A LA SQEÛR MARTHE DE JESUS
De Trk, le 18 sèpietiilïfè^ Vous avez mieux deviné mes sentiments sur le sujet de
^ Vitlefore aoiine un fragment de cette lettré avec dès vafianles que nous adoptons.
mademoiselle d'Épemon que vous n'avez fait sur le vôtre; car je vous confesse que depuis que j*ai appris sa retraite , je n'ai pas fait autre chose, je n'ose pas dire que murmurer, mais au moins que plaindre mon malheur. Je vous avoue que j'en vois mieux la grandeur que je ne l'ai jamab vue, et que le monde et ses engagements me sont des fardeaux insupportables; cependant il y faut demeurer et adorer même la Providence qui m'y a abandonnée. C'est un assez pitoyable état, et c'est tout ce que je puis faire dans les moments où je vois le plus clair de confesser que j'en mérite encore un pire; car, à mon sentiment, nul péché ne peut avoir une plus rude punition , et ce n'est que ma raison, et encore éclairée par la grâce de Dieu qui n'est pas tout à fait retirée de moi , qui me fait voir que mes infidélités méritent la peine qui me punit de les avoir eues. Vous êtes heureuse, ma chère sœur, d'avoir obtenu de Dieu im plus grand effet de sa miséricorde.
Quand le neveu de M"* de Longueville, le petit duc de Bourbon, second fils du prince de Gondé, mourut, elle écrit ainsi sur cet ëvénement à son amie la sous-prieure des Carmélites :
De Trie, ce SB septembre <.
Vous avez bien raison, ma chère mère, de ne Vous poipt affliger avec moi de la perte de mon neveu , puisque l'esprit delà foi doit empêcher les chrétiens de plaindre comme morts ceux qu'elle leur apprend qui sont vivants pour l'éternité. Cet enfant est bien heureux sans doute d'avoir
^ ViUefore donne cette lettre en lui prêtant un style plus moderne.
DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVlLLE. 305
ëtë tire du siècle devant que d'avoir participé à sa malignité. Celles qui comme nous n'ont pas été jugées dignes par le profond jugement de Dieu d'une pareille grâce, doivent bien s'humilier en sa présence des crimes qui leur préparoient un sort tout contraire, si la miséricorde de Dieu ne leur en fait faire une pénitence proportionnée à leurs péchés. Vous devez bien louer celui qui vous a tirée du milieu de ceux qui ne la font point et qui la devroient toujours faire, pour vous introduire dans sa maison, où vous en faites une si sérieuseet si continuelle. Pour moi, qui n'ai que votre malheur et qui n'ai pas sa réparation, jugez où je dois avoir mon refuge, où se doivent mettre les pécheurs, puisque le juste est à grand peine sauvé. Implorez, ma très-chère sœur, les grandes compassions de Jésùs-Ghrist sur mes misères, et lui dites pour moi un certain passage d'un prophète, non pas par ses justices, mais par vos grandes compassions. C'est en cela seul que j'espère, et c'est cela que j'attends que la charité et l'efficacité de vos prières m'obtiendront.
A LA MÊME
De Rouen, ce 1*' février 1659 1.
Je loue Dieu de l'entrée de mademoiselle d'Albret ; elle est bien heureuse en toute façon d'avoir si peu participé au siècle, et d'aller pourtant faire une si grande pénitence. Elle aura cet avantage dans la sienne, qu'elle la fera avec plus de conformité à celle de Jésus-Christ , qui l'a faite étant non-seulement innocent, mais l'innocence même. Ainsi, en ayant assurément beaucoup, elle fera pénitence en sainte et non pas en pécheresse. A propos de pénitence
i Villefore donne plusieurs morceaux de cette lettre.
j'ai trouvé un jMsage de saint Qrégoûre qui d^lfit adHii* rabiemem ce (yue c'est; J€ voul Feu voie pour meHie diioa votre, bréviaire. Je veu» prie de ne k ve^f peiof san^ dii^ mander k Dieu qu'il m'in^re ee» ae^tîineBie Anit jr'al tant bes9Î0y et qu'il me donne en jcelft ee fU'il «fe etair minide» J'ai oiKSoire pemé wam Cette eMréo qiie eetfte peln ee fiUe va &ird côiniri» Jétue-Cibristf 4^ s'to.eJk a« désert iq^ 10» baptême; aintiy peUf conserver Fienoio^eé en si«n et non pour la ir^pâieri elle âHtro dans le dés^Bi des carmélites. Dieu n'a pas £sil ainsi à tontes les aktmisi^ ék celai m'hamilie bien son» ta jnstioè qtii m'a livrée ihrsîèsls à eanstt de mes infidéUtéé.
A peu prèi vèfr^ ëètte époque le prince rfè GSrAé tomba dangereusement malade. La Frâdcê entière prit le plus vif intérêt à sa maladie. lie danger passe, M"""" de Longueville fut accablée de compliments qui la touchèrent beaucoup moins que les vœux fervents adressés à Dieu par ses chères Carmélites. Elle remercie avec effusion l'ancienne amie de son frère.
A tk Mii(£ s6ùs-i^Ai£*irRÉ.
De Mëru, ee \U déeemkee.
L'accablement des compliments de toute ïa France ccTa élh'pêcliée dé faire réponse a votre première lettre jusqu^a ce que j'aie reçu la secondé. Les sentiments <ïe toutes fés déiix sont sî ol)ligieSints que je if aï poiiit dé paroles qui vous puissent exprimer ce qu'elles ont produit daiui mon cœur. Vous jugez bien que j'eusse par conséquent été beau*
DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGlTEvtlXE. S07
coUb plus aise de vous çntiretenir que de répondre k 3,000 gens ciui ne se soucient ni de M. mon irere ni de mh n^î^ c*ést t£ hû flésordr^ dé la vie oH ton ne ^aît pas ce que l'on voudroit le plus faire ^ Mais à cette heure que j'ai Mf fea de relàehe^ je vous témoignerai qu'on ne peut être plus reconnoissante que je le suis de vos douleurs et dS Vos jôfei, ei plus encore dé vos prières pour M. mon mté; j»uisqùé je croîs qiié rien n'a plus fléclii la colère de ^êli, qui étôii prête' ï nous punir le plus grièvement que ièôùs^ pàvNiàh^ f être en ce mondé, que les vœux et les |lriêréâf dé Voti^è' monastère. ît est question à cette heure dé^ lui obténî'f de la miséricorde de Jf.-C. quelc^ue chose de fKlÙi excclîéiit t[iië la vîé temporelle ; je veux clïre sa convïi'iWéfi qtâ coaronnéroît nôtre joie. TraLVailîons, ma chère Mtire^ poivr âéquérit celle qui ne nous sera point ôtée, et ^î pit ta est l^^ëféràblé ^ toutes les périssables ^ue nous â¥oni^ i^ni éùiV^Ies, et qui ne nous ont laissé que le cha* ^n, le remords et la tristesse. Demandons à Dieu qu'il Ûùtis àte ^élle du sièôle qui A'opère que la mort, mais qu'il nous inspire celle d'un cœur contrit et humilié, que Dieu Été mépYÎse points à ^é qtfé nous assure un saint à qui il eii é ûâiiTié une i^émplte dé là vraie et solide pénitence. t)emandez-la à Biéii ffbdt inoî,
Yie&ùtm êirifaitéa'àmrt^létii^ès a ïamémë féligièwe ^tfteùewislckàûii Mdiïr^^ur léiîr ancienne ttmitlé àâiÈs le ftiôtàié <^tté là téfîgiôn â ^ur^ë et fortifiée. Villefore ne donne pas un mot dé cèi trois lettres, parce qu'elles ne font allusion à aucun ëyénement public ou particulier. Mais ce qui
> Yilleforc ne donne ^ue ce commencement,
nous intéresse le plus aujourd'hui, ce n'est pas l'histoire extérieure de M~ de Longueville, c'est celle de ses sentiments et la peinture de son âme.
De ûien, le 16 octobre 1659,
J'ai bien de robligation à la fête de sainte Thérèse, puîs^ quelle vous sert d'occasion de m'écrire et de medonnerdes preuves d'un des souvenirs dont il me reste quelque désir* Je me trouve si accablée du poids des péchés que m'a fait commettre celui d'occuper la créature de moi-même, que je vois avec plaisir tout ce qui me montre que les impressions que j'ai faites en elles s'effacent et deviennent à rien. Mais pour vous je n'ai pas les mêmes sentiments ; car, comme notre amitié est rectifiée par la grâce de J.-C, qui nous lie plus solidement que n'ont fait jadis les liens de la chair et du sang, je suis ravie de voir que vous ne m'oubliez pas, puisqu'en même temps je suis assurée qu'en vous souvenant de moi, vous gémissez pour moi devant le Seigneur, et vous lui demandez que sa miséricorde s'applique à mes très-grandes misères. Je me fie bien que notre mère et vous les avez bien exposées à J.-G. dans la journée d'hier ; je la passai à votre couvent de Gisors.
Nous plaçons ici les deux lettres suivantes qui ne sont pas datées, à cause de l'analogie des sentiments qu'elles expriment avec ceux de la lettre précédente.
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A LA REVERENDE MERE 80U9-PRIEURE DES CARBlÉLlTES DU GRAND COUVENT DE PARIS.
A Coulommîen, ce 22 août
Il est (juste que notre amitié se rectifie et, qu'ayant été fondée sur des raisons trop séculières, pour ne pas dire quelque chose de pis, elle commence à cette heure à se sanctifier par le lien de la charité qui est le seul qui doit serrer Tamitié des chrétiens. Ceux à qui Dieu a fait la miséricorde de Vouloir vivre comme des personnes honorées de cette qualité, doivent assurément se porter à l'amour de J.-G.; et plus elles se sont portées à celui du monde corrompu, plus en réparation de ce mauvais usage de leur amour doivent-elles se confirmer entre elles dans les sentiments où la pénitence les doit établir. Demandez à Dieu que je la fasse proportionnée à mes péchés, et qu'il me donne un cœur nouveau et un esprit nouveau pour l'aimer autant que j'ai aimé le monde. C'est à moi, ma chère mère à vous en faire réparation bien plus que vous à moi ; et comme mon mauvais exemple a peut-être été un des motifs de vos égarements, je crois vous devoir prier de me le pardonner pour Tamour de J.-G. qui m'a fait la miséricorde de vouloir lui consacrer le reste de ma vie pour réparation de ces commencements. Aidez -moi par vos prières.