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lettres et des sciences ont été nommés celte année : ils sont aujourd'hui en exercice à Paris et en province. De leur côté , les agrégés des Facultés de droit ont demandé et obtenu la permission de faire des cours complémentaires sur des points importants et négligés de la science juridique. Si donc on sait se servir de cette institution, elle rendra en France les mêmes services qu'en Allemagne : elle vivifiera continuellement renseignement supérieur. Car il ne faut pas s'y tromper : pour renseignement comme pour la guerre , ne comptez que sur la jeunesse. Au bout de quinze ou vingt ans d'enseignement , j'entends d'un enseignement assidu et un peu éclatant, un homme est usé. li peut avoir son mérite et son utilité encore, mais il n'a plus le feu sacré. Il faut donc toujours, auprès d'une Faculté, un certain nombre de jeunes gens pleins d'ardeur et môme d'ambition , qui représentent le mouvement comme les vieux professeurs représentent la stabilité. Ces deux éléments sont également nécessaires dans une Faculté comme ailleurs. Les agrégés ne sont pas faits, il est vrai, pour l'agrément des vieux professeurs , qui redoutent de jeunes rivaux ; mais ces jeunes rivaux mûriront avec l'âge, et feront à leur tour des titulaires pleins d'autorité. Ils donnent d'abord à la jeunesse une vive impulsion, en attendant qu'ils aient acquis le droit de la contenir.
Un des résultats futurs de l'institution des agrégés de facultés nommés d'après un concours public, sera la suppression du concours pour les professeurs litu-
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laires dans les deux facultés de droit et de médecine. Celte suppression^ que j'ai moi-môme demandée (i)^ qui a été réclamée par tous les esprits impartiaux, était arrêtée dans ma pensée ; mais je ne pouvais guère la réaliser que par une loi, et cette loi, je ne pouvais la présenter aux chambres qu^aprè^ que l'agrégation aurait acquis toute la popularité qu'elle mérite : alors il eût été évident que le ministre, qui avait établi spontanément les concours de l'agrégation, ne voulait pas supprimer ceux du tiiulariijil en baine des concours en général. Les concours sont admirables pour la jeunesse ; ils ne conviennent point pour l'âge mûr, et ii faut qu'un titulaire ait déjà un certain âge et une belle renommée. Les renommées fuient les concours qui leur paraissent au-dessous d'elles : elles ne sont pas tentées de comparaître un peu en suppliantes devant un tribunal composé de juges où elles n'aperçoivent pas toujours des égaux , encore moins des supérieurs. 11 ne faut pas non plus qu'une faculté se recrute ellemême sans aucun contrôle ; car, supposez une majorité composée une fois ou de gens de parti ou de gens médiocres, on ne sait jusqu'où les choix pourront s'abaisser ou s'égarer ; tandis qu'une présentation de la faculté, balancée par une autre présentation, celle d'une académie de l'Institut, par exemple, en laissant au choix di\ ministre une certaine latitude, nécessaire
(t) De Pinstmetion publique dan* quelques pays de l'Allemagne y édition HAnaAii et C». — De IVnslruction publique en Hollande^ ihid.
m BDIT MOIS AC MINISTÈBE
fondement de sa responsabilité, est infiniment ploi fsivorable aux grandes candidatures.
5* Si rinstitutiondes agrégés anime Tenseignem^it, celle des prix de facultés anime les études. Ici eneore j'ai été guidé par l'exemple des écoles de médecine et par la pratique de TAllemagne confirmée par celle de la Hollande (i). Déjà même deux facultés de droit, celles d'Âix et de Poitiers , avaient fondé quelqoes prix dont la libéralité des conseils des départemeaU faisaient les frais. De ces précédents isolés, j^ai tiré une institution générale pour toutes les facultés de droit du royaume ; et cette institution , mise immédiatement à exécution, a produit d'abord les meillesrs fruits. La distribution de ces prix s'est faite parUMl avec une solennité utile (3). Grâce à la piense manificence d'une mère admirable (s), les prix de la Faculté de Paris sont dignes de faire naître de sérieoi travaux. Si dès la première année nous avons eo de si beaux résultats, que ne faut-il pas attendre de l'avenir? Les jeunes gens qui remporteront les prix à la liceoee seront attirés aux examens du doctorat, puisque cet examen et les inscriptions qui y donnent accès ne lev coûteront rien. Une fois docteurs, ils songeront nats-
(t) De nnsimethn publique en Allemagne > — De Pûtstruction pubOque en Hollande,
(S) Lisez, daos le Journal de l'Instruclum pubêigue, les rapiMNts sur les concoors des étudiants daas les divenes Facultés de droit.
(3; M-«deBeaumoDl,p.245-^t.
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rellemeni à se présemer au concours pour les prix du doctorat. Voilà donc plusieurs années de solide travail ménagées à la jeunesse. Ajoutez que, pour autoriser davantage cette utile innovation, M. le minis* tre de la justice et M. le ministre des finances ont établi de sages privilèges en faveur des lauréats des écoles de droit ; de sorte que cette institution, qui est d*hier, semble aujourd'hui presque consacrée (i).
Les prix, dads les facultés des lettres et des sciences, sont des remises de frais assez considérables d'examens et d'inscriptions pour les candidats qui se distinguent dans les concours de licence et dans les épreuves du doctorat {2).
Je n'insisterai pas sur quelques autres mesures qui se lient à celle-là. Ainsi, puisque la licence et le doc-* torat es lettres tirent une nouvelle importance des récompenses qui y sont affectées, il fallait d'autant plus volontiers constituer convenablement ces deux épreuves et en surveiller les résultats. De là le devoir imposé à toutes les facultés des sciences et des lettres d'adresser au ministre un rapport sur les épreuves du doctorat et de la licence, et Texamen de ces rapports en conseil royal, ce qui souvent donne lieu à des ob* servations du conseil qui, adressées aux facultés, servent à exciter leur zèle et leur juste sévérité (3). La même règle a été appliquée au doctorat en droit ('»)•
(1) Recueil, pages 217-229.
(2) Pages 230-233.
(3) Pages 234, 239-244. - (4) Page 263.
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Pour tous ee» examens, Tusage de la langue latine a éAé aboli, même pour les exercices relatiCi an droit romain (i). Enfin, un cours d'introduction générale ^ rétude du droit a été établi dans toutes les écoles pour les élèves de première année, à Paris, par une chaire spéciale, ailleurs, soit par des cours complémentaires faits par des agrégés, soit par un certain nombre de leçons préparatoires placées au début du cours de droit civil (t).
Pour la médecine , je crois Tavoir servie en asso* rant , par des privilèges modérés , l'avenir des écoles secondaires de médecine qui forment le premier degré de renseignement médical , en faisant entrer les écoles de pharmacie dans le cadre universitaire , et en donnant à ces écoles une organisation commune qui répond à rimportance de leur objet. Ces deux ordonnances ont prouvé au corps médical ce que j'aurais osé faire si une plus longue durée m'eût été donnée (s).
Il me reste à dire un mot de cette partie du ministère de rinstruction publique qui comprend les éublissements littéraires et scientifiques placés en dehors de l'université proprement dite, et l'emploi des fonds consacrés à l'encouragement des sciences et des lettres.
Il n'y a qu'un seul moyen d'être utile à l'Institut de France , c'est de lui fournir l'occasion de s'honorer par de nouveaux services. La révolution de juillet avait
(1) Pages 354-257.
(2) Pages 258 363.
(3) Pages 312-339.
DB L'iNSTRCCmOlf PCBLIt^B. iSS
rétabli rAcadémîe des sdences morales et poltti^oes , supprimée en i805 ; pour achever ce grand acte de réparation, auquel je suis fier d'avoir concouru , j'ai voulu mettre la nouvelle académie au niveau de toutes les autres, en la chargeant d'écrire l'histoire des sciences qui forment son domaine depuis 1 789, comme chacune dés académies de l'Institut l'avait fait pour les sciences diverses qui leur sont confiées. L'Acadé*mie a noblement répondu à cet appel ; déjà les travaux des différentes sections sont commencés, et je me flatte que l'ordonnance du 20 mars i840 fera naître un ouvrage digne d'être placé à côté des beabx rapports de Dacier, de Delambre et de Cuvier, une grande page de l'histoire de l'esprit humain dans une de ses époques les plus agitées et les plus fécondes (i).
Quand je suis venu demander à la chambre des députés un modeste crédit de 5,000 frahcs pour la création d'une chaire nouvelle au collège de France , consacrée à l'enseignement de la langue et de la littérature slave , je rencontrai des objections de plus d'un genre (s). Où sont-elles aujourd'hui , devant le savant et brillant enseignement de M. Mickiewitz? En donnant à la France une chaire de slave et M. Mickiewitz, je crois avoir rendu à la France et aux lettres un double service. Mon dessein , je ne le dissimule pas , et M. de Gérando , à la chambre des pairs , m'a déjà un peu
(1) Pages 351-359.
(2) Pages 268-272, 281 sqq.
FMA«HEiiTt iirrii. — T. I. 16
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Irahi, moD tiessein était de demander à la session piocbaine , un nouveau crédit de 5,000 francs pour établir à ce même collège de France une chaire de langue et de littérature germanique ; et je n'étais pas sans espérance de séduire M. Grîmm , comme j'avais fait M. Mickiewiu (i).
Pour les souscriptions, ma règle a été bien simple : n'en accorder sons aucun prétexte qu'à des ouvrages sérieux, honorables au pays, onéreux à leurs auteurs. On peut voir dans ce recueil la listé des ouvrages auxquels j'ai appliqué les souscriptions du gouvernement (3).
Les encouragements aux savants et aux gens de lettres se divisent en deux classes : les simples secours une fois donnés , et les indemnités qui autrefois s'appelaient indemnités annuelles , et qu'on appelle aujourd'hui indemnités éventuelles, de peur de leur donner le caractère de pension, quoiqu'elles se renouvellent ordinairement, sauf des cas très-rares. J'ai suivi la vraie maxime en cette matière , celle qu'avait rappelée l'honorable rapporteur du budget à la chambre des pairs , M. d'Audiffret : moins de secours , el plus d'indemnités sérieuses pour des titres sérieux. J'ai repoussé l'idée de détruire arbitrairement ce qu'avaient fait mes prédécesseurs et de porter le deuil ou l'effroi dans l'àme de tant de personnes estimables en les frappant subitement , parce qu'elles n'avaient
(1) Rapport de M. de Géraodo, p. 383 sqq.
(3) Pages 360^2.