‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 20 sur 92 · PR£BA€E · texte numérisé non relu

PR£BA€E

qa'à y mareher d'un pas ferme , et à apprdendir de plus eu plus les foi^ces et leurs lois, pour les généraliser davan-* tage. Allons plus loin. Comme c'est une loi déjà reconnue de la même raison qui gouverne l'humanité et la nature , de rattacher toute c^use finie et toute loi multiple , c'està-dire toute cause et toute loi phénoménale, à quelque chose d'absolu qui ne laisse plus rien à chercher au-delà relativement à Texistence , c'est-àniire à une substance ; cette loi rattache le monde extérieur composé de forces et de lois à une substance qui doit être une cause pour être le sujet des causes de ce monde , qui doit être une intel^ ligence pour être le sujet de ses lois, une substance enfin qui doit être l'identité de l'activité et de l'intelligence. Nous voilà donc arrivés de nouveau par l'observation et l'induction dans la sphère extérieure , précisément au même point où l'observation et l'induction nous ont conduits successivement dans la sphère de la personna* lité et dans celle de la raison ; la conscience dans sa triplicité est donc une ; le monde physique et moral est un , la science est une , c'est*à-dire , en d'autres termes , Dieu est un.

Bésumons ces idées , et développons-les en les résumant.

En rentrant dans la conscience , nous aVons vu que le rapport de la raison, de l'activité et de la sensation est tellement intime , que l'un de ces éléments donné , les deux autres aitrent de suite en exercice , et que cet éléuMint , c'est Tactivité libre. Sans l'activité libre ou le moi , la conscience n'est pas, c'est-ià-dire que les deux autres phénomènes , qu'ils aient lieu ou qu'ils n'aient pas lieu , sont comme s'ils n'étaient pas pour le moi qui n'est pas encore. Or le moi n'existe pour lui-même 9 ne s'aperçoit et ne peut s'apercevoir qu'en se distinguant de la sensation que par là même il aperçoit , et qui prend par là son rang dans la conscience. Mais comme le moi ne peut s'aperce-

voir et apercevoir la sentsatioD qu'en apercevant , c'est-àdire par rîotervention de la raison , principe nécessaire de toute aperception , de tonte connaissance, il s'ensuit qne Texercice de la raison est contemporain de Texercice de l'activité personnelle et des impressions sensibles. La triidicité de conscience, dont les éléments sont distincts et irréductibles Tiin à l'autre , se résout donc dans un fait unique , comme l'unité de la conscience n'existe qu'à la condition de cette triplicité. De plus , si les trois phénomènes élémentaires de la conscience sont contemporains, si la raison éclaire immédiatement l'activité qui se distingue alors de la sensation ; comme la raison n'est pas autre chose que l'action des deux grandes lois de la causalité et de la substance, il faut qu'immédiatement la raison rapporte l'action à une cause et à une substance intérieure , savoir le moi, la sensation à une cause et à une substance extérieure , le non--moi ; mais ne pouvant s'y arrêter comme à des causes vraiment substantielles, tant parce que leur phénoménalité et leur contingence manifeste leur 6tent tout caractère absolu et substantiel , que parce qu'étant deux , elles se limitent Tune par l'autre, et s'excluent ainsi du rang de substance, il faut que la raison les rapporte à une cause substantielle unique , au-delà de laquelle il n'y a plus rien à chercher relativement à l'existence, c'est-à-dire en fait de cause et de substance , car l'existence est l'identité des deux. Donc l'existence substantielle et causatrice, avec les deux causes ou substances finies dans lesquelles elle se développe, est connue en même temps que ces deux causes, avec les différences «qui les séparait et le lien de nature qui les rapproche , c'està-dire que l'ontologie nous est donnée en même temps toit entière , et même qu'elle nous est donnée en même temps que la psychologie. Ainsi dans le premier fait de conscience l'unité psychologique dans sa triplicité se ren^ çoirtre pour ainsi dire vis-à-vis de l'unité ontologique dans

sa triplicité parallèle. Le fait de conscience qai comprend trois éléments internes nous révèle aussi trois éléments externes : tout fait de conscience est psychologique et ontologique à la fois V et contient déjà les trois grandes idées que la science plus tard divise ou résume , mais qu'elle ne peut dépasser , savoir , Thomme, la nature, et Dieu. Mais rhomme , la nature, et le Dieu de la conscience ne sont pas de vaines formules, mais des faits et des réalités. L'homme n'est pas dans la conscience sans la nature , ni la nature sans l'homme > mais tous deux s'y rencontrent dans leur opposition et leur réciprocité , comme des causes, et des causes relatives , dont la nature est de se développer toujours, et toujours Tune par Tautre. Le Dieu de la conscience n'est pas un Dieu abstrait, un roi solitaire relégué par-delà la création sur le trône désert d*une éternité silencieuse et d'une existence absolue qui ressemble au néant même de l'existence : c'est un Dieu à la fois vrai et réel , à la fois substance et cause, toujours substance et toujours cause , n'étant substance qu'en tant que cause ^ et cause qu'en tant que substance, c'est-à-dire étant causé absolue, un et plusieurs, éternité et temps, espace et nombre, essence et vie, indivisibilité et totalité, principe, fln et milieu, au sommet de l'être et à son plus humble degré, infini et fini tout ensemble, triple enfin, c'est-idire à la fois Dieu, nature et humanité. En effet si Dieu n*est pas tout, il n'est rien ; s'il est absolument indivisible en soi , il est inaccessible et par conséquent il est incompréhensible, et son incompréhensibilité est pour nous sa destruction. Incompréhensible comme formule et dans l'école , Dieu est clair dans le monde qui le manifeste, et pour l'ame qui le possède et le sent. Partout présent , il revient en quelque sorte à lui-même dans A conscience de l'homme dont il constitue indirectement le mécanisme et la triplicité phénoménale par le reflet de sa propre vertu et de la triplicité substantielle dont il^est l'i*dentité absolue.

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Arrivée sur ces hauteurs la philosophie s'édaircit en s'agrandissant , l'harmonie universelle entre dans la pensée de l'homme, l'étend et la pacifie. Le divorce de Tontologie et de la psychologie, de la spéculation et de l'observation, de la science et du sens commun, expire dans une méthode qui arrive à la spéculation par l'observation, à Tontologie par la psychologie, pour affermir ensuite l'observation par la spéculation , la psychologie par Tontologie, et qui partant des données immédiates de la conscience dont est fait le sens commun du genre humain, en tire la science qui ne contient rien de plus que le sens commun, mais l'élève à une forme plus sévère et plus pure, et lui rend compte de lui-même. Mais je touche ici à un point fondamental.

Si tout fait de conscience contient toutes les facultés humaines, la sensibilité, l'activité libre et la raison, le moi, le non-moi et leur identité absolue ; et si tout fait de conscience est égal à lui-même , il en résulte que tout homme qui a la conscience de lui-même possède et ne peut pas ne pas posséder toutes les idées contenues néces-^ sairement dans la conscience. Ainsi tout homme, s'il se sait, sait tout le reste , la nature et Dieu en même temps que lui-même. Tout homme croit à son existence , donc tout homme croit au monde et à Dieu ; tout homme pense, donc tout homme pense Dieu, si Ton peut s'exprimer ainsi ; toute proposition humaine, réfléchissant la conscience , réfléchit l'idée de l'unité et de l'être essentielle à la conscience : donc toute proposition humaine renferme Dieu; tout homme qui parle parle de Dieu, et toute parole est un acte de foi et un hymne. L'athéisme est une formule vide , une négation sans réalité, une abstraction de l'esprit qui se détruit elle-même en s'afflrmant , car toute affirmation , même négative, est un jugement qui renferme l'idée d'être , et par conséquent Dieu tout entier. L'athéisme est l'illusion^de quelques sophistes qui opposent leur liberté à leur raison et ne savent pas même se rendre compte de ce

qu'ils pepseDt; mais le genre humain qui ne rente point sa conscience et ne se met point en contradiction avec ses lois, connaît Dieu, y croit et le proclame perpétuellement. En effet le genre humain croit à la raison et ne peut pas ne pas y croire , à cette raison qui apparaît dans la con-science en rapport momentané avec le moi , reflet pur encore quoique affaibli de cette lumière primitive qui dé^ coule du sein même de la substance éternelle, laquelle est tout ensemble substance , cause , intelligence. Sans Tappe:rition de la raison dans la conscience, nulle connaissance ni psychologique ni encore moins ontologique. La raison est en quelque sorte le pont jeté entre la psychologie et Ton-^ tologie , entre la conscience et l'être ; elle pose à la fois sur l'une et sur l'autre ; elle descend de Dieu et s'incline vers l'homme ; elle apparaît à la conscience comme un hôte qui lui apporte des nouvelles d'un monde inconnu dont il lui donne à la fois et Tidée et le besoin. Si la rabon était personnelle , elle serait de nulle valeur et sans au^ cunç autorité hors du sujet et du moi individf^l. Si elle restait à l'état de substance non manifestée, elle serait comme si elle n'était pas pour le moi qui ne se ccœiiaitrait pas lui-même. Il faut donc que la substance intelligente se manifeste; et cette manifestation est l'apparition de la raison dans la conscience. La raison est donc à la lettre une révélation , une révélation nécessaire et universelle > qui n'a manqué à aucun homme et a éclairé tout homme à sa venue en ce monde : illuminât omnem hominemvenientem in hune mundum. La raison est le médiateur nécessaire entre Dieu et Fhomme » ce xô^oç de Pythagore et de Platon , ce verbe fait chair qui sert d'interprète à Dieu et de précepteur à l'homme , homme à la fois et Dieu tout en-» semble. Ce n'est pas sans doute le Dieu absolu dans sa ma^jestueuse indivisibilité , mais sa manifestation en esprit et en vérité ; ce n'est pas Têtre des êtres, mais c'est le Dieu du genre humain. Comme Dieu ne manque jamais au genre humain et ne Tabandonne jamais, le genre humain croit

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en Dieu d'ane croyance irrésistible et inaltérable , et cette unité de croyance est à lui-même sa plus haute unité.

Si cet ensraible de croyances est dans tout fait de con^ science, et si la conscience est une dans tout le genre hiH main, d'où vient donc la diversité prodigieuse qui semble exister d'homme à homme, et en quoi consiste cette diversite? En vérité, quand au premier coup d'œil on cfoit apercevoir tant de différences d'un individu à un individu , d'un pays à un pays , d'une époque de l'humanité à une autre époque , on éprouve un sentiment profond de mélancdie ; et l'on est tenté de ne voir dans un dévelop^ pement intellectuel si capricieux et dans l'humanité tout entière qu'un phénomène sans fixité, sans grandeur et sans intérêt. Mais les faits plus attentivement observés démontrent que nul iMnme n'est étranger à aucune des trois grandes idées qui constituent la conscience , savoir la personaialité ou la liberté de l'homme , l'impersonnalité ou là fatalité de la nature et la providence de Dieu. Tout homme comprend ces trois idées immédiatement , parce qu'il les a trouvées d'abord et qu'il les retrouve constamment en lui-même. Les exceptions par leur petit nombre , par les absurdités qu'eltes entraînent, par les troubles qu'elles engendrent , ne servent qu'à faire ressortir davantage l'universalité de la foi dans l'espèce humaine , le trésor de bon sens déposé dans la vérité, et la paix et le bonheur qu'il y a pour une ame humaine à ne point se séparer des croyances de ses semblables. Laissez là les excepticms qui paraissent de kûn en loin dans quelques époques critiques de l'histoire , et vous verrez que toujours et partout les masses qui seules existent vivent dans la même foi y dont les formes seules varient. Mais les masses n'ont pas le secret de leurs croyances. La vérité n'est pas la science ; la vérité est pour tous, la science pour peu : toute vérité est dans le genre humain , mais le genre humain n'est pas philosophe. Au fond , la philosophie est l'aristocratie de l'espèce humaine. Sa gloire et sa force, comme celle de

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toute vraie . aristocratie , est de ne point se séparer du peuplé 9 de sympathiser et de s'identifier avec lui , dé travailler pour lui en s'appnyant sur lui. La science philosophique est le compte sévère que la réflexion se rend à ellemême d'idées qu'elle n'a pas faites. Nous l'avons démontré plus haut : la réflexion suppose une opération préalable à laquelle elle s'applique, puisque la réflexion est un retour. Si aucune opération antérieure n'avait eu lieu, il n'y aurait pas place à la répétition volontaire de cette opération, c'est-à-dire à la réflexion ; car la réflexion n'est pas autre chose ; elle ne crée pas , elle constate et développe. Donc il n'y a pas plus intégralement dans la réflexion que dans l'opération qui la précède, dans la spontanéité ; seulement la réflexion est un degré de l'intelligence,^ plus rare et plus élevé que la spontanéité, et encore à; cette condition qu'elle la résume fidèlement et la développe sans la détruire. Or, selon moi, l'humanité en masse est spontanée et non réfléchie ; l'humanité est inspirée. Le souffle divin qui est en elle lui révèle toujours et partout toutes les vérités sous une forme ou sous une autre, selon les temps et selon les lieux. L'ame de l'humanité est une ame poétique qui découvre en elle-même les secrets des êtres , et les exprime en des chants prophétiques qui retentissent d'Age eii Age. A côté de l'humanité est la philosophie qui l'écoute avec attention , recueille ses paroles , les note pour ainsi dire ; et quand le moment de l'inspiration est passé , les présente avec respect à l'artiste admirable qui n'avait pas la conscience de son génie et qui souvent ne reconnaît pas son propre ouvrage. La spontanéité est le génie de la nature humaine , la réflexion est le génie de quelques hommes. La différence de la réflexion à la spontanéité , est la seule différence possible dans l'identité de l'intelligence. Je crois avoir prouvé que c'est la seule différence réelle dans les formes de la raison, dans celles de l'activité, peut-être même dans celles de la vie ; en histoire, c'est aussi la seule qui sépare un homme d'un de ses semblables : d'où il suit

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que nous sommes tous pénétrés du même esprit, tous de la m6me famille , enfants du mèine père , et que notre fraternité n'admet que les dissemblances nécessaires à Tindividnâlité. Considérées sous cet aspect, les dissemblances individuelles ont de la noblesse et de l'intérêt, parce qu'elles témoignent de l'indépendance de chacun de nous et séparent l'homme de la nature. Nous sommes des hommes et non des astres ; nous avons des mouvements qui nous sont propres, mais tous nos mouvements les plus irréguliers en apparence , s'accomplissent dans un cercle qui est celui de notre nature, et dont les deux extrémités sont deux points essentiellement similaires. La spontanéité est le point de départ , la réflexion le point de retour , la circonférence entière est la vie intellectuelle, le centre est l'iatelligence absolue qui domine et explique tout. Ces principes sont d'une fécondité inépuisable. Allez de la nature humaine à la nature extérieure, vous y retrouverez la spontanéité sous la forme de l'expansion , la réflexion sous celle de la concentration. Portez vos regards sur l'existence universelle : la nature extérieure y joue le rôle de la spontanéité, l'humanité celui de la réflexion. Enfin, dans l'histoire de l'espèce humaine , le monde oriental représente ce premier mouvement dont la spontanéité puissante a fourni au genre humain sa base indestructible ; et le monde païen , et surtout chrétien , représente la réflexion qui se dévdoppe peu à peu, s'ajoute à la spontanéité, la décompose et la recompose avec la liberté qui lui est propre , tandis que l'esprit du monde plane sur toutes ses formes et demeure au centre ; mais sous toutes ces formes, dans tous ces mondes, à tous les degrés de l'existence physique , intellectuelle ou historique , les mêmes élér meuts intégrants se retrouvent dans leur variété et leur harmonie.

Telle est l'espèce de- système auquel vînt abtoutir , sur îa

fin de IftlS, tout le travail des années précédentes; sys*

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lème très-imparfait sans doute ^ et qut depuis s'est bien étendu et modifié dans mon esprit, mais dont je dtfradrais encore aujourd'hui les principales bases , et qui du moins avait , malgré tous ses défauts , à l'époque où il fut conçu et exposé 9 Tavantage de réaliser en partie la pensée dominante de ma vie , celle de reconstruire les croyances étemelles avec l'esprit du temps, et d'arriver aussi à l'u^ nité , mais par la route de la méthode expérimentale. C'est là le point de vue sous lequel il faut le considérer et. l'apprécier.

Ce système fit le fonds de mon enseignement de 1818 ; et c'est à lui que se rattachent directement ou indirectement tous les fragments dont se compose ce volume ; il eu est l'unité, et peut servir comme de fil pour s'y reconnaître, au milieu d'articles , de dates et de matières différentes. Là est la borne de mes recherches jusqu'en 1819, et le foBr dément de tous les développements dogmatiques et historiques de mon enseignement pendant les années subsé* quentes. Si l'on y prend garde , le système que nous venons de retracer à la hAte n'est pas autre chose qu'un éclectisme impartial appliqué aux faits de conscience. Il fut aussi dès lors appliqué aux doctrines diverses dont se compose l'histoire de la philosophie , et l'on en retrouvera des traces nombreuses dans ces fragments ; mais depuis il a pris dans mon esprit et dans mes travaux une importance dont iL m'est impossible de donner ici la moindre idée. Je me contenterai de dire que depuis 1819, mon point de vue systématique et dogmatique s'étant un peu affermi et élevé, je quittai pour quelque temps la spéculation , ou plutôt je la poursuivis et la réalisai en l'appliquant plus spécialement que je ne l'avais encore foit à l'histoire de la philosophie. Toujours fidèle à la méthode psychologique , je la transportai dans l'histoire , et confrontant les systèmes avec les faits de conscieuœ , demandant à chaque système une représentation complète de la conscience sans pouvoir Tobtenir, j'arrivai bientôt à ce résultat que mes études ul-

térieures oot tant développé , saroir : que chaqae sy^me eiitrime un ordre de phéâomèiies et d'idées , qui est très réel à la vérité , mais qui n'est pas seul dans la conscience, et qai pourtant dans le système joue un rôle presque exclusif; d'où il suit que chaque système n'est pas faux , maifi incomplet ; d'où il suit encore qu'en réunissant tous les systèmes incomplets , on aurait une philosophie corn* l^ète, aMquate à la totalité de la conscience. De là à un v^itaUe système historique , universel et précis tout ensemble, riôbervaUe est grand sans doute ; mais le premier pas est bit , et la carrière ouverte. J'essaierai de la rem- {riir; j'essaierai , malgré tous les obstacles, de poursuivre la réforme des études philosophiques en France, en éclairant l'histoire de la philosophie par un système , et en démontrant ce système par l'histoire entière de la philosophie. C'est à ce but que se rattache la série de mes publications historiques, dont mes amis seuls peuvent comprendre entièrement la portée; c'est dans ce plan qu'entrait déjà mon enseignement des années 1819 et 1830, sur rhistoire de la philosophie du xviu'' siècle, en France, en Angleterre et en Allemagne. Peut-être je publierai ces leçons ; mais mes leçons antérieures de 4815 à 4818 ne verront pas le jour. Ce sont des études que j'ai faites par-devant le public , et qui, j'espère, n'auront pas été inutiles pour ranimer dans mon pays le goût des matières philosophiques , et imprimer une direction salutaire aux élèves de l'école normale et aux jeunes gens qui suivaient mes cours de la faculté des lettres. Mais je les condamne moi-même à l'oubli ; elles sont trop en arrière du point où nous sommes tous parvenus. J'aurais même & demander grftce pour ces fragments qui s'y raprportent ,. et qui leur sont encore bien inférieurs , s'ils n'étaient déjà imprimés , et si les reproduire n'était pas les ensevdir définitivement. D'ailleurs j'ai pensé que sans avoir assez de généralité pour entrer dans les besoins du moment et dans les discussions que les querelles des partis ont mises

à Tordre da joar, ils ponyaient avoir cette utilité de re^ porter l'attention sur des détails psychologiques , aridéd sans doute et dépourvus de toute . grandeur apparente ^ mais qu'il ne faut jamais oublier puisqu'ils sont le point de dépatt légitime de tous les dével<qipements que peut et doit prendre là philosophie. J'ai pensé encore qu'au moment où rindùstrialisme et la théocratie s'efforcent d'entraîner tous les esprits hors des Voies larges et impartîmes de la science , c'était presque un devoir pour moi de relever un drapeau indépendant, qui n'est pas oublié peut^tre, et de rappeler aux amis de la vérité la seule métho(te.philosophique qui, selon moi, puisse y conduire ; cette méthode d observation et d'induction qui a élevé si haut et porté si toin toutes les sciences physiques, qui imprime à la petisée un mouvement à la fois vaste et régulier, ne s'appuie que sur la nature humaine , mais Tembrasse tout entière, et avec elle atteint Finfini ; qui n*impose aucun système à la réa^ lité , mais se charge de démontrer que la réalité , si elle est entière, est un système, un système vivant et achevé, dans la conscience et hors de la conscience, dans l'univers et dans Thistoire; cette méthode qui, ne se prq^ant d'autre tâche que celle^de comprendre les choses, accepte» explique et respecte tout , et ne détruit que les arrangements artificiels des hypothèses exclusives ; méthode sévère, dont la circonspection voile et justifie la hardiesse , et hors de laquelle tous les mouvements de l'esprit ne sont que des tourments infructueux pour soi-«mème et pour les autres , pour la science , pour le pays et pour Tavenir.

Enfin j'ai voulu prendre ofJSciellement congé de trois années de ma vie qui me sont chères par le souvenir des travaux obscurs et pénibles qui les remplirent ; je les salue ici pour la dernière fois et leur dis adieu à jamais. C'est de 18^9 que dateront désormais mes publications.

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