‹ Fragments littéraires (volume 3)Chapitre 44 sur 59 · DU HAUT-PAS · texte numérisé non relu

DU HAUT-PAS

Voici les lettres les moins importantes en appa-

rence, car à peine y en a-t-il une qui se rapporte à la vie publique de la princesse. Ce ne sont guère que des billets, souvent fort courts, d'une pénitente à son directeur, où elle lui raconte et nous peint, sans le vouloir, les ennuis qui la suivent du monde dans la solitude , ses scrupules de conscience et les angoisses d'une âme qui s'épouvante de ses fautes passées et n'ose se confier à la miséricorde divine. On y voit toutes les petitesses de la dévotion à côté de sa grandeur; rien n'est fardé, rien n'est arrangé; tout est vrai, naturel, misérable, quelquefois sublime. M"'' de Longueville ne se doutait pas que ces billets, écrits à la hâte, comme ceux que le malade envoie chaque jour à son médecin, dans le dernier secret et le plus entier abandon, passeraient jamais sous un œil étranger. Au fond, il n'y a de véridique, si quelque chose l'est entièrement, que les correspondances intimes et confidentielles ; les mémoires euxmêmes sont toujours destinés au public, et ce regard au public, même le plus lointain, gâte tout : on s'y défend ou on attaque, on se compose un personnage, on pense à soi, on ment. Mais quand on écrit, comme on parle au confessionnal, sous l'œil de Dieu et. non pas sous celui des hommes, quand on écrit pour faire connaître des doutes, des peines, des misères dont on demande le soulagement, il faut bien de toute nécessité qu'on soit

DE MADAME LA DtTCHESSE DE LONGUEVHXE. S5S

dans le vrai^ au moins à ses propres yeux; et quand par hasard des lettres de ce genre survivent à la circonstance qui les dicta , et, après avoir dormi dans l'oubli pendant plus d'un siècle, paraissent tout à coup à la lumière, elles nous sont autant de révélations inattendues, sincères et certaines, sur les hommes et les choses du temps où elles furent écrites. Voici maintenant le revers de la médaille. Dès que le mensonge et la parade ont fait place à la vérité toute nue, les petitesses abondent. Dans les correspondances intimes, la nature humaine est en quelque sorte en déshabillé, et souvent elle fait peine à voir. Si nous avions, au lieu des confessions composées à loisir par saint Augustin, les lettres mêmes qu'il écrivit aux diverses époques de sa vie, tantôt à la belle maîtresse dont il se sépara avec tant de peine, tantôt à sa mère Monique, avec les réponses de celle-ci, peut-être, hélas! aurions-nous un tableau bien au-dessous de celui que nous a laissé le grand évêque. Et encore, c'était le plus bel esprit de son temps, un rhéteur, un écrivain de profession, que sa manière ingénieuse et brillante n eût jamais entièrement abandonné. Mais ici c'est une femme qui ne sait pas écrire, et qui, au lieu d'orner ses sentiments et de les faire paraître à son avantage, s'applique bien plutôt à les avilir à ses propres yeux et aux yeux de son directeur, pour

nourrir et accroître en elle le mépris de soi-m$me et mourir ^ tout amour-propre. S'agit-il du monde et de quelque chose à y faire encore, comme, par exempje, dans la première Jettre que nous donnerons t M"** de Longueville est ferme et résolue. S'agit-il, comme dans tout le reste de cette correspondance, de sa disposition et de sa vie intérieure^ la sœur du gran4 Gondé, la reine de la fronce, 1 intrépide aventurière, celle qui prit plaisir à lutter contre Anne d'Autriche et qui balança la fortune de la monarchie, est en proie à de perp^ tueUes inquiétudes et à tous les scrupules d'une pénitence * étroite et minutieuse quelle exprime comme elle les sent. Il ne faut donc pas attendre ici une piété de théâtre, grandement et délicatement représentée. Ce qui fait, à nos yeux, l'intérêt de ces lettres , c'est Jeur entière vérité, c'ést-à-4ire, la faiblesse, la misère de la nature humaine et 4^ toutes èhoses prises en quelque sorte sur le fait dans une de ces âmes qu'on appelle grandes, comme

parle Bossuet.

Une de ces lettres est datée, et cette date est de 1675. Dans une autre, il est question 4© ^ 4^rniêre maladje de M. Pavillon, évêque d'Aleth, qui est certainement de 1677. Toutes les autres lettres sont autour de ces ^eux-là. On est donc s;^r, M"* de Jjoneueville étant morte en 1679, que l'on ^ sQU9|esyei}x leta})|eau^4^1e dq^ dern^^res 9m^

t)E MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. 558

de sa vie. Les lettres à M. Marcel commencent a peu près ou finissent celles qui sont adressées à Pôrt-Royal, et nous conduisent jusqu'à |a p^ort (Je !RI"' de Longueville. Villefore n'a donué ^ju'^uné très-petite partie de la première lettre et à peiâé â-t-il emprunté quelques traits à tbuteis fes aûtlrieâ^:

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