HUIT MOIS
kV HimSTiBI
DE L^IWSTRUCTIOW PUBLIQUE*
Le ministère du l**^ mars s'est retiré sur la questtcv d'Orient. La conduite qu'il voulait suivre en celle circonstance difficile peut être diversement jugée; mais, si nous n'en sommes pas arrivés aux pkis maavais jours du bas-empire, qui pourra le blâmer d'avoir relevé la marine et l'armée , d'avoir porté l'une et l'autre au grand pied de paix qui convient à un pays placé dans notre situation géographique et politique, et, à défaut du rempart de l'Océan, d'avoir mis du moins sur le cœur de la France la cuirasse impénétrable des fortifications de Paris ?
Oui , j'ai concouru , et de grand cœur, à ces mesures, et , quoi qu'il arrive , je m'honorerai toujours d'y voir mon nom attaché pour sa faible part. Mais dans le cabinet du !*■' mars j'avais encore un rôle spécial où ma responsabilité personnelle est surtout engagée : ce sont surtout mes actes comme ministre de l'instruction publique et grand maître de l'Univer-
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«ité qui m'appartiennent. Dans la retraite , ou pour longtemps je suis renfermé , et dans les loisirs qu'elle me fait , j'ai voulu recueillir ces actes et les présenter dans leur ensemble au jugement de tous ceux qui, en France et en Europe, s'intéressent à la grande affaire de l'éducation publique.
le suis arrivé au ministère après une longue étude des matières d'éducation, avec des desseins bien connus et exposés dans mes deux ouvrages sur l'instruction publique en Allemagne et en Hollande. Voici ce ce que je disais dans l'avant-propos de la troisième édition de mon Rapport sur l'instruction publique en Allemagne (i), édition qui paraissait en même temps que j'entrais dans les conseils de la couronne : < Puis-
< qu'en ce moment la confiance du Roi m'appelle à
< la tète du ministère de l'instruction publique, je t n'ai point à imaginer des théories nouvelles, je n'ai
< qu'à pratiquer celles que j'ai moi-même proposées c et dans cet écrit et dans mon ouvrage sur la Hol-
< lande (s)|, qui sert de complément à celui-ci. L*U-' c niversité de France , telle qu'elle est sortie de
< l'esprit de son fondateur, forme un système simple c et puissant qu'il faut défendre contre les attaque»
< de la passion et de l'ignorance, en le développant
(f ) De l^irutruetion publique dcms guelques pays de l'Allemagne et particulièrement en Prusse, Bruxelles,, édition Hadman et C«, 2 vol. iDl8,1838.
(9) De l'instruction publique en Hollande t édilio» HAUSANetC«, 2 vol. in-18, 1841.
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< sans le déformer, en l'enHcbîssaDt d^un eèrtam 4 nombre d'institutions empnintées à rexpérîenoe « générale, et que nous pouvons perfectionner eneore
< en les transportant parmi nous. Ce que j'ai dit, je 4 le ferai ; ce que j'ai conseillé , je rexécuterai moi* € même ; et j'espère que je n'oublierai jamais que je. « ne suis pas arrivé au poste où le Roi m'a appelé f pour ma satisfaction personnelle, mais pour le pro» f grès de la plus grandecaase du dix-neuvième ûèck, f celle de l'instruction publique. »
Âi-je rempli ces engagements publiquement con^ tractés? ne suis-je pas resté trop au-dessous de Ift con« fiance du Roi , de celle de mes collègues? Le recueil de mes actes répondra pour moi.
J'aTOuerai d'abord que, comme ministre, j'ai très* peu fait pour l'instruction primaire.
L'éducation du peuple était le premier dcToir de It révolution de juillet. Dans les premières années de cette révolution, tous mes efforts comme conseiller de l'Université, comme écrivain, comme pair de France» ont été tournés de ce cété. C'est pour préparer une bonne loi sur cette matière que j'allai étudier l'organi^sation de l'instruction primaire en Allemagne, et par^ ticulièrement en Prusse, où cette partie de l'instruc* tion publique est si florissante. Je crois pouvoir dire que mes travaux n'ont pas été inutiles à la loi de 1853 ; j'ai été le rapporteur de cette loi à la chambre des pairs, et je n'ai cessé de concourir activement h son développement et à son exécution. La loi de 1853 peut
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avoir quelques défauu de déuil ; mais elle a le nié- Hle de former uo système un et complet , dont toutes les parties se soatieunent les unes les autres ; elle a de plus un caractère essentiellement pratique. Aussi a-t-ellefaitun bien immense ; ce bien continue chaque jour ; il faut le laisser se répandre et s'accroître sans le troubler par des innovations prématurées. Remuer sans cesse une législation, quand elle est bonne généralement , c'est en diminuer raiitorité r c'est lui en- IcTcr le respect dont elle a besoin , car le respect^ne s'auache qu'aux choses qui durent. En Hollande, la loi de 1806 est encore intacte; en Prusse, la loi de iÂ49 n'a pas même été perfectionnée; laissons donc notre loi de 1855 s'enraciner dans le sol emporter tous les fruits dont eHe contient le germe.
Cette loi a établi des commissions d'examen en possession exclusive de conférer les brevets de capacité pour les écoles publiques et privées : fortifions sans cesse ces commissions , entretenons leur zèle , inspirons-leur une juste sévérité ; car si elles se relâchent, si, par une indulgence mal entendue, elles deviennent trop faciles et accordent légèrement le brevet de maître d'école, c'en est fait de toute l'instruction primaire, qui repose en dernière analyse sur l'excellence des instituteurs.
Pour assurer au pays de bons instituteurs et des candidats qui puissent se présenter honorablement à de sérieux examens , la loi de i 85«^ a fondé les écoles normales primaires , institutions à la fois bienfaisantes
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•et périlleuses , qui peuTent faire ou beweoup de bî^ on beaucoup de mal , dignes des bénédieiions de tous les vrais amis du peuple si elles forment des maîtres d'écoled'une inslruction bornée mais solide* nodestes* patients , attachés à leur humble et sainte profeesiott. Ayons les yeux toujours ouverts sur les écoles normales primaires ; c'est là qu'est particulièremeol nécessaire une administration ferme et vigilante.
Le ressort le plus puissant peut-être de riostruotion primaire est Tinspection , celle surtout qui se fait au nom de TÉiat par les inspecteurs primaires. Moins ces fonctionnaires seront chargés de soins étrangers à leur mission , plus on pourra exiger d'eu^ qu'ils la remplissent exactement. J'ai tout fait pour les délivrer du travail ingrat de tant et tant d'écritures sous lesquelles ils succombent , et qui les transforment en hommes de bureau au lieu d'être des hommes d'intelligence et d'action. J'ai plusieurs fois écrit à M. le ministre des finances pour qu'il voulût bien transporter à ses agents le soin des écritures relatives à la participation des instituteurs aux caisses d'épargne. Je souhaite vivement que la négociation entreprise à cet égard réussisse, ie me suis surtout opposé à la chambre des pairs, et devant une commission de la chambre des députés, à ce qu'on employât nos instituteurs primaires à la surveillance de la loi faite ou à faire sur le travail des enfants dans les manufactures. 11 faut arriver à avoir un inspecteur primaire par arrondissement , et que dans cet arrondissement , comme en
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Pnitte el sartout en Hollande , rinspecteur soit TAme de réducatioD du peuple à tous ses degrés ; qull conoaisse persmraellement tous les instituteurs, au moins tons les instituteurs publics ; qu'il soit leur conseiller assidu, en quelque sorte leur directeur spirituel et aussi leur intermédiaire bienveillant auprès des autoniés locale et du recteur de TÂcadémie : et pour cela il faut , comme en Prusse el en HoHande , que ce soit OQ bomme ayant déjà par lui-même , soit par sa fortune, soit par des fonctions antérieures bonorablement remplies, de la considération et une certaine autorité ; surtout il faut qu'il soit libre de tout autre soin , et qu'il puisse se donner corps et &me à l'éducation du peuple. Les instituteurs réclament contre la modicité de teur traitement fixe et la presque nullité de leur traitement éventuel. Âi-ja besoin de k^péter ici ce que j'ai dit si souvent , que l'instituteur doit être content de sa profession pour la bien exercer ; que cette profession ne peut attirer à die , comme dans les deui^ pays si souvent cités , des hommes honorables qu'autant qu'elle pourvoira aux nécessités de la vie ? U faut donc améliorer la condition des instituteurs; mais comment, et dans quelle mesure? Je n'hésite point à dire qu'il ne faut pas songer d'ici k longtemps à élever le traitement fixe ; ce serait accablei^ les communes déjii chargées de tant de dépenses obligatoires. Selon moi , il suffît d'abord de rendre le traitement éventuel , la rétribution scolaire réelle et effective. La loi donne aussi aux conseils municipaux
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un double pouvoir : i<» déterminer chaque année le taux de la rétribution scolaire ; 2«^ dresser une liste d'enfants dont les familles , à titre d'indigence , sont exemptées de cette rétribution. Sur quoi il arrive qu'un très-grand nombre de conseils municipaux abaissent beaucoup trop la rétribution et prodiguent les exemptions , ce qui annule à peu près le traitement éventuel et ruine le maître d'école. Le moment est venu de porter remède à ce mal. Tous les instituteurs deman* dent , et je demande avec eux , que les arrêtés des conseils municipaux sur les deux points mentionnés soient soumis à l'approbation des sous-préfets ou des préfets qui puissent prendre en main les intérêts dés maîtres d'école. Une modification de Farlicle i 4 de la loi de 1835 pourrait donc être présentée aux chambres ; elle suffirait aux seuls besoins pressants que l'expérience indique , et rendrait la condition des instituteurs publics au moins supportable. Car enfin il n'y aurait pas une commune rurale en France où le maître d'école n'eût , au nom de la loi , un logement convenable dans la maison même de l'école , ordinairement avec un petit jardin , un traitement fixe de 200 francs par an , un petit traitement éventuel sur lequel il pourrait compter, indépendamment de ce qu'il peut gagner encore à l'aide des divers services qu'il rend à la commune. Ce n'est pas là , dans un village, une très -mauvaise condition; et dans les villes , on sait que la rétribution scolaire est fructueuse , et que presque toujours le conseil municipal^
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quand il le peut , accorde à Tinslituteur public un Iraiiement supplémentaire double ou triple du traitement Bxe.
J'avoue donc que je n'avais en vue aucune autre modification législative en fait d'instruction primaire. Quand on possède une bonne loi , d'excellentes ordonnances « d'excellents règlements généraux , que reste-t-il à faire , sinon de les exécuter et d'administrer ? L'impulsion a été une fois donnée , et bien donnée ; il ne s'agit plus que de la continuer.
Le seul point dans l'instruction primaire où j^aie voulu mettre particulièrement la main, oili j'aurais ardemment désiré réussir, mais où le succès n'est promis qu'à une action persévérante et infatigable, poursuivie pendant plusieurs années , ce sont les écoles primaires supérieures.
Les écoles primaires supérieures forment la partie la plus nouvelle de la loi de d853. Je n'avais pas été le dçrnier à réclamer une instruction intermédiaire entre les écoles élémentaires, telles qu'elles étaient sous la restauration, et nos collèges, c En France, i disais-jeen i83i au ministre de l'instruction publique» dans mon rapport sur la Prusse (i) , c en France , l'instruction primaire est bien peu de chose ; et entre celte instruction et celle de nos collèges, il n'y a rien : d'où il suit que tout père de famille, même dans la partie inférieure de la bourgeoisie , qui a l'honorable désir de donner à ses enfants une éducation convena- (1) Bruxelles, édition Hauhan et C«.
im tLtlT MOlâ AO iflNlSTÉRE
ble, ne peut le faire qu^en les envoyant au collée. H en résuite de graves inconvénients. En général, ces jeunes gens , qui ne se sentent point destinés à une carrière élevée^ font assez négligemment leurs études ; et quand, après des succès médiocres, ils rentrent veré dix7huit ans dans la profession et les habitudes de leur famille, comme rien dans leur tie ordinaire ne lenf rappelle et n*entretient leurs études passées, quelques années ont bientôt effacé le peu de savoir classique qu'ils avaient acquis. Souvent aussi, ces jeunes gens contractent au collège des relations et des goâts qui leur rendent difficile ou presque impossible de reu-^ trer dans Fhumble carrière de leurs pères : de là une race d'hommes inquiets, mécontents de leur position^ des autres et d'eux-mêmes, ennemis d'un ordre social où ils ne se sentent point à leur place, et prêts à se jeter avec quelques connaissances, avec un talent plus ou moins réel et une ambition effrénée , dans toutes les voies ou de la servilité ou de la révolte. . • .
• Assurément
nos collèges doivent rester ouverts à quiconque peut en acquitter les charges ; mais il ne faut pas y appeler indiscrètement les classes inférieures, et c'est le faire que de ne point élever des établissements intermédiaires entre les écoles primaires et nos collées. L'Allemagne, et la Prusse en particulier, sont riches en établissements de ce genre. J'en ai signalé et déctît plusieurs en détail à Francfort, à Weimar, à Leipzig ; et la loi prussienne de 1819 les consacre. Vous voyez
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que je veux parler des écoles dites bourgeoises, Burgerichulen^ nom qu'il est peut-être impossible de transporter en France , mats qui est en lui-même exact et Vrai par opposition aux écoles savantes, Gelehrleschulen, appelées en Allemagne gymnases, et parmi nous,
collèges L'école élémentaire doit étire une ;
car elle représente et elle est destinée à nourrir et à fonifier Fiinité nationale ; et , en général , il n'est pas bon que la limite fixée par la loi pour renseignement de récole élémentaire soit dépassée. Mais il n'en est point ainsi pour uhe école bourgeoise ; car dblle-ci est destinée à une classe toute différente : il est donc naturel qu'elle puisse s'élever en proportion de l'importance des villes pour lesquelles elle est faite. Aussi récole bourgeoise a4-elle^ en Prusse, des degrés bien différents, depuis le minimum fixé par la loi jusqu'au degré où elle se lie au gymnase proprement dit. . .
• Les écoles bourgeoises allemandes, un
peu inférieures à nos petits collèges communaux pour les études classiques et scientifiques ; leur sont fort supérieures pour l'enseignement de la religion , de la géographie^ de l'histoire, des langues modernes, de la musique, du dessin et de la littérature nationale. Selon moi, il est de la plus haute importance de créer en France, sobs un nom ou sous un autre, des écoles bourgeoises dont le développement soit très-varié, et de réformer dans ce sens un certain nombre de nos collèges communaux. Je regarde ceci, monsieur le ministre, comme une affaire d'Ëtat.
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En Prusse , les noms d'éeole étémentaire et d'école bourgecnse, comme représentant le plus faible et le plus haut degré de Finstruction primaire, sont popu*laires ; celui d'école intermédiaire, Millehehule, est aussi employé dans quelques parties de TÂllemagne. Voyez, monsieur le ministre, si ce nom ne pourrait pas être adopté parmi nous... i
On voit quelle importance j'attachais dès 1831 à hi fondation d'une instruction intermédiaire entre les écoles populaires proprement dites et nos collèges ; et j'insistai tivement pour que cette instrucdon inter** médiaire ïût établie dans la loi sous le nom même q«i lui appartient , qui l'explique à tous les esprits , et pourrait plaire à la vanité des familles, en substituant à nos collèges des établissements d'un ordre distingué, qu^il est impossible de confondre avec les écoles èlé^ mentaires. Mais tout le monde ne fut pas de cet avis« et je dois remercier publiquement M. Guizot d'avoir eu le courage de déporter au moins dans la loi un germe que le temps et des soins habiles peuvent développer. Ce fut là la tâche que je me donnai à moi-même, reb* tivement à l'instruction primaire. Pour faire apprécier les bienfaits de la nouvelle institution, je me proposai de former un certain nombre d'établissements modèles de ce genre dans les dix villes du royaume qui paraissaient s'y prêter le mieux , Paris , Lyon , Bordeaux , Rouen, Marseille, Strasbourg, Nantes, Caen, Orléans et Lille. Je m'eflbrçai d'imprimer à cette partie du service une impulsion sérieuse qui, je n'en doute pas,