‹ Fragments littéraires (volume 3)Chapitre 41 sur 59 · D£ LA MÊME PRINCESSE A LA MERE AGNES ARNAULD · texte numérisé non relu

D£ LA MÊME PRINCESSE A LA MERE AGNES ARNAULD

Ce jour de tous les Saints.

Vous ne m'auriez pas prévenue, ma chère mère, et je vous aurois appris la malheureuse affaire sur laquelle vous m'écrivez ^, si cette affaire même ne m'en avoit empêchée. Elle m'a fait venir ici avec tant de précipitation, et

^ Probablement mademoiselle des Vertus. Il semble pourtant que cette demoiselle devait être alors à Port-Royal.

s Villefore donne plusieurs fragments de cette lettre, qu^il date du 1*"^ novembre 1669.

' L'affaire de son fils le comte de Saint-Paul.

cela a tellement, altéré ma santé que tout cela, joint aiu embarras où j'ai été eng^agée pour détourper, .$'il se peut^ le projet de tpute ma famille, que tout cela ensemble ui'a été le pouvoir et le loisir de vous écrire. Je le fais mê^ aujourd'hui quoiquç j'en ^aie fort p,eu^.et c'estrçe qi^i fajt que je ne vous dis-pas toutes les particularités de cette pj^ toyable aventure. Mademoiselle des Vertus vous en contecs( les circonstances, tant celles qui regardent les auteurs de ce dessein que celles de la conduite que j'ai tenue pour e^ empêcher le succès. Si Dieu, par sa miséricorde sur^mon fils, ne bénit mes soins, je prévois qu'ils seront fort inu^il^ par le long temps que les autres ont eu devant moi. Il faut tout remettre à sa provic|ençe, et s'humilier sei]Iement,dç ce que mes péchés sont dignes de tous ces malheurs dans ma famille, et encore de toutes les fautes que j'ai faites en voulant réparer celles de mes enfants dans cette affaire-ci; eues sont sans nombre, et j'ai si mal.f^it de bop.nes choses que je ne puis m'empécher de voir clairement devant Dieu qu'elles sont devenues très-mauvaises. Ainsi, je n'aurai que ^e mal de toute cette aventure et je n'en retirerai point le succès que j'en eusse pu tirer ^i j'eusse été moins humaine que je ne suis. J'admire les jugements des hommes qui ne me font pas l'injustice de croire que je suis de concert avec mon second fils et avec M. mon f^ère, et disent que je suis folle en ce que je sacrifie ma maison à des scrupules ridicules. Les gens de bien conviennent de cette prétendue folie, mais ils m'en estimentdavantage, et croient que c'est cette folie de la croix, qui est sagesse devant Dieu, qui est le principe de mes actions. Mais Dieu, qui voit le fond de mon cœur, juge bien de moi autrement que tous les hommes, et que ceux qui parlent mal et que ceux qui parlentbien demoi; et s'ij est vrai qu'il ne voit pas en moi les grands manquements que les uns y soupçonnent, il est vrai aussi qu'il n'y

DE MADAME LA DUCHESSE DE L0N6UEVILLE. 32t

voit pas le bien donit les autres sont édifiës.Jl juge ma ju3jiceet vpit qu'elle est accompagnée de tant de faute^s qu'elle en est défigurée. Elle l'est à mes yeux propres, qui sont si peu clairvoyants 5 comment donc ne le seroit-elle pas ^ux siens qui voient l,es défauts les plus imperceptibles ! Je,ypu$ avoue queje suis bien mal satisfaite de moi, et qu^ j'e vois très-clairement dans les occasions que je n'ai qu'une vertu çxt^rieure, pt qui ne tfie foi^rpiit aussf q,uç les devoir? ^xtéj rieurs. Priez Dieu, pour moi,, qu'i} réforme le fond de mon cœur ; car s'il ne me fait cette gràce^ toute ma vie ne sera qu'une vraie hypocrisie.

Je n\a\ p\us i^ipn à faire ici si^* l'affaire de mon fil», ainsi je m'e^n retourne à, l«caij:ipagne. Je vous confesse qu'en Té» tat où je suis, ce m'a été un^e assez grande dureté à porter ()e];i'y pas ramener avec moi mademoiselle des Vertus qui, é^nt ma seule consolatioA en ma vie, me paroissoit as-^ sez nécessaire présentement; mais comme il la faut plus aimer pour elle que pour moi, je n'ai pas cru lui dévoie donner la peine qu'elle eût eue à me refuser si j'eusse exigé d'i^Ue.le retardement de sa retraite. Il est vrai que j'aurois souhaité infiniment que la mienne eût pu étce exécutée en même temps, et que je me suis fait une grande violence de consentir .qu'elle jQie prévijit. J'espère que cet effort que je me suis fait en ce qui regarde ma consolation fera qu'elle ne me refusera pas au moins ce qui regardera mon bç^oii^^tiqijiyile vo|udrabipq reyenir^ quand il sera temps, pour m'a,ider ,^ .f^heyer celles de n^es affaires que je ne puis faire sans elle. Je veux espérer que vous 1 y porterez vous-même, si elle avoit besoin d'y être excitée par quelque autre chose ^ue par son affection pour moi, et par la connoissance qu'elle a du besoin que j'aurai de son assistance dans toutes les choses qui me restent encore à démêler avec mes enfants. J'attends cela de votre charité pour moi, et

j'en attends encore le renouvellement de cette même charité devant Dieu, en vous obligeant plus que jamais à lui demander qu'il change mon cœur, et qu'il le rende droit devant lui.

Vous voulez bien que je fasse ici mes recommandations très-affectionnées à la mère abbesse et à la mère prieure , et que je leur demande le secours de leurs prières.

A LA HERE ANGELIQUE DE SAINT-JEAN ARNAI7LD d'ANDIUT

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