ouvrage, dont le prince parut fort content ^

<< Les Lois civiles dans leur ordre naturel furexu imprimées par Coignard, en 1694, en 3 tomes in-4° 9 le Droit public, qui est une suite des Lois civiles, fut aussi imprimé chez le .même libraire, après la mort de M. Domat, en 1697. M. Domat pendant l'exercice d'avocat du roy, avoit fait plusieurs harangues que l'on trouvoit belles, mais qu'il n'a point revues, et qu'il auroit même jetées au feu, si ses enfants ne l'en a voient pas détourné ^.

1 Ferriére et Terrasson disent seulement que Domat, conduit par M. Lepelletier, fut admis à présenter à Louis XIV le4 premier» volumes des Lois civiles à mesure qu'ils parurent.

* Ces harangues se trouvent dans l'édition in-folio de Domat, de 1 735. Elles furent prononcées de l'année 1657 à Tannée 1683. £ll«s Qccupent quarante pages in-folio à deux colonnes. Presque toutes ces harangues roulent sur les devoirs des juges et dçs avocats. Ëlies ont un caractère particulier de sévérité. Les lois romaines y sont très-rarement citées; mais, en revanche, la Bible et l'Évangile y reviennent si fréquemment, qu'ion prendrait ces harangues paur 4ç« fermons, «i VqOi ne conoai^ii^t 1^ nom de Paut^ur,

<ç £j(^i ^c^uç^é par Iç travail et par ses grands mi^^%^ il DM\Lf4;U à.P^is» le 14 marsî 1696^ ^ dans i^egr^pd^ paU^ 4gé de 70 ans 3 mois 4 jours. D Y4^Ht 4br^ entc^rré dan^ Le cimetière de Saint-Be^ i^tj 94 pa.^oisse; ^laissa en mourant cinq enfants, d^Q^ttrqis filles, et deux fils. Mesdemoiselles ses «^ fiUes sont moirtes dan;s un âge assez avancé ; elles ont été le modèle des vierges chrétiennes de \^ temps par leur piété» leur modestie, la retraite Qt l'éloiguementde ce que le monde estime et reclLerche. M. son fils, aîné est chanoine de la ca- ^'drale de Glermont, et le second, conseiller à la çaur des aides de la ménne ville. »

l^e mémoire jusqu'alors inédit sur 1^ vie de Dojfl^\y que nous venons de transcrire^ contient bien 4fift particularités mouvelles. U nous initie aux senl}A(i^ents les plus intimes, et nous découvre le fond (J^ cette âme qu'une religion forte et éclairée avait pppépa^ée. et en quelque sorte consacrée au ser* ^yff^ de Vhumanité et de la science. JUeux points q^^^C]^?$ de la vie de Domat reçoivent sm^tout ici ^ vives lumières, ses rapports avec Pascal et se^ d^Q^léfi ^vec les j,ésuites.

OaOKsait déjà que les mathématiques avaient été ijiH^diga liiens de ï^ascal et dç Domat. Le Hecueil de |^Ysi^U|[*s pièces pour servir à l'histoire de Port- ^Ij^jal le, diA es^pressément (p. 374) : « Ij!amaur

240 DOCtJMENTS INÉDITS

qu'il (M. Domat) avait pour les mathématiques fut ce qui lui donna occasion de se lier si étroitement avec M. Pascal* » L'Histoire de l'abbaye du Fv>rt-Royal (t. IV, p. 464) le répète ; mais ce que nous ignorions jusqu'ici, c'est que Domat eût fait avec Pascal les célèbres expériences sur la pesanteur de l'air. Il est fâcheux que ce renseignement ne soit pas plus détaillé.

Nous connaissons beaucoup mieux le rôle que joua Domat^ dans l'affaire alors si importante de la signature du formulaire que l'autorité ecclésiastique imposait aux religieuses de Port-RoyaL Ce qui se trouve, à cet égard, dans notre mémoire est confirmée et développé par les deux écrits jansénistes que nous avons cités. Le supplément au Nécrologe de Port-Royal (p. 460) s'exprime ainsi: « Se trouvant à Paris dans le temps que l'on commença à exiger la signature du formulaire, il (Domat) assista à toutes les assemblées qui se tinrent pour chercher les moyens de faire signer les religieuses de Port-Royal d'une manière qui contentât les supérieurs sans donner atteinte à la pureté de leur foi ni aux règles de la sincérité chrétienne... M. Pascal n'approuva aucune des résolutions où Ton s'arrêta. Il prétendit que non-seulement on ne devait pas laisser soupçoner que l'on attribuât les cinq propositions à Jansénius, mais encore qu'il allait avoir soin, en signant leur con-

SUA DOMAT. Cil

damnation^ de mettre à couvert le setis de Japsé-nius, parce que c'était celui de la grâce efficace par elle-même^ et par conséquent la pure doc* trine de Saint- Augustin et de toute l'Eglise. M. Domat fut de l'avis de M. Pascal. » Le Be* cueil d'Utrechty qui expose d'après Marguerite Perrier tout le détail de cette affaire, raconte, page 312, que, dans une dernière conférence qui eut lieu à ce sujet, chez Pascal; celui-ci, voyant la plupart de ceux qui étaient présents passer à l'avis d'Arnaud et de Nicole, « en fut si pénétré de douleur, qu'il se trouva mal et perdit la parole et la connaissance ; tout le monde fut surpris et on s'empressa pour le faire revenir. Ensuite ces messieurs se retirèrent et il ne resta que M. de Boanès et M. Domat (qui eut grande part aux écrits de M. Pascal) et M. Perrier le fils. »

Quels peuvent être ces écrits de Pascal auxquels Domat aurait eu une grande part? Seraient-ce quelques parties des Provinciales? Cela n'est guère admissible* Il reste donc que ce soient les faclums pour les curés de Paris, que la tradition janséniste attribue à Pascal, ou ses écrits aujourd'hui perdus contre la signature du formulaire. Nous inclinerions à penser qu'il s'agit de ces derniers; du moins le Supplémentau Nécrologe de Port-Royal nous apprend que' Domat écrivit comme Pascal

pour défendre leurs sentiments communs : « Quel

t4t DOCUMENTS INtfDlTâ

iujet le public a'a-t-il pas de le plaindi^é Aê ë« f(ue, pour des raisons qu'il ne saurait appi*ouVèl^ , on Ta privé jusqu'à présent des lumières qli'il ëftt pu tirer de ce que ces deux grands hommes avaiettl éelrit en cette occasion! » Le Recueil d'Utrecht^ f li 1740, confirme ce que disait en 1735^ le Supplément au Nécrologe. Recueil, page 322 : ciPout* les écrits de M. Pascal on ne sait s'ils existent eûr Mre« U les confia a M. Domat préférablemcm à iDUt autre, et le pria de les brûler, si les relt* Clauses de Port-Royal se soutenaient» et de lés fa^ire imprimer, si elles pliaient.M. de Roanèsqui on avait des copies, les brûla» Pour M. Domal HAe lettre de M. Tévéque d'Aleth témoigne qu'il fiit !iiivement sollicité d'en faire autant.» Notrt llliaïuserit contient quatre lettres de cet cvéqu« à Domat où cette affaire est rappelée. Il parait qu'il s'était élevé quelque différend entre Domat et la famille de Pascal, particulièrement en ce qui regardait les écrits que Pascal avait confiés à Doma|, et que celui-ci refusait de rendre à MM. Perrièr. Troisième lettre de M. d'Aleth à Domat : « J'ai regardé, monsieur, comme une marque de confiance et de votre amitié la connaissance que vous avez voulu me donner par' M. Pège de ce qui s'est jpassé entre vous et la famille de M. Perrier. La part que prends à ce qui vous touche et l'estime particulière que j'ai pour votre persenne me por^

\/iamï% àèê Un à vous éerire peur t#us porter à £ure toutes les aTances qui dépendent de Véus pour une réconciliation sincère et vraiment chrétienne. . • Il y a enowe un autre point qui n'a ri«& do commun avec, cette affaire et qui néanmoins peut beaucoup nuire où beaucoup contribuer à votre réconoiliation : c'est touchant certains éérils 4? feu M. Pascal qui vous ont été confiés. Oncnrit, par la qualité dô ces écrits et vu l'état de votre fe*mille, qu'il y a beaucoup d'inconvénients ^Ot vous les gardiez ; et comme on ne voit pas queHe utilité on en pourrait tirer à l'avenir, et qu'il y à au contraire, tout sujet de craindre qu'on en abuiie 4'une manière préjudiciable à la vérité et à la itié' moire de M. Pascal, on pense que vous êtes dans l'pbligation de les remettre à ses parents, entre les mains desquels ils ne courent pas le même risque, (OU de les brûler en leur présence, sans en retenir de copie, comme a fait une personne de qualité et de mérite, ami de M. Pascal, qui avait une copie des mêmes écrits. C'est, monsieur, ce que je crois que vous devez faire par principe de conscience et d'honneur, et même vous servir de cette occasion comme d'un moyen pour faciliter et affermir votre réconciliation... Nicolas, dvêque d'Aleth, à Aleth, ce 26 septembre 1676. » On ignore ce que fit Domat; on voit seulement par une autre lettre de M • d'Aleth qu'il se réconcilia avec les Perrier.

« Je n'ai point en, monsieur^ l'occasion de vous écrire depuis que j'ai su votre parfaite réunion avec la famille de M^*" Perrier : j'en ai été extrêmement consolé et édifié... 1^"^ août 1677 ^. »

Puisque Domat fut le confidçnt, et peut-«être le collaborateur de Pascal, puisqu'il l'assista dans sa dernière maladie et reçut ses derniers soupirs , comme nous, l'apprend l'auteur inconnu de notre niémoire, nul n'était plus capable que lui de ténio;gner des derniers sentiments de son ami et de la fausseté de la prétendue rétractation que Pascal aui*ait faite à son lit de mort, entre les ma.ins de M. Beurier, curé de Saint- Etienne *. Aussi, quand M. de Péréfixe, archevêque de Paris, voulut faire usage de cette prétenduerétractation^ personne n'eut plus d'autorité que Domat pour s'opposer à ces ; bruits mensongers et attester que Pascal était mort comme avait écrit l'auteur des Provinciales. Un M. Audigier, ayant eu l'idée de publier la dédaration que M. l'archevêque avait surprise au curé de Saint-Etienne, Domat se joignit k M"' Perrier, afin d'empêcher la propagation de cette calomnie. Notre manuscrit renferme la

' Les quatre lettres de M. d^Aleth sont terminées par cette note dans le manuscrit : m On a copié ces quatre lettres sur les originauï f qui sont entre les mains de M. Domat , conseiller à la cour des aides, fils de celui h qui elles ont été écrites. >»

« Voyez, sur cette rélrarlatio», le Ueeueil d'Utrecht^ p. 3^.7, et le Supplément au Nécroloçfy p. Î80.

lettre suivante^ jusqu'ici entièrement inconnue, de Domat à ce M. Audigier : « Vous serez peut-être surpris de la liberté que je prends de vous écrire sur le même sujet dont M"* Perrier vous écrit aussi; parce que la considération que je sçay que vous avez pour ;|pn mérite^ et pour le grand intérêt qui l'obligea vous faire la prière qu'elle vous fait, devroit me persuader que rien de ma part ne peut vous toucher à l'égal de saprièlrc et de ses raisons. Mais, monsieur, j'ai cru par une autre veue que je manqueroisàcequejé dois àla mémoire de M. Pascal, si je négligeois de témoigner, dans une occasion de cette conséquence/ combien je m'attache à tout ce qui peut intéresser l'honneur de son nom* Vous savez^ monsieur^ les raisons qui me donnent ces sentiments; car vous connoissez beaucoup mieux que le commun le mérite extraordinaire de M. Pascal, et surtout quelle étoit sa sincérité et sa fermeté proportionnée à l'élévation de son esprit. Et, quand je n'aurois pas eu la part singulière qu'il m'a fait l'honneur de me donner dans son amitié, je ne pourrois me dispenser, eu cette rencontre, devons faire connoître, monsieur, que le sujet de sa prétendue rélractatiou est une calomnie, la moins vraisemblalile k tous ceux qui ont connu M. Pascal, et la pins iai.TS5.\ f^n (^i}oS. <|ui ait jamais é^4 pt^nseo: (\ au:-$i \e \yi^}\t:.uu\n\u qili f'H fut ]i* ^'austî » <»st r'V]iii(jn'i ^r<iv la t<JtH« < .-

IA# DOCUMENTS «ÉBTTS

tibn de la personne qui avoit donné ênjèl à èè bruit, de la manière que M™* Perrier vous l'expU* quera par sa lettre : et je dois ajouter k son témoignage etàson récit que personne au monde n'a jamais sçu mieux quemoy les sentiments de M. Pascal sur ce sujet, et pendant sa vie, eipendant sa maladie et à sa mort; et je puis, monsieur, vous assurer par ma connoissance de la vérité dé cette histoire, dont je né répèle pas le récit que vous en fait M"** Perrier. Ainsi , monsieur je m'assure avec elle et sa Cimille et tous les amis de M, Pascal, et pour Fesiime que vous avez de son mérite, que vous laisserez à M"* Perrier le droit naturel d« sort de la pièce qui est tombée entre vos mains et qu'au lieu de l'obligation du bon office que vous penserez rendre, on vous aura celle de n'en pas rendre un très-mauvais et à la mémoire de M. Pascal et au repos de M"* sa sœur. En voilà trop pour vous recommander une demande aussi juste, et où vous êtes sans autre intérêt que d'obliger les personnes qui vous prient de le faire d'une autre manière; je profite de cette occasion pour vous assurer DoMAT. AClermont, le 15 janvier 1682.

Copié sur l'original. »

Mais, sans contredit , la partie la plus curieuse de notre mémoire est celle qui nous peint Domat comme l'adversaire infatigable des jésuites. Quand tout pliait sous leur autorité.

nm P0M4T. 34T

lui $enlt âpres la bigfI de Pasoal , avec quelques amif fidèles^ luttait, dans un coin du royaume, o0ntrQ leur astucieuse tyrannie. Vaincu dans une première rencontre, il rerient à la charge et leur tient tête jusqu'à sa mort.

Cette première rencontrCj. où Domat se montra le digne ami de Pascal, est l'affaire du collège de Clcrmont en Auvei^ne, dont les jésuites s'empa* rèrent à l'aide de leurs artifice^ accoutumés. Notre mémoire nous donne à cet égard des détails intéressants) et qui nesont point ailleurs.Le Recueil de Marguerite Perricr les confirme et les développe : il contient plusieurs pièces où paraissent les efTorts des jésuites pour attirer k eux l'éducation de la jeunesse, jusqu'alors confiée, dans Glermont, à la savante et libérale congrégation de l'Oratoire, et en même temps la vive résistance et de TOratèire et de la ville entière, et la part de Domat dans ce démêlé. Voici quelques lignes d'une plainte des pères de l'Oratoire de la ville de Clermont contre les jésuites, p. 342 de notre manuscrit s « Aussitôt , dit cette plainte , qu'un des nôtres prêche avec quelque succès, ils l'accusent d'hérésie. Us ne parlent jamais de nous a leurs écoliers sans nous traiter de suspects en la foi. Ils ont dit à quelques-uns de nos écoliers qu'on s'expose à la damnation éternelle quand on étudie dtos notre collège. » A cette plainte les jésuites ré-

348 DOGUBfENTS INÉDITS

pondent (p. 297) par une relation de Fétat présent du jansénisme dans la ville de Glermont ou ils représentent la ville de Glermont comme un foyer de jansénisme, et Domat comme le chef du parti. Le jansénisme n'a pas plutôt paru en France, qu'il a eu des sectateurs dans Glermont ; et, si l'Auvergne a fomenté cette secte dans sa naissance, ayant été le lieu d'origine de MM. Arnauld, Bourzées, Brousse, Rebours, Laporte, Mauguinet Pascal, la ville de Glermont contribua

beaucoup à son progrès et à sa conservation

La secte est composée de plusieurs laïques des deux sexes ; les plus considérables sont les sieurs Montorcier, président en la cour des aides, le sieur Perrier, conseiller en ladite cour, la demoiselle

Pascal, sa femme, le sieur Guerrier, avocat

Mais le plus signalé est le sieur Domat, avocat du roi audit présidial, lequel, ayant quelque vivacité d'esprit et s'étant employé uniquement à l'étude de ces matières, passe pour le plus habile, fait leçon à ses confédérés, et corrompt une partie de la

jeunesse Pour fomenter leur liaison factieuse,

ils font beaucoup d'assemblées secrètes Le lieu

des conventicules ordinaires et réglés est la maison de Itienassis, a deux cents pas des murailles de )h ville, appartenant audit Perrier. G'est là où ils t'Hssen)b!eut lioinmes et femmes, les dimanches et. joKr^j de fête,,,.. Les précautions cju'iis prennent

SUR DOMAT. t40

pour le secret font conjecturer quelque mystère d'iniq[uité.» Après avoir habilement semé la calomnie, les jésuites s'occupèrent d'en recuillir le fruit, et, par le crédit de leur P. Annat, confesseur du roi, ils firent rendre un ordre du cabinet, qui les mettait en possession du collège de Clermont, en dépit des anciennes et des nouvelles ordonnances, qui portaient qu'aucune comilkunauté religieuse ne pourrait s'établir dans aucune ville sans le consentement de cette ville. Dès que cet ordre du cabinet fut connu à Clermont, ce fut une réclamation universelle. On s'adressa àDomatpour qu'il prit en main cette affaire. Domat n'hésita pas à s'en charger. Il écrivit lui-même (ms. p. 301) une requête au roi Louis XTV, au nom de la ville de Clermont, et, à la tête d'une députation de vingt de ses compatriotes^ il alla à Paris la porter au roK Nous donnons ici cette pièce (ms. p. 290), qui est un des meilleurs morceaux sortis de la plume de Domat.

a Requête présentée par les habitants de la ville <lc Clermont en Auvergne contre les B. P. Jésuites.

« Au Roy .

«Sire, vos ti'ès-htinible^ . îrKs-ol'éis.-antî^ et. t lès-fidèles sujets les eithevînseï hcibitinis drceti'» vilkde Clermont; vi^^rnu iU se ioier au\' pieris d^

iBl^ DOCUBIIMTS mÉDlTS

y* M. pour lui demander justice contre Ifes jë«* suites^ qui, pour s'établir dans Giermont, maigre toute la ville, sont venus supposer à votre conseil qU'On les y demande, et, ayant obtenu sur ce faut exposé un arrêt et des lettres de cachet, en ont abusé d'une manière injurieuse à la clémence de y* M., et digne de cette attention avec laquelle elle écoute les plaitites de tous ses sujets.

« Ces pères, Sire, voyant les habitants plus aliénés que jamais par cette conduite et préis d'en venir informer y. M., feignirent d'avoir du scrupule et du repentir de ce qu'ils avaient ainsi obtenu cet arrêt et ces lettres de cachet, et promirent par écrit aux échevins une surséance qu'ils demandoient pour recourir k y . M. ; et, comme easuite les habitants s'alloicnt assembler promptemeat dans l'hôtel de ville pour députer, ils envoyèrent de nouveau leur recteur de Montferrand pour protester à cette assemblée qu'ils ne vouloient point du tout entrer dans Glermont sans le consentement de toute la ville, et porter parole que, quand même on les y voudroit forcer sous prétexte de cet arrêt et de ces lettres de cachet, ils n'v consentiroient jamais. Et cependant, Sire, dès le lendemain, ils vinrent avec ce recteur et s'emparèrent du coUégeàla vuedoccs mêmes habitants à qui ils avoient donné cette parole le jour précédent et qui accouroient k cette surprise, mais qui

im DOBtât. ^ fut

n^Êffé$èttht que la modëration h toute cette conduite des jésuites ; car la fidélité si ancienne et perpétuelle de la ville de Clermont est à toute épreuve, non seulement pour le service de ses roys, dont cette ville a cet honneur singulier dé ne s'être jamais départie, mais pour les moindres choses qui portent leur nom. Ces habitants, Sire, osent espérer que V. M. ne permettra pas que, sous un règne tel que le sien, les jésuites jouissent du succès de leurs artifices, et que, pour être ainsi entrés dans Glermont et pour empêcher que celte ville n'ait eu l'honneur d'être ouïe de V. M., elle soit condamnée à les y souffrir contre ses intérêts et contre son gré.

« Ces intérêts, Sire, sont si grands et appuyés de raisons si fortes, et de la part des habitants de Clermont et de la part même des jésuites et de leur propre conscience, que ces habitants osents' assurer que V. M. en seroit touchée , si elle vouloit souffrir qu'on l'en informât. Mais ces raisons, Sire, sont en si grand nombre et fondées sur tant de titres, édits^ traités, arrêts, privilèges, et sur tant d'autres considérations , qu'ils n'oseroient l'en importuner.

« Mais comme les roys, prédécesseurs de Votre Majesté, dont les jésuites ont autrefois obtenu dé pareils ordres pour s'établir dans Clermont sur de semblables faux exposés qu'on les y demandoit,

ÎSt Doonaarrs obédits

ont tooloars réroqué ces ordres aosûAt qalls ont settlement comialagqHignanre des habkamts, il y a presenteiiieiity Sîre, bien plus que cette raîsoo si naturelle du gré des villes : par une déclaration solennelle de Tannée 1659, qu'elle a youlu £iire publier dans tout son royaume , elle a trèseffectivement deffendu tous établissements de communautés religieuses sans le consentement des villes* Ces deffenses de Votre Majesté ne doivent pas être nécessaires pour les jésuites; car leurs statuts^ Sire, leur font encore d'autres deffenses bien plus étroites^ non-seulement de s'établir malgré les villes, mais de demander même d'v être reçus.

« Et cependant, »Sirc, non-seulement ils demandent et ils insistent d'entrer dans Glermont contrcles statuts qu'ils font vœu d'observer, mais ils y entrent par force et s'opiniâtrent à y demeurer, ijuoyau'on persévère à leur dire qu'on ne les veut pas, et contraignent les habitants à venir importutuner V. M.

'< Ils espèrent, Sire, qu elle leur lera cette -justice de ne pas souffrir cette désobéissance des j(^«iiites à vos ordonnances cl à leurs statuts, et ({u'cîlle u'o1)li}i;era pas do irès-fuUMes sujets, pleins <lr /(îlf r\ d'amour pour son s;*T'viof. h yf»v.9\o\v <'<>!iir« Icui 'jr<- des rolit/iî^ux \\ir, iivoie>SMM 1 im-

M'iyiiri' I 4 p*''l(' <'{ i«'S bo!nH'>^ nhrurs, ooimi!'ii.r-"|j

par forcer ceux qu'ils veulent instruire à venir d'abord demander justice contre eux, et qui, pour le premier exemple de leur piété, violent en un jour ordonnances, ëdits, traités, vœux, statuts, parole , et qui ont violé le respect même qu'ilà dévoient à y. M. sacrée, par la supposition qu'ils ont. faite à votre conseil qu'on les demandoit, et par la manière dont ils ont usé des lettres de caichet qu'ils ont obtenues par cette surprise.

« La ville de Clermont, Sire, a fait élever sa jeunesse jusqu'à présent par d'autres maîtres que par ces pères; elle a eu la gloire de produire, dans tous les siècles, des personnes de mérite pour la religion et pour l'Etat; mais surtout, Sire, elle a eu l'honneur de n'élever dans tous les temps que de véritables serviteurs des rois, et qui même par leurs services en ont mérité ce que demandent aujourd'hui à Votre Majesté avec tant d'instance les habitants de cette même ville, d'être dispensés de recevoir les jésuites.

«Le roy Henry le Grand, ayeul de Votre Majesté, a été l'un des roys qui a conservé la liberté de la ville de Clermont contre les entreprises de ces pères. Ce grand prince, Sire, aimait cette ville, et avoit la bonté de vouloir bien reconnaître qu'elle lui avoit rendu un service bien important, et d'autant plus considérable qu'il regardoit aussi l'Etat. Car, pendant la ligue, les habitants de Clermont

i{(i DOCUMENTS INÉDITS

ne s'ëtoient pas seulement eonserv^ fidèles au milieu de la rébellion de presque tout le royaume, mais, par un ^h\e extraordinaire et tout inouï, 4tant sortis de leurs murailles, et, avec le peu de sujets qui restoient au roy, qui s'y ëtoient réfu-^ ^ës, avaient expose leurs vies, attaque l'armée des ligueurs, repris sur eux une ville, et gagne cttie bataille d'Issoire dont toutes les histoires remar^ quent qu'ayant rendu au roy l'Auvergne entière |K toutes les provinces voisines, et qu'étant arriva, eomme par une espèce de miracle, le même j#ur que ce prince gagna en personne celle d'Ivry, ces deux batailles avoient été la fin de la ligue et le rétablissement de ce grand roy dans son patripeine, qui est aujourd'hui Théritage de Votre Majesté.

« Le# habitants de Glermont, Sire, ont cette e0nfiaiice que Votre Majesté aura toujours pour ç^tte ville les mêmes lK)ntés qu'ont eues pour elle tous les roys ses prédécesseurs, pour tous lesr quels elle a conservé une fidélité plus ferme et plus inviolable qu'aucune autre ville de son royaume, et qu'elle ne leur refusera pas la même grâce qu'elle accorde à tant de villes qui résistent aiix jésuites, de n,e pas les obliger, non plus que les autres, à les recevoir, et qu'elle ordonnera à ces pères de retourner dans leur collège de Montt'içri:a»d; si ce n'est que cette affaire étant trop peu

4igB^ 4^eG€Uper les soins de Voire Majesté» elle Veuille la renvoyer à son parlement de Paris, qu'elle a rendu )uge naturel, à cause des déclarations et des édits qu'elle a fait vérifier en ce par* l«ment et qui font une partie des moyens décisifil wnUffi cette entreprise des jésuites ; et toute cettt i^ille redoublera, Sire, les prières publiques ot partioulières qu'elle fait inces^ament pour Votre Majesté, et s'animera de plus en plus de zèle et d'ardeur pour son service et de tous les roya que Dieu fera naître, jusqu'aux derniers siècles^ du sang de Votre Majesté, le plus illustre de toute le terre comme elle en est le plus grand roy. »

«M. Domat, avocatduroy, ajoute notre manus^ fMPttf fut député pour présenter à Sa Majesté la re« <|u4tA cy-dessu^. Étant arrivé à Paris, il rassembla vipgt Auvergnats, avec lesquels il alla porter sa plainte au roy» qui ayant fait avertir le P. Annat, §90 confesseur, pour lui dire que c'étoit contre ses f^^nfrères qu'on agissoit, ce jésuite répondit que Sa Majesté ne devoit points'inquiéter de cette af^ faire, qu'elleétoit accommodée, et par cette fourberie il obligea les suppliants de se retirer. Ceci se pASiait en 1663. Ainsi les jésuites s'établirent à Glermont malgré M. l'évêque, les doyen, chan^nes et chapitre de la cathédrale, syndic du diofèse, le gardien det cordeliers, le sous-prieur de$

oarmes^etles écheyins de la ville de Glermont.«.»> Ce n'est pas la seule affaire où Domat ait ose combattre ouvertement les jésuites. Dix ans après, un de leurs prédicateurs, le père Duhamel, ayant fait, dans la cathédrale de Glermont, un sermon où il soutenait l'infaillibilité absolue du p^iif , ce qui était contre les maximes de l'église gallicane et contre TordonnanQe du roi, qui interdisait de traiter des matières étrangères au salut des âmes et préjudiciables à la paix publique, Domat,' comme avocat du roi et chargé de l'exécution des ordonnances royales, informa contre le père Duhamel, dressa lui-même ^un procès-verbal détaillé, et écrivit à M, le procureur général une lettre pour accompagner ce procès-verbal. Nous donnons ici ces deux pièces pour montrer et l'esprit géaéreux de l'ancienne magistrature et l'intrépidiic de Domat en face du parti puissant qui persécutait le cartésianisme , menaçait l'Oratoire , écrasait Port Royal, et dominant sur la conscience du roi, entraînait l'Etat dans ces querelle» et en fisdsait l'instrument de ses desseins.

Procès- verbal.

« L'an 1673 et le dernier jour de février, nous, Jean Domat, avocat du roy en la sénéchaussée et siège présidial d'Auvergne, à Clermont, ayant appris par le bruit commun que xx jourd'huy mardy

8tm DOMAT. 2B7

diaprés le deuxième dimanche de carême, le père Duhamel, jésuite, qui prêche pendant ledit carême dans Féglise cathédrale de ladite ville, ayant pris pour texte 5uptfr cflthedramlUoystsederunt, etc. auroit pris pour son sujet l'infailUbilité de l'Eglise et celle du fKjipe^ et auroit traité en deux points de ces deux sortes d'infaillibilité, et entrepris de prouver séparément celle du pape seul, nous aurions été obligés par le devoir de notre charge, en Tabsence du S*^ procureur du roy audit si^e, de nous informer plus particulièrement des propositions que ledit père Duhamel avoit avancées touchant ladite infaillibilité, pour exécuter, en ce qui dépend de nous, l'arrêt de la cour du parlement du 30 may 1663, par lequel la cour auroit ordonné la publication et enregistrement de six articles de certaine déclaration de la faculté de théologie de Paris, du 3 may... touchant l'autorité du pape avec deffenses de soutenir aucune doctrine contraire, et aussi la déclaration de Sa Majesté avoir ordânné que la dite déclaration de la faculté de théologie de Paris seroit publiée et enregistrée dans tous les parlements et autres jurisdictions de son royaume, avec deflFenses à toutes personnes de sôti tenir, deflFendre et enseigner aucune proposition contraire à ladite déclaration, à peine de punition exemplaire, lequel arrêt et déclaration ont été publiés et enregifetrés à ladite sépéchaussée, et

!l38 tXKUME^TS INÉDITS

à cette ÛB, comme nous n'aurions pas ouy lëdîi sermon, nous étant enquis de plusieurs personnes qni y auroient assisté, nous aurions appris par tous les récits conformes que ledit père Duhamel a pri^ pour son texte dans ledit sermon ce pa«H^ çle l'Éyangile du jour. Super cathedram Mbyk teâe^ runiy etc. 9 et pour son sujet rinfailliDilite de !'£•> glise et celle du pape ; qu'il a divisé son lermôn en deux points, le premier pour rihfailliBilHé de rÊglise, et le deuxième pour l'infaillibilité du pape; que, dans le premier point, Rapportant quelques preuves de l'infaillibilité de TEglise, il a dit que comme celle du pape s'établissoit aussi siir les mêmes preuves, il prouveroit l'une et l'aiitre dans les deux points, et que, dans l'un et dans l'autre, il rapporte diverses preuves de l'infailliLilité du pape seul, et a avancé entre autres preuves de celle infaillibité les propositions suivantes :

« 1® Que les théologiens étant souvent cona traires dans leurs opinions sur les matières « de la foy, comme les horloges qui ne s'accordent u pas, il falloit une règle, et que, comme le ca- « dran solaire est la règle infaillible des horloges, « le pape est le cadran solaire de l'Eglise, qui est a la règle infaillible dans les matières de la foy.

2® « Que Noire-Seigneur avait dit à Saint- « Pierre : Ego aulem rogavipro te ul non dppcialfidei M tua et tu aliquando comerm confirma fratr^9 tuos^

ÉtiA OOMAY. Sitft

4è fMfr tiiài-c[uer IWaillibilitë qui lui a été cornir Àiudi^aéc et à êéé successeurs^ et que ce pasit sàgé Se dok entendf^ de rinfaillibilitë de saint « Pierre et de ses successeurs, et non de celle de ^l'E^ise» Ce c^ii'il a prouvé par deux réflexions ^ ftir éè passage, Fûne âur ces mots pro te, en dié afant ^e c'était lé prdnôin de la sécotide perê ftUiilë qui â'adressoit à la personne de Pierre et k non t l'Église, ^ui ne s'appelle pas Piètre, Tautrë « sur ce mot fralres , en disant que ce mot S'en- 4ft tenddit des jpap^s successeurs de saint Pierre, ^ ^i sont ses frères, et non de FEglise, et que, si H Notre-Seigneur avoit prétendu parler de l'É- 4f glise, il auroit dit ses enfants et non ses frères.

9k> « Qu'il est impossible que le pape enseigne ^ tme doctrine fausse, erronnée et scandaleuse, et m qu'il arriveroit plutôt de ces trois choses l'une, M ou qu'il changeroit de sentiment comme il ar- ^ riva au pape Vigile, ou que le Saint-Esprit se 4 méleroit dans ses expressions pour lui faire dire JfTa vérité malgré qu'il en eût et lors même qu'il 4^ vouâh>it dire une fausseté, comme il est arrivé H à Baiaam et à Gaïphe, ou qu'il mourroit d'une ft mort subite avant que de prononcer une erreur « selon le sentiment de B.

4® -«Que le pape est infaillible dans les déci- W ^ni qui concernent la foi, la doctrine et les n idoetltti et que. dans le reste, il est homme

« comme les autres et sujet à fiiillir; sur quoy il « a ajouté et fait remarquer qu'il se rendoit d'auu tant plus exact en cette matière qu il s'y agis- « soit du salut.

5" « Que certains théologiens de robe courte « semblent jeter des scrupules dans les esprits foi- 4< blés, lesquels il est imporunt de lever et qu'il y « en a qui vont déterrer de vieux grimoires M pour prouver qu'il y a eu des papes qui ont

« failli, ;^

6' « S'étant objecté comment il se pouvoit faire a que le pape fût infaillible, il a répondu que , « dans les choses de la foi, il ne falloit pas demànù der comment. Je sçay, a-t-il di^^que, dans le « mystère de la Trinité, Dieu est un en trois peru sonnes \ mais, si on me demande comment cela « se peut faire, je n'en sçay rien. Je sçay que, « dans le mystère de l'eucharistie, le corps et le u sang de Notre-Seigneur sont sous les espèces du « saint sacrement ; mais comment, je n'en sçay « rien : je sçai que d'abord qu'un homme #1 t< élevé ^ la chaire de Saint-Pierre, il ne peut plus « enseigner une doctrine fausse^ erronée, scanda- ^ leuse, mais si on demande comment, je n'en sçay « rien. »

« Et comme toutes lesdites|Nr(qpositions de ce sei^mon tendent à persuader Tiii&iUibilité t^jS^Me du pape, et que cette doctrineque leditP. Qnhamel

SUR DOMAT. Ml

a prétendu ëtal£r par ledit sermon est directement contraire i^uxdits articles de la déclaration de ladite &cnlté, et notamment au sixième, concernant rinfiiill3)ilité du pape^ noms avons cru qu'il étoit d'une nécessité indispensable de faire , en cette rencontre, ce qui peut dépendre de nous dans notre fonction pour contribuer à réprimer une telle entreprise contre lesdits arrêts et ladite déclaration de Sa Majesté et contre les lois de son Etat, et, ne pouvant y pourvoir avec prudence par d'autres voies, nous avons jugé qu'en une affaire de telle conséquence, où nous voyons cette doctrine de l'in&illibilité du pape aussi publiquement enseignée avec l'approbation et l'applaudissement de la plus part des eccl&iastiques et principalement dès religieux, et consentement tacite du peuple, qui, n'étant pas informé de la fausseté et des pernicieuses conséquences de cette doctrine, la jçeçoit comme véritable, nous devons au moins en'donner avis à M. le procureur général, affin qu'il lui plaise d'informer la cour de cette entreprise contre son arrêt, et Sa Majesté, s'il le juge à propos, de cet attentat contre sa déclaration ; et nous nous voyons aussi obligés en même temps de supplier très-humblément mondit Seigneur le procureur général d'agréer que nous lui remontrions l'importance singulière que nous y remarquons d'employer soa zèle, sa prudence et

K|g DOCUMENTS IKÉDITS

son aiUiontéf comme il a fait cjr-dâvapf si fiti^ ment ^n toutes sortes de pareille occasions, pf^w achever en celle-cy d'arrêter toutes j^>ntiypri$t| semblables de ceu:^ qui publî^9|^f^ ^^ftBt.iV particulier eçtte doctrine au {»^iidîl44id^ M^ et de ladite déclaration; et, ce i^ a8>i# 4lKiy PE ces remontrances 9 c'est que noi^ vivons ^ G#)|f ville un exemple 4e la nécessité 4'jr ^|;écufef fp^ éclat ladite déclaration et ledit an!â|, p^rce.^pr cette ville étant le siège d'un des b|us jgrjm^f évéchcs du royaume, et une ville capitale df|plpf fidèles au service des roys, comme elle en dogg^ d'insignes preuves pendant les ligues^ nous y voyons néanmoins que le sentiment de l'in&illi^ lité du pape y est insinué et s'y répand comiaf une doctrine de foi^ et que la plus par( croyeat que la doctrine contraire est une doctrine hardi^^ ce qui est arrivé non par des prédications pu leçons publiques que nous n'aurions pa§ dissimur lées, mais par le cours universel que donne à e|^ doctrine le grand nombre de ses partisans, et particulièrement des réguliers et autres ecclésiastiques.

« Et il est facile de juger que si ce sermon 4u P. Duhamel demeure impuni, cette doctrine df l'infaillibilité du ^pe, publiquement établie p^ cette voie et sans contredit, passera poi^r une vérité de foy et un dogme qiii ne peut être contesté; et.

Sun DOMAT. 301

cpiQme pous apprenons de ladite déclaration de Sî^ J^gjesté que c'est son intention que les sentiments à% ses sujets soient uniformes sur lesdits articlç^yptqi^enousYoyonsque, tout au contraire, ils ^ rendcmt i^nifQrines dans la créance de Tinfaillibi- \i%é du pape, et que cette créaAce s'établissant pourrpH m^ttfçles sujets durpy^jdanscette ville si fidèle à ^n serme^ en péril de tomber dans les suites peraipieuses qu*ell|| pourroit produire contre leur devpir, s'il arrivait des occasions où Tautorité des papes pût les porter à s'en départir, nous crojpns que ces considérations nous obligent à supplier mondit seigneur le procureur général d'y faire les réflexions qui lui sont plus propres qu|à nous et qu'il saura beaucoup mieux faire, et do souffrir que nous lui exposions les faits et les considérations particulières qu'il ne peut apprendre que de nous, et dont le devoir de notre charge nous oblige de l'avertir par ce présent procès-verbal que nous avons dressé de tout ce que dessus , aflSn qu'il plaise à mondit seigneur le procureur général d'y pourvoir ainsi qu'il avisera par sa prudence, et nous sommes souscrits avec notre greffier en toutes pages, et avec M. Claude Labourieux^ ancien chanoine de l'église cathédrale et Stpcien ofilcial de Glermont; M. Etienne de la Mare, docteur en théologie, chanoine et théologal de ladite égUse; M. Antoine Dufour, chanoine de

i64 DOCUMENTS INÉDITS

la même église; M. Etienne Perrîer, conseiller eil la cour des aydes de ladite ville; SI. François Pascal, prieur et seigneur de Termes et de la Faghe; M. Robert Mauguin, avocat au parlement; M. Antoine Bourlin, avocat en ladite cour; M. Georges du Gk)urd, docteur en médecine; M. Jacques-Antoine-Sarret, avocat au parlement; aussi souscrits avec nous en toutes pages, pour attester, par leur signature, la vérité du contenu en notredit présent procès-verbal touchant ledit sermon, après qu'ils ont iait lecture d'iceluy et des propositions avancées par ledit P. Duhamel^ Ikins ledit sermon, auquel ils ont assisté. Fait ledit jour et an. Signé Domat, premier avocat du roy ; La- BOURiEUx, etc. Baptiste, grejffier. »

« Lettre de M. Domat à M. le procureur général pour accompagner le procès- verbal.

« Ce !•' mars 1773.

« Monseigneur , m'étant rencontré dans la nécessité, par le devoir de ma charge, en l'absence de M. le procureur du roy, d'entreprendre la defTense de Tintérêt du roy et du public en une affaire importante et qui regarde aussi TÊglise, je me trouve obligé, monseigneur, de vous en reUr dre raison et de la mettre entre vos mains. Le père DqhameJ , jésuite , qui prêche présentement

SDH DOMAT. Stô

le carême en cette ville, fit, hier mardy , un sermon exprès pour prouvd^rinfaillibilité du pape; vous verrez, monseigneur, par té procès-verbal qtte jepÉends la liberté de vous envoyer, le rëcit du dessein et de quelques prtq[>oftitions de ce ser* mon. Je n'ay rien à y ajouter de particulier pour ce qui est du fait, si ce n'est que je me suis rendu très-certain de la vérité telle que je l'expose et qu'elle est prouvée par ce procès-verbal ; mais je crois, monseigneur, devoir adjouter qu'il est d'une conséquence extrême de réprimer cette entreprise, car je puis rendre ce témoignage que les réguliers et quelques ecclésiastiques de leur cabale ont teliemétit répandu cette doctrine de l'infaillibilité du pape, ou dans les confessions, ou dans les entretiens, ou par d'autres voies qui ne viennent pas à notrç connoissance et qu'il ne nous est pas possible dé réprimer , qu'encore que les personnes intelligentes, et particulièrement ceux qui sont insti^its de l'arrêt et de la déclaration du roy sur difette matière, qui sont en très -petit nombre, ayent été extrêmement scandalisés de ce sermon, le peuple et la pluralité des personnes même de condifton, qui ne sont pas instruits de ces matières ny des conséquences de cette doctrine contre l'autorité légitime de l'Eglise et contre l'intérêt du roy et de l'Etat, se laissent persuader de cette infaillibilité; et je crois, monseigneur, en cette occasion,

àpeitme tfl â^euue â rnuppimi que i»mh^etàtnL4mt die j/am^ ^mmt raihofifae, mm que uthtÈt la âocUiMÈe aOÊÊUme passe, dans les c»fvilà ffe e«i fivïtMfiiMSy pKMn une LéréHe ; ia^if eetU". ofiguoa u peaûmnse demearerott bieo flot forttmeai éîàhiie, « tm td seroKm resmît impimî« GirroM soilez^ maniieigDeiir^qiidles sorties intr fffmêkrtu que (ait dans Fe^prit de la mnïtîipde mff^ doctrine enseignée comme la parole de EKea tt dêfiM la cliaire de y enté, et quelles en sont les cqnr séquences surtout quand il s'agit des |)reniièrei règles de la religion et du discernement de Famprite Intime qui peut r^ler les points de la loi. Biais Fentreprise de ce jësuite est d'une ponst^r» quence d^autant plus importante , qu'il a pr^di^ eette doctrine si contraire k l'Ecriture et à la.fradition f aux conciles, aux canons , aux libertés ^ FÉglise gallicane , à cet arrêt, à cette dëclanitioii« et si pernicieuse clans FEglise et dans FEtat, comme une doctrine et une r^le de Ja foi t et par un sermon exprès , en séparant ef,r près et distinguant l'infaillibilité du pape^ quî fut son principal sujet, d'avec celle de l'Eglise^ qu'il ni) toucba quasi qu'en passant; et en traita|^( de ridicules, de théologiens de robe courte^ ceusf: qui (Infrendcnt la véritable docUnne de FEglise, ce ([ui tourne , par une conséquence nécessaire, contre les prerYiiers magistrats du royaume et les ofB*-

emcfde la cqnr, qui se sont reiidos le« protecteur^ d9^4^t(94^KfMMepar Tarpét 4u àp may }66$, et ^pfo p^ IQl 45eroiP9 pri^ché dap» le çQurs d'm caf^me^ jj^n« upe égj^e ^tli^ale, k l^ face 4^49 des plus amples ^u4îtoiresdprpyaume et de# giiewi remplis d'officiers de trois compagnies, d'ecclésiastiques d'une cathédrale ^ 4e (rois collégiales, un j|^#]i4 séminaire et onze communai^tés de réguliers de divers ordres^ de tous lesquels corps il y a toujours bon nombre au sermon ; et je dois encorif ajouter^ pH>nseigneur, à toutes ces circonstances» que je ne vois pas d'autre partie ny d'autre juge 4pnt il £iille attendre de justice contre ce sermon q^ ▼pus^ monseigneur^ et le parlement. Toutep ces cçpsidération^ me font espérer , monseigneur , que yp^s aurez labonté, non-seulement d'approuyef ma conduite, mais de )a pirotéger et d'en fairf yopnè affaire, comme elle l'est plus que de personne. J'aurois bi^n souhaité, monseigneur , 4c vous envoyer uûe information , au lieu d'un simple procès-verbal , mais il m^a été nécessaire de me réduire à cette voye en attendant que je puisse faire faire une information. Je vous prie de considérer qu'un procès-verbal de la qualité de celui que je vous envoyé, en une affaire de cette nature, peut tenir lieu d'information, sinon pour établir toutes les peines que ce jésuite peut mériter, et que la cour pourra ordonner après une plus am-

pie procédure, si elle le juge à propos, du moins pour effacer cft réparer proirplemejit les mauvaises impressions de ce sermon qui subsistent dans le public, par les voies que vous jugerez , monseigneur, le plus à propos par votre prudence. ••• »

Le procureur général auquel cette lettre €ft ce procès- verbal étaient adressés était M. de HarlaT, probablement Achille de Harlay , troisième de ce nom , celui dont Saint-Simon nous a laissé un portrait peu flatté , et qui , avant d'être président du parlement de Paris , en 1689, aurait été d'abord et se trouvait, en 1673, procureur général. M. de Harlay rendit compte de la lettre de M. Domat à M. le premier président Lamoigion, et il fut convenu entre eux que, d'une part , on approuverait la conduite de Domat, que, de l'autre, on ne donnerait point un éclat trop grand à cette affaire; que pourtant on exigerait une double réparation du père Duhamel : d'abord un désaveu de ce qu'il y avait de blâmable dans son sermon par-devant M. Tévéque de Clerraont, en son palais épiscopal et en présence de Tavocat du roi (Domat) et du lieutenant. criminel, et, déplus, des paroles de paix et de soumission en chaire devant l'assemblée des fidèles. Notre manuscrit (Contient la lettre où M. de Harlay écrit à Domat pour l'informer de ces résolutions, et le procès- verbal de l'acte de

soumission du pèr« Duhamel devant Tévéque de Glermont^ le lieutenant criminel et Domat. Mais les jésuites ne se tinrent pas pour battus. Selon leur méthode accoutumée , ils agirent auprès du roi, et lui persuadèrent d'enlever cette affaire au parWie^tde Paris, et de Tévoquer à sa propre persoane, 4Dtson conseil; et là ils obtinrent un ordre enjoignant aux gens du roi, à Glermont, d'assoupir toute cette affaire^ de se dessaisir des minutes mêmes des divers procès-verbaux et de toutes pièces écrites en cette circonstance, et de les envoyer! Paris, au conseil d'£tat, et encore faisant deffense au parlement de Paris et à tous officiers du présidial. de.Glermont de plus faire aucune poursuite contre le père Duhamel, comme aussi au père jPllhamel et itous autres prédicateurs de parler lii t|?aiter, dans leurs prédications , de semblables matière^. M. de Marle^ conseiller d'Etat et commissaire en la généralité ^e Riom , fut charge de l'exécution de cet ordre, et ilTexécuia fidèlement. Le procureur du roi et le greffier criminel durent remettre toiites les minutes qui étaient entre leurs mài$is ; mais voici qui témoigne de la manière la plus vive du sentiment d'honneur qui animait toute l'ancienne monarchie : le i^reflier criminel pria que les minutes k lui demandées fussent laissées au greffe pour sa propre décharge, et il ne les remit quesui' l'injonction réitérée et impérative du

(79 tKMJUllËRTS

êènifiitMàire dii itii; quftiit au prôcuniir éh ttilt^ fttl ttôm daqbel airâit agi Doilialt, il âllà pluft loin qûé lé greffier Criminel; il fit une respectueuse inais ferAê nmoniramée , et requit un sttttàs k Têfl^âoit éé Tàrrét du eousefl. Gé procureur du rcn s'âppcdiii Pierre Paseal* On né pouvait mieux jiortér t^ ui ëénïi Nous he potiyons résister au plaisir dé'^Hét ièi une partie du (nrôcès-Tërbal de cette deralKê pièee.

« L'an 1673 et lé vingt^euxièmé )6ur d*aisril, |Qir-deVant nous Bernard de Marie, chevalier, sâr goenr de Yercignj^ conseiller du roi en ses éiator seilsy maître des requêtes ordinaires de son bfltei , et commissaire départi pour rexéciition des ohlrês de Sa Majesté, en la province d'Auvergne et gêoëràlité de Riom , est comparu M* Pierre Pascal « écujer^ seigneur du Montel, procureur de Sadite Majesté en la sénéchaussée et si^e prcsidial de Qermont , lequel nous auroit dit < qu'ayant eu avis de la signification que nous aurions faff'faireà M. le greffier criminel de l'arrêt du conseil d'Etat, portant évocation de la procédure faite contre le père Dubamel, jésuite.é*. il est obligé de nous re-* montrer parie devoir de sa charge que, par l'expolitifdudit arrêt, ilparolt que Sa Majesté n'a pas été informée de la vérité de ce que ledit pèréDuhamel a avancé dans ladite prédication, et laquelle ne i^But être connue que par la pr^eédure ^ûi en Hi

^t^ faite S ttt requête (ftidît prôcùt-etir du rôî, dé lâc[iiëilë ày^hléié envoyées des expéditiolis à M. lé pfbcUÉréui' géhéral, cette affaire àuroit été conittiiitiiéë éilivant des ordi*iss envoyés audit procu- • î/étàt du toi ôt ceui de M. îè premier président , d'eux envoyés à M. Tévê^tle de Clerinont, par le fàôyëh de la rétractation que lé pore Duhamel avait faite de të qu'il aurait avancé dans sa prédication , par acte fait , le 2^ du mois dernier, pardevant ledit lieutenant criminel, en présence du procureur dtfiSCâ^ et sa soumission à l'arrêt du parlement de Paris, du 30 mai 1663, et déclaration ^Sa Majesté du V août audit an, et les défenses Mtes audit père Duhamel de contrevenir directement ou indirectement à ladite déclaration et ar- Mt, duquel acte ledit procureur du roi auroit envoyé une expédition audit sieur procureur général, et partant, ladite procédure se trouvant transmise stuyant lesdits ordres, il est important audit procureur du roy que ledit acte du 27 mars demeure au greffe dudit si^e , pour justifier de ses diligences et de l'exécution des ordres qu'il a reçus dudit sieur procureur général, ce qu'il nous a requis de vouloir ordonner , et qu'il soit sursis à l'exécution dudit arrêt sous le bon plaisir de Sa Majesté, en ce qu'il est ordonnée par iceluy ^ue fcsdites minutes seront mises en nos mains , ttft^ù'ft ce c|ac Sa Majesté ait i\é pleineihetil in-»

%li, DOCUMENTS INÉDITS

formée de la conduite dudit père Duhamel par la grosse de ladite procédure , que ledit procureur du roy offre de faire délivrer incessamment par le^ ditgreffiery ou qail en ait été par eUe autrement ordonné sur les remontrances par lui présentement faites, et a signé Pascal. »

Enfin^ nous citerons une lettre du procureur général de Harlay à Domat, dans laquelle il s'excuse auprès de l'austère magistrat de l'arrêt du conseil, et l'inrite à ne pas se décourager.

« Monsieur l'avocat, nous avons été aussi surpris que vous de l'arrêt du conseil que vous m'avez envoyé. Si le roi eût,été ici, ]» ne doute pas que Sa Majesté n'y eût apporté le» remèdes nécessaires , sur les très-humbles remontrances que nous lui en eussions faites. Mais, en son absence, nou^ verrons, dans la première occasion , ce que Ton pourra faire pour y remédier. On ne peut écrire tout ce que l'on pense et tout ce que l'oa sait sur ce sujet, et je finirai en vous assurant que des choses de cette nature ne doivent pas vous empêcher de témoigner votre zèle avec prudence dans outes les occasions qui se présenteront. Je suis, monsieur l'avocat, votre frère et bon ami. De Harlat. ». *

Les pensées de Domat que nous trouvons dans le Recueil de M^®Perrier.(p. 273) y occupent plusieurs feuilles^t font connaître des côtés nouveaux

SUR DOMÀT. 178

et inattendus de Fesprit et de l'âme de notre grand jurisconsulte. Commençons par celles qui peignent le magistrat, Fimpartial exécuteur ou ^intelligent réformateur des lois, l'homme qui avait un senti • ment si profond et un amour si ferme de la vérité et du droit.

Nous ne connaissons point , dans d' Aguesseau , de plus belles et dç plus hautes pensées que cetles-ci : '

H Les avocats ont pour objet la vérité même.

« L'éloquence de l'avocat consiste à fiiire connaître la justice pour la vérité.

« Fins différentes devl'éloquence : plaire» instruire, persuader, exhorter, louer : toutes doivent avoir pour règle la vérité.

)< Le geste est un effort de l'àme pour se communiquer à travers le corps , et faire passer dans l'âme de celui qui entend ce qu'elle sent et ce qu'efie voit.

« Les gens d'épée appellent les officiers ^ gens d'écritoire; il Êiut appeler les officiers gens de tête, et eux gens de main.

« n y a une infinité de lois qui ne subsistent que parce qu'on n'a pas le temps de les réformer.

« Les passions sont des lois que les juges suivent.

« Nous faisons dans le palais , qui est le temple

* Of/kitTêf gens pourvoi d^ottces, ki magisiraU.

iîJ4 DOCUMJSMT^ INÉDITS

de la {UsticG, ce que Élisaient }e» marehandft. dans 1b temple.

H N'y a-^t^il paa quelque cçfiipagfiie <i^ Vosl exàmma suit le. hon sens oamme aur la lor3a

Ecoutons mamtenant l'ami du petipb^ Fa«â des pauvres et de la pauvreté , un digue éleite^de celte ^a^de école de. si^ïfisnteciirélisa qui s^ pôUe Portr-Boya]^ : %

« Le superflu des riches devrait servir pour ht néeeasaire des pauvrçs^ maâs^lfouiau contcakiele nécessaire dy3S4)auvre&sert pour le superflu desriches.

« Cinq ou six pendards pactagent la medHeure partie du monde et la plus riche. (7en esl assez pour nous faire juger quel bien c'est devant Bîeu que les richesses.

« On doit plusî. crainte d'avoir trop à l'heure de la mort que trop peu pendiant la vie.

« On se sert du prétexte de ce que l'on mendie pour ne pas donner à l'hôpital, et de l^liâf^tal paur ne pas donner aux mendi^ts. )il

Les p^sé^s mpjc^Jes qui suii^em, sans^ a¥oîr une grande originalité, valent assujcémentla pfiffiedi^ tre tkées de l'oubJi.

a Ciomme le coirp^ s'anéantit et s'ap^es^mttt par r^ge et la durée de la vie, Iç cour s'app^saïutit et s'ai^iblit p^r la, 4urce des nij^uvaiji^ habitudes.

« Les événements sont hors de nous ; notre volonté seule esta nou&; ne^. pouvant céi^BMCun

8tJ& DOMAt. iTK

fy^^^ffifinX , 4pus deypi^ ];]iOus mettre eu état que ^LUJL éyçivsi^ni 9e qq^s trouble et oe nous empé-

><< Il o'y a que deu^ voies pour ie reudre heureux et content^ l'une de remplir X/om nos déairs , r^iutre de le$ borner à ce que nous. pouvons posséder. {j9; première ^% impossible en cette vie ; ainsi çi'^t un,efo^e que d'ent]:ep;riÇ9di^e dç se contenter fxi Q^ monde pai^ ce^e vpjie.

« Les m^ximeç dç moirale des païens $ont des règles pa;cticuUères pour de çer^ines actions , et en de çertainçs cfgijtcpnti^es^ pour certaines conditions ; celles de l'Ëvangile sont mûverselles ; car §Jles changent le fond du cœur et «'étendent à tpute la conduite y ev^ tous heux et en toutes rencontres.

« Il y a un^ différence extrême entre la manière don( nous sentons les injustices qui nous regji^dent et ceUp^^omt nous jugeons de celles qui ne jcçgiurdent que le prochain.

« Pourquoi $ouffi:pns-nous les douleurs sans I^ÇUSii^ettre en çol^ère , et que nous ne sou&ons piys \ds injusticies e.t les maux que nous causent les j^o^Hje;^ ^ns vpiQuvemc^t de colère ?

<< rious voulons tellement plaire que nous ne yçiiulpn^ ps^s dépjiair.e aux autres lorsque nous nous ^^\ayi$pi)s à uous-«iêmes , ^ que nous voulonij plaire à ceux qui noMiS déplaisent.

« Quand on est dans la vérité , il ne faut pas craindre de creuser; on trouve toujours un bon fond, on ne saurait manquer d'être soutenHi; mais, dans les choses vaines et incertaines y il est périlleux de creuser.

« Les hommes ne jugent de la malice des actions et du cœur de l'homme que par rapport à ce (fui les touche. Une incivilité à leur égard leur paraît plus criminelle que de grands péchés devant Dieu qui ne choquent pas les hommes.

« Tout homme qui a la moindre expérience dans le monde juge facilement que tous les autres , sans exception des plus raisonnables, raisonnent mal quelquefois, et raisonnent mal pour l'ordinaire dans leurs intérêts. Ainsi il faut être fou de pre'somption pour s'iibaginer qu'on soit Tunique au monde raisonnable dans son intérêt, et ne pas se défier toujours de son jugement quand il s'en agit. D'OÙ j'admire l'extraVagahc de la plupart des gens, surtout des plaideurs, qui s'imagineat toujours tous avoir le meilleur droit du monde.

« On juge aussi témérairement en bien qu'en mal. Il y a du péril en l'un et en Tautre. Si on juge mal en mal, on blesse la charité; si on juge mal en bien, on blesse la vérité ; c'est-à-dire que, jugeant mal d'une bonne action, on fait tort à son prochain, et que, jugeant bien d'une mauvaise action, on fait tort à la vérité.

« Les louanges, quoique fausses, quoique ridicules, quoique non crues, ni par celui qui loue, ni {1^ c^Tui qui est loué, ne laissent pas de plaire ; et, si elles ne plaisent par un autre motif, elles plaisent au moins par la dépendance et par Tassujetissement de celui qui loue. »

Si les deux pensées suivantes étaient plus travaillées pour le tour et Texpression, on les attribuerait aisément à celui qui a pris la défense des répétitions et qui réduisait toute la poésie à des ligures, fatal lawrierj hel astre.

« On hait si itbrt les redites que, quand elles sont nécessaires, on veut au moins à chaque fois être averti que c'est une redite : dans le palais, ledity ladite $ c'est l'excuse de celui qui redit... Mais d'où vient cette haine des redites? La nouveauté et l'ennui des mêmes choses. L'orgueil v a sa part j car il y a apparence qu'on veut inculquer par redites, et qu'op n'aime pas paraître dur a con^rendre.

« La poésie a d'ordinaire plus d'éclat et plus d'agrément qne la prose; mais ce n'est que comme les grotesques dans la peinture : ce qui y plaît est plus surprenant, mais assurément moins solide et moins beau que le naturel. »

Maximes toutes empreintes de l'esprit de Port- Royal, et qui auraient pu échapper à la plume de Pascal dans un moment de négUgence :

478 DocuMETJnrs i5toiTs

« Aujoard'htii la dévotiota et là rerhi sbnt choses fort diffëreûte».

« 11 est bien à craindre que les déV^otions wté^ rieures de ce temps, scapnlaires, ëic.y Hé sbiefit dans la IfOtrrelle loi ce qu'étaient dans l'àiicfeHâë les traditions superstitieuses des pharisieiis^ pkt lesquelles et sous prétexte desquelles ils quittaient Tessentiel de la Idi, s'imaginànt qu'ils étaient ptirifiés pas ces cérémonies. »

Voici lés fondements même de ce qu'on pourrait appeler la logiqe et la philosophie de Pascal :

« Nous n'agissons pas par raison , niaiè par amour, parce que ce n'est pas l'esprit qui agît, mais le cœur qui gouverne, et toute la déférenèè qu'a le cœur pour l'esprit est que, sm n'agit pas par raison, il fait au moqis croire qu'il agit par raison •

« Il y a deux manières de venir à la connais*^ «ance de la vérité, l'une par démonetration , (st Taiitre par des vraisemblances qui peuvent venir h un tel point, que la preuve en soif aussi forte que la démonstration et même pllfs touchatnte, plus persuasive et plus convaincante : parexeiùple, on est plus persuadé qu'on mourra, quoiqu'il n'y en nit pas de démonstrafion, qùfe de toutes les vérités d'Euclide.

« Il est impo^ible d'avoir des démonstrations des vérités de riotS^e religion, car il arriverait deùk

SLTR DÔMAT. 41^9

dhosès : T^hè q^e <oat lé moi*de rembrasscrait, l*àirtrc ^u'il n'y àtirôJt Cas de fcd, qni est la ¥oie ^ria^l^îieHe Dièb à vowtu nous unir à lui. »

{iM--<^ Vliil]Ceut des Lois civiles on celui des Pensées qui à tfixdë ceb liglies ou l'esprit^ l'humeur ^laMâftncc^ie/seebbJbitdettt clans une originalité si tljucliatite? de ^peet d^ lignes nous font pëkétrér daôs Tâme 4e Doâiat^ ^ nous découvre sa gran- 'dieiir m^% mii9èî*e^/soil austérité et ses iâlapriceis», fùhé el l'atftre 'fiica^e k médaille, i'homiïie tout entier.

« Ij*e^rit sans jriété ne sert qu'à rendre misérables ceux qui en ont, ce qui arrive eu bien des manières, "^t entre autres par la peine qu'il y a à soufirir les sots.

« Ce n'est pas une petite consolation pour quitter ce monde que de sortir de la foule du grand nombre des sots et des méchants dont on est environné.

« Toutes les sottises et les injustices que je ne fais pas m* émeuvent la bile.

« Je ne serais ni de l'humeur de Démocrite ni de celle d'Heraclite; je prendrais un tiers parti pour mon naturel, d'être tous les jours en colère contre tout le monde.

« Quelle satisfaction peut-on avoir de ne voir que des misères sans ressources? Quel sujet de vanité de se trouver dans des obscurités impénétrables?

« Un peu de beau temps» un bon mot, une louange, une caresse, me tirent d'une proibnde tristesse dont je n'ai pu me tirer par aucun effort de méditation. Quelle machine que mon àme, quel abîme de misère et de faiblesse?

« J'ai une expérience r^lée d'un certain tour que fait mon esprit du trouble au repos, du repos au trouble, sans que jamais la cause ni de Tiui ni de Fautre cesse, mais seulerotsnt parce que, la roue tournant, il se trouve tantôt dessus, tantôt dessous*

« Mon sort est différent du vôtre : vous changez souvent d'état, et moi je suis toujours à ]a même place ; nous sommes pourtant tous deux également tourmentés : vous roulez dans les flots, et je les sens rouler sur moi. »

OB MADAME LA DOCnSSB

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