‹ Fragments littéraires (volume 3)Chapitre 49 sur 59 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

AV MÊME

De Trie, ce 3 septembre.

J'essayerai de me calmer sur les choses dont vous me parlez dans votre dernière lettre; mais je ne vous réponds pas d'en venir entièrement à bout, parce que ces sortes île peines sont d'ordinaire plus fortes que moi, quand elles viennent se présenter. U est bien juste que les pécheurs n'aient pas de repos en ce monde ^ puisqu'ils ont mérité d'en être privés durant toute l'éternité. Plus ils peuvent espérer que Dieu ne veut pas leur en donner une malheureuse, plus il est juste que leur temps au moins ne soit pas tranquille; et afin que Dieu oublie leurs crimes, il est raisonnable qu'ils ne les oublient pas eux-mêmes. Rien n'est plus beau que la relation de la visite de M. de Kheims dans son diocèse. Je vous demande vos prières et votre souvenir devant Dieu.

AU MÊME

Trie, ce 23 octobre. Je trouve la proposition de M. le Nain ^ la meilleure,

• Vîllefore donne ce billet, p. 71,

' M. Le Nain , dont il a été plusieurs fois question dans ces lettres, était le chef du conseil de madame de Longueville*

car je ne tiens pas N. en état de bien recevoir des honnêtetés directes de ma part, et quoique Fopinion que j'en ai les rendit plus utiles pour moi , je crois que ne Tétant pas pour elle ^, il vaut mieux aimer son bien que le mien , et assurer N. que je lui en ferai toujours directement toutes les fois que je croirai ne l'irriter pas davantage. En effet, je suis^ par la grâce de Dieu, dans cette disposition, et si sincèrement qu'après vous avoir dit mon sentiment , je me soumets pourtant à celui que M. le Nain et yous formerez , et vous donne plein pouvoir à ^l'un et à l'autre.

A Port-Royal, cc12 novembre «.

Vous avez raison de me dire que ma sœur Elisabeth * me peut faire faire bien des réflexions; mais il est vrai que comme ma ferveur diminue, ma santé la suit aussi; car je deviens dans une si terrible délicatesse que je ne sub plus capable de rien. Je pensai m évanoui^ deux fois le lendemain de ma saignée. Enfin, si Dieu ne me donne un cœur qui répare la faiblesse de mon corps et la stéri-

* Serait-il ici question de madame Deslyons, au sujet de laquelle se trouve une lettre assez bizarve dans le Supplément au néerologe de Porf-Ao^/, p. 283, lettre qui est datée de 1678? Il est plus naturel (le penser qu'il est ici question de madame de Nemours. Voyez les lettres suivantes.

* Villefore donne une partie de ce billet, t. II, p. 70.

* Quelle est cette sœur Elisabeth? Est-ce une sœur du couvent des Carmélites ou une religieuse de Port-Royal? Il y avait à Port- Royal plusieurs religieuses de ce nom, par exemple, la sœur Ëiisa> beth de Sainte-Agnès Leferon , Supplément au néerologe, p. 587, et encore la sœur Elisabeth de Saint-Luc, mademoiselle Mydorge

lité de mon esprit, je dois beaucoup craindre de n'avoir rien à lui offrir, et qu'il me trouve bien vide lorsque }e paroitrai devant lui. Souvenez-vous de moi devant Notre- Seigneur, et mandez- moi, je vous prie, le temps.de mes communions. U y a déjà tant de temps que vous connoissez les replis de mon âme de près , que je suis bien aise de ne m'avancer pas vers Dieu de cette manière sani votre participation.

AU MÊM£.

Ce jeudi.

Votre lettre à M. de St-Eustache est très-propre à faire un bon effet ; mais j'avoue que j'en attends peu de succès. J^ serai toujours prête à dégager les paroles que tous donnerez pour moi, quand vous jugerez qu'il eu sçr? temps, et de faire, vers madame de Nemours, tout ce qae la charité et la proximité m'engage de faire vers elle.

De Port-Ro:^aî, ce VJ jùîri.

Je ne crois pas que N soit disposé à écouter N. U n'y a que N qui puisse changer son procédé à mon égard ; car pour son cœur, c'est à Dieu seul à faire cet ouvrà^. Po»*" moi, j'espère qu'avec sa grâce je ne changerai pas de disposition sur ce chapitre, et que je serai toujours prêté, soit à lui faire des avances, si on juge à propos que je lui en fasse, soit à recevoir celles qu'elle me voudra faire, ce que je ne crois pas qui arrive. Si mes prières étoient bonnes pour vous, vous vous en sentiriez assurément. Je vous demande la continuation des vôtres.

DE MADABffE LA DUCHESSE DE LONGUEVIIXE. 355

De Porf-Ro^al, c* 1 1 Juift.

. J'essayerai à profiter de ce que vous me dites ; mais, en vérité, je suis pire que jamais, et pour moi je Commence k penser que je ne suis pas où Dieu me veut, et qu'il de-> mande quelque autre chose de moi que ce que |e fais. Priès> le qu'il me le fasse connoître.

Au MEME.

De Port-Royal, ce l«r jnîllelv

' •' Je n^ai pu encore demander à notre Mère les trois obéis-

sances que vous m'avez ordonné de lui demander, et j'ai pensé même, avant que de le faire, à vous représenter que ces sortes de choses passent, dans les couvents^ pouf des actions d'une grande vertu, qu'on se fait estimer par là à fort peu de frais, et qu'ainsi je ne sais si vous n'aimeriez pas autant me marquer vous-même trois choses, que je Perdis par obéissance tout de môme, et qui né m'attirerbîént pas une estime que jé ne mériterois point. CPest Aond à vous à examiner cela et à ordonner.

Page 1