DIS M. DE GÉRANDO
élégant et facile un peu plus de sobriété et de force , et cet ouvrage , digue de Socrate ou de Franklin , sera Tun des meilleurs et des plus bienfaisants de notre siècle.
La bienfaisance , messieurs , la bienfaisance sous toutes ses formes, dans ses applications les plus hautes ou les plus humbles, tel était Tobjet constant de M. de Gérando. H le poursuivait avec une ardeur infatigable. C'était la seule passion que sa sagesse eût peine à contenir et à gouverner. Elle se répandait par toutes les voies , trouvant en elle , comme le véritable amour , des ressources inGnies , se prodiguant sans jamais s'épuiser , et , à mesure qu'elle donnait , aspirant à donner davantage. Quel est Fauteur de ce touchant écrit (t) où une expérience consommée enseigne aux maîtres des plus petites écoles la dignité et aussi les devoirs pénibles de leur utile profession? Est-ce un homme dont la vie ait été exclusivement vouée au saint ministère de l'éducation du peuple ? Est-ce Pestalozxi? Est-ce le Père Girard? Quel est encore celui qui, servant de guide à la Charité , Ta conduite dans la demeure du pauvre , et l'a faite ingénieuse à surprendre toutes les misères pour la rendre habile à les soulager («) ? Qui parmi nous , avec une énergie plus persuasive , a demandé à la charité publique et privée
(1) Cours normal des instituteurs primaires^ ou Directions relatives à l'éducation physique , morale et inteilecluelle dans les écoles primaires, 1832.
(2; le Visiteur du pauvre, édition Hiumait et C% 1839.
9i DISCOURS PRONONCÉ AUX FUNÉRAILLES
de mesurer les heures de travail des enfants , employés dans nos manufactares, sur leur âge et snr leurs forces , et d'accorder au moins à la culture de leur âme quelques instants d^une journée jusqu'alors dévorée par un labeur sans relâche ?
Mais je m'arrête, dans Timpuissance d'indiquer même tous les côtés de la yie de M. de Gérando par lesquels il nous appartient. J'ai écarté en lui le se^ crétaire ou le président de tant de sociétés utiles , l'administrateur de plusieurs grands établissements , le professeur qui a fondé l'enseignement du droit administratif en France, l'ancien secrétaire général da ministère de llntérieur , l'un des vice-présidents da conseil d'État, le pair de France ; je n'ai dû considérer dans M. de Gérando que le membre de notre Académie , et il m'échappe encore de toutes parts par la multitude de ses écrits et de ses services. En voyant ces députations des plus grands corps, ce concours de tant de personnes de toute condition, je me demande si les funérailles de plusieurs citoyens illustres se sont donné rendez-vous dan« cette enceinte. Non, ce sont les funérailles d'un seul homme, mais d'un homme à qui rien d'humain n'était étranger. vous qui ne voulez voir dans la philosophie que le mal qu'elle peut faire en s'égarant, venez apprendre ici quel dévouement peut inspirer aussi cette religion de la raison et du cœur !
Adorateur de Dieu, ami des hommes, M. de Gérando a passé sur la terre en faisant du bien, et il s!est éteint
DB M. DE «ÉBANDO. 95
doucement , satbfail de sa destinée « r^rdant avec une modeste assurance les souvenirs de sa longue vie, et rempli des meilleures espérances. La section de philosophie perd en lui le seul nom illustre qui lui restât de tant de noms illustres : elle n'est plus composée que d'hommes nouveaux. Mais leur fidélité à ces mémoires vénérées les soutiendra, et ils penseront souvent à M. de Gérando pour maintenir et animer en eux le sentiment de la dignité de la philosophie , et s'efforcer sans cesse de représenter en leurs travaux les deux qualités du vrai philosophe, de Thomme éminent qu'ils ont perdu : l'indépendance et la modération.