ZENON d'bleb
« complices^ et sur les armes qu'il avait transpor- :< tées à Lipara, il nomma tous les partisans du « tyran ^ afin de le priver de ses appuis. Ensuite , « feignant d'avoir quelque secret à lui dire , il lui « mordit l'oreille et né lâcha prise qu'après avoir a été percé de traits / suivant l'exemple d'Ârîstoc< giton le tyrannicide. Démétrius, dans l€s Horruo- « njrmes y dit qu'il lui mordit le nez« Antisdiènei (V dans ses Successions de philosophes y ^taJii^etiy « raconte qu'après avoir dénoncé les partisans du « tyran, comme celui-ci lui demandait s'il ne lui « restait plus personne à dénoncer , il répondit: « Toi y fléau de ma patrie! » et que, s'adressant aux assistants : « J'admire, leur dit-il, votre lâ- « cheté, si , par crainte de ce que je souffre, vous « consantez à être esclaves. Enfin il se coupa la « langue avec les dents, et la cracha à la face du « tyran. Alors les citoyens se jetèrent sur le tyran « et'^le tuèrent. Voilà ce que disent à peu près la (c plupart des auteurs; mais Hermippus prétend « que Zenon fut jeté dans un mortier et pilé. » Diodore de Sicile (1 ) dit positivement que le tyran dont il ert ici question était un tyran d'Élée, ce que dit aussi Suidas (2) , et ce qui va très-bien avec le réqit de Diogène; car, pour délivrer Élée qui est ^ur la cote , il était naturel de s'assurer de Lipara qui est presque en face , et d'où l'on peut rapidement débarquer à Élée. Il n'est donc pas
(1) Fragm,, éd. Bip., l. iv, p. 63-64. — (2) *EAf«.
ZENON d'élée. 97
du tout nécessaire de supposer avec quelques critiques^ qu'il s'agit d'un tyran deLipara que Zenon avait voulu attaquer (1), encore moins, avec Valère Maxime y du tyran d'Agrigerite, Phalaris (2), et encore moins ^ avec Philostrate (3), d'un tyran de Mysie. Il xie faut pas représenter Zenon comme un aventurier politique , mais comme un patriote dévoilé. Diodore appelle le tyran d'Élée Néarque, ainsi que Philostrate; Clément d'Alexandrie l'appelle Néarque ou Démylos (4); Suidas (5), qui copie Diogène, Néarque ou Diomédon. Diodore, dans son récit ^ ajoute quelques particularités qu'il est impossible de passer sous silence, Néarque demandant à Zenon quels étaient ses complices:
(c Plût à Dieu, répondit Zenon, que j'eusse le corps « aussi libre que la langue ! » Diogène dit que Zenon ne lâcha l'oreille du tyran qu'à force de coups; Diodore va jusqu'à prétendre qu'on fut obligé de l'en prier. Mais ce qu'il y a de plus iremarquable dans le récit de Diodore , c'est que les dernières lignes semblent faire entendre que Zenon fut délivré et qu'il se tira d'affaire, ce que les dernières lignes du récit de Diogène, admettraient aussi , sans toutefois l'indiquer. Ménage, sur Diogène, et Bayle ont révélé et expliqué les erreurs des écrivains inférieurs qui, en racontant cette
(1) Vorstius, dans Bayle. — (2) m, 3. Voyez Bayle. — (3) P^it. Apollon. , VII , 2 , éd. Olear. , p. 279. 'EXtihpx rd
(4) Strom., IV. — (5) Ibid,
98 ZENON d'blée.
histoire , en ont covrfbnda les héros ^ le temps et }a scène. Par exemple , Tertallien, dans-l'^/io^ géiiqae, fait demander par Denys à Zenon d'ÉIée ce qa'enseigne la philosophie. Celui-ci lui répond : « Le mépris de la mort. » Sur quoi il est livré à d'aâ&*ettx supplices et scelle sa pen^ de son sang. G'est un par roman, et Dionysio est là évidemment pour Demylo ou Nearcho. Ammien Marcelliu (1 ) prête cette aventure à Zenon le stoïcien, et fait du tyran d'Èlée un roi de Cypre, évidemment encore diaprés une mauvaise interprétation de la phrase de Cicéron , qui , ^ côté de la mort de Zenon d'ÉIée^ cite celle d'Anaxarque, qui eut lieu par Tordre d'mi roi de Gypre. En général l'histoire df Anaxarque et celle de Zenon ont été Confondues , et, pour achever la confusion , Sénèque (2) attribue à un des conspirateurs athéniens contre Hippias , probablement Aristogiton, une pai^tie des choses que Ton a coutume d'attribuer à Zenon d'Êlée.
De Fehsemble de ces faits réduits par la critique et appréciés à lem* juste valeur, mais rapprochés et combinés dans ce qu'ils ont de certain, ressort le caractè)re que nous avons signalé dans Zenon comme homme et eomnté citoyen , et que nous allons retrouver et suivre dans le philosophe. En effet, quel est le trait te plus frafp|)^nt et le plus original de Zenon comme philosophe? Quel est le titre incontesté auquel est attaché son nom ? C'est évidemment
(1) XIV, 9. — (2) De Ira, ii, 23.
ZENON D'BLés. 99
l'invention de la dialectique. Et je ne parle pas ici de la dialectique qu'on trouvait déjà dan» les essais de Xénophane y et qui n'a pas manqué non plus à Parménide; je veux parler de la dialectique consîdérëe comme un système et commeim art^ avec ses règles et ses formes ^ avec l'appareil et l'autorité d'une méthode positive* C'est un point sur lequel tous les auteurs sont d'aùoord* Piogène rapporte (1 \ sur la foi d'Aristote^ que Zenon est l'inventeur de la dialectique , comme Empédocle de la rhétorique. Sextus (2) répète la même chose sur Uiiutorité du même Aristote, et il parait que c'était là un iait constant dans l'antiquité, puisque Diogène, dans son Jntwduction (3) , en traitant des trois grandes parties de la philosophie , la physique, la morale et la dialectique, attribue l'invention de cette dernière à Zenon. Maintenant quelle était la dialectique de Zenon? la réfutation de l'erreur comme moyen indirect de ramener à la vérité. Or la vérité pour Zenon c'était le système éléatique* Ce sysième une fois découvert par Xénophane , développé et achevé par Parménide, il ne s'agissait plus que de le défendre contre les attaques de ses adversaires. De là le rôle polémique de Zenon , et l'invention nécessaire de la dialectique. Delà encore l'emploi nécessaire de la prose; car si l'intuition spontanée de la vérité, l'inspiration et toute conviction primitive ont la
(1) Diog. , IX, 26. — (2) Sextus, vu, 7.
(3) Diog., Inirod., 18; Phibslr., JKit. Àpoll., vu, 2; Suidas, Ztiwf; Apulée, ApoL
100 ZENON DELËE.
poésie pour langue naturelle^ la prose est l'instru^ ment de la réflexion et de la dialectique. Aussi Zenon est-il le premier philosophe éléatique qui ait écrit en prose. L'antiquité atteste qu'il écrivit, non des poëmes^ comme Xinophane et Parménide, mais des traités, et des traités d'un caractère éminemment prosaïque, c'est-à-dire, des réfutations. Il écrivit de bonne heure (1), et il écrivit beaucoup (2). Diogène qui loue ses écrits (3), ne le» nomme pas. Mais Suidas , à l'article Zénan^ assure qu'il écrivit 1° Èp/«r«tr> des Débats, c'est-à-dire quelque ouvrage de pure controverae; 2"" iJ^nynKnv ToO ifjLTeJ'oK?^iovçy un examen (TEmpédocle, de ses opinions ou de ses ouvrages (4); 3° npo^ToO^^/Ao<ro>ou<- 'jr^fi ^va-tûùfi sur la nature contre les philosophes (5). D'ailleurs Suidas ne dit rien sur la forme de ces différents ouvrages. Il serait assez naturel que l'inventeur de la dialectique eût inventé ou du moins employé la forme du dialogue qui est la forme même de la réfutation. Et en effet, si l'on en
(1) Plat., Parmen., ùw0 vicuirrôç ifiùû iyfi^n,,.
(2) Dîog., Introd., 16.
(3) Dîog., IX, 26 , B/fo/tf «-«AAvff avftntfç yifiotrtt, . .
(4) T«5 Kuster, r«fy Ménage sur Diogène.
(5) Ou bien encore, selon l'interprétation de Teonemann, deux ouvrages différents , l'un contre les philosophes , l'autre sur la nature. Suidas ne trahit d'aucune manière les sources auxquelles il a puisé ces renseignements ; les autres parties de l'article fort court qu'il a consacré à 2iénon sont un extrait de Diogène.
ZENON d'ÉLEB. 104
croit Diogène (1 ) , Zénou passait pour le premier qui eût écrit des dialogues^ et l'on pourrait induire aussi qu'il a employé cette forme de composition , d'une phrase d'Aristote, où il est question de Zënoti comme interrogeant et comme répondant (2).
Quoi qu'il en soit, si nous ne connaissons pas certainement la forme de ses écrits , nous pouVons nous faire une idée très-claire de leur but, et de leur caractère général, diaprés l'introduction du Parménide, où Platon nous donne un exposé substantiel, mais précis, d'un livre de Zenon, destiné à défendre la philosophie de son maître; Ce livre était une composition en prose (3), divisée en plusieurs chapitres, subdivisés eux-mêmes en plusieurs points; car Socrate prie Zenon de relire le pre-
(l)Dîog.,.PZa^,iii,47et48.
(^) Arguments sophistiques , i, 9. Staûdlîn (Geschichte und Geist des Scepticismus , t. i , p. 211 , ) ^ entendu ce passage comme sMl s'agissait de dialogues o\\ Zenon eât joué le même rôle que Socrate dans ceux de Platon ;' mais Tennemann {Geschichte der Philosophie, U i, p. 193)conclut seulemeiit de la phrase d'Aristote que Zenon présentait sa pensée sou? la forme de demandes et de réponses. Quant à Tinvention du dialogue , Àrislote , dans le livre i" de son ouvrage perdu sur les poètes, l'attribuait l\ Âlexamène de Téos, et Phavorinus étc'iit de la même opinion, au rapport de Dîogéne, tit, 47 et 48. Athénée, qui cite la phrase même d'Aristote, ajoute (xi, 15,) à cette autorité celle de Nîcias de Nicée et* de Sotimi (le texte ordinaire donnait Sotcrion ; Schweighaeuser a corrigé : Sotion ).
(3) Platon, Panw^nié/., ovyy^ififiart opposé à roïç ^cttifAurtv, Simplîc. , in Phys, Jrist. , p. 30. 'Ev /ttiv rS ovyy^i^fittn
102 ZENON d'sLBË.
mier point , la première hypothèse diu pi^mter chu** pitre y rh '^fmr^v v'tiBtciv tm^ tf^ov Kiy^v* h$ mot vT^iê^if révèle k nature cle la ooiAposttioki , et Pro* d[iis> datas la Théologie d^ Platon^ tet surtout dans le Commenimre sur le P<irmémde (1)^ ne biase aucun doute à<^t égard^. C'était une rêVue critique d'im certain nombre d'hypothèses qui toutes étaient sucoessiyeitient|>ou8séesà4'absiirde. Peut^tremènie élait*ce l'ouTrage intitulé É/>t<r^^ dont^^urle Suidas. Pour en luen saisir l'esprit ^ il faut se rappder l'étatde la quereUe dans bqueUeî&ter^enaitZémm. Parménide^ continuant et déveloffpantXénopbane, avait dit que tout est un ^ et que i'unité'seule existe. Un cri «'était âevé conU« une pareille t»*oposition. SI tout est un-, disaient les Ioniens ^ il n'y a plus de différence : le semblable est le dissemblable^ et le dissemblable est le semblable; le^rand est le petit 9 le petit est le grand; le mouvement est leuBipos et le rc^sle mouvement , «etc. Il n'était pas très-facite de iiépondre à cette objection. Que fit Zétaoïi? au lieu de défendre soïi maître, il attaqua ses adversaires , leur repvoya leurs propres arguments, et le ridicule de leurs conséquences. Il s'appliqua à démontrer que toutes les difficultés que les partisans de la fduralité élevaient contre l'unité retombaient sur eax-!méiiies , et que dans leur hypothèse arussi le dissemblable est le semblable, etc. Écoutons Platon : « Toi (dit Socrate
(1) Voyez le i«' livre de<îe commentaire, tom. iv de ma collection des ouvrages inédits de Proclus. Paris, 1821.
ZENON d'ëLÉE. 103
à Parménide) , tu avances dans tes poëmes que tout est un et tu en apportes de belles et bonnes preuves; lui (Zenon) 9 il préteiid qu'il n'y a pas de plural ité. ••• A>
« La vàrîtéest (-dit^énon) que cet écrit est fak pour venir à l'appui dii sy^tènie de Parménide , contre ceux qui voudraient le touisier ^n ridicule en montrant que &i tout était un^ il s'ensuivrait une foule de conséquences absurdes et contradictoires. Mon ouvrage répond dbnc aux partisaos delà pluralité et le^ renvoie leurs arguments et même au delà^ en essayant de délndntrer qu'à tout bien considérer la sup|K>sitaon ^'3 y a db la pluralité conduit à 'Ces:.GOnsé<^efiQes encore-plus ridicules que lasiipposittôCLqUetout estun (4)« » Simpliciusluiatti^ibue préeisémeiit le même poiat de vue. i< Zenon démontre sUQoessivetaent.que si la pluralité^existe, eUe est à k^ois grande «t petite. •••• finie .et infinie.. ••• étant et n'étant pas (2)..... )> .Ces passage» contiennent tout le secret >de la dialectique de Zé» non; ils font voir que Zenon s'étai](; placé tout eiKprès dans l'hypothèse de la pluralité pour la mieux combattre, en la poussant à «es conséquences nécessaires. Faute de bien confondre le-but qu'il se proposait et la situation où il s'était mis^ on lui a prêté une foule d'opinion;» ridicules (Jui , loin de lui appartenir, sont des conséquences qu'il tire de la doctrine de la plm'alité pour la con-
(1) Platon, Parménide; de ma trad. fr. , t. xii, p. 8 et 9. —
104 ZENON d'elee.
vaincre de contradiction et d'absurdité. On a attribué à Zenon précisément les extravagances qu*il imputait à ses adversaires et sous lesquelles il les accablait. On s'est imaginé , par exemple, que Zenon soutenait pour son propre compte que le semblable et le dissemblable sont la même chose , que le mouvement est la même chose que le repos , etc. , tandis qu'il soutenait que ces conséquences dérivent rigoureusement de la doctrine de la pluralité , et que par là même cette doctrine est inadmissible. Vous prétendez, disait-il aux empiristes ioniens, qu'il n'existe que ce que les sens vous attestent; qu'ainsi la pluralité seule existe; et vous triomphez dans l'énumération des différences, que vous opposez à la doctrine de l'unité absolue ; vous triomphez surtout du mouvement universel que vous opposez à l'immobilité absolue, qui résulte de l'unité absolue de Parménide. Eh bien ! je vous prends par vos propres arguments , et je vous démontre que si tout diflFere , par cela même tout se ressemble , que , si tout se meut , tout est en repos; qu'ainsi votre système même vous pousse à des conséquences opposées a votre propre système. L'empirisme est donc condamné à la "contradiction, et à une contradiction perpétuelle. Cette contradiction est votre monde, le monde de la pluralité et de l'apparence que les sens vous attestent, et que l'opinion vulgaire admet. Il ne faut croire qu'a la raison, non aux sens et à l'opinion. Or, la raison condamne la pluralité à l'extravagance ; donc
ZENON d'eLEE. 105
la pluralité n'existe pas. N'objectez pas que dans le système de l'unité absolue^ le dissemblable aussi devient le semblable , le mouvement le repos , etc. ; car notre système ne tombe pas sous de pareilles objections y puisque ces objections ne viennent que de votre hypothèse de la différence, du mouven^ent^ de la pluralité et du monde visible, et que cette hypothèse a été convaincue d'absurdité et de contradiction. Les objections que vous élevez contre notre théorie, du sein d'une théorie détruite, ne portent donc pas. La raison n'admet d'autre autorité que la sienne, et ila raison n'existe pour elle-même, ne s'exerce et ne se développe, ne comprend et ne conçoit que sous la condition de l'unité. Rien de ce que conçoit la raison n'est dépourvu d'unité. La raison n'a en dernière analyse que l'unité pour forme et pour objet. L'unité est la région , le monde de la raison , le seul monde que des penseurs et des philosophes puissent admettre. Donc, la doctrine de l'unité absolue de Parménide est la seule vraie philosophie. C'est du haut de ce point de vue qu'il faut envisager ,et apprécier la dialectique de Zenon, son prétendu scepticisme, son prétendu nihilisme, et en particulier sa polémique contre le mouvement qui a été si peu comprise. Considérée ainsi, cette polémique prend un caractère simple et grand qui a échappé à tous les critiques.
Otez l'unité, ne la supposez jamais, rien n'est uni , rien ne peut l'être , tout est isolé et nécessai-
406 ^£NON d'bI£Ë.
liment isole dans le temps coiame dans l'espace; le feanps et l'espace se réduisent à des points et à des in(»nents qui tendent euxHoaémes à se diviser et à se subdivisa sans oease. La seule loi qai subsiste est celle de la diTÎsibilité à l'infini , qui détrait tout continu et par conséquent tout mouvement. C'est dans ce sens qu.'il faut entendne les arguments avec lesquels Zenon établissait l'impossibilité du mouvement. Jusqu'ici on les a fort bien exposés et développés en eux*-mémes ; on n'a oublié «que le cadre qui les met dans leur vrai point de vue, savoir, l'hypothèse exclusive de la pluralité, c'est-àdire la négation absolue de l'unité, laquelle emporte la divisibilité à l'infini, laquelle emporte la destruction de tout continu.
Voici ces arguments tels qu'Aristote nous les a conservés dadas sa Physique, liv. vi , oh. 9.
I*' Argument. — « Le mouvement est impossible , car ce qui est en mouvement doit traverser le milieu, avant d'arriver au:but (Ce qui est impossible, là où il n'y a plus de continu , et où chaque point «e divise et ^ subdivise à rin&ii ) {\ )• »
(1) Nous avons cité textuelleinent Aristote avec les seules additions nécessaires pour le faire comprendre , mais il ne sera pas inutile de donner ici le développement de Bayle : « S'il y avait du mouvement, il faudrait que le mobile pût passer d'un lieu à un autre ; car tout mouvement renferme deux extrémités, terminum à quo, terndnum ad quem, le lieu d'où l'on part et le Heu où l'on arrive. Or, ces deux extrémités sont séparées par des espaces qui contiennent une infinité de parties , vu que la
zéifON d'biube. 407
IP Argumeni. —et Le mouvemeiit n'existe pas; car ee qui court le pluâ TÎt» ne peut jamais attein-? dre €e qpaî va le plus lentement. En efieX;, il faudrait que celui qui poursuit fût arrivé déjà au pomt d'où l'autre part (Ce qui est impoflsiUe avec k divisibilité à l'infini qui , subdivisant infiniment l'espace, met toujours un infiniment petit qudconque entre les deux cooreuis ) (1 ). «
matière est dWisibleâ rinfimî ; ii est dan» impossible qiie le mobile ^parrîenie'cl'iive extrémité à l'autre. Le milieu est compasé-d'une infinité de paitîes qu'il faïut parcourir successivement les unes après les autres , sans que jamais vous puissiez tovcber celle de devant, en même temps que vans touchez celle q^ est en deçà , de sorte que ponr parcourir un pîed de matière, je veux dire pour arriver du coommencement du premier ponce à la fin & doiuième ponoe, iL faudrait \m tenvps infini, car les «espaoca 4|ii*il fiint parcourir «icceMivement . entre ces derux temnes, Àant infinis en nombre, il est clair qu'on ne peut les parcourir que dans une infinité de moments..* Xa réponse d'Axistote -est pitoyable ; il dit qu'un pied de matière n'étant infini qu'en puissance , peut fort bien être parcouru dans un temps fini... C'est sexmoquerdu.moiideque de se ser^ ^r^detcetle doctrine, car si la matière est^livisible à l'infini, elle contient actuellement un nombne infini de .parties.; ce «l'est donc point un infini en puissance; c'est un infini qui ^ate rédlletaent, aotaiellement... »
<1) C^est l?arg«ment céUlire^ appelé l'Achitte. Diogène, (ix , 29,) dit que Zenon en est l'inventeur., mais il convient 4{ue Pbavorinus l'ottrHme k Parménide et à beaucoup d'autres, fiajle:: « Supposons une tortue à vingt pas en avant d'Achille; limitons la vitesse de la tortue et celle de ce héros à la proportion d'un à vingt. Pendant qu'Achille fera vingt pas, la tortue
108 ZENON BELEE.
IIP argument. — w Le mouvement est identique au non mouvement. En effet , tout mouvement a lieu dans un espace qui lui est égal, c'est-k-dire où il a lieu au moment où il a lieu ; donc (comme on est toujours là où l'on est) la flèche est toujours en repos quand elle est en mouvement (car elle n'est jamais où elle n'est point) (1). »
IV* Argument. — « Le mouvement conduit à l'absurdité. Supposez deux corps (2) égaux entre eux , mus dans un espace donné et dans une direction opposée et avec la même vitesse; supposez que l'un parte de l'extrémité de l'espace donné, l'autre
en fera un ; elle sera donc encore plus avancée que lui. Pendant qu'il fera le vingt et unième pas, elle gagnera la vingtième partie du vingt-deux ; et pendant qu'il gagnera cette vingtième partie, elle parcourra la vingtième partie de la partie vingt et unième , et ainsi de suite. Aristote nous renvoie à ce qu'il a répondu à la précédente objection ; nous pouvons le renvoyer à notre réplique. »>
(1) Bayle : « Si une flèche qui tend vers un certain lieu se mouvait , elle serait tout ensemble en repos et en mouvement. Or cela est contradictoire , donc elle ne se meut pas. La conséquence de la majeure se prouve de cette feçon. La flèche à chaque moment est dans un espace qui lui est égal ; elle y est en repos, car on n'est point dans un espace d'où l'on sort; il n'y a donc point de moment où elle se meuve ; et si eUe se mouvait dans quelques moments , elle serait tout ensemble en repos et en mouvement. »
(2) Bayle : « Ayez une table de quatre aunes , prenez deux corps qui aient aussi quatre aunes , l'un de bois > l'autre de pierre ; que la table soit immobile, et qu'elle soutienne la pièce de bois , selon la longueur de deux aunes à l'occident ; que le
ZENON d'ÉLEE. 109
ùu milieu : ( comme l'un n'aura parcouru que la moitié de l'espace donné , cpiand l'autre l'aura entièrement parcouru, le même espace sera parcouru par deux corps égaux et d'égale vitesse dans un temps inégal) il en résulte qu'une moitié de temps parait égale au double. »
morceau de pierre soit à Torient , et qu'il ne fasse que toucher le bord de la table. Qu'il se meuve sur cette table vers l'occident , et qu'en demi^heure , il fasse deux aunes , il deviendra conligu au morceau de bois. Supposons qu'ils ne se rencontrent que par leurs bords, et de telle sorte que le mouvement de l'un vers l'occident n'empêche point l'autre de se mouvoir vers l'orient; qu'au moment de leur contiguïté , le morceau de bois commence à tendre vers l'orient, pendant que l'autre continue à tendre vers l'occident; qu'ils se meuvent d'égale vitesse; dans demi-heure , le morceau de pierre achèvera de parcourir toute la table ; il aura donc parcouru un espace de quatre aunes dans une heure , savoir toute la superficie de la table ..Or le morceau de bois dans demi-heure a fait un semblable espace de quatre aunes puisqu'il a touché toute l'étendue du morceau de pierre par les bords ; il est donc vrai que deux mobiles d'égale vitesse font le même espace, l'un dans demi-heure, l'autre dans une heure, donc une heure et une demi-heure font des temps égaux , ce qui est contradictoire. Aristote dit que c'est un sophisme , puisque l'un de ces mobiles est considéré par rapport à un espace qui est en repos , savoir la table , et que l'autre est considéré par rapport à un espace qui se meut, savoir le morceau de pierre. J'avoue qu'il a raison d'observer cette différence , mais il n'ôle pas la difficulté ; car il reste toujours à expliquer une chose qui paraît incompréhensible , c'est qu'en même temps un morceau de bois parcoure quatre aunes par son côlé méridional , et qu'il n'en parcoure ique deux par sa surface inférieure... »
HO zAnov d'élee.
Aristote et Simplicius^ daps son Commentaire, attribuent positivement ces arguments à Zenon, et les donnent sous le nom d'À^opmi^ doutes, argu*ments négatifs de Zenon contre le mouvement, soit, comme le dit Simplicius, que tous les argu« ments de Zenon contre le mouvement se réduisissent réellement à quatre, soit qu'il y en eût davantage, mais quatre surtout plus décisifs que les autres. Mais ces arguments n'étaient pas les seuls dont se servissent les adversaires du mouvement. Aristote au même endroit en cite plusieurs autres, par exemple celui-ci : Tout mouvement est changement; or, changer c'est n'être ni ce qu'on était, ni ce qu'on sera; on n'est plus où l'on était; autrement, il n'y aurait pas eu de mouvement; on n'est pas où l'on tend, car il n'y aurait pas besoin de mouvement. Le changement et le mouvement ne peuvent donc avoir lieu ni dans ce qu'on était ni dans ce qu'on sera, ni dans l'un ni dans l'autre, mais dans ce qui n'est ni l'un ni l'autre, c'est-à-dire dans rien, ce qui est impossible; par conséquent le changement et le mouvement sont impossibles. Un argument curieux est aussi celui par lequel on essayait de démontrer que le mouvement circulaire et sphérique et le mouvement sur soi-même impliquent à là fois le mouvement et le repos. A qui appartenaient ces derniers arguments? Aristote, et après lui Simplicius, les rapportent en général aux sophistes. On n'a aucune raison de les attribuer à Zenon; ils appartiennent très-probablement à l'éris-
ZENON d'ÉLEB. 111
tique mégarien¥ie encore si peu connue^ et qtti a fini par représenter et continuer seule en Grèce la dialectique de l'école d'Êlée* Il ûiut bien se garder de les confondre a^ec les quatre arguments que nous avons exposés^ et qui sont les seuls que la critique soit fondée a attribuer k Zenon. Bàyle triomphe de ces quatre arguments^ et les maintient absolument; tandis que, pris absolument, ils ne renfermeraient que des subtilités Taines; le quatrième même a bien l'air de n'être, dans toute hypothèse, qu'un pur sophisme , et Eudème, au rapport de Simplicius , l'avait déjà bien séparé des trois autres. Parmi ceux-ci le troisième revient au pre* mier, comme l'a remarqué Âristote, ce qui réduit les quatre arguments à deux , le premier et le second, lesquels sont bons relativement, relativement à l'hypothèse exclusive de la pluralité, contre laquelle ils étaient faits. Pour les reprendre en sous-œuvre, il n'est pas besoin d'être sceptique; au contraire, on peut les employer à réfuter le scepticisme , qui résulte nécessairement de l'empirisme , et à démontrer que la pluralité toute seule est incapable d'expliquer les choses, de rendre compte de la continuité de l'espace et du temps, et de la possibilité du mouvement. C'est, dit-on, en entendant répéter ces arguments de Zenon j^ que Diogène le Cynique, pour toute réponse , se leva et marcha. Mais Zenon aurait très-bien pu répondre à Diogène : Soit; car vous n'avez pas de système, et vous ne niez pas l'unité. Mais quand on est assez
112 ZENON D ELEE.
sceptique pour nier Tunité , c'est à-dire , la condition absolue de tout continu , de l'espace et du temps y avouez que c'est une faiblesse ridicule que de n'aller pas jusqu'au bout de son opinion, et de croire , contre tout bon sens y au mouvement sans continu , sans temps et sans espace et dans la disso* lution de toutes choses à l'infini. Nous ne connaissons qu'un seul moyen de répondre à Zenon , c'est de rétablir la continuité du temps et de l'espace dans l'unité y et d'admettre ^ pour la formation du monde^ l'intervention de l'unité aussi bien que celle de la pluralité. Mais l'habile éléatique, aussitôt que pour échapper à ses arguments on aurait admis l'unité, partant de là , n'eût pas tardé à rétablir le dogme fondamental de son maître, savoir, que l'unité est indivisible, par conséquent qu'elle exclut la pluralité, et par conséquent encore le mouvement. En effet, le mouvement périt à la fois dans l'une et l'autre hypothèse d'une pluralité sans unité, ou d'une unité sans pluralité* La pluralité toute seule, sévèrement interrogée, ne donne que la divisibilité à l'infini , sans aucune collection, sans aucune totalité possible; car toute collection, toute totalité renferme de l'unité; il en est de même de la plus simple succession ; toute succession est plus ou moins un ensemble, une totalité , c'est-à-dire tient à l'unité. Par conséquent, dans l'hypothèse de la pluralité, ni continu, ni contigu, pas de temps, pas d'espace, nulle succession, nulle totalité, nulle coexistence , nul rapport de points ou de moments.
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Chaque point devient un infini de points qui se dissolvent et qui se dissolvent infiniment; chaque moment un infini de moments qui se divisent et se subdivisent à l'infini; de là le vide absolu^ et dans ce vide absolu l'absolue dissolution de tout élément composant y si petit fût-il , soit de temps ^ soit d'espace; par conséquent pas de mesure possible du temps là où il n'y a plus de temps ^ et aucun passage d'un lieu à l'autre là où il n'y a plus d'espace ; par conséquent pas de mouvement. D'un autre côté^ supposons que l'unité ne sorte pas d'elle-même^ et c[u'elle demeure indivisible, vous rétablissez la possibilité du temps et de l'espace , et par conséquent du mouvement; la possibilité, dis-je, mais non pas la réalité ; vous rétablissez l'espace et le temps absolu sans temps et sans espace relatif et visible : par conséquent sans mesure, sans mouvement. Le temps et l'espace (in potentiâ, non in actu) restent alors dans l'éternité et l'immensité, dans une éternité sans succession , dans une immensité sans forme, dans une existence absolue, vide de toute existence positive, dans une immobilité complète. Voilà où conduit l'idée exclusive de l'unité, ou l'idée exclusive dé la pluralité. Il faut les unir, et fondre ensemble la pluralité et l'unité pour obtenir la réalité; to h Ktti '7rohh<L
Aristote, Phfs.y iv, 3, nous a aussi conservé.une objection de Zenon contre l'espace, qui montre parfaiienient l'esprit général de sa dialectique, laquelle consistait à pousser ses adversaires dans l'a-
114 ZENON d'eLBE.
bime de la divisibilité à l'infini y et dans une muU tiplicitéqui se détruirait elle-même par le défaut de toute unité* Il disait : « L'espace est le lieu des corps, mais dans quel espace est l'espace lui-même ? » Dans un autre espace ; et celui-ci dans un autre encore y et toujours ainsi jusqu'à l'infini , sans qu'on puisse s'arrêter logiquement, à moins qu'on ne veuille sortir de la jduralitépour admettre l'unité, c'estrà-dire ici l'unité absolue de Fespace. Dans ce sens, l'argument de Zenon nous parait excellent, et IcHn d'aller contre l'espace en soi, il tend à l'établir en établissant sa condition, sav<Hr, l'unité.
On cite, d'après Aristote, une phrase entière de Zenon , qui semble lui faire nier précisément ce qu'il avait pris tant de peine à établir et même à établir exclusivement^ c'estÀ-dire l'unité. Mais il faut entendre bien autrement cette pbrase impor<' tante. Encore une fois, avec la seule catégorie de la pluralité, on ne peut obtenir que des quantités indéfinies, sans addition possible, sans totalité ; car la totalité, qu'il faut encore bien distinguer de l'unité en elle-même, est l'application de l'unité à des quantités qu'elle assemble et réunit en un tout quelconque. Supposez l'esprit humain vide de toute idée d'unité^ et, ce qui est la même chose conçue extérieurement, supposez la nature dépourvue de toute force assimilatrlce, attractive et composante, il n'y a de possible ni une seule proposition, ni une seule chose déterminée et finie. Voilà l'existence telle qu'elle résulte rigoureusement du système qui
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exclut toute idée d'unité. Zenon démontre aisément qu'une pareille existence^ ro 3r , n'ayant rien de fixe et d'absolu, ressemble à une non-*existence, to (xi hf puisque par la divisibilité à l'infini, son attribut essentiel, die y tend sans cesse. La vertu de l'unité est de ne point tomber dans une pareille existence. De là la proposition célèbre : u Si l'unité est indi-» visible, elle n'est pas, » c'eÀl>à-dire , elle n'est pas dans le sens empirique dupiot. En effet, être, pour l'empirisme, les sens et le vulgaire, n c'est être une (( quantité, qui, ajoutée ou retranchée, augmente a on diminue ce de quoi on la retranche ou ce à H quoi on l'ajoute, c'est-à-dire une quantité matéti rielle ; c'est là l'existence réelle. La monade ou « l'unité, ne remplissant pas cette condition, n'est H pas (1 )• >j Tel est le sens véritable de la phrase de Zenon conservée par Aristote , phrase si souvent ekée et si peu comprise. Il est évident qu'une fois l'existence réduite à l'existence matérielle et empirique des Ioniens, dont l'attribut fondamental est la divisibilité à l'infini , c'est-à-dire la tendance au néant, l'unité, dont l'attribut fondamental est l'indivisibilité, ne peut exister de cette manière , afin d'exister de la vraie existence , de cette existence qui ne tend pas au néant, mais repose immobile , sans commencement comme sans fin, Ayiwnrov kaî àihùv. La proposition de Zenon contre la réalité empirique et matérielle de l'unité ne tient donc pas
(1) Aristote, Jlfi^/a/)^.^ n, édit. Brandis, p, 56 et 67.
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à un système de nihilisme , comme on Ta tant répété^ mais tout au contraire au réalisme transcendental de l'idéalisme dorien. Rien n'est moins ni* kilistie que l'école d'Élée, car elle tend à l'existence absolue ; mais à ses yeux l'existence absolue exclut toute existence relative ; de là l'existence relative et phénoménale assimilée à la non-existence, ro oir fAti oK» Ou bien, l'existence phénoménale est^Ue prise pour type de l'existence ? voilà l'unité indivisible, laquelle n'existe que de l'existence absolue, assimi-* lée à la non-existence, to h âJ'tAipîrh fin h*
Ce que nous avons dit du nihilisme de Zenon, il faut le dire de son prétendu scepticisme et de l'ha-* bileté qu'on lui attribue à soutenir le pom* et le contre. Sans doute il soutenait le pour et le contre; mais dans quelle sphère ? Dans celle de ses adver* saires, dans celle de l'empirisme. Or l^empirisme ou la nation de toute réalité transcendentale, et par conséquent de l'unité absolue qui ne se trouve pas dans la scène visible de ce monde, l'empirisme ne peut admettre, au lieu de l'unité, qu'une simple totalité, et encore comme inconséquence; car l'idée de la totalité tient à celle de l'unité ; et à la rigueur Fempirisme ne peut admettre que la pluralité sans totalité ^ c'est-à-dire la pluralité non ramenée à l'unité, la pluralité en soi , avec la divisibilité à l'infini pour caractère unique ; l'empirisme implique donc la destruction de tout autre rapport que celui de la différence. Et ce n'est pas là seulement une conséquence forcée de l'empiinsme ionien;
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c'en était une conséquence avouée et consentie : c'était le système même d'Heraclite. En effet, de même que l'unité indivisible de l'école éléatique est le dernier et nécessaire résultat de l'idéalisme dorien et pythagoricien, de même la différence, l'opposition absolue d'Heraclite ( havriiTm ) est le dernier terme de l'empirisme ionien. Voilà les deux grands systèmes exclusifs de la philosophie dans leur idéal le plus rigoureux : il appartenait au génie grec de les produire presque à son berceau. Héra^ dite et Parménide les représentent dans toute leur grandeur et dans toute leur misère. Admirables l'un contre l'autre , ils se détruisent d'eux-mêmes ; et Zenon raisonnait à merveille lorsque, pour attaquer le système de la pluralité, il se plaçait dans le cœur même de ce système , dans le système d'Heraclite. Là, en effet, par une manœuvre habile, il lui était aisé de tourner ce système contre lui-*même, et de démontrer qu'une absolue différence est une absolue ressemblanoe, et que l'absolue opposition est l'absolue confusion. Si tout est essentiellement différent, tout a quelque chose d'es* sentiellement commun, savoir, d'êti*e différent; l'identité est donc encore sous cette apparente disr cordance; l'opposition est à la surface sur la scène de ce monde, et l'identité est au fond dans le principe invisible des choses. Zenon ramenait ainsi l'opposition à l'identité , et détruisait de fond en comble le système d'Heraclite, en le forçant de rentrer dans celui de Parménide, du haut duquel
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ensuite il foudroyait de nouveau celui d'Héraclile^ prouvant de reste que l'unité ^ si elle est rigoureu* sèment acceptée ^ ne conduit qu'à elle-même , ne sort pas d'elle-même, et exclut toute pluralité , toute différence, c'est4-dire, tout phénomène et toutempirisme. Le scepticisme n'étaitdonc pas dans la pensée de Zenon; au contraire, il y avait un dogmatisme excessif; mais le chemin de ce dogmatisme était un scepticisme apparent, une dialectique qui a l'air de se jouer de toute vérité en soutenant alternativement le pour et le contre. Car il fallait bien que Zenon admit un moment avec Héradite, que tout se meut et que tout diffère, pour sou^ tenir ensuite que si tout est mû, tout est repos, que si tout diffère, tout se ressemble, et que si tout est pluralité, par cela même tout est unité. Contre Heraclite, contre tout système exclusif qui se réfute par ses conséquences, ce genre d'arguments était excellent; c'était là le vrai terrain où il fallait^ se mettre, et Zenon s'y est mis. Il était en effet curieux de faire voir que cet empirisme si fier de son bon sens apparent et du sentiment de la réalité vis-à-vis l'idéalisme pythagoricien, n'était lui-même qu'une confusion déplorable qui dans le détail renfermait les conséquences les plus contradictoires et les plus ridicules. Cette confusion, ces contradictions, ces extravagances, ce oui et non perpétuel, ce scepticisme universel était la conséquence nécessaire de l'empirisme^ dont Zenon voulait l'accabler, pour ramener à l'unité absolue dans
z£m)N d'elee. 419
laqueUe il n'y a plus de oontradiction^ à un dogma^ tisme ferme et solide; et, chose admirable ^ on lui a prêté précisément le scepticisme^ la confusion et les folies qu'il imputait à ses adversaires!
Reste à examiner un point très-^obscur que personne n'a remarqué ni éclairci, et qui mérite bien de l'être. Cet adversaire du mouvement, du temps, de l'espace, de l'existence visible et sensible est tout-à-coup transformé par Diogène en un physicien et un naturaliste. Après avoir rappelé les arguments de Zenon contre le mouvement, et en général tout un ordre d'opinions qui détruit l'existence du monde, Diogène, avec le plus grand calme ^ passe à l'exposition du système physique de Zenon. Il nous apprend (1) que Zenon (c admettait pluie sieurs mondes, mais avec la réserve qu'il n'y a « point de vide, quie tout est composé de froid et de u chaud , de sec et d'humide, confondus entre eux^ <c que l'homme vient de la terre, que l'àme (^^x*^^^ u il s'agit ici du principe vital et non de l'âme des « modernes) est un mélange des éléments précé- « dents dans une telle harmonie qu'aucun d'eux ne a prédomine. » On se demande ce que ceci veut dire, et quel est le mot de cette nouvelle énigme. Le voici, selon nous. Nous avons fait voir ailleurs que la réputation de sceptique qu'on avait faite mal-à-propos à Xénophane , vient très-probablement de ce qu'on aura pris pour sa philosophie
(1) Diog.,ix,30.
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tout entière un des c6të9 de cette philosophie ^ et de ce qu'en effet Xénophane si dogmatique enmé^ taphysique , dans la région de l'entendement, était sceptique en mythologie et dans la sphère de l'opinion* Farménide ajouta a la fois au dogmatisme et au scepticisme de son maître, et les augmenta en raison directe l'un de l'autre. Son poëme sur la na* tnre ayait, dit-on, deux parties, la première toute métaphysique et idéaliste, où il n'admettait d'autre monde que celui de la raison, sayoir, l'unité et ses attributs essentiels, la seconde où il traitait du monde du Tulgaire, de l'opinion et des sens, ri J'*^aa'T0V9 OÙ même il empruntait le langage de la mytholc^e de son temps* C'était dans cette seconde partie que se trouyaient yraisemblablement, arec les fables mythologiques, acceptées comme des fables et des illusions de l'imagination, les débris de laphysiqueioniennede Xénophane, conservés, mais relégués parmi les fables et les préjugés, dans le domaine de la simple opinion. Farménide ne consentait à traiter du monde que dans la seconde partie de son ouvrage , comme d'une simple opinion et d'un phénomène sans réalité; mais enfin il en traitait, et il rendait compte, à sa manière, des apparences sensibles. Cest sans doute par une pareille condescendance que Zenon s'occupait aussi de physique. C'est ainsi du moins que nous interprétons le passage de Diogène sur la physique de Zenon. Mais ce hors-d'œuvredephysique^ qui dans Xénophane attestait l'influence des opinions io-
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tiiennes et de l'esprit de sa première patrie, i*etranché par Parménide de la vraie philosophie et rejeté parmi les préjugés populaires , occupe à peine une place dans Zenon; et nul autre auteur n'en dit un mot après Diogène, excepté Hésychius qui le copie.
Ce n'est pas là que l'histoire doit chercher et apercevoir Zenon d'Élée : il est tout entier comme philosophe dans la polémique qu'il a instituée contre la pluralité et l'empirisme* Il n'y a même que cela qui repose sur des preuves bien certaines* Zenon , dans sa carrière philosophique, est, comme dans sa vie, Yiviif tpaktikoç de l'école d'Êlée. La il se mêle aux événements politiques de son temps, entreprend la défense des lois de sa patrie, et succombe dans cette entreprise; ici il descend des hauteurs de l'unité absolue dans les contradictions de la pluralité, du relatif et du phénomène, et épuise dans cette lutte toutes les forces de son génie* Ce génie est purement dialectique : c'est là qu'est l'originalité du rôle de Zenon et son caractère historique : c'est par là qu'il a sa place dans l'école d'Élée, dans la philosophie grecque et dans l'histoire de l'esprit humain. Faible encore et indécis dans Xénophane, l'idéalisme éléatique s'affer* mit , acquiert de l'unité et de la rigueur enti-e les mains de Parménide, qui l'expose et le développe systématiquement, tandis que dans Xénophane, comihe l'a très^bien remarqué Âristote, c'est moins un système qu'un pressentiment fécond et une in-
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tuition sublime." L'unité de Xénophane renfermait encore^ jusqu'à un certain points dans une harmonie incertaine y l'unité et la pluralité ^ l'esprit et la nature, Dieu et le monde, le théisme et le pan* théisme, quelque chose de l'esprit dorien et quel* que chose de l'esprit de l'Ionie. Mais Parménide est exclusivement dorien, théiste, idéaliste, unitaire. Tout dualisme a disparu dans l'abime de l'unité absolue. L'unité absolue a perdu tout rapport avec autre chose qu'elle-même; car en tant qu'unité absolue, elle exclut tout ce qui n'est pas elle : par conséquent même en elle, elle exclut toute différence, toute distinction, par conséquent encore tout rapport d'elle-même à elle-même, identité et indivisibilité sans puissance différent tielle, unité sans nombre, éternité sans temps, immensité sans forme , intelligence sans pensée , pure essence sans qualité et sans contenu. C'était là la perfection systématique de l'école d'Élée ; car c'était là sa dernière conséquence; en effet il n'y a rien par-delà l'Etre en soi, et la borne infranchissable de toute abstraction est atteinte. Mais l'entier développement d'un système exclusif, en trahissant son vice fondamental, entraîne sa ruine. Parvenu au sonmiet, et pour ainsi dire sur le trône de l'abstrac^ tion, sans autres sujets que des ombres, ou plutôt sans ombres mêmes, car l'indivisible unité ne doit pas même projeter une ombre, l'idéalisme éléatique ti'ouvait sa perte inévitable dans sa riguem' systématique. Les conséquences accusaient trop et
ZEKOlf d'élee. 123
renversaient irrésistiblement leur principe. Mais en même temps il était réservé à l'école d'Élée d'accabler, en tombant, l'empirisme ionien; et sans pouvoir sauver le système de Parménide, la mission de Zenon était de détruire celui d'Heraclite. En effet, si l'unité de Parménide est une unité impuissante, et pour parler le langage de la science moderne, une substance sans cause, c'est4i-direune substance vaine » puisqu'elle est dépourvue de l'at» tribut essentiel qui constitue la substance, de même la pluralité d'Heraclite, son mouvement universel et la différence absolue n'est pas autre chose que la cause séparée de la substance, l'attribut sans siget^ la force sans base, la manifestation sans principe qu'elle manifeste, et l'apparence sans rien k faire pap^ raitre. Or, la cause sans substance, comme la substance sans cause, le mouvement sans un moteur immobile, comme un centre immobile sans force motrice, l'identité absolue sans différence, comme la différence sans identité, l'unité sans pluralité, comme la pluralité sans unité, l'absolu sans relatif et sans contingent, comme le relatif et le contingent sans quelque chose d'absolu, c'étaient là deux erreurs contradictoires, deux systèmes exclusifs qui devaient, en se rencontrant «ur le théfttre de Thistoire, sebriser l'un contre l'autre, et se détruire l'un par l'autre. Mais non; rien ne se détruit, rien ne périt; tout se modifie et se transforme dans l'histoire comme dans la nature. En effet, que suit-il de la polémique de l'empirisme ionien et de l'idéalisme éléa^
124 ZENON d'élee.
tique? Il ne suit point que Funitë et la différence soient des chimères; mais tout au contraire que la différence et l'unité sont toutes deux réelles , et si réelles qu'elles sont. inséparables, que. l'unité est nécessaire à la différence, et la différence à l'unité, et par conséquent qu'après s'être combattus, pour s'éprouver, les deux systèmes opposés n'ont qu'à retrancher les erreurs, c'està-dire les cotés exclusifs par lesquels ils s'entre-choquaient , pour se réconcilier et s'unir, comme les deux parties d'un même tout, les deux éléments intégrants de la pensée et des choses, distincts sans s'exclure, intimement liés sans se confondre. Tel devait être le résultat de la lutte de l'empirisme ionien et de l'idéalisme éléatique. Ce résultat était dans les destinées de la philosophie grecque; mais il ne parut qu'en son teinps. L'effet immédiat et apparent iîit la double ruine du système d'Heraclite et du système deParménide, l'un par l'autre. Zenon, avec sa dialectique, opéra cette lutte mémorable et s'y épuisa; encore une fois , c'était là son rôle dans la philosophie ccmune dans la vie.
Nous avons essayé d'envisager et de présenter sous son véritable jour la dialectique de Zenon ; mais si elle a été peu comprise généralement, il ne faut peut-être pas s'en beaucoup étonner. Il est naturel qu'un homme qui voile son but et ce qu'il y a de positif et de grand dans ses desseins pom^ n'en laisser paraître que le côté négatif, qui a l'air d'accepter les opinions de ses adversaires, afin, de lés
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mieux réfuter par les conséquences auxquelles il les pousse^ en supposant^ ce qui est inévitable , qu'il soit lui-même descendu à quelques subtilités; il est, dis-je, très-naturel qu'un tel homme ait été mal compris , et qu'il ait passé auprès du grand nombre pour un simple disputeur qui soutient tour à tour le pour et le contre. C'était là en effet la ré-* putation que lui avait faite Timon le Sillographe, qui pourtant rend justice à sa loyauté (1). Isacrate (2), Plutarque (3), Sénèque (4) le représentent comme un sophiste, dont l'unique but est de trouver dés objections contre toute doctrine sans en établir aucune, ne faisant pas réflexion que si Zenon n'établit aucune doctrine, c'est qu'il n'en
(1) ' AfA^ùrîfoy>i6iTo^f* ^t fityuo^tfoç owk §i^»T9i>iOif Ztivttfoç^ ^«rra^F iiFtXiiiFTOfoç Plntarq., P^ît. PericL
(2) Encom. Helen , 2. zi^ûii» riv rtturi ^uietrà xu) «-«Ai»
(3) Plutarq. > Vit PericL, iXtyz^tz^v rtfu x«ù h* i varrtùXùyUç
tîç tùTFOfUf KttTUKXuovavtf f|fy. Dans un écrit perdu dont
Eusèbe nous a conservé des extraits {Prœpar. EpangeL, i, 8), Plutarque dit de Zenon : // n'a rien établi sur ce point (l'origine du monde), mais il a fait une foule d'objections. En effet, Parniénide, et même avant Parménide , Xénophane , ayant établi la vérité, savoir, que Fétre véritable, l'unité n'a pas de naissance et de commencement^ il ne restait plus à Zenon qu'à attaquer l'bypotbèse de la naissance des choses et du monde.
(4) Epist,, 88. Zeno Eleates omnia negotîa de negotio dejî- . ciens, ait nibil esse. Si Parmenidi credo, nîkil est praeter unum;
si Zenoni, ne unum quidem.
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avait pas besoin , celle de Parménide^ son maître^' étant là ^ et qu'ainsi tout son effort devait être de réfuter les adversaires de Parménide, et de le» pousser à la contradiction et à l'absurde. On com«< prend fort bien ces malentendus de la part de simples amateurs de philosophie, mais il est -j^us re*^ marquable que Platon lui'^néme ait )»ru s'y troiiiq)er dans le Phèdre^ oii il a l'air de confondre Zenon avec les autres sophistes (1). Mais contre Platon, nous avons Platon lui-même , et au jeune ami de Socrate , qui n'était pas encore sorti de sa ville na* taie, et ne connaissait la doctrine éléatique et la dialectique de Zenon que par ouï-dire, d'après l'impression qu'elle avait faite à Athènes, et à travers les préjugés du bon sens socratique, nous pouvons opposer le philosophe mûri par l'âge, l'étude et les voyages, qui dans un ouvrage spécial , dont les personnages sont précisément Parménide et Zenon , nous montre le disciple imbu de la même doctrine que le maître, partageant le même dogmatisme, et le dogmatisme le plus absolu qui fût jamais, avec cette seule différence que l'un, déjà affaibli pair les années, se contente d'exposer sa doctrine, et que l'autre, jeune encore, plein de force et d'audace, attaque ceux qui attaquent Parménide, et les combat avec leurs propres armes, le ridicule et l'absmxlité des conséquences. Rien de plus clair et de plus positif que cette déclaration de
(1) Tom. VI de ma traduction, p. 85.
ZENON d'elee. 127
Platon, dans rintroduction du Parménicle; et toutes les autorités doivent fléchir devant celle-là* Sans doute on peut supposer avec Simpliciu^, sur laPkjrsique d!Arisiote^ et avec Tennemann, qpe dans le cours de la discussion, Platon, voulant faire connaître l'école éléatique tout entière, et épuiser la question de Tunité et de la pluralité, a rassem» blé et concentré dans Parménide et dans Zenon tous les autres personnages de l'école d'Élée, et prêté à ces deuiL philosophes beaucoup d'argumaits qui appartenaient réellement à plusieurs autres. Cette supposition est plus que vraisemblable : mais il n'en faut pas conclure le moins du monde que dans l'avant-scène, et lorsqu'il s'agit seulement de décrire et de faire connaître les différents person* nages de s(hi drame, Platon se soit amusé à leur attribuer, sans aucune nécessité, des caractères et des desseins imaginaires, à établir entre le maître et le disciple une identité de doctrine qui n'eût pas existé, et une différence de méthode qui n'eût pas existé davantage, à feindre, par ex^nple, que Zé^ non avait embrassé de bonne heure un rôle qui n'eût pas été le sien, quand tout le monde à Athènes, et surtout à Mégare, eût pu se moquer de Platon. Il est absurde de supposer qu'il eût prêté à Zenon tel ouvrage, entrepris dans tel but, écrit avec telle méthode, divisé de telle manière, contenant telle polémique, réfutant telles hypothèses, si rien de tout cela n'eût été vrai, et n'eût été généralement connu et admis. Ce témoignage de Platon, si clair,
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êi précis, si étendu, dans un de ses meilleurs et de ses plus authentiques ouTrages , nous paraîtrait décisif, fût-il seul. De plus, Proclus, dans son Com-mentaire sur le Parménide , emploie tout le premier livre à développer l'introduction du dialogue de Platon ; et partout il confirme ce qu'avait avancé Platon. On ne saurait trop se pénétrer du poids que doivent avoir, contre des assertions courtes et obscures , de longs morceaux , comme l'introduction entière du Parménide et le premier livre du commentaire de Proclus, où rien n'est laissé à une interprétation arbitraire^. et où tout est présenté avec une étendue , une clarté et une abondance de détails et de renseignements qui ne laissent rien à désirer ni à contester. C'est sur cette base que nous nous sommes appuyés avec confiance ; c'est avec cette autorité que nous avons éprouvé toutes les autres. A la lumière que Platon nous offre, on se reconnaît et on s'oriente dans les détours de l'école d'Élée; on aperçoit la place de Zenon dans cette école, ses rapports avec ses devanciers, et en même temps la différence qui l'en sépare et lui donne un caractère propre et original ; on conçoit sa mission ; et sa dialectique cesse alors d'être une logomachie inintelligible. C'est, selon nous, une méthode fort commode , mais très-peu critique et philosophique, au lieu d'approfondir une doctrine jusqu'à ce qu'on la comprenne et qu'on y trouve un sens, de se tirer d'affaire et de trancher toute difficulté en y supposant une extravagance qui nous
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absout de n'y rien comprendre et nous diispense de l'étudier. Il ne faut pas être si prompt à trouver des extravagances. Les grands systèmes que produit l'esprit humain ont un sens qu'il faut pénétrer : un homme ne devient pas célèbre parmi ses semblables par de pures folies ^ et le dernier et illustre représentant de la grande école d'Élée mérite bien de n'être pas tout d'abord traité d'absurde sans examen.
En somme, notre manière de concevoir Zenon, sa vie et ses ouvrages, repose sur l'introduction du Parménide de Platon , commentée et confirmée par Proclus. Nous regardons les différents argu«ments contre le mouvement, qu'Aristote nous a conservés et qu'il attribue à Zenon, comme une partie dés détails cachés sous les généralités indiquées dans l'introduction du Parménide* Quand d'un côté Platon déclare que Zenon , dans un de se» ouvrages, examinait successivement diverses hypothèses empruntées k l'empirisme et au système de la pluralité, et dont il tirait des conséquences à la fois rigoureuses et en contradiction avec les hypothèses données; quand lui et son commentateur Proclus, sans énumérer ces hypothèses , expriment nettement les résultats de l'argumentation dont elles étaient le sujet , savoir, que sans unité la pluralité est inadmissible, que la pluralité bien examinée renferme l'unité, la différence la ressemsemblance , le mouvement le repos , et que le mour vement sans unité est impossible ; et quand d'un
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autre côté nous trouvons dans Aristole IVnumération précise de divers arguments contre le mouvement et contre l'espace; quand enfin en mettant ces détails dans le cadre général que Platon nous fournit , on^ leur donné un sens raisonnable et un but intelligible^ et que par là on explique toutes choses , n'esfron pas fondé à admettre une supposition si naturelle et si plausible^ à considérer les arguments que nous a conservés Aristote comme quelques-uns de ceux que devaient renfermer les kypodièses indiquées par Platon , à les y rapporter comme les détails aux généralités^ et à interpréter les détails dont le caractère est obscur et douteux par le caractère non équiroque et non contesté des généralités? Il est vrai qu' Aristote, dans les endroits où il cite les quatre arguments contre le mouvement, ne les ramène pas au point de vue sous lequel Platon nous présente la polémique de Zenon dans le Parménide; mais d'abord il ne dit pas non plus que Zenon prit ces arguments d'une manière absolue; ensuite, comme plus tard ces arguments fin^nt employés absolument par les Sophistes, et qu' Aristote considérait plutôt l'abus qu'on en avait ûiit que le sens qu'ils pouvaient avoir dans Fesprit de leur inventeur, il n'est pas étonnant qu'illes ait pris lui-même absolument, et qu'il ait cherché à y répondre aussi d'une manière absolue. Enfin , nous avouerons que les réponses d' Aristote , commentées et développées par Simplicius , nous paraissent, ainsi qu'elles ont déjà paru à
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fiayle , assez peu satisfaisantes. Âristote accuse Zenon de mal raisonner, et lui-même ne raisonne guère mîeuJTet n'est pas exempt de paralogisme; car ses réponses impliquent toujours l'idée de l'unité, quand l'argumentation de Zenon repose sur l'hypothèse exclusive de la pluralité. Au reste nous convenons. qu'en effet Aristote n'est pas favorable au point de vue que nous avons adopté, mais nous avons pour nous l'autorité de Platon, que nous devions préférer ; car la critique peut-elle hésiter entre quelques lignes jetées sans développement et en passant, de sorte que ce qui appartient précisément à Zenon n'est pas très-facile à reconnaître^ et im long passage d'un ouvrage composé ex pro^ fessOf non pas seulement sur les matières traitées par Zenon , mais sur l'écolaà laquelle il appartient^ sur son maître et sur lui-même , sur ses opinions et sa méthode? La question est de savoir si on donnera à quelques lignes d' Aristote une certaine interprétation , ou si l'on rejètera absolument l'autorité du Parménide de Platon.
Les deux autres passages de Zenon , contre l'espace et l'existence empirique de l'unité, se trouvent dans Aristote, Physique, iv, 3, et dans la Métuphysique^ ii, édit. Brandis^ p. 56, 57. Il estfeit aussi allusion à la. prétention de Zenon, cpie le mouvement est impossible, dans les Premiers Àncblytiques, édit. Sylb. , tome i, p. 184; dans les Topiques, édit. Sylb., tome i, p. 411 et 457. Le
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livre des Lignes insécables , édit. Sylb. , tome vi , contient plusieurs phrasesd'Aristote, plus ou moins défigurées par George Pachyraère, mais où Ton reconnaît pourtant^ à travers les réfutations d'Aristote et les raisonnements tronquée deZénon^ le but que celui-ci avait toujours devant les yeux, savoir, de ramener à un principe indivisible, en montrant toutes les extravagances de la divisibilité à Tinfini. Tous les passages du traité de G. Pachymère qui se rapportent à Zenon regardent qudqu un des quatre arguments contre le mouvement.
Peut-être semblera-t-il étrange que nous n'ayions fait aucun usage du livre d'Aristote sur Xénophane, Zenon et Gorgias^ livre sur lequel nous nous sommes souvent appuyés ailleurs pour établir plusieurs opinions de Xénophane. Notre réponse est que la partie de ce petit traité qui concerne Xénophane, quoique visiblement corrompue et d'une interprétation très-difficile sur plusieurs points, est cependant intelligible en général , tandis que la partie qui regarde Zenon est dans un état tel que nous avouons franchement que tous nos efforts pour l'entendre n'ont abouti qu'à une interprétation incertaine et arbitraire, sur laquelle nous n'osons asseoir aucun résultat critique et vraiment historique. Il n'est pas même encore universellement reconnu qu'il s'agisse dans cette partie de Zenon et non de Mélisse. Nous avons donc négligé cet ^rit, dont la meilleure édition est celle de FûUe-
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born (1 ), CommentcUio quâ liber de Xenoph., Zen. et Gorg. passim illustratury Halle ^ 1789. Voyez aussi Spalding , Comnientarius in primam pariem Ubellide Xen.y Zen. et Gorg. y Berlin , 1793.
Outre l'autorité- de Platon et de Proclus d'un côté, d'Aristote et de Simplicius de l'autre, il n'y a plus guère dans l'antiquité d'autre témoignage sur Zenon d'ÊIée que l'article de Diogène de Laërte, ix, 25-30, qui a passé dans les extraits des écrivains postérieurs. Parmi les modernes, il faut consulter, mais ayec précaution , Texoellent article de Bayle, qui, selon sa coutume, se complaît à faire de Zenon un sceptique. 11 est curieux de lire Brucker sur toute l'école d'Élée, et en particulier sur Zenon, pour se faire une idée de la mauvaise humeur de ce bon et savant homme contre une doctrine qui sui^sse son intelligence, et qui lui parait avoir quelque rapport avec le panthéisme^ Aux yeux de Brucker^ Zenon est un sceptique et un sophiste. Kant est le premier, je crois , qui , dans la Critique de la raison pure y ait soupçonné que les
(1) Cependant on en peut employer quelques lignes qui dans le texte même sont rapportées à Zenon ; par exemple, cellasHsi qui éclaircissent le passage de la Métaphysique où Zenon pousse tout principe empirique à la diyisibilité indéfinie, pour ramener, par les extravagances que la divisibilité engendre, à l'iudivisibilité du principe transcen dental : Quelle que soit cette existence visible, eau ou terre^il faut qu'elle ait plusieurs parties, comme le prétend Zenon. Il y est fait aussi allusion à Topinion de Zenon sur l'espace.
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contradictions auxquelles Zenon réduit tour à toui* tous les phënomènes^ ne sont pas aussi sophistiques qu'on l'a prétendu, et que Zenon pentpétre n'a pas voulu nier absolument les deux termes de la contradiction f mais seulement prouver par là que l'un etl'autre, admettant une contradiction raisonnable, ne peuvent avoii* une vérité absolue. Cette remarque appartenait de droit à l'auteur des Antinomies de la raison, à celui qui a montré le premier les contradictions de proportions réputées également raisonnables, et qui par là, sans les détruire, a réduit leur valeur, et les a relouées dans une sphère inférieure d'évidenoe. Depuis , Tiedemann ( Geist der speculaiiife Philosophie, tome i , p. 285-300) et Tennemann ( Geschichte der Philosophie, tome I, p. 191-206), sans avoir reconnu le véritable point de vue sous lequel il faut considérer la dialectique de Zenon, ne l'ont pas du moins traitée comme une pure logomachie. Quant aux détails, il est impossible, de mieux exposer que ces deux savants critiques les arguments de Zenon contre le mouvement et l'espace, d'après Aristote et Simplicius. Staûdlin {Geschichte und Geist des Scepticismus, tome i , p. 200-216, Leipzig, 1804) a le bon sens de défendre Zenon contre l'accusation qui lui est généralement faite de n'avoir été qu'un sophiste. Il refuse de mettre parmi les Gorgias , les Protagoras, les Hippias et les Prodicus, l'homme austère qui préféra l'obscurité d'une petite ville vertueuse aux magnificences d'Athènes, et la mort à la sei'vi-
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iude. Staûdltn ferait volontiers pour Zenon une classe particulière de sophistes. Il va même jusqu'à convenir qu'on n'a pas de raison solide pour le considérer comme un sceptique.
On peut encore consulter sur Zenon les ouvrages suivants : Buhle, Commentatio de ortu et progressa pantheismi inde à Xenophane Colophonio, primo ejusauclore, usque adSpinosam, Comment societ. scient. Goetting. , x; — Car. H. Erdm. Lohse^ Dissertatio de argum£ntisf quibus Zteno Eleates nullum esse motum demonstraçii, et de unicâ horum refutandorum raUone, prceside Hoffbauer^ Halle^ 1794, in-8j — Tiedemann : Utrùm scepticas fuerit an dogmaticus Zeno Eleates? No^. BibL phiL et crii. 1 , fasc. 2.