‹ Fragments littérairesChapitre 19 sur 56 · DISCOURS PBONONCÉ AUX FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

DISCOURS PBONONCÉ AUX FUNÉRAILLES

bles leçons où dans une clarté suprême s'unissaient sans e£fort les grâces de Montaigne, la sagesse de Locke, et quelquefois aussi la suavité de Fénélon? M. Laromiguière éclairait, charmait , entraînait. Sa parole exerçait une fascination véritable. J'ai vu des hommes vieillis dans ces méditations s'imaginer, en entendant H. Laromiguière, que leur esprit s'ouvrait pour la première fois à la lumière, tandis qu'à côté d'eux les plus simples, trompés par cette lucidité merveilleuse, croyaient comprendre parfaitement les plus profonds mystères de la métaphysique.

Si un petit nombre d'entre vous , messieurs , ont assisté aux triomphes du professeur, du moins vous avez tous connu l'homme, et l'aménité de son commerce a pu vous donner quelque idée du charme de sa parole. La bonté de M. I^aromiguière était proverbiale. 11 aimait tendrement les hommes, et surtout la jeunesse ; mais il n'aimait pas moins l'étude et la retraite, et il s'y complaisait. Sa vie a traversé, innocente et paisible, les orageuses vicissitudes de notre époque, et il s'est éteint plein de jours, au sein de la vénération publique, en possession d'une belle et pure renommée.

Adieu, ô le plus indulgent des hommes I ô le plus aimable des philosophes ! Tant que le goût de la saine philosophie et de la vraie sagesse dureront parmi nous, à l'Académie, à la Faculté des lettres, à l'École normale, ton nom ne sera jamais prononcé qu'avec respect et avec amour ; et s'il est permis à celui qui

DB M. LAROMIGUI&BB. 75

porte ici la parole de laisser paraître un moment son émotion personnelle dans l'expression de la douleur des autres, ô toi que, depuis vingt-cinq années, je suis accoutumé à nommer mon maître, ô mon bon , mon vénéré maître, mon vieil ami, cher Laromiguière, tes leçons , ta douce sagesse, ton amitié me seront toujours présentes, et ton souvenir fera toujours battre mon cœur, comme au premier jour où je t'entendis, et comme à cette heure fatale où ta main mourante serra la mienne une dernière fois! Adieu ! Adieu !

DISCOURS

PBOHOHCB

AUX FUNÉRAILEE8 DE M. POISSOIV,

Mt LE HIKISTM M L'IXSTRCCnOH PVBLIQCB,

AU NOM DU CONSEIL ROYAL, Le 30 avril 1840.

J'auraig cru manquer à mes devoirs; gi je n'étais venu moi-même dire un dernier adieu à l'un de mes plu8 illustres confrères de llnstitut et de l'Université.

Nous avons perdu, messieurs, le premier géomètre de l'Europe. Ce titre n'était plus disputé à M. Poissoa depuis la mort de Laplace et de Fourier. M. PoiseoD appartenait à cette grande école de mathématiciens, qui reconnaît pour chefs dans les temps modernes Galilée et Newton, pour qui le calcul n'est qu'un instrument, et dont l'objet est la découverte des lois de la nature. M. Poisson est le disciple direct et l'héritier de Laplace. Son nom demeurera attaché à une foule d'écrits où les problèmes les plus difficiles de la physique mathématique sont abordés avec la méthode

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