DE LA MÊME PRINCESSE A LA MÊME
De Trie, ce 2 août
Gomme je n'ai reçu votre dernière lettre que les derniers jours de mon séjour à Paris, je ne pus y répondre parce que j'étois dans les embarras qui sont inévitables quand on s'en va d'un lieu où on a des affaires et où il y a bien du monde. Javois prié mademoiselle des Vertus de prévenir la mère abbesse s de ma part et de lui témoigner combien
^ N'est pas dans Villefore.
* La mère Madeleine de Sainte-Agnès de Ligny ayant été élue en 1661, et la mère Angélique de Saint- Jean Arnauld d^Andilly en 1678, longtemps après la mort de la mère Agnès Arnauld à laquelle cette lettre est adressée, il s''ensuit qu'il ne peut être ici question que de la mère Henriette-Marie Sainte-Madeleine de Farjis d^Angènes, élue le 13 juillet 1669, ce qui met cette lettre vers la fin de cette année, et la date du 2 août se prête à cette supposition.
j'étois fâchée de ne pouvoir entrer dans ses sentiments sur le sujet de soi électîôil', et de ce que la part qùe^je *dôîs prendre au bonheur d'une niaisbn qiie je "rég;âf3^ désormais comme là mienne m'éln^choit de 'pôùvôiir participer à son déplaisir/ Je prié Noh'e-Sei^eur de lë'Iulkdoudi', et je né doérté'pa j que sarëslçhaiîon'h^aft déjk faîtëii elle un effet conifr'aire a dèlui l:]ii*àVoit produit sôh Uumititél Jfe voué rendis grâce, tna, ëhère ^nière , dil soin* qfié vous crfntinùei: de prendre^^ de souTagéi* mes peinëé; elles ont été kssez sensibles totit le'teihps ^ûe j^ai^té k Piàris^ et il est certain que làck péchés passée et' préséths m^otit îinpoiij chacun selon leur différence un* poidis fort accablant,' ei suttout le peu de rectification de ma vie passée rnî^a donné de grande^ ' terreurs. Je croisr tôujbur's que piéii finira îna vie devant que d'aivoîr cotnmencé sérieusement à entrer dans la voie où je pouvois croire que je satisfais à sa justice, ayant porté de fort grandes impre^sionis de frayeur de toutes les créatures et m*appliquant ces paroles : qu'elles s'élèveront toutes contre les insensés au jour du jugement, et que je n'aurai point de temps. Je veux dire, en un mot, que je mourrai devant que de pouvoir me retirer. Cette pensée me fait une horreur épouvantable, regardant ma retraite chez vous comme une marque qui me fera voir que Dieu ne m'aura pas abandonnée, et que ce qui pa* ratt en moi aux hommes un retour vers lui li'esl pas une pure illusion devant lui. J'ai môme' assez de raisons, que je ne puis confier au papier, qui fondent en moi, si ce n'est cette opinion toute formée , au moins cette crainte. Elles ne sont pas seulement appuyées sur mes mi* sères présentes , mais sur certaines ignorances dans les^ quelles Dieu a permis que les plus éclairés de cieux qui oiit eii connoissance de ma vie passée, soient tombée pour là rectification de cette même vie, ne m'étant avisée que de-
Dfi MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 523
puis deux ou trois mois des choses que je dois faire pour satisfaire la justice de Dieu. Je ne vous en puis dire ^ai^antageVmâis'priez Dieu qu^il me fiasse exécuter tout ce que je dois faire ,'et par conséquent quUl ne me prenne pas auparavant que d'être avec vous; car c'est là le terme et le but de toute ma confiance en là miséricorde de Dieu. Qepuis qu^e je suis ki, c^est-à-dîre tibrs des distractions au ûitfnde,' j^i'un peu moins senti dé peines, c'est-à-dire séiisibkiiient , tat celles que là raison' me doit' donner ne fiÀiS^nt 'pas/ fef 'j^ n*éh àtteÂd^ tiu la'^d:éirvrànce' ou du âioJn^ lé soulagement que chez vous, il n'est pas besoin que je vous conjuré que cette léitre-ci lie soît du tout que pour yt>Us,non plus qùè toutes les autres que je vous enverrai. Vous Vouléiz bien qiië je fa^Tsé mes recommandations à nos mères et s(£u'rs die nia cdiinoissancè. M^étaiit iniormée de ihadame de Sablé si elle' ne savait rien dés dispositions d'une de Vos converses, qîiî est demeurée à Paris malgré elle, voici ce que "j'en ai su. Cette bonne fille ayant un très-grand désir de retourner vous trouver, et ces filles de Paris- ayant un très-grand besoin d'elle, elles lui toumèrant ce désir qu'elle àvoit de les quitter dans leurs extrêmes besoins en espèce de scrupule, du moins elles la réduisirent à votdôir bien iie se pas juger elle-même pour se dttermfner à demeurer 'cbez 4llés ou k aller ctiez vous, et àVén'âètimettre à quelqu^uti; ce quelqu'un a été monseigrfeuJrl^ârchevëquej'quî'Fa fixée à demeurer à Paris. Je ne séi's pas ihéanmbiWs sr en là fixant exténeure'ment, il Ta fait idtérîeùteméiit ^ car hiailame de Sable n'en sait rien. Il me $^fQ>le qiie ce îîit la mère de Ligriy qui me pria d'essayer de sôfVôiftf es nouvelles de cet'te fille; mais toujours si ce ne fût pà^'elle-, èë îùï'uriè aiitre àe nos' mères? J'ai trouvé le petit écrit sur le psaume fort beau et fort solide,
DE MADAME DE LONGUEVILLE A LA REVERENDE MERE AGNÈS DE SAINT-ARNAULD , A P.-R. DES CHAMPS.
Ce 1«r octobre <•
Gomme je ne doute point que la maladie de M. Amauld ne vous ait donné de Finquiétude, et que celle de la mère abbesse ne vous .en donne aussi beaucoup, je ne puis m'empécher de vous témoigner la part que j^ prends et pour la considération des personnes malades et pour la vôtre. Il y a si longtemps que je n'ai reçu de vos nouvelles, que je vous en aurois toujours demandé quand je n'aurois pas eu ce sujet-là de vous écrire. Je Faurois fait aussi pour vous apprendre des miennes, et pour vous dire que je suis retombée dans mes éloignements sensibles et de la prière et de tout exercice de piété. Le commencement de la vie retirée que je mène ici avoit un peu suspendu cette malheureuse disposition; mais elle est si intime et si établie en moi qu'elle revient plue aisément qu'elle ne s'en va. Cela m'a fait tirer une conséquence qui me fait peur, que les biens extérieurs nous sont peu utiles si la grâce intérieure ne nous touche en même temps. J'avois cette véritélà bien établie dans mon esprit, mais néanmoins j'avois un certain fond qui la contredisoit, et je mettois assurément ma confiance aux moyens extérieuirs, non-seulement plus que je ne devois, mais encore plus que je ne pensois. Me voilà détrompée par ma propre expérience ; mais elle me fait bien craindre que mon imagination toute seule ne soit ce qui agit en moi , lorsque j'ai un peu plus de sentiment de Dieu, et que ce ne soit pas lui-même qui se fasse sentir
1 Villefore donne un fragment de cette lettre et la date du 1er octobre t671.
à mon àme. Si cela est, ma chère mère , toute la sainteté de votre maison ne me soutiendra pas longtemps, et je ▼errai bientôt que mon propre esprit m^ aura conduite plutôt qu'une vraie vocation à la retraite. Je vous avoue que j'ai une grande frayeur d'éprouver cette misère, mais cela ne m'ôte pourtant pas le désir d'être au temps où je pourrai avoir ce bonheur, pensant toujours que c'en sera un grand pour moi d'être dans une vie plus éloignée des occasions d'offenser Dieu. C'est même ma consolation dans celle que je fais ici qui assurément a ce bien-là, si elle n'a pas celui de me remplir de plus grandes grâces. Voilà tout le conte (sic) que j'ai à vous rendre depuis que je vous ai écrit. Je suis bien aise de vous montrer mes faiblesses, afin que votre charité s'excite sur moi , et que vous demandiez instamment miséricorde pour une pécheresse qui s'est tellement éloignée de Dieu qu'elle n'y peut revenir, éprouvant cette parole de l'Évangile qu'il y en aura qui voudront entrer dans la voie et qui ne le pourront. Vous voulez bien que je salue ici nos mères des nouvelles de la malade', etc..