‹ Fragments littéraires (volume 2)Chapitre 42 sur 62 · A LA MÊME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

A LA MÊME RELIGIEUSE

De Caen , ce il mars.

Vous avez grande raison de louer Dieu de ce qu'il vous donne le moyen de n'être appliquée qu'à lui seul; car tout ce qui vous distrait de cette sainte attention est quelque

SIO LETTRES INÉDITES

chose de bien misérable ; mais puisque je le suis assez pour n'avoir pu mériter comme vous cette miséricorde^' faitesmoi celle de [demander h Nôtre-Seigneur pour moi par sa sainte retraite qu'il mette mon cœur et mon esprit en solitude, piii^c|tfil fié ih'â {iain ju^é digne d'y mettre mon corps.

liBTTBES A PORT-ROYAL.

M. Singlin , directeur de M** de Longuevilki lui parlait souvent de Port-Royal, et après là ïhari du duc son mari, il lui donna pour amie M^ dèft Vertus, de l'illustre maison de Bretagne et éoèur j^UÎhëe de M**' la ducheisse de Montbazon, H faut ^oir dans Villefore et dans les mémoires de Pontaine (t. H, p. 272) quelle avait été dans le monde M"* des Vertus, quel éclat elle y avait jeté et combien dut étro profonde la piété qui lui fît renoncer à tant dîVuccès et à tact d'agréments. Rien ûè ^Hi iA^ touchant que le commerce de ces deux 'dames, autrefois si brillantes et devenues si pénitentes et si solitaires. Les deux amies avaient pour commun directeur M. Singlin; après sa mort, elles se mirent entre les mains de M. de Sacy ; et quand il fut emprisonné à la Bastille en 1666, M"' de Longueville donna sa confiance à M. Marcel, curé de Saint-Jacques du Haut-Pas. C'étaient déjà de grands liens avec Port -Royal.

DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. Sli

Lorsque la persécution tomba sur cette maison et dispefeà les Tertueux solitaires^ M"""" de LenguevSk èoûuk tlii âèlle éàM Son hôtel à Ariiàud, à Nicole et S Tabbé dé Lâlaùè. Etifiïl éè fut elle qui, avcQ M. de Gondrin, archevêque de Sens, entreprit de réconcilier Port-Royal avec Rome, et qui ëttt lâ îfaérilléùrê fktt à té qu'ôh kppéïlé la pâli de GlémeuLt IX, en 1669. Four les détails nous renvoyons aux écrivains jansénistes et à Villefore. Celui-ci a connu évidemment la correspondance de M"* de Longueville avec diverses personnel de Péft-Royâl, surtout avec la mère Agnès Ar» Âàuld ^« Mais il à fait encore moins d'iisagé dé cette correspondance que de celle avec les Carmélites; à peine cite-t-il trois ou quatre de ces lettres^ tandis qu'il y en a un bien plus grand nombre qm fmrattront ici pour la première fois. Malheureuse^ Sient la plupart ne sont pas datéôd , et iiôu^ sommes condamnés à les placer dans Un ordre âsse9 arbitraire* Elles succèdent à peu prè§ aux lettres adressées aux Carmélites, comme. elles sentent elles ^méaiés remplacées par les lettres à M. Mariôêl*

^ Trente-et-unième abbesse de Port-Royal , élue pôiit lâ Vtàhsième fois,le 27 octobre 1658, morte le 19 février 1671.

512 LETTHES INÉDITES

LETTBE DE MADAME DE LONGUEVILLE , GENEVIÈVE DE BOURBON, A LA MERE AGNES ARNAULD^ A P.-R. DES CHAMPS,^ SUR LE BREVET DE LA SGEUR DOROTHEE^.

Du 2^ janvier 1667*.

Quand on est aussi peu avancé dans la voie de Dieu que je le suis, on est si peu accoutumé à regarder par les yeux de la foi les différents événements de la vie, qa*il n'est pas étrange qu'on ait été touché de Fipjustice qu'on vient de vous faire, en vous dépouillant de votre abbaye. Et je pense que je vous dois faire là-dessus plutôt ma confession que mon compliment, en vous avouant que j'ai trop senti humainement ce qui vient de vous arriver. Il faut pourtant que je vous dise, pour mon excuse, que j*ai bientôt désavoué mon premier sentiment, et qu'un autre plus juste lui a très-promptement succédé. Ce dernier m'a obligée à louer Dieu de tout mon cœur de la grâce qu'il vient de vous faire, en vous mettant au nombre des saintes et illustres personnes qui, après avoir reçu celle de soutenir la vérité , dans un temps où si peu de gens la connoissent, ont encore reçu de sa bonté la miséricorde de souffrir pour elle. Je me réjouis donc avec vous, au lieu de vous donner des marques de mon déplaisir, et j'espère que vous serez conviée par cette raison, plus que par toute autre, de me continuer l'amitié que vous m'avez promise, et le secours de vos prières dont j'ai plus besoin que jamais.

1 Abbesse intruse de Port-Royal ; elle s'appelait Dorothée Perdei*eau. Vo} • Rwueil de pluiieuri piècei pour ««rotr d Vhiitoirê de Port'-Roffal , p. 451.

* ^Pest pas dans Villefore.

DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 513 ' DE LA MÊME PRINCESSE A LA MEME.

Ce 20 décembre 1667.

Quoique la mort des saints, étant précieuse devant Dieu, ne doive point, ce semble, attirer de larmes , je ne puis néanmoins m'empécher de mêler les miennes à celles que vous répandez sur la perte, que vous venez de faire d'unej si chère et si aimable compagne de vos souffrances, ni perdre cette occasion de vous assurer que mon respect et mon affection pour votre personne et pour votre communauté augmentent à proportion que les ennemis de la vérité vous font sentir les effets de leur colère et de leur haine '. Je vous conjure que ces sentiments, que Dieu me donne, excitent votre charité pour moi et vous obligent de lui demander la force qui mVst nécessaire pour accomplir sa sainte volonté, qufm'a été manifestée par ses serviteurs. Je présume que Von vous a informée de ce qui a été résolu, et que vous voudrez bien me plaindre un peu de ce que je ne suis pas digne , en quittant le monde, d'aller apprendre chez vous à le haïr et à en être haïe; mais ce se/ait trop pour moi , ou, pour mieux dire, ce seroit trop peu; car je ne pourrois pas regarder comme une pénitence d'achever le reste de ma vie avec vous *. Ainsi il faut que je me contente de l'union qui est entre nous, dont je vous demande le renouvellement par ce billet, aussi bien qu'à ma sœur Angélique ^ et à celle à

1 On ne voit pas quelle peut être la religieuse morte en 1667 dont parle ici madame de Longueville.

• Villcfore, donne cette phrase, p. 84.

* Ce ne peut être la grande madame Angélique Amauld , ca^; elle est morte le 10 août 1661 ; il s^agit évidemment de la mère An» gélîque de Saint-Jean Arnauld d'Andîlly, à laquelle là duchesse de

31 i LETTRES INÉDITES

qui vous voulez bien dire notre commerce i. Je vous demande votre bénédiction.

3é LÀ MÊME PAINGESSE A LA MEME ^.

Ce H (ê^Hèr.

)L% joie que m'a causée la paix de FÉglise n'a point été ^tière tant que votre maison n'y a pas participé. C'est pourquoi je puis dire que ce n'est que depuis les nouvelles que Mgr l'évéque de Meaux ^ me manda hierj^que je ressens une satisfaction tpute pure de cet heureux commencement dont la miséricorde de Dieu a favorisé son Église. Je le loue de tout mon cœur de ce qu'il vous a donné la force de souffrir pour la justice, et de ce qu'il met une heureuse fin aux souffrances dont vous aves édifié tous ceux à qui il avoit dbnné de l'amour pour la vérité. Gomme personne n'en a été plus touché que moi tant qu'elles ont dure, personne aussi n'apprend votre délivrance avec plus de consolation. Je suis persuadée que vous me faites la grâce de n'en pas douter^ et que vous ne me refuserez pas celle de me continuer le secours de vos prières^ afin que j'accomplisse plus fidèlement que

LoDgueville écrivit plus tard , comme nous le verrons, lorsqu'elle fut élue abbesse en 1 678.

^ tl est probable quHl s^agit de la mère Madeleine de Saihf-A^és clë Ligîiy, qui fii^ ëlue abbeSse en 1651, kï àtthèurà Mit&é tedi nouvelle élection pendant la persécution jusqu'en 1669.

* Villefore donne cette lettre et la date positivèinent du )^ février 1669.

.. * On est heureux de rencontrer le nom de ëossfaek dans une œuvre aussi noble et aussi raisonnable que celle de là réconcilia* tion de Port-Royal avec le saint-siegë.

DE lifiDAME LA OUGHESSE BE KONGUEVILLE. !!•

je n'ai fait jusqu'ici la volonté de Dieu sur moi ^ sdofi tous s^9 des90i|i| et selon mes obligations; Vous Tonlfs bien que cette lettre-ci soit pour toute votre communauté, mais en pàrticiiliéf^ pôiif là nîèrê abbââe, la mère prieur^ et ma sœur Angélique. Je leur demande à toutes, comme à vous , leurs prières pour mon fils le comte de SiStft-Pàiil de Èdùrbon ^

i>Ë LA iiiki princesse a Ia bî^e ^.

Du BbùtHëi, éè S9 MU

Je suis si obligée à faire les pirtites choses que je faii pour essayer de vous servir^ que je suis vrainient hontenië quand vous m'en remerciez^ et ce m'est un si grand hoa^ heur d'être unie à Une aussi sainte communauté que la vôtre, et à une aussi sainte cause que celle qui a attiré la peréécutiôh shl- elle^ li{ii'ii mé semblé îjii'oii doii plutôt se réduit àtriec moi quand je puis paraître au hombrè de tIR amis par de petits offices que me renlerciet de ce que j'essaie de vous les rendre. C'est pourquoi ^ ma chère Mère , je vous supplie de ne plus me traiter ainsi et de me re- ^àrdèir désormais comme iin membre de votre corps ^ ^iidii^e je sôh très-indigne d'une qualité que je âiél*Hê si peu en un sens, si ce n'est par mon àffectibii trëâsincère pour votre saihte nlaison et pouir votre persoime. J^espère que je vous verrai bientôt si cela ne vous incofmmodèpoint, comme vous le direz sans façon à Hilaire, qui ni'en rendra compte à Paris; mais si vous voulez bien

« Voyeî dans Villefbré, t. II, p. 125^ la tnMe histoire de ce tëîè^ de Saint-Paul et le chagrin qu^il ne cessa de fàirç à sa mère f Qtqv^i sa mort.

* N^est pas dans Villefore.

commencer à me regarder comme une de vos filles, j'ose espérer que vous ne vous incommoderez point pour moi.

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