MO SANTA-A
et je l'embvaatefaî sur h, plage anglaise , en cképit éçs glais qui ouvriiont de grands yeux.
4.. Écrire des articles de journaux m'ennuie. Moi aussi jef voudrais contribuer un peu à l'honpeur de ce pauvre et malheureux pays , à qui j'ai sacrifié toutes les douceurs de l'existence. L'exemple glorieux de Manaoni doit enflammer tout Italien qui a un peu de cœur et de talent Bercbet se porte bie^, et parait asses heureux. Il m'a promis de faire un bon nombre de romances ^mhlabies aux dernières ; s'il tient sa parole , il aura créé un genre, n
1 8 octobre.
a Oui, mon ami, il me faut une certaine superstitii» dans ma vie intérieure et dans mes affections; ce qui vient de m'arriver m'y confirme. Aujourd'hui i8 octobre, jour où j'accomplis quarante ans et où je demeure renfermé, invisible, dans mon f^tit ermitage, méditant à mes malheurs, à mon avenir, m'entourant de me.« plus chers souvenirs, de mes plus douces amitiés; aujourd'hui, dans ce moment môme, on m'apporte ta lettre du lu et ton Platon. Véritablement de race et de sang romain, j'en accepte l'augure, comme au temps de Camille et de Dentatus. J'ai pris la plume sur-le-champ pour te r^ pondre dans ce premier moment de vie délicieuse. O quelle chose mystérieuse et divine que le cœur humain! combien je déplore les doctrines du matérialisme! J*y pensais quand ton Platon est arrivé. Nous croyons tous les deux au bien, à l'ordre. La philosophie n'est pas de savoir beaucoup, mais de se placer haut. Sous ce seul rapport, je crois être philosophe malgré mon ignorance sur tant di» choses. Adieu, je te laisse. Aujourd'hui je m'appartiens tout entier, et 11 Beiut que J0 t'aime comme je fais pour t-avoir écrit. Adieu encore. »
8AMTA«R08A. 191
: Ainsi «'ëfloda Tasnëe 18iia. Celle de 18ft4 1« trouva dans cet ëtat, tantdt de dëcouragement^ tantôt d'exaltation que lui donnaient tour à tour et Tënergie de son âme et la misère de sa position. Dans les premiers mois de 1824, ses lettres deyin* rent successivement plus rares, plus courtes 0t plus tristes ; il luttait contre une pauvreté toujours croissante, se reprochant de demander des secouri à sa famille, qui était elle-même très-gênëe, et ne pouvant suffire à ses besoins par un travail de journaliste pour lequel il n'était pas fait. Sa situation devint telle qu'il fallut prendre un parti décisif. Il se détermina à quitter Londres et à se retirer à Notthingham, où sous un autre nom que le sien, H gagna sa vie en donnant des leçons d'italien et de français. Adieu ses projets de grands ouvrages, ses rêves d^honneur et de bonheur ! L'infortuné, h quarante ans, voyait sa vie s'anéantir dans une ocr cupation honorable sans doute, mais sans terme et sans but. Il se découragea jusqu'à douter de l'avenir et de lui-même. Pendant quelque temps il ne m'écrivit plus. Il me fallut savoir par d ^autres ce qu'il était devenu. Mais bientôt je fus entraîné moi-même dans les aventurer les plus inattendues et les plus bizarres. Dans une grande circonstance, M"' la duchesse de Montebello, ne pouvant accompagner son fils aîné en Allemagne, me pria de
la reropUcçr. L^ ^oble veuve du maréchal I^r»ç«
493 SAMTA-ROSA.
ne pouvait s'adresser en vain à mon amitié , et dans le mois de septembre, je partis avec M. de Montebello pour Garlsbad. On sait ce qui arriv». Arrêté à Dresde, livré parla Saxe à la Prusse, jeté en prison a Berlin, mon refus de répondre h toute question venant d'un gouvernement étranger, avant que le gouvernement français eût intervenu, prolongea ma captivité, et je n'étais de retour à Paris que dans les premiers jours de mai 1825. Voici les deux lettres que j'y trouvai :
Nottingham , 26 août 182/1.
tt Si je ne t^ai pas écrit jusqu'à ce moment-ci , tu sais pourquoi. Je n'osais pas paraître devant toi. Tu es pour moi une espèce de conscience; peut-être, je tremble en te récrivant, mais il faut que je te dise toute la vérité, peut-être ne t'aurais-je plus écrit et aurais-je renoncé à l'amitié de l'homme que j'aime le plus sur la terre , et à qui je pense toutes les heures de ma vie , si je ne m'étais pas relevé du triste état où j'ai vécu depuis mon arrivée en Angleterre. Je ne m'en suis pas relevé par une résolution, mais bien par une action, par Une action commencée et dont la suite ne dépend plus de moi. Mais quand cela n'aboutirait. à rien , j'aurais le cœur déchargée d'un grand poids, et j'aurais retrouvé Ténergie morale que j'avais perdue. Aussitôt que je saurai le résultat de ma démarche, je te récrirai. — Tout me condamne, je le sais; mais si je péris, ô mon ami! ce n'est pas de légères blessures. Mon cœur, avant l'époque de notre révolution, avait été cruellement , déchiré; j'ignore ce que je serais devenu, si la fièvre italienne ne m'avait saisi. Je me ren-
sântâ*rosa« 493
drai cette justice à moi -môme, que je n'ai pas connu un seul moment ni l'intérêt, ni la peur, ni aucune passion dégradante. Mais je restai au-dessous des circonstances. A mesure que les événements s'éloignent de moi , le sou* venir de mes fautes se présente à mon imagination avec plus de vivacité. Je pense toujours en frémissant à ôette malheureuse affaire de Novarre, où l'armée constitutionnelle fut misesipromptementen déroute; c'est la seconde blessure, ^6 mon ami! elle saignera toujours; elle me fait languir misérablement. Je sais tout ce que tu peux ré* pondre aux reproches que je fais k ma vie politique. Je me suis dit, je n^e dis tous les jours, qu'il me reste de beaux et grands devoirs à remplir ; mais si la force de les remplir me manque , si la volonté , qui fait tout l'homme , vacille sans cesse, que ferai-je? Si mon âme est malade, doit-on lui demander les actions d'un être rempli de vigueur? J^ai tenté le dernier remède. Si ma démarche a des suites, je redeviens moi-même, j'aurai un retour de jeunesse; si elle n'en a point, réhabilité à mes yeux , je lèverai la tête, je retrouverai la conscience de moimême.
u Qu'auras-tu pensé en apprenant que j'étais devenu maître de langue à Nottingfaam ? Que veux-tu! je me suis ^ vu près de manquer d'argent. Sentant que ma dépense d'une semaine à Londres imposait des sacrifices à ma famille pour des mois entiers, rougissant de demander de nouvelles sommes , ayant . une répugnance insurmontable à écrire pour les journaux^ j'ai pensé qu'il fallait avoir du pain qui ne me coûtât ni honte, ni un travail antipathique. Quel triste métier que d'écrire des articles de journaux! J'en ai fait l'expérience. M. Bowring m'a demandé un article pour sa Revue de Westminster. Je l'ai fait, « Bon> m'a-t-il dit, très-bon^ mais trop long. » Je l'ai
I9A lAtlTA4lOSà.
Mutilé, a Biett, h prêtent. • Ptits, au biml d*uii moU{i « Le rédacteur le treuve écrit dans un etprit qui ne lui coQTieat paa, il fitut le refondre» n Je le redemande. On me refuse avec douceur* Je le laisse ^ qu'on en fasse ce qu'on voudra* Un beau jour, j'en reçois les épreuves, je trouve des contre^sens ^ des omissions ridicules ; je corrige) j'arrange tout et je rentoîe le paquet à Londres* Des mois se passent sans que j'en aie de nouvelles» Que toutes ces vicissitudes sont fatigantes! Non, plus d'articles , je me sens la force de faire autre chose que des articles* Ausntèt que j'aurai la réponse de Londres 9 je réglerai ma vâe, j'irai knd renferaier dans nn grehier à LoQdres, auprès d'une bibliothèque publique; j'aurai par devant mot qua^^ rante^oinq louis environ ; je travaillerai avec ardeur^ j'en ai le pressentiment.
a J'écris peu en Piémont; les nouvelles que j'en ai sont excellentes en œ qui regarde la santé de ma femtaie et de mes enfants 5 et l'affection que me conservent tous me» amis. Quant à la fortune, ma femme avait presque obtenu que mes biens lui fussent cédés par le gouvernement ; tout était conclu; il ne fallait que la signature du roi; il l'a refusée* On espère encore, malgré ce plumier refbs. Je laisse faire , je ne crois devoir ni ettcourager ni empêcher ces démarches* Je crains cependant que si le roi rend mes bidns à ma femme et h mes enfants ^ il ne veuille prendre sein de Téducation de ceu^-ci. Je frémis à l'idée de mes âls élevés par des jésuites. Vois, mon ami ^ que de sujets de peine pour mon cceur!
a J'ai lu et relu l'argument du premier Aloibiade; j'y ai profondément réfléchi , et je te déclare que mon esprit ne peut pas se faire une idée nette de la substance* L'exis* teilce persofïnriie est la seule que je conçoive , je n'ai pas k coilscience sowth a tonfmkif dOQt tu pa«les è la f agéx#
te «..• i^apprends avec effroi que ta aè de letnps en temjis des retours dé tcm anciea mal de poitrine. O mon «mi ! je t*en conjure , vis assert pour nie donner la plus douoe féecMnpense de mes sabrifices^ ton estitne, ton approbation « un mot d'éloge* Si tu meurs avatit que j'aie lait le premier pas dans ma noble carrière, je m'arrêterai, je n'aurai plus la force d'avancer, je më laisserai tomber ; vis, je t'en supplie, tu as à répondre de nous deuz^ car si je laisse éteindre le feu qui est encore dans mon sàn , vivrai-je? — Est-ce vivre que se lever chaque tnatin pour se fuir soi-mém^e jusqu'au soir? — Adieu, je t'embrasse avec le cœur rempli d'espoit:. Je suis sûr que tu me pardonneras mon long silence; Dieu m'est témoin q^e je lU'entrectens avec toi tons les jours. Je t'écris dans ma t^, je te vois, je t'écoutè. Que ne donnerais-je pas pour deiu semaines passées avec toi! Gomme je me retrace avec complaisance nos promenades d'Alençon, et cet adieu de dix minutes à Paris! Adieu eâcore, aime-moi toujours, car je suis toujours le môme. »
Loedresi 31 octobre 182^.
u Demain, mon ami, je pars pour la Grèce avec Collègue. Si tu as reçu la lettre que je f ai écrite il y a environ six semaines, et que le comte Piosasco a dû te remettre à son arrivée à Paris, tu ne seras pas étonné de ma résolution. Il fallait, mon amî, que je sortisse de mon engourdissement par un moyen extraordinaire. Mon inaptitude à travailler venait de ce que mon âme avait la conscience d'un devoir à remplir encore dans la vie active. — J'ignore si je pourrai être utile: je suis préparé à toute sorte de difficultés , résigné à toute espèce de désagréments. Il le faut bien ; songe que Bowring m'a dé-
496 saNta-^aosa.
daré que le comité anglais, ou du moins plusieurs de ses membres, désapprouvaient mon voyage* Je veux croire que leurs motifs sont droits. «Tignore s'ils sont fondés; mais, dans tous les cas, pouvais-je, devais-jc retirer ma parole? Les députés grecs seuls avaient le droit de me retenir, eux à qui j'avais offert mes services sans aucune condition. Ils ne l'ont point fait, et je pars.
a Mon ami, je n'avais point de sympathie pour FËspagne, et je n'y suis point allé, puisque par cela seul je n'y aurais été bon à rien. Je sens au contraire pour la Grèce un amour qui a quelque chose de solennel ; la patrie de Socrate, entends-tu bien ? — Le peuple grec est brave, il est bon, et bien des siècles d'esclavage n'ont pas pu détruire entièrement son beau caractère ; je le regarde d'ailleurs comme un peuple frère. Dans tous les âges, l'Italie et la Grèce ont entremêlé leurs destinées, et ne pouvant rien pour ma patrie, je considère presque comme un de* voir de consacrer à la Grèce quelques années de vigueur qui me restent encore. — Je te le répète, il est très-possible que mon espoir de faire quelque bien ne se réalise point. Mais dans cette supposition même, pourquoi ne pourrais-je pas vivre dans un coin de la Grèce, y travailler pour moi? La pensée d'avoir fait un nouveau sacrifice à l'objet de mon culte, de ce culte qui seul est digne de la Divinité, m'aura rendu cette énergie morale sans laquelle la vie n'est qu'un songe insipide.
a Tu n'as pas répondu à la lettre dont je t'ai parlé. Dieu me préserve de penser que tu aies voulu me punir de mon silence en l'imitant ! Écris-moi maintenant^ je t'en conjure. Fais-moi parvenir ta lettre à Napoli de Romauie, siège du gouvernement grec dans le Péloponèse. Gherchesen les moyens sans perdre de temps.
u J'emporte ton Platon. Je t'écrirai ma première lettre
IANTÂ*II08A. 49'
d'Athènes. Donne-moi tes ordres pour la patrie de tes maîtres et des miens.
u Tu me parleras de ta santé et avec détail, tu me diras que tu m'aimes toujours, que lu reconnais ton ami dans le sentiment qui lui a commandé ce voyage. Adieu, adieu. Personne sous le ciel ne t'aime plus que moi. r>
Quand je reçus ces deux lettres à la fois à mon retour de Berlin, et en apprenant en même temps que Santa-Rosa avait accompli sa rësolutlon ^ que l'armée égyptienne était débarquée en Morée, et que Santa-Rosa était devant elle, je ne dis que ces mots h Fami qui me remit ces deux lettres : « Il se fera tuer; Dieu veuille qu'à celte heure il soit encore vivant! » et à l'instant même je fis tout pour le sauver. J'écrivis immédiatement à M. Orlando, envoyé grec à Londres, qui avait été chargé par son gouvernement de négocier l'envoi en Grèce d'officiers européens, pour l'inviter à envoyer sur-le-champ une lettre de moi à Santa- Rosa partout où il se trouverait. Dans cette lettre je parlais à Santa-Rosa avec l'autorité d'un ami éprouvé, et lui donnais Tordre formel de ne pas s'exposer inutilement, de faire son devoir et rien dé* plus. J'ai la certitude que, si cette lettre lui était parvenue à temps, elle eût calmé l'exaltation de ses sentiments et de son courage. J'envoyai des doubles de cette lettre par huit ou dix occasions
différentes ; j'ai la conscience de n'avoir négligé
498 SANTA«ROfiâ.
aucun moyen de le sauver, mais ^^«états ve^emi trop tard.
Bientôt les plus funestes nouvelles nous arrivèrent du Péloponèse. Les avantages de l'armée ^yptienne étaient certains, la résistance des Grées mal concertée. Tous les journaux s'accordaient à applaudir aux effors de Santa-Rosa ; l'un d'eux annonça sa mort. Cette nouvelle, <quelque temps démentie, se confirma peu à peu, et à la fin de juillet j'acquis la triste certitude que Santa-Bosa n'était plus. UAmi de la Loij journal de Napoli de Remanie, après avoir rendu compte de la bataille •qui avait eu lieu devant le vieux Navarin, s'exprimait ainsi sur la monde Santa-Rosa: h L'ami zélé des Grecs, le comte de Santa-Rosa, est tombé vaillamment dans cette bataille. La Grèce perd en lui un ami sincère de son indépendance et om officier expérimenté, dont les connaissances et l'activité lui auraient été d'une grande utilité dans la lutte actuelle. » Je reçus presque en même temps une 'lettre de M. Orlando, du 21 juillet 1825, qai me «(infirmait cette triste nouvelle.
Ainsi tout doute était impossible ; je «ne devais plus revoir Santa-Rosa, et le roman de sa vie etde notre amitié était a jamais fini. Quand les premiers accès de la douleur furent passés, je m'oc- »cupai de rechercher avec soin tous les détails de
conduite et de sa mort. Je ne pouvais mieux
JS) Wre»$er qu% M» 4e CoUegoo, mu eoimpAtripte et son ami^ qui Tayait accompagne en Grèce* J'<^btins de lui la note suivante, dont la scrupuleuse exactitude ne peut être contestée par quiconque a la moindre connaissance du caractère et de T^sprit de M. de G)Uegnp.
41 Santa-Ro9 quitta Lof^rm Ifii^^ ooyeisdbre iSMi ^ )e^ çàies 4'Aogleterre le 5.
a Le motif principal qui lut faisûil: ^quitter Kotlîiigfaapi pjiratt avoir été l'état de nullité forcée à laquelle il se vçyait réduit. Santa-Bosa écrivait à cette ^>oque à un de f^ ami^ : Quando si ka un animofortej conviene openu^ fçjrivere, o morire.
u II avait offert aux députés du igouffrernement grec à JL<{>ndres d'aller en Grèce comme militaire. Il demandaîc d'y commander un bataillon. On lui répondit que le gou* v^rnement g;rec serait très-heureux de l'employer d'Aise manière bien autrement importante. On parlait de lui confier l'administration de la guerre ou l'administralifOii des finances. Santa-Rosa partit parleur de lettres fnan- ^gises et ijtaliennes ouveites, remplies d'expressi^ms on ne jurait plus flatteuses pour lui, et d'autres lettres cachetées pfi grec. Des trois députés grecs qui se trouvaient à Londres, d<^ux seulement favorisaient le voyage de Santa-Jlosa. Le troisième, beau-frère du président Gonduriotti, avait itoajours paru s'y opposer.
« Quoi qu'il en soit, Santa-Aosa fut reçu froid^nent pîpr le corps exécutif à son arrivée à Napoli de Romanie, le io décembre. Après quinze jours, il se présenta de nouveau au secrétaire-général du gouvernement, Bhodios, f(mv savoir ^ prenant w considération les kttres des
députes (p^ecs à Londres, on voulait remployer d'une manière quelconque. On lui répondit qu'on verrait,
u Le 2 janvier 1826, il quitta Napoli de Romanle, prévenant le d^ouvernement qu'il attendrait ses ordres à Athènes. II visita Épidaure^ Tile d'Éginc, et le temple de Jupiter-Panhellénien, débarqua le 5 au soir au Pyrée, et arriva à Athènes le 6. Il consacra quelques jours a visiter les monuments de cette ville. Ayant trouvé sur une colonne du temple de Thésée le nom du comte de Vidua, il écrivit le sien ù côté de celui de son ami, qui avait visité Athènes quelques années auparavant.
tt Le i4 janvier, il entreprit une excursion dans TAttique pour visiter Marathon et le cap Sunium. Sur une colonne du temple de Minerve-Suniade, il écrivit son nom et celui de ses deux amis, Provana et Ornato, de Turin, comme monument de leur triple amitié. A son retour à Athènes, il eut quelques accès de fièvre tierce qui l'affaiblirent beaucoup, et le confirmèrent dans l'idée de se fixer à Athènes plutôt que de retourner à Napoli de Romanie^ dont l'air malsain aurait agg^ravé ou du moins prolongée sa maladie.
u Odysseus, qui paraissait d'intelligence avec les Turcs, ayant menacé de s'emparer d'Athènes, Santa-Rosa contribua à en organiser la défense. Les Éphémérides d'Athènes parlèrent de son enthousiasme et de son activité ; mais son importance cessa avec les menaces d'Odysseus, et Santa-Rosa quitta Athènes pour rejoindre ses amis à Napoli de Romanie.
u A cette époque, on se préparait à entreprendre le siège de Patras. Santa-Rosa, n'ayant jamais eu aucune réponse du corps exécutif à ses premières offres de service, insista de nouveau pour faire partie de cette expédition. Ou lui répondit a que son nom, trop connu, pouvait
SANTA-ROSÂ. 501
compromettre le gouvernement Qvec auprès de la sainte alliance, et que s'il voulait continuer k rester en Grèce, on le priait de le faire sous un autre nom que le sien », sans qu'on lui offrit pour cela aucun emploi civil ni militaire.
tt Ce fut en vain que ses amis voulurent lui représenter qu'il avait plus que rempli toutes les obligations qu'il pouvait avoir contractées envers les députés du gouvernement grec à Londres, envers ses amis, envers lui-même; qu'il ne devait rien et ne pouvait rien devoir à une nation qui n'osait pas ouvertement avouer ses services. Santa-Rosa partit de Napoli le lo avril, habillé et armé en soldat grec, et sous le nom de De Rossi. Il rejoignit le quartier* général à Tripolitza, et l'armée destinée à assiéger Fatras s'étant portée au secours de Navarin, il suivit le président à Leondari. Lh, le prince Maurocordato se portant en avant pour reconnaître la position des armées et l'état de Navarin, Santa-Rosa demanda à le suivre. Il prit part à l'affaire du 19 avril contre les troupes d Ibrahim-Pacha, et entra le 2 1 dans Navarin.
u II avait constamment sur lui le portrait de ses enfants. Le 20, s'étant aperçu que quelques gouttes d^eau avaient pénétré entre le verre et la miniature, il Touvrit^ et voulant l'essuyer, il effaça à moitié la figure de Théodore. Cet accident l'affligea amèrement. Il avoua à Collegno qu'il ne pouvait s'empêcher de considérer cela comme un mauvais présage, et le 21 il écrivait à Londres à un ami : Tu me riderai^ ma sento dopo di cio ch'io non devo piu rivedere i mieîfigli.
il Resté dans Navarin, où la faiblesse de la garnison empêchait de prendre l'offensive, il passa quinze jours à lire, à penser et à attendre la décision des événements. Ses dernières lectures furent Shakespeare, Davanzati, et les Chants de Tyrtée, de son ami Provana.
B04 SiNTÂ-KOSA.
(i Cependant t'armëe grecque destinée à faire lever té iiége s'était débandée; la flotte grecque n'avait pu empêcher la flotte turque d'aborder à Modon. Le siège, qui avait paru se ralentir les derniers jours d'avril, était repris avec plus d'ardeur, la brèche était ouverte et praticable, l'ennemi logé à cent pas des murs. Les deux flottes combattaient tous les jours devant le port, qui était encore occupé par une escadre grecque. Le 7 au soir, le vent ayant pous^ les Grecs au nord, on craignit que les 'Turcs ne cherchassent à s'emparer de Tile de Sphactérie qui couvre le port. Elle était occupée par mille hommes et armée de quinze canons. On y envoya cent hommes de renfort. Santa-Ro^à alla avec eux.
(c Le 8, à neuf heures du matin, il écrivait à Gollegno : Vno sbarco non mi pare impraticabile sut punto alla difesa del quale io mi trovo. A onze heures File fut attaquée, à midi les Turcs en étaient les paisibles possesseurs.
u De onze à douze cents hommes qui se trouvaient dans File, quelques-uns s'étaient sauvés en gagnant iVscadre qui était à l'ancre dans le port, et qui^ coupant ses câbles au moment de l'attaque, se Ht jour au travers de la flotte turque. Deux vinrent à la nage depuis File jusqu'à la forteresse. Ils disaient que le plus grand nombre avait traversé un gué au nord de Fîle et s'était jeté dans Paleo Castro. Ce monceau de ruines fut pris par les Turcs le 10. On ign<^ rait dans la place le sort des Grecs qui s'y trouvaient.
u Navarin était au moment de manquer d'eau. On eh distribuait depuis longtemps deux verres par jour à chaque homme. Les munitions de guerre étaient épuisées. Ibrahim fit proposer une capitulation, et demanda qu'on envoyât des parlementaires.
<c Collegno sortit de la place avec eux le 16 mai, pour tâcher de découvrir le sort de son ami, qu^il hé prévoyait
SJUKTA-BOSA. 505
Cfme tvop. On lui désigna Soïiman-Bey comm€ ayant coin* mandé Fattaque de File. Il le trouva dans la tente du lieutenant d'Ibrahim, sous les murs de Modon. Soliman lui dit avoir examiné tous les prisonniers, qu'il ne s'y était trouvé qu'un seul Européen, un Allemand qui avait été rois immédiatement en liberté, et se trouvait alors à bord d'un bâtiment autrichien. Au reste, Soliman fit appeler son lieutenant-colonel, lui expliqua en arabe le signjdement de Santa-Rosa^ que Colleg;no lui dictait en français, et hii ordonna de lui donner le lendemain les informations le& plus exactes sur le sort de l'homme qu'on cherchait. Le nom de Santa-Rosa n'était pas ignoré des Turcs. Leur figure prit un air de tristesse lorsqu'ils surent qu'on craignait qu'il ne fût mort. Ils regardaient avec le silence de la compassion son ami qui venait le réclamer.
i< Le i8, Soliman-Bey Bt demander Collegno aux avantpostes, et lui dit qu'un soldat de son régiment avait vu parmi les morts Phomme dont il lui avait donné le signalement.
« Le 24) 1^ garnison de Navarin fut débarquée à Calamata , où elle avait été transportée sur des bâtiments neutres d'après la capitulation. On y sut que la plus grande partie des Grecs qui s'étaient trouvés dans File de Sphactérie le 8, s'étaient retirés à Paleo-Castro ; qu'ils y avaient capitulé le lo, et en étaient sortis sans armes, mais libres. Santa-Rosa n'était point avec eux. Il ne s'était pas non plus retiré à bord des bâtiments grecs qui se trouvaient dans le porU Collegno a revu à Smyrne l'Allemand qui avait été pris à Sphactérie et dont Soliman-Bey lui avait parlé; il n'avait pas vu Santa-Rosa parmi les prisonniers. »
Plus tard, ayant demande à M. de Collegno sHl ne trouvait pas dans ses souvenirs quelque détail
.H04 SAOTA-ROSA.
exact et certain à ajouter k la note précédente, il me remit celle qui suit :
u Le 4 décembre 1824, uoas découvrîmes les montagnes du Péloponèse. Des six passagers qui étaient k bord de la Littte Sally, cinq éprouvaient la joie naturelle à tout homme qui touche au terme d'un long voyage de mer; trois surtout étaient impatients de toucher le sol sacré. Santa-Rosa seul, appuyé sur un canon, contemplait tristement le pays qui se présentait de plus en plus distinctement à notre vue. Le soir, il disait à GoUegno : « Je ne sah pourquoi je regrette que le voyage soit fini déjà; la Grèce ne répondra pas à l'idée que je m'en fais; qui sait comment nous y serons reçus, qui sait quel sort nous y attend? »
(( Le 3i décembre, Santa-Rosà se trouvait chez le ministre de la justice (comte Théotoki). On parlait de la froideur avec laquelle des étrangers dont les députés grecs à Londres répondaient, et qui ne demandaient qu'à être employés, étaient accueillis par le gouvernement. Le comte Théotoki dit : u Que voulez-vous? Ce n'est pas d'hommes, ce n'est pas d'armes, de munitions, que nous avons besoin ; c^ est d argent, n Le lendemain, 1*" janvier, M. Mason, Écossais qui s'était lié avec Santa-Rosa, lui dit qu'un Grec ami du comte Théotoki avait conseillé à lui, Mason, de ne pas fréquenter Santa-Rosa ni Collegno, comme étant suspects au gouvernement. Santa-Rosa quitta Napoli le lendemain.
(( En partant d'Épidaure le 3 janvier au soir, un papas d'un aspect vénérable, mais couvert de haillons, demanda qu'on lui accordât de passer à Égine dans la barque que nous avions frétée. Interrogé par notre interprète, il nous fit répondre qu'il avait quitté la Tbessalie, sa terre natale, pour échapper à la persécution des Turcs. Sa femme et
cinq enfants étaient réfugiés dans une des iles de rArchipel. Ils n'avaient tous d'autres moyens de subsistance que les aumônes que le père recueillait dans ses courses, en montrant des reliques aux fidèles. lia similitude de position, la femme et les cinq enfants réduits à la misère^ émurent Santa-Rosa. Il donna au papas ce qu'il avait d'argent sur lui. Le surlendemain, comme nous partions pour Athènes, le papas descendait de la ville, comme autrefois les prêtres de Neptune^ et de la place où était jadis le temple de ce dieu, il bénissait notre barque.
u Au commencement de mars, Santa-Rosa paraissait avoir renoncé à toute idée de s'établir en Grèce avec sa famille. Toutefois il ne voulait pas partir sans avoir du moins vu les ennemis. Un envoyé du comité pbilhellénique de Londres (M. Whitcombe) arriva alors à Napoli de Romanie, porteur de plaintes de ce comité contre les députés Luriotti et Orlando, qui compromettaient, disait-on, le sort de la Grèce en y envoyant des hommes connus par leur opposition constante à la sainte-alliance. C'est à l'arrivée de M. Whitcombe que Santa-Rosa dut peut-être d'être réduit à faire la campagne comme simple soUaL
(( Le i6 mai, lorsque Collegno disait dans la tente du lieutenant d'Ibrahim-Pacfaa à Modon que Santa-Rosa était dans l'ile de Sp bactérie lorsque les Égyptiens l'avaient attaquée, au moment où Soliman-Bey lui répondait que Santa-Rosa n'était point parmi les prisonniers, un vieillard turc à longue barbe d'argent s'approcha de Collegno, et lui dit en français : u Comment, Santa-Rosa élait dans File de Sphactérie, et je ne l'ai pas su pour lui sauver la vie une seconde fois! » C'était Schultz, Polonais, colonel en France, à Naples, puis en Piémont en mars 182 1, puis ep Espagne sous les cortès, puis en Egypte. Il était autrefois arrivé à Savone au moment où des carabiniers royaux
avttéift aFfèlé Sftnta-Rosa. A te tète «Fune tremâine cl*icn^ dîants armés, il l'avait délivré de sa prison, c^est-àniHre é& réehaftiiid, et, qaatre ans plus tard, il dirigfeait en partie l'attaqcie dans laquelle Santa-Rosa succomba ! »
QucHe tragédie, bon Dieu, dans la fin de cette lettre! Quel contraste que celui de Santa-Rosa mourant fidèle à une seule ei noiéme cause, et de cet aventurier errant de contrée en contrée, ici sauvant Santa-Rosa, la le massacrant peut-être, changeant de drapeau comme de religion, et, dans cette absence de toute vraie moralité, conservant encore une sorte de générosité naturelle et le respect du soldat pour le courage malheureux!
Un Français, M. Edouard Grasset, attaché âtn prince Maurocordato, et qui était venu avec lui pour observer Tétat de défense de Ffle de Sphactérie, qui venait en ce moment d'être attaquée par les 4rabes, rencontra Santa-Rosa dans Vile, le 8 mai, à neuf heures et demie du matin, et eut avec lui une dernière entrevue, dont il m'a communiqué la relation suivante.
Ile de Sphactérie^ 8 mai, neuf heures et demie du matin.
SANTA-Rosâ ' ti Tous nos amis du fort se portent bien; je sais venu ici avec le capitaine Simo, parce qu'il faut diéfendre cette île, d'où dépend le salut de la place. Je me répens bien d'avoir entrepris la vie de pallicare; je éif&f^h sâvoif le gtec^ et je n'en comprends pas un mot.
h langue <hi penple étant toiït à fait éàÊféreaiè èe celle éei gim instruits. En outre ^ le désordre c[tti rè^ér âmtê ¥uf^ mée grecque est a£Freux et ne laisse ries h espéter. w M. Edouard Grasset lui dit : u Venez à la batterie avec nous, n Santa-Rosa répondit: » Non, je resterai ici; je veux voir les Turcs de plus près. » A ces mots, ils se sëpairèrent.
Je n'ai pas rencontré un Grec ayant pris part k la campagne de 1825 qui ne m'ait parle avec ad* miration de la conduite de Santa-Rosa* Je n'h^sitaî donc pas a écrire au gouvernement grec, dans îa personne du prince Maurocotdatù, pour demander que le ilçm de Santa-Rosa fût donné i l'endroit de File de Sphactérie où il avait été tué; je demandai, en outre, qu'un tombeau modeste lui fût élevé dans le même lieu, et que le gouvernement me permît de faire élever ce tombeau 11 mes frais, pour qu'au moins j'eusse la consolation d'avoir rendu ce dernier devoir à l'homme démon temps que j'avais le plus respecté et chéri « Je n'ai jamais reçu de réponse à cette demande; mais, en même temps que je m'adressais au gouvernement gtec, j'eus le bon esprit d'écrire au colonel Fabvier, pour lui recommander la mémoire de notre ami. Celui-là était fait pour me comprendre. Aussi, dès que l'aribée française, commandée par le maréchal Maisoli, eut délivré le Péloponèse et l'île de Sphactérie de l'invasic^i égyptienne, le co-
lonel Fabvier s'empressa d'acquitter notre dette commune en élevant à Santa-Rosa, au lieu même où il passe pour avoir été tué, à l'entrée d'une caverne située dans l'île, un monument avec cette inscription : « Au comte Sawctorre de Sawta- RosA, TUÉ LE 9 MAI 1825. » Le gouvernement grec n'y prit aucune part ; mais le peuple et surtout les soldats français mirent l'empressement le plus vif à seconder le digne colonel dans cet hommage rendu h la mémoire d'un homme de cœur.
Et moi aussi, jaloux de payer ma dette à une mémoire vénérée, n'ayant point d'autre monument à lui élever^ j'ai voulu du moins attacher son nom à la partie la moins périssable de mes travaux, en lui dédiant un des volumes de ma traductien de Platon. Qu'il me soit permis de reproduire ici cette dédicace
A LA MÉMOIRE
DU GOMTK
SANGTOUUE DE SANTA-UOSA^
N£ a SAYILLANO, le 18 SEPTEMBRE 1783,