PRBFACE
« … Il faudra, écrivait Malebranche dans son testament, [1e février 1711]... brusler les papiers inutiles qu’on trouvera dans une cassette de bois avec une inscription qui marque qu'ils ne sont bons qu'à brusler ; ce ne sont que lettres inutiles et des objections sur la philosophie qui ne méritent pas d’être leus.» (1)
Le P. Lelong, exécuteur testamentaire de Malebranche, a-t-1l respecté sur ce point les dernières volontés de son ami ? Nous ne le pensons pas; la célébrité du Philosophe, son influence sur les esprits de l’époque, le culte respectueux que professaient pour lui ses confidents et ses disciples ont empêché le P. Lelong de se conformer à ce désir. L'Oratorien a conservé avec un soin pieux ces précieuses reliques que l'humilité du grand homme voulait ravir à la curiosité de la postérité.
Nous savons d’ailleurs que le P. Lelong, aussitôt après la mort de Malebranche, s’adressa aux amis et aux correspondants du Philosophe pour obtenir communication des inédits demeurés en leurs mains. Il recueillit ainsi un grand nombre de documents intéressants qu’il communiqua ensuite au P. André, le biographe de Malebranche (2). Comment concevoir, dans ces conditions, qu’un érudit
(1) P, Ingold : La mort, le testament el l'héritage de Malebranche. Paris, 1884, in-8°, p. 11.
(2) Cf. V. Cousin : Œuvres philosophiques du P. André. Paris, Delahays, 1843, 1 volume in-12. Introd., pp. XXXII, XXXIV.
Cf. Adry : Vie du P. Malebranche. Bibl. nat. Ms. fr. 25688,pp. 273 et suiv.,
Cf. Bicaïs : Notice de l'Oraloïire de France, ou recherches sur les membres de ceile congrégation qui se sont dislingués par leurs lalenis et leurs verius. Bibl. nat, Fds. fr, Nouv, acq. n° 6654, f08 131, 132.
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tel que dd b. Lelong ait pu songer à livrer aux flammes les ARRETE contenus dans la précieuse cassette 2. N'étaient-ils as les plus intéressants de tous ? |
Dans une lettre datée de 1716, le P. André demande à l'abbé de Marbeuf qui, avec le P. Lelong, se chargeait de recueillir tous les écrits du Maître, de lui fournir les papiers qu'on à trouvés après la mort du P. Malebranche, « ‘ses lettres à ses plus intimes amis.» (1)
Le P. André reconnaît avoir recu également « diverses lettres, tant du P. Malebranche qu'’'adressées à lui, avec divers ouvrages qui concernent ses écrits ou sa personne, au nombre de plus de cent; objections, réponses, consultations, éclaircissements. » (2)
Enfin le 27 juillet 1719, le P. André s'exprime ainsi dans une lettre adressée à l'abbé de Marbeuf : «Le P. Lelong m'écrit qu'il vous a donné pour moi plusieurs livres que vous lui avez demandés, avec divers papiers, lettres du P. Malebranche... » (3) |
Les précieux manuscrits légués au P. Lelong ont donc été conservés et c'est, croyons-nous, une partie de ces cahiers et de ces lettres que nous avons eu l’heureuse fortune de trouver aux Archives de la ville de Honfleur et parmi lesquels nous avons choisi les documents que nous publions aujourd’hui.
L'un de ces manuscrits contient une rédaction des. Réflexions sur la prémolion physique (4), ct plusieurs feuilles détachées, des Fragments et des Remarques concernant la Recherche de la Vérilé. Ces écrits et ces notes que Malebranche a prises souvent au courant de la plume pour répondre aux objections des philo-
(1) Adry : Vie du P. Malebranché. Bibl. nat. Ms. fr. n° 25688, p. 288.
(2) Lettre du P. André à M. de Marbeuf du 14 sept. 1718. Cousin : Œuvres philosophiques du P. André, p. xxxu1I. (3) Lettre du P. André à M. de Marbeuf du 27 juillet 1719 ; ibid, p. XLVL |
(4) Archives no de Honfleur. 15 II,, n° 5 bis.
sophes et des théologiens faisaient partie de tous « les papiers inutiles » dont l'Oratorien avait ordonné la destruction.
De longues recherches nous ont permis d'ajouter à ces documents une lettre de Malebranche à Condé et une autre lettre du même auteur au P. François Lamy, bénédictin.
. Nous n'aurions pu mener à bien cette entreprise, si modeste soit-elle, sans les conseils bienveillants et éclairés de nos maîtres, sans l’aide très efficace de conseillers érudits, sans le désintéressement de chercheurs patients. Nous tenons à remercier MM. Delacroix et Robin, professeurs à la Sorbonne; M. Goblot, professeur à l'Université de Lyon; M. Pradines, professeur à l'Université de Strasbourg, et tous nos maîtres de la Faculté des Lettres de Caen; M. Roustan, inspecteur d’'Académie à Paris; M. Besnier, archiviste du Département du Pas-de-Calais ; M. Sauvage, archiviste du Département du Calvados ; M. Filliâtre, professeur de philosophie au Collège de Bayeux ; M. Georges Huard, bibliothécaire à la Bibliothèque nationale : M. Tancrède de Visan, homme de lettres ; M. Ruel, architecte à Rouen ; M. Dujarric-Descombes, correspondant du Comité des travaux historiques ; M. Vintras, archiviste de la Ville de Honfleur.
Qu'ils trouvent ici expression de notre profonde reconnaissance.