‹ Fragments littérairesChapitre 21 sur 56 · DISCOUBS PRONONCÉ AUX FUNÉRAILLES · texte numérisé non relu

DISCOUBS PRONONCÉ AUX FUNÉRAILLES

faisaient preuve de zèle et de goût pour les mathéma^^ tiques. Il répétait sans cesse que les mathématiques ne repoussent personne, mais qu'elles exigent un culte assidu. Il était lui-même Texemplaire vivant de cette maxime. Sans être étranger à aucun des intérêts de la vie, de la société et de la littérature, au fond, il était voué exclusivement aux mathématiques, à leur avancement et à leur propagation : c'était la véritable passion de son àme ; et elle Ta suivi jusque dans les bras de la mort ; car M. Poisson a rendu le dernier soupir sur les épreuves d'un grand ouvrage qu'il corrigeait de sà main défaillante. Il n'a cessé de cultiver les mathématiques qu'en cessantde vivre. Il esttombé en quelque sorte au champ d'honneur, vétéran infatigable de la science. Du moins il faut reconnaître que la patrie avait décerné à M. Poisson toutes les récompenses qu^elle réserve à ceux qui l'honorent. Toute la carrière de M. Poisson a été facile ; son génie pour les mathématiques, déclaré de bonne heure, lui avait gagné d'abord toutes les sympathies. Jeune encore, à l'École polytechnique, ses camarades s'étaient cotisés pour le retenir parmi eux, afin de ne pas priver la science d'une telle espérance. Depuis, il avait été nommé successivement membre de l'Académie des sciences , du Bureau des longitudes, examinateur de l'École polytechnique, conseiller de TUiiiversité, et pair de France comme avant lui l'avaient été Prony, Laplace, Monge et Lagrangc ; et ce m'est une sorte de consolation personnelle d'avoir pu le placer à la tête de la Faculté

Dl M. FOI880N. 7»

des sciences quand H. Thénard accepta d'autres fonctions.

Le Conseil royal de rinstrnciion publique a fait en lui la perte la plus grande qu'il pût faire encore depuis la mort de Cuvier ; mais il nous reste renseignement de sa vie et le reflet de sa renommée. Avoir possédé trente ans M. Poisson est pour TUniversilé un engagement sacré de ne jamais laisser dépérir ou s'affaiblir dans ses écoles Télude des mathématiques , qui n'est pas une médiocre part du patrimoine de Tesprit humain et de la gloire de notre patrie.

Adieu , pour la dernière fois , adieu , notre excellent et illustre confrère ! Nos regards se tourneront souvent sur la place que (u laisses vide parmi nous ; et ton souvenir vivra dans nos cœurs ^ comme ton nom dans rhistoire des sciences !

Do 8 mai 1840.

. (Le Conseil royal de l'instruction publique , désirant consigner dans les procès-verbaux de ses séances un témoignage des profonds regrets qu'il éprouve de la perte de M. Poisson , vient de décider que le discours prononcé par Bf . le ministre de Tinstruclion publique sur sa tombe serait inséré en entier au registre de ses délibérations , et qu'une copie de ce discours et de la présente délibération serait transmise officiellement à la famille de M. Poisson.)

FUmÉRAILLES DE M. LE COMTE DE CESSAQ-

DISCOURS

PBOHOHCi

Page 1