DE LA MÊME PRINCESSE A LA MÊME
Ce 1 0 juin.
Je vous dois tout ce que je puis faire pour vous, ma chère mère , ainsi vous ne devez jamais me remercier de rien. Je suis pourtant ravie de votre reconnaissance, puisqu'elle excitera votre charité et votre amitié pour moi, qui me sont si nécessaires et si précieuses que rien ne me doit plus réjouir que leur augmentation. Il ne tiendra pas à moi que je ne vous voie bientôt , mais je ne vous puis dire quand. Je mande les raisons de mon incertitude à mademoiselle des Vertus.
Mes compliments à nos mères, s'il vous plait
La lettre suivante est ainsi intitulée dans le manuscrit : Lettre de M"' de Longueville à 923. On sait que pendant la persécution de Port-Royal les religieux et religieuses , qui se cachaient se désignaient entre eux par des chiffres. H est permis de supposer que la personne désignée par le numéro 923 est la sœur Agnès Arnauld^ et que c'est du moins une religieuse de Port-Royal, puisqu*il y est question de votre monastère^ ce qui ne peut s'appliquer qu'à une de ces dames et non pas à un de ces messiem*s. Dans ce cas, il faudrait mettre cette lettre au temps de la persécution, ayant l'année 1669.
^ N'est pas dans Villeforc
DE MADABfE LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 317 LETTRE DE MADAME DE LONGUEYILLE A QaS ^.
Gomme personne ne s'intéresse plus yéritablement que moi à tout ce qui touche votre personne et votre monastère, j'étois très-sérieusement touchée de l'état de votre santé : c'est pourquoi je le suis par la même raison de la çuérison que Dieu vous a envoyée dans le temps où il y avoit, ce semble, le moins de sujet de l'espérer. La chose rapportée à elle-même est un assez grand sujet de joie pour en remplir les cœurs des personnes qui vous aiment autant que je fais; mais il me semble qu'on ne peut s'empêcher en cette occasion d'étendre cette joie à un sujet hors de vous, et de regarder votre délivrance de la fièvre quarte comme l'augure d'un autre délivrance dont vos amis ont plus d'impatience que vous, et qu'il semble par celle-ci que Dieu veuille opérer durant votre vie. Je vous avoue que cette espérance a trouvé place dans mon esprit et y a fait l'effet naturel qu'elle y doit faire; car encore que je regarde votre état de souffrance comme un très-grand bonheur pour vous et comme un grand exemple pour ITlglise, j'avoue que je ne puis m'em pêcher de souhaiter ardemment qu'après avoir été si longtemps édifiée de votre patience, elle ait sujet de se réjouir de votre rétablissement. Outre les sujets généraux j'en ai de trè»-personnels qui causent ce désir en moi. Je vous conjure de le présenter à Dieu, puisque j'ose croire que c'est sa grâce qui le met dans mon cœur. Demandez-lui sa miséricorde pour moi qui est en ce monde Taccomplissement de ce désir dont je vous parle et que je ne vous puis expliquer présentement. Je vous rends grâce de votre image.
' N^est pas dans Viliefore.
SIS LEKR» INémTES
Trouvez bon que je fasse ici mes amitiés à mes sœurs Angélique <b ^t-Jeaa et Anne-Ëugénie '.
I.EVTRS IMS MADEBlOIfELLE DES VERTUS (de Bsetaguè) A LÀ Uà^ AONES ARITAULB.
Ç^ 88 îyi».
i^oîque ce ne soit pas un miracle de revenir contante de chez Vous, ma chère mère, il est certain que ce qui s*^ pàfuiê dans la visite que - madame de Longueville vous a rendue, en est à mon avis un si grand qu'il y en a très peu oà la puissance de Dieu paroisse plus visiblement quç dans tout ce que je vois là-dessus. Vous en conviendrez avec moi, ma chère Mère, quand je vous entretiendrai, et je suis assurée que ce ne sera pa^ à mes prières que vous âttrihuerez un tel succès : 0 en faut de|plus efficaces et de pius agréables à Dieu que les miennes. Je vous conjure de i-en bien remercier par avance. Je m'en retournerai bientét à Paris; ce sera au moins quand je pourrai soirffirir la fatigue du chemin ; car je ne suis paç encore en état de m'y exposer *.
Voilà une lettre de madame de Longueville. Plus je lui parle et plus je la vois contente de vous et de toute y9tfÇ àiaison. J'ai bien envie de voir celle qu'elle y veut faire hfttir ' prête à être habitée, et je me trouve bien heureuse
t Ççl^\i .1^ f^e|jc (de Marie-Apgéliquie ^e Saint- Jjefin; elle s'^apgçl^it 4i^|[^erP.ugé|u^ de riacarnation Àrnauld. Yoy. le ^vpj^féjget^ ^ Nécrolq^f dfi pori'Royal, p. 289.
" Voye^ dans Villefore, t. II, p. 67, quelles étaient les iAiÇr|i{i|<éj continuelles de mademoiselle des Vertus, quoiqu'elle ait survécu de quinze ans à madame de Lionguevîlle.
' On sait que madame de Longueville se fit en effet bâtir un lo* peinent même asset considérable at çn^ipt k Port-Royal.
DE MADAME LA DtJCtlES^ DE LONCTJËViLtE. Si$
âe nWoîr ^lesoip ni 4'^rchitecte ni cle inaçons po^r m'aller enfermer auprès ie ma clière mère. Je la supplie de demander à Notre-Seigneur qu'il lève tous les petits obstacles qui pourvoient retarder ce bien, et pprjnettez^moi, ma chère Mère, de faire ^ci mes très humbles compliments à toutes les personnes ^ qui j'en dois.
Qe que je xn^nde de madame de LQn|rtlçville n'est que pour youç et pojir ma ch^e sœ^r Angélique de Si(.Sean, ôue j'embrasse de tout mon çceur *.
DE MAOAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE A LA MÉRB AGNES ARNAULD, A F.-R. DES CHAMPS.
fgi r^u^ Qi^ip}iè)[:ç ffiéfe^ le bi|)et que vQpç m'ave^ écri^ ^ yplljrg paaiçi, Igr^^ j'.étois ^nc^r^ ai^ Bopchet. Je spis m^ (m ^PPê Topl*^^ hm qui? ROtre çQmpierce ne p^sge Çœft^ J>?F m^m ^^M <trapg,er, ej: qu'ainsi je puisse e^ VSfB^ cp»fi«Wîi5 ypm R^rler de^ çjfipses ^ui me font §s l^ fd^jp^ pt Â^t ï^f^^P 5^ yo)a5 m'aidere^ à fair^ usa^ gi Ç^(f Pf y^ f^^ piten déljyrpr entièrement par Ta^sis-
λ»Ç^ ÛP 19^ prMinÇ? pt ip YPS conseils. Aif restp, j>i çenjj uffp yr^p jpie en i|ppf eniant q^e ces naeçsi^j^ç gi^i yçnt Ijûrç ^fif 4ç9^& pour WP.n b^timeçt;, é^oijeflif .W*v§? i
?v-éf B w? wi>I^ .gtf^ cpifi m'appr9.çbp ^« i^^m ffé js
dpj^ y ^r jqQoirm^iç^, ej qjioique ce i»e ipû.gue di'ujni |>a^, Ç'^^ ^OflJPRr^ beauçpwp pour moi, puisqu^ç je ^p sys^e^ds Çipn 1^)1% 4écourçigement, pour ne pa? ,dire un ©9$ p)|jjs çfjpresfôf^ quiP par l'espérance d'entrer d§p^ yptjre ii^gjifiii^A} prenant c^t ét^lissement comme une p:^^q^p qj^ PXf9 ne m'a pas abandonnée, ce que je craindrois tout à fait
^ Cette lettre est dans ViUefore, et datée du t8 juin 1671,
(pour ne pas dire croire) sans cette marque-là à laquelle mon espérance présente est attachée. Car j*avoue que toutes les autres, c'est-à-dire, ce que Ton peut appeler quelque ombre de piété dans ma vie, ne me tirent pas de la pensée que j'ai, que tout au plus je suis dans]cette voie qui paroit droite et qui conduit à la mort, puisque je ne vois point encore de fruit qui me fasse entrevoir que je suis un bon arbre. De plus, il n'y a guère de jours où je ne connoisse de nouvelles plaies dans mon âme, et où je ne voie de certains fonds dont je ne pénètre pourtant pas la profondeur. Je n'ai qu autant de lumière qu'il en faut pour voir que ce sont des abîmes ; mais je ne vois |pas ce qui y est, et ainsi je crains bien que Dieu regarde toute ma vie comme une vraie hypocrisie *, Or, je ne vois donc que cette entrée chez vous qui suspende toutes ces craintes. Non pas que je croie que je n'ai que cela à faire, car je crois que ce n'est proprement qu'entrer dans la voie; mais c'est y entrer, et c'est beaucoup pour moi qui crains de n'y être point et de courir dehors, ce qui est un terrible état, s'il est véritable! Cela me remplit de terreurs mêmes naturelles ; je crains tout : il n'y a nul accident possible qui ne me fasse frémir, regardant toujours Dieu prêt à me punir dès ce monde. Ainsi je suis même humainement dans un état très-pénible, ne pouvant, ce me semble, aimer la volonté deDieu sur moi, la craignant de justice plutôt que de miséricorde et ne pouvant tout au plus par là que l'adorer et m'y soumettre. Je ne pensois pas vous en dire tant; 'mais ma confiance pour vous m'a rendue plus libre. J'espère que vous ne l'aurez pas désagréable, puisqu'il me semble que je puis croire qu'elle ne l'est pas à Dieu qui veut bien que je commence à regarder et à traiter comme
^ Ce commencement est dans Villefore.
ma mère celle qui Test de la maison où il me fait la ^àce d'aller essayer de satisfaire à sa justice.
Vous voulez bien que je fasse mes compliments à la mère prieure et à ma sœur Angélique et que je leur demande leurs prières. Je vous demande des nouvelles de ce pauvre Hilaire ; sa maladie m'a donné bien de l'inquiétude et pour votre intérêt et pour le mien. J*ai trouvé ici mademoiselle des Vertus bien incommodée; priez Dieu pour elle. Des que je serai retournée à Paris, je ferai parler de mon bâtiment à M. de Paris et je vous en manderai le temps afin que vous lui rendiez ce devoir de votre c6té. J'espère que ce sera à la fin de la semaine qui vient.
Je vous demande des passages soit de l'Écriture soit des Pères pour avoir recodrs à Dieu, selon mon état^ car ceux que vous m'avez envoyés de saint Augustin me sont de quelque consolation.