SUB DOMAT
i On JQge aussi témérairement en bien qu'en mal. Il y a du péril en Tun et en Tautre. Si on juge mal en mal, on blesse la charité ; si on juge mal en bien, on blesse la vérité ; c'est-à-dire que , jugeant mal d'une bonne action , on fait tort à son prochain , et que jugeant bien d'une mauvaise action , on fait tort à la vérité.
€ Les lonangês, quoique fausses, quoique ridicules, quoique non crues , ni par celui qui loue, ni par celui qui est loué , ne laissent pas de plaire; et , si elles ne plaisent par un autre motif, elles plaisent au moins par la dépendance et par l'assujettissement de celui qui loue. »
Si les deux pensées suivantes étaient plus travaillées pour le tour et l'expression , on les attribuerait aisément à celui qui a pris la défense des répétitions et qui réduisait toute la poésie à dès figures , fatal lau-^ riery^ bel astre.
c On hait si fort les redites que , quand elles sont nécessaires , on veut au moins à chaque fois être averti que c'est une redite: dans le palais, ledit y ladite; c'est l'excuse de celui qui redit. .. Mais d'où vient cette baioe des redites? La nouveauté et l'ennui des mêmes choses. L'orgueil y a sa part ; car il y a apparence qu'on veut inculquer par redites, et qu'on n'aime pas paraître dur à comprendre. *
c La poésie a d'ordinaire plus d'éclat et plusd'agrément que la prose ; mais ce n'est que comme les grotesques dans la peinture : ce qui y plall est plus sur-
FlifiMBHTS LITTBB.
t5« DOCUMENTS INtDITS
prenant , mais assurément moins solide et moins beau que le naturel, i
Maximes toutes empreintes de Tesprît de Port- Royal , et qui auraient pu échapper k la plume de Pascal dans un moment de n^ligence :
c Aujourd'hui la dévotion et la vertu sont choses fort différentes.
c II est bien à craindre que les dévotions extérieures de ce temps, scapulaires , etc. , ne soîent dans la nouvelle loi ce qu'étaient dans Tancienne les traditions superstitieuses des pharisiens , par lesquelles et soas prétexte desquelles ils quittaient Tessentiel de ia loi , s'imaginant qu'ils étaient purifiés par ces cérémonie».»
Voici les fondements mêmes de ce qu'en pourrait appeler la logique et la philosophie de Pascal :
< Nous n'agissons pas par raison , mais par amour , parce qi|e ce n'est pas Tesprit qui agit , mais le cœur qui gouverne , et toute la déférence qu'a le cœur pour l'esprit est que , s'il n'agit pas par raison , il fkit au moins croire qu'il agit par raison.
c U y a deux manières de venir à la connaissance de la vérité , l'une par dén^onsiration , et l'autre par des vraisemblances qui peuvent venir à un tel point y que la preuve en soit aussi forte que 1^ démonstration, et même plus touchante , plus persuasive et plus convaincante : par exemple , on est plus peranadé qu'on mourra , quoiqu'il n'y en ait pas de démonstration , que de toutes les vérités ëlËuclide.
c 11 est impossible d'avoir des démonstrations des
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vérités de notre rel^;ton , car il arriverait deux ehoses , Tune qae tout le monde Fembrasserait , Tautre qu'il n'y aurait pas de foi, qui est la voie par laquelle Dieu a voulu nous unir à lui. i
Est-ce Tauteur des Lois civile» ou celui des Pen^ séet qui a tracé ces lignes où Fesprit , rbumeur et la mélancolie, se confondent dans une originalité si touchante ? Ce peu de lignes nous font pénétrer dans Tàme de Domat, et nous découvrent sa grandeur et ses fl»iaères, son austérité et ses caprices, Tuno etTautre face de la médaille , Thomme tout entier.
c L'esprit sans piété ne sert qu'à rendre misérables ceux qui en ont , ce qui arrive en bien des manières, et entre autres par la peine qu'il y a à souffrir les sots.
< Ce n'est pas une petite consolation pour quitter ce monde que de sortir de la foule du grand nombre des sots et des méchants dont on est environné.
c Toutes les sottises et les injustices que je ne fais pas m*émeuvent la bile.
c Je ne serais ni de l'humeur de Démocrite ni de celle d'Heraclite ; je prendrais un tiers parti pour mon naturel , d'être tous les jours en colère contre tout le monde.
•c Quelle satisfaction peut-on avoir de ne voir que des misères sans ressources ? Quel sujet de vanité de se trouver dans des obscurités impénétrables ?
( Un peu de beau temps, un bon mot, une louange, une caresse , me tirent d'une profonde tristesse dont je n'ai pu me tirer par aucun effort de méditation.