A LA RÉVÉRENDE MERE AGNES ARNAULO
Ce 9 août
Comme tous les biens de Port-Royal me doivent présentement être communs, aussi bien que tous ses maux me
^ Comme prieure et non comme abbesse; elle ne fut élue abbesse qu'yen 1678, c^ est-à-dire , bien après la mort de madame Agnès Arnauld, à laquelle madame de Longueville adresse encore la lettre suivante, où elle lui parle de Télection de la mère Angélique.
Vont été, je n'ai pas manqué de sentir de la joie du bonheur qui lui vient d'arriver dans le choix de ma sœur Angélique pour être prieure, et je ne dois pas manquer non plus à vous le témoigner ; car pour elle je pense que ce seroit lui faire un mauvais compliment, et qu'on ne lui en sauroit faire là-dessus un qui lui pût plaire et qui fût sincère tout à la fois. Il vaut donc mieux ne lui rien dire du tout, et se contenter de vous en féliciter aussi bien que la mère abbesse * qui s'est donné une aide bien digne d'elle pour partager le soutien du fardeau que Dieu lui a imposé. Il faut avouer que l'état présent de votre maison redouble bien le désir que j'ai d'avoir le bonheur d'y être reçue, et qu'il me semble que c'est perdre tous les moments que je passe ailleurs. Je suis ici dans une solitude très-grande, et je m'y trouve si bien, quoique je n'y aie personne du monde à qui je puisse parler ni que je puisse écouter avec quelque satisfaction, que cela me donne une grande espérance que ma retraite entière ne me sera pas si dure que ma faiblesse me la fait quelquefois appréhender; car puisque la solitude^ dépourvue de tout ce qui peut la faire soutenir un peu agréablement, me tient lieu de consolation, que sera-ce quand je serai dans celle de Port- Royal, où tant de choses édifiantes et consolantes soutiendront ma faiblesse? Je vous avoue que cette pensée m'a un peu soulagée, et que j'ai cru même que ma situation présente à l'égard de la solitude était une grâce de Dieu, et c'est pourquoi je vous en rends compte, afin que vous l'en remerciiez pour moi. Je viens de recevoir une nouvelle bien affligeante; madame la princesse de Gonti ^ est re-
^ La mère d^Ângènes.
* Anne-Marie de Martinozzi , nièce du cardinal Mazarin , mariée au prince de Conti, et morte à l'âge de 35 ans après cinq jours
tombée daas so,a accideat qui a ^të suivi de fièvre; dlle est petite^^ mais tout est grand à une personi;ie au^si ïs\-^ firme qu elle^ et tout le paroit aussi à m^ tendresse pour elle ; jc'est pourquoi je m'en vais la trouver cet f pf*ès-d|^ nén Je, la recomin^nde à vos prières, et à celles de ,^Qs mpres , et soeurs que jjç salue Jci av^ç votre perpiissiojft..
Turcs, sachant le secqurs de France arrivé, n'en ont pas voulu ;^ttendr|e le choc, et ont djem^ndé la paix aux Vénitiens ; voilà bien de quoi louer Notre-Seigneur.
Terminons par une lettre datée du 9 avril 1673, c'est-à-dire, après la mort de la mère Agnès Arnauld, et adressée à une religieuse de Port- Royal qui n'est pas nommée, soit la mère Angélique de Saint-Jean, soit une autre, sur mjx miracle opéré par l'intercession de M. Pavillon, évêque d'Aleth.
Paris, ce 9 avril f 67 3.
Ma révérende mère,
^ jyi.^^^^a Yergne ' à écrit une lettre à mademoiselle de Portes qui lui apprend un miracle de monseigneur d'Â-
de çialadie. Son cœur fut déposé aux Carmélites et son corps inhutné i Saint-André, sa paroisse.
^~Sur M. Tabbé de la Vergne et mademoiselle de Portes, voyes le Supplément au néerologe d» Port-Jioyal y p. 523*538 ^ et dans le BMueU de pièces une lettre de Sainte -Marthe suc >la mort de Tabbé d$^Jl/a Vergne, • I^, /j4 W: directeur de^ la rma)pquis& de. Portes^ de xqj|d^^^]^ princesse de Conti, ami de M. Pavillon et de M. Arnauld, etc.
DE MADAME LA DUCHESSE DE LONGUEVILLE. SSl
leth, qu^il dit savoir de votre part, et il me semble que c'est un enfant c[ui ne marchoit point. Ce .iniraclè paroit très-grand .et digne de la curiosité des personnes qui. hq« nprpient la vertu de ce grand seryiteur de Pie!yi;,piaié pl\is il est grandf^plus il e^t à désirer de nç le^po^nt pg^ blier qu'il ne soit extrêmement vérifié; car Dieu n'a qu£ faire de nos mensonges pour être honoré, et son servi-i leur a trop aimé sa vérité pour vouloir tirer sa gloire d'une chose qui s'en éloigneroit tant soit peu. Je m'adresse donc à. vous pour vous prier de faire perquisition exacte de i'i^jstoire, et si plie se trouve véritable de la, faire vérifiegr par des personnages qui la sachent ezii^ctement ^t de n^'e^ voyer ensuite la relation qu'on en £^ura faite. Si la luèrj^ de la personne sur laquelle le miracle a été opéré lé peut certifier, ce sera une fort bonne chose d'avoir sa signature. Je crois que vous prendrez cette peiné de bon cœuir^ puisqu'il y va de la manifestation d'un saint que voU^ ay^e% honoré, et de la gloire de Dieu qui ve^t. autaja^ qu^ ses merveilles ne soient point déteni^s da^s le silence quand il daigne les opérer, qu'il veut qu'on n'en suppo^ point de douteuses quand il ne veut pas en édifier TÉglisé. Je vous prie donc d'y observer toutes choses, et âe nie faire ce plaisir de me le faire savoir. Je salue ici les bonnes sfeurs qui ont été à feu madame la princesse de Conti^ et jfïQ reèommande à leurs prières çt à . celles de ,yoifj^ communauté. Ne m'oubliez pas dans les vôtres, et me croyez tout à vous en N. S. J. C.