DU PRÉSIDENT
Messieurs ,
Celte séance annuelle des cinq académies de llnslitul est comme le symbole de Tuniié de ce grand corps. Cette unité n'est pas le fruit de circonstances passagères, c'est la conquête sérieuse et durable de plusieurs siècles : elle s'est formée peu à peu, comme celle de la France, avec le progrès de la puissance publique et parTinslinct heureux du génie français. Dans la plupart des pays de l'Europe , les individus , les communes, les provinces semblent se complaire à vivre d'une vie qui leur soit propre ; en France, une généreuse
DISCOURS d'OUVBRTUBE. 39
sympathie, qoi est Fesprit même de la société humaine, tend sans cesse à tout rapprocher et à faire de la nation entière un seul homme qui grandit toujours. Le même génie qui porta si haut la royauté sur les ruines des pouvoirs anarchiques qui divisaient et tourmentaient la France, eut aussi la pensée de donneraux lettres leur magistrature, et en quelque sorte un gou- Ter nement qui pût influer heureusement sur les destinées de la langue et du goût. Fidèle héritier de tous les desseins de Richelieu, Louis XIV ajouta à l'Académie Française les académies des inscriptions et belleslettres , des sciences physiques et mathématiques. La révolution de 1789 , qui acheva Tœuvre de ces deux grands hommes, en mettaut la dernière main à la centralisation dans Tordre civil, devait la porter dans Tordre scientifique et littéraire ; et d'académies sans aucun lien entre elles, elle a fait Tlnstitut de France , c'est-à-dire la représentation de toutes les parties des connaissances humaines dans un conseil où toutes les sciences, tous les arts ont leurs interprètes, et dont Tunité exprime celle de la patrie commune et celle aussi de Tesprit humain. Une habile organisation , successivement perfectionnée , a déterminé les attributions de chaque académie en maintenant et en fortifiant les liens qui les unissent. Non, elle n'est pas Taine , cette fraternité dont nous nous honorons, qui fait asseoir Gérard à côté de Cuvier , et donne une place égale dans le même sanctuaire à Timagination , âu savoir, à la raison, à toutes les gloires de Tintelli-
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gence. On dii encore bien du mal des académies» mais on désire toujours en ôlre ; on s'agite même un peu pour cela : chaque place est vivement disputée. Quelle renommée avons-nous écartée ? quels progrès avons-nous arrêtés ? quelle doctrine un peu compatible avec la raison humaine avons-nous repoussée? Lt plus entière indépendance préside à vos choix ; tos libres élections ont prévenu toutes les autres et leur ont comme servi de modèle. La médiocrité même des avantages attachés au titre de membre de l'Institut en relève la dignité. Notre culte, à nous , ce n'est pas la fortune , c'est la gloire, c'est l'estime au moins , avee la passion du vrai et du beau.
Chaque année l'Institut tout entier se présente au public, et l'initie aux travaux de toutes les académies par des lectures appropriées à l'objet de cette solennité. Chaque académie est appelée à son tour à présider cette réunion. C'est aujourd'hui celui de la plus jeune. L'Académie des sciences morales et politiques^ arrivée la dernière dans la famille académique, s'efforce de ne pas être indigne de ses aînées. Le sort a voulu qu'elle fût ici représentée par un membre d'une section vouée à des études qui ne peuvent être populaires. La philosophie , messieurs, n'est pas accoutumée à tant d'honneur ; et elle s'empresse de céder la parole aux interprètes éprouvés de la littérature, des sciences et des arts.
SÉANCE PUBLIQUE ANMJELLE