Cf. Horace, JBn., 1, ii
Quod si tam Graecis novitas invisa fuisset Qiiam nobis, quid nunc esset vêtus ? aut quid haberet Quod legeret tereretque viritim publicus usas? Voir les Extraits et Eclaircissements,
2. c( Si Virgile n'avait point osé marcher sur les pas d'Homère, si Horace n'avait pas espéré de suivre de près Pindare, que n'aurious-nous pas perdu! Homère et Pindare mêmes ne sont pas parvenus tout à coup a cette haute perfection : ils ont eu sans doute avant eux d'autres poètes qui leur avaient aplani la voie, et qu'ils ont eaPin surpassés. »
{Féûéion, Lettre sur les occupations de l'Académie française.)
3. Remarquer ce beau tableau de la nature toujours égale à ellemême. On peut se demander d'ailleurs si cette égalité est aussi entière que Pascal semble le croire, si la nature n'est pas elle-même eo progrès comme la raison, parce qu'elle est aussi raison et pensée.
4.. Ces paroles de Pascal rappellent un passage célèbre de Sénèque : « Combien d'êtres sur la terre se sont pour la première fois révélés à
20 FRAGMExNTS PHILOSOPHIQUES DE PASCAL.
C'est de cette façon que ron peut aujourd'hui prendre d'autres sentiments et de nouvelles opinions sans mépris et sans Ingratitude, puisque les premières connaissances qu'ils nous ont données ont servi de degrés aux nôtres, et que dans ces avantages nous leur sommes redevables de l'ascendant ^ que nous avons sur eux ; parce que, s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre rue a plus d'étendue, et, quoiqu'ils connussent aussi bien que nous * tout ce qu'ils pouvaient remarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux.
notre siècle ! Combien nous sont inconnus, que les siècles à venir découvriront à leur tour! Combien de conquêtes sont réservées pour les âges futurs, quand notre mémoire sera pour toujours efEacée ! Il est des mystères qui ne soulèvent pas en \m seul jour tous leurs voiles. Eleusis garde des révélations pour les fidèles qui viennent l'interroger. La nature ne livre pas à la fois tous ses secrets. Nous nous croyons initiés, et nous ne sommes qu'au seuil du temple. La vérité ne vient pas s'offrir et se prodiguer à tous les regards; elle se cache et s'enferme au plus profond du sanctuaire : notre siècle en découvre un aspect; les siècles qui nous suivront contempleront les auti'es. » {Questions naturelles j vu). Au moyen âge, Roger Bacon, commentant Sénèque, écrivait : « Sénèque n*at-il pas soutenu avec raison que les anciennes opinions ont dû manquer d'exactitude et de solidité; que les hommes encore grossiers et novices erraient à tâtons autour de la vérité; que tout était nouveau pour ceux qui essayaient une première fois, et qu'ensuite, par des efforte répétés, les mêmes choses devenaient plus faciles et plus connues; enfin que nul commencement n'est parfait? Sénèque n'a-t-il pas dit encore : Un temps viendra où ce qui est caché aujourd'hui, se révélera aux générations futures? Pour de telles découvertes il ne suffit pas d'un jour, il ne suffit pas d'un siècle. L'avenir saura ce que nous ignorons, et s'étonnera que nous ayons ignoré ce qu'il sait. Rien n'est achevé dans les inventions humaines et nul n'a le dernier mot. Plus les hommes sont nouvellement venus dans le monde, plus étendues sont leurs lumières , parce que , derniers héritiers des âges écoulés, ils entrent en possession de tous ces biens que le travail des siècles avait accumulés pour eux... Puisqu'il en est ainsi, gardons-nons de nous soumettre servilement à toute opinion que nous rencontrons dans les livres, ou dans la bouche des hommes : examinons attentivement la pensée des anciens, afin de suppléer leurs omissions et de corriger leurs fautes, avec déférence et modestie. » Roger Bacon, Opus maji», ch. vi.