‹ Fragments philosophiques (volume 2)Chapitre 16 sur 25 · EC7NAPE · texte numérisé non relu

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est Orîbaze, né à Pergame (1) et élevé à Athènes , auditeur de Zenon et condisciple de Magnus (2). Il ne resta pas étranger aux mouyements poUtiques de son temps. Sous le manteau de médecin , il fut le confident de Julien , et ne contribua pas peu k l'élever à l'empire (3) ; mais après Julien , il expia sa faveur passée par la confiscation de ses biens^ la proscription et l'exil chez les barbares (4). Ce fut là précisément qu'Oribaze montra toute la force de son caractère et les ressources de son talent. Des guérisons miraculeuses le rendirent si célèbre chez ces barbares, et le mirent en telle faveur aupm de leui^s chefs, que les empereurs romains se lassèrent de persécuter un tel homme , et lui permirent de retourner dans sa patrie, où il fut rétabli en possession de tous ses biens (5). Il vécut heureux ; il vit encore, dit Eunape, au moment où j'écris, et je souhaite qu'il vive longtemps (6). Après cette digression sur les rhéteurs et les médecins de son

(1) Ibid., 103 ; selon Suidas , il était de Sardes.

(3) Ibid., 104' C'est ainsi qu'il faut entendre la phrase suivante, malgré l'hésitation de M. Boissonade, qui ne voudrait pas qu'un médecin et un homme de lettres se lut si fort mêlé de politique : 'lùuXtetvùç fctf aÙtûv iiV tov Kctiottftù yrptïmf

Ttiïç im Ktti fittotXîu rûf'lou^ixvov dvi^ttii. Voyez la lettre de Julien aux Athéniens, p. ^77 ^ tlç Ut^ùç,,,,^ et la lettre d'Orihaze à Julien, dans^Photius, Cod, 217.

(4) Uid., 104. — (5) Ibid., 106. — (6) Ibid., 105.

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temps , Eunape s'avertit lui-même qu'il est temps de reyenir aux philosophes.

Mais les philosophes^ à cette époque^ étaient plus rares que les rhéteurs^ et, atant de reprendre une nouvelle vie à Athènes sous les auspices de Syrien et de Proclus , l'école néoplatonicienne semble épuisée et près de s'éteindre avec Êpigonusou Épigonius de Lacédémone (1)^ et Bén)nicianus de Sardes (2)^ qui ont à peine laissé quelques traces dans l'histoire. . Le seul philosophe de cet âge est Gh^ysanthe^ auquel Eunape consacre un chapitre de quelque étendue^ dicté par la reconnaissance et des sentiments particuliers. Ghrysanthe était un parent d'Eunape^ qui prit soin de sa première jeu^ nesse, l'envoya étudier à Athènes, et le reçut chez lui à son retour en Lydie. C'est lui qui engagea Eunape à écrire la vie de ses contemporains les plus illustres. Élève d'Ëdésius avec Priscus et Maxime, nous avons vu avec quelle sagesse il refusa de se mêler aux orages politiques de son temps, et ne se laissa point éblouir par l'éclat des succès passagers de Julien. Eunape confirme ici tout ce qu'il nous en avait déjà appris , par une foule de détails qui ne sont pas toujours aussi importants pour le lecteur moderne qu'ils pouvaient le paraître à la

{l)Ibid., 120. Eunape :'E5r«V«Mf^ Amm. Marc, parle d'un Ëpîgonîus, è Lfciâ philosophas , xiv, 7, et Valois veut que ce soit le philosophe d'Ëunape .

(2)Jbid,, 120. Est-ce celui qui est cité dans la troisième lettre de Denys ?

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piété et à la reconnaissance d'Eunape. Nous n'ex-* traiix)ns de ce pan^yrique assez long que les traits les plus saillans. Chrysanthe était d'une famille de sénateurs^ petit-fils d'Ipnocentius (1), qui jouit d'une grande autorité auprès des empereurs, et écriyit plusieurs ouvrages en latin et en grec, où se montraient, au rapport d'Eunape, un jugement et une sagacité peu commune. Après avoir étudié sous Êdésius toutes les doctrines antiques et parcouru le champ entier de la philosophie d'alors , il s'appliqua particulièrement u à cette partie de la philoso^ (< phie que cultivèrent Pythagore et son école, (< Ârchytas , Apollonius de Thyane et ses adora^ « teurs (2) , » c'est-à-dire que Chrysanthe fut plus théologien que philosophe ; et de la théologie à la théurgie , dans ce siècle , il n'y avait qu'un pas : aussi nous avons déjà vu que, pour savoir s'ils der vaient se rendre à l'invitation de Julien, Chrysanthe et Maxime consultèrent les prodiges. L'ambitieux Maxime s'obstinait à repousser les apparences défavorables, et voulait faire sans cesse de nouvelles expériences et comme arracher d'heureux augures* Chrysanthe, plus docile ou plus clairvoyant, se sépara de Maxime et se refusa à toutes les sollicitations de Julien, Nommé grand-prêtre en Lydie , au lieu d'imiter le zèle outré de presque tous les autres dépositaires du pouvoir impérial et de se faire l'instrument d'une réaction momentanée, il se garda d'op-

(l) I6id,, 108. Amin. Marc, parle d'un InnocenUus,.xix,ii. — (2) rbid,, p. 109.

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primer les chrétiens (1) y et son administration fut si modérée^ qu'on s'aperçut à peine en Lydie de là restauration de l'ancienne religion. Aussi quand la révolution chrétienne reprit son cours, elle ne changea et ne déplaça presque en Lydie ni les hommes ni les choses, et tout se passa doucement et sans troubles; tandis que partout ailleurs la tempête religieuse et politique bouleversait toutes les existences (2). Ghrysanthe était généralement ad^ miré, et rappelait le Socrate de Platon que, dès sa jeunesse, il avait pris pour modèle (3). On ne pouvait être plus simple dans ses manières, d'un commerce plus Êicile et d^une affabilité plus parfaite, quoiqu'il fût très-attaché à ses opinions et au culte de ses pères. Il mourut dans une vieillesse avancée, étranger aux événements publics , et uniquemeot occupé du soin de sa famille (4). Il supporta : la pauvreté plus aisément que d'autres la fortune ; adorateur iSdèle de l'ancien culte , il ne cessait de lire les anciens philosophes, et il écrivit dans sa vieillesse plus d'ouvrages que beaucoup de jeunes gens n'en ont lu (5). Malheureusement aucun de ses ouvrages n'est venu jusqu'à nous. Eunape ne donne le titre d'aucun d'eux , et il n'en est fait mention dans aucun auteur de l'antiquité.

Telles sont les vies des sophistes d'Ëunape ; on ne peut nier qu'elles ne renferment beaucoup de renseignements importants pour l'histoire générale

(2) Ibid. - (3) Ibid., p. 113. — (4) Ibid. — (6) Ibid.

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et l'histoire de la philosophie ^ et qu'elles n'aient l'avantage de nous familiariser avec les hommes d'une école et d'une époque trop ignorées. Ne nous récrions pas contre les superstitions d'Eunape ; car elles appartiennent à son siècle^ et sont communes à ses ennemis comme a ses amis. Il ne faut pas ouhtier non plus que son fanatisme et sa partialité historique^ tout en imposant de graves précautions à 1» critique moderne , lui fournissent en même temps de nouvelles et utiles données. La passion des uns sert de contrôle et de contre-poids à la passion des autres. Il est curieux aujourd'hui d'entendre sur ce grand débat la voix de l'un des der^niers défenseurs de la cause perdue. On pardonne même à cette voix d'être amère et souvent injuste^ parce qu'elle tst celle d'un vaînca ; et la situation de cet honune du lY** sîède, de œt ami d'Orîbaze et de Chrysantke^ obligé de cacher sa foi dans: Fob^ scm: asile d'une société secrète^ se retirant d'un monde qu'il ne pe»t comprendre et qn^îl abandonne aux révolutions et aux barbares^ cette sitt»tion a quelque chose de touchant encore^ même à la distannce de quinze siècles^ et répand un intérêt singulier sur ce petit livre^ écrit par un prêtre et un sophiste païen d^un esprit ordinaire en l'boiiinear dequd^fues lettrés ses coneemporains^ restés fidèles comme lui à une religion et à une philos^ipfaie expmntes.

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