DU HAUT-PAS
Voici les lettres les moins importantes en appa-
rence, car à peine y en a-t-il une qui se rapporte à la vie publique de la princesse. Ce ne sont guère que des billets, souvent fort courts, d'une pénitente à son directeur, où elle lui raconte et nous peint, sans le vouloir, les ennuis qui la suivent du monde dans la solitude , ses scrupules de conscience et les angoisses d'une âme qui s'épouvante de ses fautes passées et n'ose se confier à la miséricorde divine. On y voit toutes les petitesses de la dévotion à côté de sa grandeur; rien n'est fardé, rien n'est arrangé; tout est vrai, naturel, misérable, quelquefois sublime. M"* de Longiieville ne se doutait pas que ces billets, écrits à la hâte, comme ceux que le malade envoie chaque jour à son médecin, dans le dernier secret et le plus entier abandon, passeraient jamais sous un œil étranger. Au fond, il n'y a de véridique, si quelque chose l'est entièrement, que les correspondances intimes et confidentielles ; les mémoires euxmêmes sont toujours destinés au public, et ce regard au public, même le plus lointain, gâte tout : on s'y défend ou on attaque, on se compose un personnage, on pense à soi, on ment. Mais quand on écrit, comme on parle au confessionnal, sous l'œil de Dieu et non pas sous celui des hommes, quand on écrit pour faire connaître des doutes, des peines, des misères dont on demande le soulagement, il faut bien de toute nécessité qu'on soit
dans le vrai, au moins à ses propres yeux; et quand par hasard des lettres de ce genre survivent à la circonstance qui les dicta, et, après avoir dormi dans Toubli pendant plus d'un siècle, paraissent tout à coup à la lumière, elles nous sont autant de révélations inattendues, sincères et certaines, sur les hommes et les choses du temps où elles furent écrites. Voici maintenant le revers de la médaille. Dès que le mensonge et la parade ont fait place à la vérité toute nue, les petitesses ahondent. Dans les correspondances intimes, la nature humaine est en quelque sorte en déshabillé, et souvent elle fait peine à voir. Si nous avions, au lieu des confessions composées à loisir par saint Augustin, les lettres mêmes qu'il écrivit aux diverses époques de sa vie, tantôt à la belle maîtresse dont il se sépara avec tant de peine, tantôt à sa mère Monique, avec les réponses de celle-ci, peut-être, hélas! aurions-nous un tableau bien au-dessous de celui que nous a laissé le grand évêque. Et encore, c'était le plus bel esprit de son temps, un rhéteur, un écrivain de profession, que sa manière ingénieuse et brillante n'eût jamais entièrement abandonné. Mais ici c'est une femme qui ne sait pas écrire, et qui, au lieu d'orner ses sentiments et de les faire paraître à son avantage, s'applique bien plutôt à les avilir à ses propres yeux et aux yeux de son directeur, pour
^i^^ tanss prâin»
Upwrnr 91 accroiire en elle le mépris de soi-mèflae fl aumnr k watskmoar'prapre. S'agîi-fldii m^iM^ #1 de quelque chose à y £iire encore» comme, ||ar epcmpie, dam la première lettre que nops dcmmi^ ffOBf? W^ de Longueyille est ferme et réscdoe. S'^gif-iJf cofume dans tout le reste de cette cf^respondance^ de sa disposition et de sa yie intérieure? \a^ Wjir du grand Condé, la reine de la Fronde^ Vîptrépide aventurière, celle qui prit plaisir à lu^e^r contre Anup d'Autriche et qui balança la fi^ftune 4^ la monarchie, est en proie à de perpé- ^^^UjC^ inqi^ëtudes et à tous les scrupules» d'un0 pénitence étroite et minutieuse qu'elle esqpnint comme elle les sent. I\ ne faut donc pas attendre ici yne piété de théâtre, grandement et délicatement représentée. Ce qui fait, à nos yeux, l'intérêt de cet» lettres , c'est leur entière vérité, c'estrà-dire, la faiblesse, la misère de la nature humi^iiie et 4^ tqifte9 choses prises en quelque sorte sur le faitdai^f U^e de ce« âmes qu'on appelle grandes, comsie pirle Bossuet.
(Jne de ce3 lettres est datée, et cette date est de 197 5, Dans un^ autre, il est question de la deri^iàre maladie de M. Pavillon, évéque d'Aleth, qui eël certainement de 1677. Toutes les auues Ifi^tres sont autour de ces deux-là. On est donc sûi^, M"* de {x>ugueville étant morte en 1679, que I'bu a ftç^iMle^yeuii le tableau fidèle de3 dernières aon^
DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVItLE. 33â
de ^a vie. Les lettres à M. Mafcel copipiepp,çi;|^ h pew l^vh où 4pi»§eï^t celles quj §oj^t ^drç^o^ à Pprt-RQyal, et nom conduisent jusqu'à la mon de M^ de LongueviUe. YiUeibre n'a donné i^n'uné tï^petite partie de la première lettré et ft^t|ëin^ â-t-il ômprtihté quelques traits à toutes lès autres.