‹ Fragments littéraires (volume 3)Chapitre 38 sur 59 · A LA MÂME RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

A LA MÂME RELIGIEUSE

De Caen, ce U inar».

Vous avez grande raison de louer Dieu de ce qu'il vous donne le moyen de n'être appliquée qu'à lui seul; car tout ce qui vous distrait de cette sainte attention est quelque

chose de bien misérable; mais puisque je le suis assez pour n'avoir pu mériter comme vous cette miséricorde, faitesmoi celle de [demander à Notre-Seigneur pour moi par sa sainte retraite qu'il mette mon cœur et mon esprit en solitude^ nui$q\}'il jDe ^'a j^ jugé digne d'y mettre mon corps.

LETTRES A PORT-RQYAl^.

M. Singltn , directeur de M"* de Longueviïle, lui parlait souvent de Port-Royal, et après la môjft du duc son mari, il Iqi donna pour ainie M"" d^ Vertus, de l'illustre maison de J^retagne çt $oew pilinée de M"''' la duchesse de Montbazon. H ùixt voir dans Yillefore et dans les mémoires de Fontaine (t. n, p. 272) quelle avait été dans le monde M"* des Vertus, quel éclat elle y avait jeté et conibîen dut être profonde la piété qui lui fit renojicer à tant de succès et ^ tant d'agrQi)i0pts« Rien m lut plus touchaat que le commerce de ces deux dames, autrefois si brillantes et devenues si pénitentes et si solitaires. Les deux amies avaîçnt pour commun directeur M. Singlin; après sa mort> elles se mirent entre les mains de M. de Sacy ; et quand il fut emprisonné à la Bastille en 1666, M"* de Longueville donna sa confiance à M. Marcel, curé de Saint-Jacques du Haut-Pas. C'étaient déjà de grands liens avec Port -Royal.

Lorsque la persécution tomba sur cette maison et djspersa les yertueuç solitaires, ]^f "• de Lpngue- W ii?#n? m ^^h 4?R? ?oa hôtpl à Arwiy.d, à NicoJa et k Vàbhé de Ijalane* Enfin ee fut ellfi qui, avec M. de Gondrin, archevêque de Sens, entreprit de réconcilier Port-Royal avec Rome» et qui Ml la meillem'e part à ce qu'ofi appelle la paii^ de Oëment IX, en 1669. Four les détails nous ren* voyons aux écrivains jansénistes et à Villefore. CeljLii-çi a connu éyidpmment la correspondance <îç M"" de Jjongi^eviUe avec diverses perso^n^ àe Part-]^oyal» surtout avec la mère Agné^ Ar^ Bauld ^. Mais il a fait encore moins d'usage d% cette cortespondance que de celle avec les Carmélites; à peine cite-t-il tt*ois ou quatre de ces lettres, tandis qu'il y en a un bie^ plus grand nombre gui pfiraitront ici pour la première fois* Mallxeure.m»er n^ent la plupart ne sont pas datées , et nou§ sdmiBes condamnés à les placer dans un ordre as* sez arbitraire. Elles succèdent à peu près aux lettre^ adressées aux Carmélites, comme elles serppt elles -mfmç^ yçmplacée^ par les lettres \

^ Trente-et-unième abbesse dePort-Rojal, ëlue {wurla tlwisième fois le 27 octobre 1658, morte le 19 février 1671,

SI 2 LETTBES INÉDITES

LETTRE DE MADAME DE LONOUEYILLE , GENEVIEVE DE B017AB0N, A LA MERE AGNES ARNAULD, A P.-R. DES CHAMPS ,^SUR LE BREVET DE LA SOEUR DOROTHEE^.

Du 2^ janvier 1667 1.

Qaand où est aussi peu avancé dans la voie de Dieu que je le suis, on est si peu accoutumé à regarder par les yeux de la foi les différents événements de la vie, qu'il n'est pas étrange qu'on ait été touché de l'injustice qu'on vient de vous faire , en vous dépouillant de votre abbaye. Et je pense que je vous dois faire là-dessus plutôt ma confession que mon compliment , en vous avouant que j'ai trop senti humainement ce qui vient de vous arriver. Il faut pourtant que je vous dise, pour mon excuse, que j'ai bientôt désavoué mon premier sentiment, et qu'un autre plus juste lui a très-promptement succédé. Ce dernier m'a obligée à louer Dieu de tout mon cœur de la grâce qu'il vient de vous faire, en vous mettant au nombre des saintes et illustres personnes qui , après avoir reçu celle de soutenir la vérité , dans un temps où si peu de gens la connoissént, ont encore reçu de sa bonté la miséricorde de souffrir pour elle. Je me réjouis donc avec vous, au lieu de vous donner des marques de mon déplaisir, et j'espère >que vous serez conviée par cette raison, plus que par toute autre, de me continuer l'amitié que vous m'avez promise, et le secours de vos prières dont j'ai plus besoin que jamais.

> Âbbecse intruse de Port-Royal ; elle s^appelait Dorothée Perdereau. Voy« BeeueU de pluiiewrs pièeet powr «erotr à Vhistain de Port^Royal, p. ^51.

^ N^est pas dans Villefore.

DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 313 DE LA MEME PRINCESSE A LA MEME.

Ce 20 décembre 1667.

Quoique la mort des saints, étant précieuse devant Dieu, ne doive point, ce semble^ attirer de larmes , je ne puis néanmoins m'empécfaer de mêler les miennes à celles que. vous répandez sur la perte que vous venez de faire d'nne| si chère et si aimable compagne de vos souffrances, ni perdre cette occasion de vous assurer que mon respect et mon affection pour votre personne et pour votre communauté augmentent à proportion que les ennemis de la vérité vous font sentir les effets de leur colère et de leur haine '. Je vous conjure que ces sentiments, que Dieu me donne, excitent votre charité pour moi et vous obligent de lui demander la force qui mVst nécessaire poiir accomplir sa sainte volonté , qui m'a été manifestée par ses serviteurs. Je présume que l'on vous a informée de ce qui a été résolu, et que vous voudrez bien me plaindre un peu de ce que je ne suis pas digne , en quittant le monde , d'aller apprendre chez vous à le haïr et à en être haïe; mais ce se/ait trop pour moi, ou, pour mieux dire, ce seroit trop peu; car je ne j)ourroi8 pas regarder comme une pénitence d'achever le reste de ma vie avec vous ^. Ainsi il faut que je me contente de l'union qui est entre nous, dont je vous demande le renouvellement par ce billet, aussi bien qu'à ma sœur Angélique * et à celle à

^ On ne voit pas quelle peut être la religieuse morte en 1667 dont parle ici madame de Longueville.

* Villefore, donne cette phrase, p. 8d.

' Ce ne peut être la grande madame Angélique Arnauld , car elle est morte le 1 0 août 1 661 ; il s^agit évidemment de la mère Angélique de Saint- Jean Arnauld d^Andilly, à laquelle la duchesse de

qui vous voulez bien dire notre commerce <. Je vous demande votre bénédiction.

^ If 4 ^ME PaiNGESSE A LA MÊME '.

La joie que m'a causée la paix de PÉglise n'a point ëti entière taiit que votre maison n'y a pas participé. CesC pourquoi je puis dire que ce n'est que depuis les nouvelles ^é Mg^ r^vèque de Meaux ' me manda faierique je ressens une satisfaction toute pure de cet heureux commencement dont la miséricorde de Dieu a favorisé son Église. }e le loue de tout mon cœur de ce qu'il vouis a donné la force de souffrir pour la justice, et de ce qu'il met une heureuse fin aux souffrances dont vous avez édifié tons ceux à qui il avoit donné de l'amour pour la vérité. Comme personne n'en a été plus touché que moi tant qu'elles ont dure, personne aussi n'apprend votre délivrance avec plus de consolation. Je suis persuadée que vous me faites la grâce de li en pas douter, et que vous ne me refuserez pas celle de me continuer le secours de vo^ prières, afin que j'accomplisse plus fidèlement que

LongueTflle écrivit plus tard , comme nous le verrons, lorsqvMlt fef éiu^ aBhésM en \ 678.

^^1 «at probaUe qu'il s'agit de la mère Madeleine de Saint-Agnès 4^ Ugnyï tyi fut élue abbesse en 1651, e| 4eineura abbe^e lay nouvelle élection pendant la persécution jusquVn 1669.

^'^' ViilefiuHs éonne cette lettre et la date p^îtiv^neat du 1| février 1669.

* On est heureux de rencontrer le nom de Boisfuà dUms une 4Êial9Te àvtfi Àobl^ îèt f^ussi miaonnaUc qw «elle de la réc0«Bilb« Mk de -Povi-llofcfmiaficc ie

ie n'ai fait îusqu'ici la volonté de Dieu sur riioi • selon 'toas ses desseins et selon mes pblie^ations. Vous voulez bieA que cette lettre-ci soit pour toute votre communauté, mais px^ pai^icijlier poyr If ii^^ ^^^^'i ^^ m^e prieure et ma sœur Angélique. Je leur demande à toutes, comme à vous, leurs prières pour mon fils le comte de g|int-P^.ttl da Bourbon ^

Pa l^puichet^ ce 2^ WV{*

Je suis si obligée à faire les petites choses que je fait pour essayer de vous servir, que je suis vraiment honteùs^ quand vous m*en remerciez^ et ce m*est un si grand ]|^onheur d'être unie à une aussi sainte communauté qu^ la vôtre, et à une aussi sainte cause que celle qui a attiré la perséci|tion $ur dle^^'i) me siembl/s qu'o^ 4o^t p)utô)t se réjouir avec m.Qi quand je puis paraître au pombre de vos amis par de petits offices que me remercier de ce que jVssaie de vous les rendre. (Test pourquoi , ma chère Mère , je vous supplie de ne plus me traiter iifinsi et de me re- |9r j^r désormai$ commis vu meno^re de votre coip$ , gUQique je sois très-indigne d'une qualité que je 9)E|éiîte si peu en un sens, si ce n'est par mpn affection tr4è^f sincère pour votre saipte maison et pour votre personne^ J'espère que je vous verrai bientôt si cela ne vous incomnod^ point, comme vous le direz sans façon à Hilairé, (fui mf en rendra compte à Paris; mais si v^s TOfdez 1{^eil

^ Voye» dans Villefore, t. II, p. 125^ la triste his|oire.<^e ^ f^Il^ff <le Saint-Paul et le chagrin quMl ne cessa de faire à sa m^re jusqu^à sa mort.

* N^est pas dans Villefore.

commencer à me regarder comme une de vos filles, j'ose espérer que vous ne vous incommoderez point pour moi.

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