‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 19 sur 92 · V. COUSIN · texte numérisé non relu

V. COUSIN

Paris, le 3o juin i833.

Ces Fragments sont des articles insérés la plupart dans \^ Journal des savants et dans les Archives philosophiques de 1816 à 1819. Empruntés à mes leçons de cette époque , je . ne puis essayer de les rappeler à quelque unité sans dire un mot de l'enseignement auquel ils se rapportent , et qu'ils représentent comme des morceaux isolés peuvent représenter un tout. Appelé à parler de moi-même , je le ferai sans aucune de ces précautions de modestie qui ne valent pas la simplicité et la droiture de l'intention , et je dirai loyalement tout ce que j'ai fait ou voulu faire, depuis le jour où nommé maître de conférences philosophiques à l'école normale, et professeur suppléant de l'histoire de la philosophie moderne à la faculté des lettres, je vouai, sans retour et sans réserve, ma vie entière à la poursuite de la réforme philosophique si honorablement commencée par M. Royer-Collard.

Bans la position où je me trouvais , mes premiers soins furent donnés à la méthode. Un système n'est guère que le développement d'une méthode appliquée à certains objets. Rien n'est donc plus important que de reconnaître d'abord et de déterminer la méthode que l'on veut suivre, de nous rendre compte à nous-mêmes de nos bons et de nos mauvais instincts, et de la direction dans laquelle ils nous poussent et à laquelle il faut savoir si nous voulons

OU si nous ne voulons pas consentir ; car il faut que notre philosophie soit comme notre destinée, qu'elle nous appartienne. Sans doute on doit remprunter à la vérité et à la nécessité des choses, maiâ on doit aussi la recevoir librement, en sachant bien ce qu'on emprunte et ce qu'on reçoit. La philosophie spéculative ou pratique est l'alliance de la nécessité et de la liberté dans l'esprit de l'homme qui se met spontanément en harmonie avec les lois de l'existence universelle. Le but est dans l'infini , mais le point de départ est en nous-mêmes. Ouvrez l'histoire : tout philosophe qui a respecté ses semblables , et qui n'a pas voulu seulement teur offrir les résultats indécis de quelques rêves, a cotiimencé par un retour sur la méthode. Toute doctrine qui a exercé quelque influence ne }'a fait et n'a pu le faire que par la direction nouvelle qu'elle a imprimée aux esprits, par le point de vue nouveau sous lequel elle a fait consklérer les choses , c'est -à-<lire par sa méthode. Toute réforme plilosophique a son principe avoué ou secret dans un chang^nent ou dans un progrès de méthode. Mon premier effort devait donc être d'examiner coBsciencieusement le point d'où j'allais partir , la direction que j'allais prendre , la méthode que j'allais employer et qui contenait en eHe les résultats de toute espèce , inconnus à md^-mème, auxquels son application successive devait me conduire. D'ailleurs, professeur public , maître de conférences dans une école de professeurs appelés un jour par leur enseignement ou par leurs écrits à influer sur l'avenir philosophique de la France, c'était un devoir sacré pour moi de leur inculquer d'abord l'esprit d'examen et de critique avec lequel ils pouvaient, plus i(A ou plus tard , reconnaître mes propres erreurs , modifier mon enseignement ou s'en séparer. Plus la conviction est sincère et profonde, plus elle peut être dangereuse; et l'homiète homme qui la sent au fond de son cœur avec l'autorité périlleuse qu'elle lui donne , a l'obligation de s'absoudre

d'avance de la contagion des erreurs qui lui échappent, en armant son auditoire contre lui-même , en le formant à rindépendance , en discutant préalablement et sans cesse l'esprit général de ses leçons, c'est-À-dire en insistant sur la méthode.

Ce fut doit) là mon premier soin. Mais à quelle méthode m'arrétai-je ? à celle qui était dans l'esprit du temps, étudié sérieusement et volontairement accepté , dans les habitudes nationales et dans mes propres habitudes. Je vais m'expliquer.

C'est un fait incontestable qu'en Angleterre et en France au xviii^ siècle , Locke et Condillac ont remplacé les grandes écoles antérieures, et régné sans contradiction jusqu'à ce jour. Au lieu de s'irriter de ce fait, il faut tâcher de le comprendre ; car, après tout, les faits ne se créent point eox-mémes, ils ont leurs lois qui se rattachent aux lois générales de l'espèce humaine. Si la philosophie de la sensation s'est réellement accréditée en Angleterre et en France, ce phénomène doit avoir sa raison. Or cette raison, si l'on y pense, fait honneur et non pas injure à l'esprit humain. Ce n'était pas sa faute s'il n'avait pu rester dans les fers du cartésianisme, car c'était au cartésianisme à le garder, à satisfaire à toutes les conditions qui peuvent éterniser un système. Dans le mouvement général des choses et le progrès des temps, l'esprit d'analyse et d'observation devait avoir aussi sa place, et cette place il l'a eue au xvuf siècle. L'esprit du xviir siècle n'a pas besoin d'apologîe. L'apologie d'un siècle est dans son exi»» tence, car sou existence est un arrêt et un jugement de Dieu même , ou l'histoire n'est qu'une fantasmagorie insignifiante* On accuse beaucoup l'esprit nouveau d'incrédulité et de scepticisme , mais il n'est sceptique que sur ce qu'il n' ntend pas , incrédule que sur ce qu'il ne peut crenre , c'est-à-nlire que les conditions de comprendre et de croire ayant alors , comme déjà à plusieurs époques ^

changé pour le genre humain , il fallait bien , sous peine d'abdiquer son indépendance, qu'il impos&t ces conditions nouvelles à tout ce qui aspirait à gouverner son intelligence et sa foi. La foi n'est ni épuisée ni diminuée. Le genre humain, comme l'individu, ne vit que de foi ; seulement les conditions de la foi se renouvell^t. Au dixhuitième siècle, la condition générale pour comprendre et pour croire était d'avoir observé ; dès lors toute philosophie qui aspirait à l'empire devait être fondée sur l'observation. Or, le cartésianisme , tel surtout que Favaient fait Malebranche , Spinosa, Leibnitz et Wolf , le cartésianisme qui, dès le second pas, abandonne l'observation et se perd dans les hypothèses ontologiques et des formules scholastiques , ne pouvait prétendre au titre de philosophie expérimentale. Un autre système se présenta souscetitre^ et à ce titre il fut accepté. Voilà l'explication de la chute du cartésianisme et de la fortune inouïe de la philosophie de Locke et de Condillac. Si Ton y réfléchit, la fortune dé cette triste philosophie témoigne encore de la dignité et de l'indépendance de l'esprit humain qui quitte à son tour les systèmes qui le quittent , et fait sa route à travers les erreurs les plus déplorables, plutôt que de ne pas avancer. Il n'a pas pris la philosophie de la sensation comme maté-^ rialiste, mais comme expérimentale, et elle l'était en effet jusqu'à un certain point. Le sqccès de cette philosophie ne lui est pas venu de ses dogmes , mais de sa méthode qui n'était pas à elle , mais au siècle. Et il est si vrai que la méthode expérimentale était le fruit nécessaire du temps, et non l'œuvre passagère d'une secte en Angleterre et en France, que si on examine avec sang-froid les écoles contemporaines les plus opposées à celle de la sensation , on y retrouve les mêmes prétentions à l'observation et à l'expérience. Reid et Kant , en Ecosse et en Allemagne , ont combattu à outrance et renversé de fond en comble la la doctrine de Locke , mais avec quelles armés ? avec

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eeltes de Locke lui-même; ave^ la méthode expértmeiH tafe autrement appKqoée. Reid part dé l'esprit humain et de ses facnltés qu'il analyse dans leur action réelle , et dont il constate les lois. Kant séparant la raison de tous ses objets et la considérant pour ainsi dire dans son intérieur , en donne une statistique subtile et profondé ; sa philosophie est une Critique ; c'est toujours de l'observation et de l'expérience. Faites le tour de l'Europe et du monde , partout le même esprit , partout la même méthode : c'est là qu'est réenement l'unité du siècle , puisque cette unité se retrouve au sein des plus graves dissidences.

Bxanrinons-^oUs bien nous autres hommes et surtout IVançâis du xix' siècle. L'esprit d'analyse a beaucoup détruit autour de nous. Nés au milieu de mines en tout genre , nous sentons le besoin de reconstruire ; ce besoin est intime, pressant, impérieux; il y a péril pour nous dans l'état où nous sommes, et pourtant si nous sommes plus justes que nos pères envers le passé , nous ne pouvons pas nous y reposer plus qu'eux ; nous amnistions nos pères et le temps , et nous n'avons foi qu'à l'observation et à l'expérience. Ainsi nous sommes ; il faut nous y résigner.

El y a-t41 grand mal à cela ? Pensons-y bien. Se réduire à l'ofeservation et à l'expérience , c'est se réduire à la nature humaine ; car on n'observe qu'avec soi-même , dans la mesure de ses fecultés et £o leurs lois. Nous voilà donc réduits à la nature humaine. Mais nous faut-il donc autre chose ? Si l'observation , qui va aussi loin que peut aller la Dature humaine , ne suffit point pour atteindre à toutes les vérités et à toutes les croyances , et pour remplir le cerde entier de la science , le mal vraiment n'est pas dans la méthode qui nous réduit à nos moyens naturels de connattré , mais dans TimpUissance de ces moyens et de notre nature de laquelle nous ne pouvons sortir. En effet,

5o PRÉFACE

quelque méthode que nous empruntions , c'est nous qui l'avons faite et qui remployons ; c'est toujours bycc nou»mêmes que nous agissons^; c'est toujours la nature humaine qui , en ayant l'air de s'oublier, est toujours là , et fait tout ce qui se fait ou se tente, même en apparence audelà de ses forces. Ou il faut désespérer de la science , ou la nature humaine est suffisante pour y parvenir ; l'obseiv vation, c'est-à-dire la nature humaine acceptée comme unique instrument de découverte, l)ien employée suffit > ou rien ne suffit; car nous. n'avons pas autre chose et nos devanciers n'ont eu rien de plus. Etudions les systèmes sur lesquels le temps a passé : qu'a-t^il détruit et qu'a-t-il pu détruire? la partie hypothétique de ces systèmes. Hais qui donnait de la vie et de la consistance à ces hypotiièses? Précisément quelques vérités qui avaient été trouvées par l'observation , que l'observation retrouve aujourd'hui , et qui ont encore aujourd'hui , à ce titre , la même vérité et la même nouveauté qu'autrefois. Qui a élevé si haut et soutient encore les nombres de Pythagore , les idées de Platon, les catégories d'Aristote? un fait , tout aussi réel aujourd'hui que dans l'antiquité , savoir, qu'il y a dans l'intelligence des éléments réels inexplicables par les seules acquisitions des sens. Qui a produit la vision en Dieu de Malebranche, et l'harmonie préétablie de Leibnitz? encore des faits , qu'il n'y a pas une seule connaissance qui n'implique pour l'esprit la notion d'existence , c'est-à-dire de Dieu; que Fintelligence et la sensibilité en nous sont distinctes, mais inséparables, que chacune a «es lois indépendantes qui la gouvernent, mais que ces lois ont leurs rapports secrets et leur harmonie. Si Ton examine ainsi les plus célèbres hypothèses, on verra qu'alors même qu'elles se perdent dans les nuages , leur racine est ici-bas dans quelque fait réel en soi , et que c'est par là qu'elles se sont établies et accréditées parmi les hommes. L'erreur toute seule est incompréhensible et inadmissible; c'est par son

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rapport avec le > vrai qu'elle se soutient. Il n*est pas ea la puissance des systèmes les plus extravagants de n'avoir pas quelques côtés raisonnables ; et c'est toujours le sens commun inaper(u qui fait la fortune des hypothèses auxqudles il se mêle. Au fond tout ce qu'il y a de vrai et de durable dans les systèmes épars à travers les âges est l'ouvrage de l'observatfon qui travaille pour la philosophie souvent à rinsu du philosophe ; et , chose étrange , il n'y a d'immortel dans la mobilité des doctrines humaines que ce qui vient précisément de cette méthode expérimentale qui a Tair de ne pouvoir saisir que ce qui passe.

La méthode d'observation est bonne en elle-même. Elle nous est donnée par l'esprit du temps, qui lui-même est l'œuvre de l'esprit général du monde. Nous n'avons foi qu'à elle , nous ne pouvons rien que par elle , et pourtant en Angleterre et en France elle n'a pu jusqu'ici que détruire sans rien fonder. Parmi nous son seul ouvrage en phUosophie est le système de la sensation transformée. A qui le. tort? aux hommes, non à la méthode. La méthode est irréprochable et elle suffit toujours , mais il faut l'appliquer selon son esprit. Il ne faut qu'observer, mais il faut observer tout. La nature humaine n'est pas impuissante , mais il ne faut lui retrancher aucune partie de ses forces. On peut arriver à un système qui dure, mais pourvu qu'on ne se laisse arrêter d'abord par aucun préjugé systématique. La philosophie du dix-huitième siècle n'a pas agi et ne pouvait agir ainsi. Née d*une lutte contre le passé et devant servir elle-même à cette lutte > elle était expérimentale contre le passé , mais systématique en fait d'expérience I et de peur de s'égarer dans les anciennes ténèbres, trouvant sous sa main dans les sensations des faits évidents, elle s*y reposa, par faiblesse d'abord, car toute méthode naissante est toujours faible , puis par la séduction presque irrésistible alors du succès des sciences physiques qui;détoumaient l'attention de tout autre ordre de phéno-

5a Pfi£FAC£

mènes , enfin par r&vengtoment de Fesprit de révolutioa qai ne pouvait i^éclairer que par son excès mèine , et dont la destinée était de ne s'arrêter qu'après avoir obtenu un al>solu triomphe. Bon berceau avait été TAngleterre , son champ de bia taille devait être la France. On a beaucoup célébré Bacon comme le père de la méthode expérimentale; mais la vérité est que Bacon a tracé les règles et les procédés de la méthode expérimentale dans Tenceinte des sciences physiques et pas aunlelà , et que le premier il a égaré la méthode dans une route syst^atique, en la bornant au monde extérieur et à la sensibilité. Elle est de Bacon cette phrase : Mens humana si agat in materiain , naturam rerum et opéra Dei contemplando, pro modo materise operatur atque ab eftdem determinatur ; si ipsa in se vertatur, tanqnam aranea texens telam , tune demum indeterminata est ; et parit telas quasdam doctrinse tenui«* tate fili operîsque mirabiles, sed quoad usum frivolas et inanes. » £n général l'observation de Bacon ne s'adresse qu'aux phénomènes sensibles ; l'induction appuyée sur cette base unique ne portera pas loin. La philosophie qui devait sortir d'une application aussi incomplète de la méthode , ne pouvait être qu'incomplète elle-même et tristement incomplète. Le système de la sensation transformée était au bout de pareils conseils, et Bacon devait engen*^ drer GondiUac. Telle est l'importance des aberrations de la méthode. Les plus légères traînent à leur suite les ei^ reurs les plus graves que l'on ne peut plus^détruire qu'ed remontant jusqu'à leur principe. La première aberration de la vraie méthode philosophique vient de Bacon; ses conséquences ne s'arrêtent qu'à GondiUac, aunlelà duquel il n'y a plus de place pour aucune aberration nouvelle , soit en feit de méthode , soit en fait de système. Cons^ton à là méthode inc(HQpIète de Bacon? il faut consentir à toutes les lacunes du système de Condilléc; la feiMesse seule et l'inconséquence s'arrêtent au mOieu. Le système

de Condillac dans sa rigueur cboque-t-il la nature humaine et robservatiou la moins attentive? il feut remonter jus^ qu'à Bacon et essayer de tarir le mal dans sa source ; il fnut emprunter à Bacon la méthode expérimentale , mais ne pas corrompre d'abord Tobseryation en lui imposant uh système. Il faut n'employer que la méthode d'observation, mais l'appliquer à tous les faits » quels qu'ils soie»! , pourvu qu'ils existent : son exactitude est donc dans son impat'* tiâtitéf-et l'impartialité ne se trouve que dans l'étendue. Ainsi, peut-être, se ferait l'alliance tant cherchée des sciences métaphysiques et physiques, non pat te sacrifice systématique des unes aux autres, mais par l'unité de leur méthode appliquée à des phénomènes divers. Par là on sar« tirferait aux c<»iditions de l'esprit du temps et à ce qu'il y a eu de légitime et de nécessaire dans la révolution du XYuV siècle ; et l'on satisferait aussi peut-être à des besoins plus élevés de la nature humaine, qui sont eux-mêmes des faits, des faits aussi incontestables et aussi impérieux que les autres.'

Telles furent les réflexions qui s'offrirent à moi, au dé* but de ma carrière philosophique. Par eonscieùce historique je les ai reproduites dans^ toute leur faiblesse à peu près telles qu'elles sont consignées dans les leçons de cette époque* Les méthodes ne se perfectionnent qufeu s'ap^iquant; et si, après onze ans d'enseignements et d'études, je reste fidèle à la méthode qui a dirigé mes premiers essais , c'est peut-être par des motifs plus profends et plus inhérents à la nature des choses que ceux que je viens de développer. Mais en 1815, ces motifs suffirent pour me foire adopter la méthode d'observation et d^induction comme méthode philos(^hique , avec cette loi de toute observation , savoir, qu'elle doit être complète , épui^r son objet, et ne s'arrêter que là où les feits lui manquent , où par conséquent Finduetion n'a plus de base et Vesptit de î'homme aucune prise. Les feits, voilà donc le point de dé-

part ^ sinon là borne de la philosophie. Or, les faits, quels qu'ils soient, n'existent pour nous qu'autant qu'ils arrivent à la conscience. C'est là seulement que l'observation les at-<teint et les décrit avant de les livrer à l'induction, qui leur fait rendre les conséquences qu'ils renferment dans leur sein. Le champ de l'observation philosophique, c'est la conscience, il n'y en a pas d'autre, mais dans celui-là il n'y a rien à négliger ; tout est important, car tout se tient, et.une partie manquant, l'unité totale est insaisissable. Rentrer dans la conscience et en étudier scrupuleusement tous les phénomènes , leurs différences et leurs rapports , telle est la première étude du philosophe ; son nom scientifique est la psychologie. La psychologie est donc la condition et conmie le vestibule de la philosophie. La méthode psychologique consiste à s'isoler de tout autre monde que celui de la conscience pour s'établir et s'orienter dans celuilà où tout est réalité, mais où la réalité est si diverse et si délicate , et le talent psychologique consiste à se placer à volonté dans ce monde tout intérieur, à s*en donner le spectacle à soi-même , et à en reproduire librement et distinctement tous les faits que les circonstances de la vie n'amènent guère que fortuitement et confusément. Je le répète, les années et l'exercice m'ont révélé bien des degrés divers de profondeur dans la méthode psycholOf gique; mais enfin, à quelque degré qu'on la considère, elle constitue l'unité fondamentale de mes leçons et de tous ces fragments. C'est là le premier point de vue sous lequel ils méritent encore peut-être l'attention des amis de la philosophie.

Il s'agit maintenant de rendre compte des résultats auxquels me conduisit successivement Tapplicatioa de plus en plus rigoureuse ie la méthode psychologique»

Ltinnée 1816 fut employée tout entière à essayer mes forces et la méthode philosq)hique sur des questions toutes particulières , où j'avais Tavantage de retrouver souvent les

traces de H. Royer-Collard et des philosophes écossais , guides si excellents à rentrée de la carrière. Nous n'oublierons jamais , ni mes amis ni moi , cette laborieuse année de 1816, marquée par nos premiers efforts, et où fat définitivement assise dans Técole normale la réforme philosophique sur des fondements qui ne se sont point écroulés avec l'école.- Cette année non» mit en possession. de la méthode qui préside encore à tons nos travaux. Quant à ses résultats positifs, ils ne dépassèrent guère le cercle de la philosophie écossaise , et ne méritent pas. d'occuper le public. Ceux de l'année ISlT'ont déjà un peu plus d'importance.

Aussitôt que l'on rentre dans la conscience, et que sans aucune vue systématique on observe les phénomènes s> variés qui s'y manifestent avec les caractères réels dotit ils sont marqués, on est frappé^-d'abord de la présence d'une foule de phénomènes qu'il est impossible de confondre avec ceux de la sensibilité. La sensation et les notions qu'elle fournit ou aujcquelles elle se mêle , constituent bien un ordr&réel de phénomènes dans la conscience; mais il s'y rencontre aussi d'autres faits également ipcontestables qui peuvent se résumer en deux grandes classes, les faits vidontaires et les faits rationnels. La volonté n'est pas la sensation , car souvent elle la combat, et c'est même dans cette opposition qu'elle se manifeste éminemment. La raison n'est pas non plus identique à la sensation , car parmi les notions que nous fournit la raison , il en est dont les caractères sont inconciliables avec ceux des phénomènes sensibles , par exemple les notions de cause , de substance, de temps , d'espace , d'unité, etc. Qu'on tourmente autant qu'on voudra la sensation , on n'en tirera jamais le caractère d'universalité et de nécessité dont ces notions et plusieurs autres sont incontestablement marquées. La notion du bien et celle du beau sont dans le même cas , et arrachent par conséquent l'art et la morale à l'origine et aux

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limites que la philosophie exclusive delà sensation leur im* posait , et les placent avec la métaphysique éans ane ^ihère supérieure et indépendante. Mais cette ftphère elle<-mème, dans toute sa sublimité , fait partie de la conscience et tombe par conseillent sous Tobseryalion. L'observation la dégage des nuages qui Tenveloppent d- ordinaii^e , rétablit sur la base inébran^aUe de la conscience^ et donne aus^ phéiK)mènes qu'elle comprend la même autorité qu'à tous les autrea phénomène» dont la conscience est le thé&tre* Ainsi la méthode d'observation ,. dans les bornes où la: retient d'abord sa circonspecti(m , nous ouvre déjàd'itôsez belles perspectives. Il faut les suivre et les étendre.

Le premier devoir de la méthode psychdogique est de se renfermer dans le champ de la conscience, où il n'y a que des phénomènes , tous aperceptibles et appréciaûes par l'observation. Or, comme aucune existence substan** tielle ne tombe sous l'œil de la conscience , il s'ensuit qm le premier effet d'une application sévère de la méthedcB est d'ajourner l'ontologie. Elle l'djoume, dis-je, elle ne la! détruit pas. En effet, c'est un &it attesté par Tobservatioa que , dans cette même conscience ou il, n'y a que de&phé< nomèmes , il se trouve des notions dont le développement régulier dépasse les limites, de la conscience et atteint éés existences. Ârrètez*vous le développiement de ces notions ? vous limitez arbitrairement la portée d'us fût, vous attaquez donc ce fait lui*mème, et par là vous ébranlez l'autorité de tous les autres faits. Il faut ou révoquer en doute l'autorité de la conscience en elle-même, ou. admettre in-^ tégralement cette autorité pour tous les faits attestés par la conscience. La raison n'est ni plus ni moins réelle et certaine que la volonté et la sensibilité ;.saxertitude une fois admise, il faut.la suivre partout quelle, conduit rigoureu* sèment^ fût-ce même à travers l'ontologie.' Par exemple » c*est un fait rationnel attesté par la conscience que, pour rintelligCDce, tout phénomène qui commence à paraîtra

suppose une came. C'est «b dit éneore que ce principe de caasftKté est nMrrqaé da onractère d'universalité et de nécessité, â'il est uftiversd et nécessaire , le Hmiter c'est le détruire. Or, dans le phénomène de la sensation le prib^ dpe de causalité intervient universellement et nécessairement, et rapporte ce phénomène à «ne cause; et la con^ science ^ attestant que cette cause n'est pas la cause per-^ sonneHe que la volonté représente , il s'ensuit que le principe de causale dans son irrésistible application coudait à une cause impersonnelle , c'est-à-dire à une cause extérienre, que plus tard , et toujours irrésistiblement, le prin^^ cipe de causalité enrichit de caractères et de lois dont Tensemble est l'univers. Voilà donc une existence, mais une existence révélée par un principe qui lui-même est attesté par la conscience. Voilà un premier pas dans l'ontologie , mais par la route de la psychologie , c'est-à-dire de l'oèservation. Des procédés semblables conduisent à )a cause de toutes causes , à la cause snbstantielle , à Dieu, et non seulement an Dieu fort , mais au Dieu moral , au Bien saint ; de sorte que cette méthode expérimentale qui, appliquée à un seul ordre de phénomènes, incomplète et exclusive , détruisait Tontologie et les hautes parties de la conscience, appliquée avec loyauté, fermeté, et étenchie à tous les phénomènes, relève ce qu'elle avait renversé , et fournit elle-même à Tontologie un instrument sftr et des bases légitimes. Ain» , pour avoir débuté avec modestie, on peut finir par des résultats dont ^importance égale la certitude,

Je les ai à peine indiqués , mais le lecteur les trouvera exposés avec tous les procédés méthodiques qui les donnent et les justifient dans le programme de mes leçons de l'année 1817 , imprimé parmi ces fragments»

Dans Tannée 18tô nos travaux avancèrent dans la même route, et commencèrent à prendre plus d'étendue et de profondeur. Les faits de conscience ayant été' réduits

l'anaée précédente à trois grandes classes, les faits sensible3 i les faits volontaires et les faits rationnels , le temps était venu d'analyser plus intimement chacun d!eux , et les rapports qui les unissent dans l'unité indivisible de la conscience. Ce fut surtout les faits volontaires et les faits rationnels qui occupèrent mon attention , parce qu'ils avaient été le plus négligés dans la philosophie française. Les faits sensibles sont nécessaires; nous ne nous les imputons pas ; les faits rationnels sont nécessaires aussi , et la raison* n'est pas moins indépendante de la volonté que la sensibilité. Les faits volontaires sont seuls marqués aux yeux de la conscience du caractère d'imputabili té et de personnalité : la volonté seule est la persoime ou. le moi. Le moi est le centre de la sphère intellectuelle. Tant qu'il n'est pas , les conditions de l'existence de tous les autres phénomènes peuvent bien avoir lieu , mais , sans rapport au moi, ils ne se redoublent pas dans la conscience et sont pour elle comme s'ils n'étaient pas. D'autre part , la volonté ne crée aucun des phénomènes rationnels et sensibles ; elle les suppose même, puisqu'elle ne se saisit ellemême qu'en se distinguant d'eux. Nous ne nous trouvons nous-mêmes que dans un monde étranger, entre deux ordres de phénomènes qui ne nous aj^rtienuent pas , que nous n'apercevons même qu'à la condition de nous en séparer. Bien plus, nous n'apercevons que pair une lumière qui ne vient pas de nous , car notre personnalité est la volonté et rien de plus : toute lumière vient de la raison , et t'est la raison qui aperçoit et elle-même et la sensibilité qui Tenveloppe et la volonté qu'elle oblige sans la contraindre. L'élément 'de la connaissance est rationnel par son essence , et la conscience , quoique composée de trois éléments intégrants et inséparables , emprunte son fondement le plus immédiat de la raison , sans laquelle il n'y aurait aucune science possible > et par conséquent aucune conscience. La sensibilité est la condition extérieure de la

DE LA PREMIÈRE EDITION. Sg

conscience ; la volonté en est le centre , et la raison la liimière. Une analyse approfondie de la raison eatt nne des entreprises les pins délicates de la psychologie.

La raison est impersonnelle de sa nature. Ce n'est pas nous qui la faisons , et elle est si peu individuelle que son caractère est précisément le contraire de lindividualité t savoir Tuniversalité et la nécessité, puisque c'est à elle que nous devons la connaissance des vérités nécessaires et universelles , des principes auxquels nous obéissons tous , et auxquels nous ne pouvons pas ne pas obéir. L'existence de ces principes est donc une donnée préalable qui doit avoir été mise antérieurement dans une évidence complète. C'est une conquête de la méthode d'observation qui doit être devenue pour elle une base incontestée. Vient ensuite la question de savoir quel est le nombre précis de ces principes régulateurs de la raison , qui sont pour nous la raison elle-même. Après avoir constaté l'existence de pareils principes , la méthode doit en tenter une énumération complète et une classification rigoureuse. Platon, qui après Pythagore appuya sur eux sa philosophie , négligea de les compter ; il semble qu'il lui répugnait de laisser toucher par une analyse profane ces ailes divines sur lesquelles il s'ravolait dans le monde des idées. Le méthodique Aristote , fidèle à son maître , mais plus fidèle encore à l'analyse , après avoir changé les idées en catégories , les soumit à un examen sévère et osa en donner une liste. Cette liste si dédaignée par les esprits frivoles comme une nomenclature aride est l'effort le plus hardi et le plus périlleux de la méthode. L'énumération d' Aristote est-elle complète ? je le crois ; elle épuise le sujet : que ce soit là sa gloire immortelle. Mais si l'énumération est complète , la classification et la coordination des catégories ne laisisent-elles rien à désirer? Ici commence le vice de la liste d'Aristote. Selon moi , l'ordre en est arbitraire et ne ré<pond pas au développement progressif de l'intelligence. De

6o PREFACE

plus , cette liste ne contienit-^He pas des répétitiens , et ne semît-^il pus possible de la réduire? je le «rois eacore. Chez les modernes , le cartésianisme reeonnat des irérités nécessaires ; mais il ne tenta rien en ce genre de complet et de précis. î)aias le dix-4iuitième s^cte, en France, on écarta les vérités nécessaires (^omme par la question préa-labié ; m ne leur fit pas même Thonnenr de les soumettre à rexamen ; efles avaient eu le tort de se trouver dans l'ancien système , elles devaient éti^ tocriflées à la sensatioR, base et mesure unique cte toute vérité possiMe.. L'éeole écossaise qui les remit en honneur en énuméra quel-* ques-unes , mais ne songea pas à eti faire le compte. U était réservé à Kant de renouvder l'entreprise d'Arîstote et de tenter le premier, parmi les modernes, une liste complète des lois de la pensée. Kant en fit une revue exacte et profonde , et son travail' est supérieur encore à celui d'Aristote; mais je croîs pouvoir IvA faire lés mêmes re^ prêches, et un examen long et détaillé a pu démontrer à tous ceux qui ont suivi mes* cours de 1818, que si la liste de Kant est complète, elle est arbitraire dans sa classiff^ tien, et qu*-elle peut être légitimement réduite. Si danè mon enseignement j'ai fait quelque chose d'utile , c'est peut-^tre sur ce point. J'ai du taioins renouvelé une question importante , j'ai agité les deux solutions les plus célèbres, et j'en ai essayé une (pie le temps et la discussioti ft'ont point encore ébranlée. Selon moi, toutes les lois dé ta pensée peuvent se réduire à dent , savoir la loi dé là causalité et celle de la ^bstance. Ce sont là les deux lofe essentielles et fondamentales dont toutes les autres né sont qu'une dérivation , un développement dont l'ordre n-est point arbitraire. Je crois av(iir démontré que si on examine ces deux lois dans l'ordre de la nature des choses , la presmière est celle delà substance et la seconde> eeUe de la causalité^ tandis que , dans l'ordre d'acquisition dé ncfs connaissances, la loi de causalité précède celle dé la sub-

D£ LA PREMI^ftB EDITIOIT. Qt

staucé ) cm platAt Umteê les deux nous sont données Tune avec Taatr^ , et sont ooatemporaines dans la conscience. Il «16 snfit pas d'avoir énuméré, classé, réduit, systématisé tés lois de la raison ; il faut prouver qu'elles sont absolues pour prouver que leurs conséquences, quelles qu'elle)» soient , isont absolues. C'est ici que tombe la discussion célèbre de Kant sur Tobjectif et le subjectif dans la connaissance huinaine. Ce grand honoimet après av%ir si bien vu toutes les lois qui président à la pensée, frappé du caractère de nécessité de ces lois , c'esi-è-dire de l'impossibilité où nous sommes de ne pas les reconbattre et les suivre , crut voir précisément diuis ce caractère un lien de dépendance et de relativité à Fégard dt moi , dont il était loin d'avoir approfondi le caractère propre et distinctif • Or une fois les lois de la raison abaissées à n'être ifim que des lois rela-tives à la condition humaine, toute leur portée est cir^ consçrite à la sphère de notre nature personnelle, et leurs conséquences les plus étendues , toujours marquées d'un caractère indélébile de subjectivité, n'engendrent que des croyances irrésistibles , si l'on veut, mais non des vérités indépendantes. Voilà comment cet analyste incomparable» aprè» avoir si bien décrit toutes les lois de la pensée, les firappe d'impilîâsanoe, et avec toutes les données de la cer-« titode aboutit à un ^epticiane ontologique , contre lequel il ne trouve d'autre asile que l'inconséquence sublime de prêter aui lois de la raison pratique plus d'objectivité qu'à celles de la raison spéctdative. Tout l'effort de mes leçons de 1816 , après l'inventaire régulier des lois de la raison, fut de leur ôter le caractère de subjectivité que celui de nécessité leur impose en apparence , de les réta* bUr dans leur indépendance , et de sauver la philosophie de l'écueil où elle était venue échouer au moment même de^ toucher au port. Plusieurs mois de discussions puUiqoes furent consacrés à démontrer que les lois de la raison hn^ maine ne sont rien moins que les lois de la raison en

elle-même. Plus qne jamais fidèle à la méthode psycholongiqae, aa lieu de sortir de l'ohâervation , je m'y enfoiiçai davantage, et c'est par Tobservation que dans l'intimité de la conscience et à un degré où Kant n'avait pas pénétré , sous la relativité et la subjectivité apparente des principes nécessaires , j'atteignis et démêlai le fait instantané, mais réel, de l'aperception spontanée de la vérité , aperception qui , ne se réfléchissant point immédiatement elle-même, passe inaperçue dans les profondeurs de la conscience , y est la base véritable de ce qui , plus tard, sous une forme logique et entre les mains de la réflexion, devient une conception nécessaire. Toute subjectivité avec toute réflexivité expire dans la spontanéité de Taperception. Mais l'aperception spontanée est si pure qu'elle nous échappe ; c'est la lumière réfléchie qui nous frappe , mais souvent en offusquant de son éclat infidèle la pureté de la lumière primitive. La raison devient bien subjective par son rapport au moi volontaire et libre, siège et type de toute subjectivité; mais en elle-même elle est impersonnelle; elle n'appartient pas plus à tel moi qu'à tel autre moi dans l'humanité ; elle n'appartient pas même à l'humanité , et ses lois par conséquent ne relèvent que d'elles-mêmes. Elles dominent et gouvernent l'humanité qui les aperçoit comme la nature qui les représente ; mais elles ne leur appartiennent point. On pourrait même dire avec plus de vérité que la nature et l'humanité leur appartiennent , puisque l'une et l'autre n'ont de beauté et de vérité que par leur rapport avec l'intelligence , et que la nature sans lois qui la règlent , et l'humanité sans principes qui la dirigent, s'abtmeraient bientôt dans le néant d'où elles n'eussent jamais pu sortir. Les lois de l'intelligence constituent donc un monde à part, qui domine le monde visible, préside à ses mouvements, le soutient et le porte , mais n'en dépend pas. C'est là ce monde intelligible, cette sphère des idées distinctes et indépendantes de leurs sujets in-

ternes et externes qae Platon entrevit et que l'analyse et la psychologie moderne retrouvent encore aujourdliui dans le fond de la conscience.

Les lois de la pensée démontrées absolues, Tinduction peut s'ien servir sans crainte ; et des principes absolus obtenus par l'observation peuvent légitimement nous conduire là où l'observation eUe-même n'a plus de prise immédiate. Or, parmi les lois de la pensée données par la psychologie , les deux lois fondamentales qui contiennent toutes les autres , la loi de causalité et la loi de substance, irrésistiblement appliquées à elles-mêmes , nous élèvent directement à leur cause et à leur substance ; et comme elles sont absolues, elles nous élèvent à une cause absolue et à une substance absolue. Mais une cause absolue et une substance absolue sont identiques dans l'essence^ toute cause absolue devant être substance en tant qu'absolue, et toute substance absolue devant être cause pour pouvoir se manifester. De plus, une substance absolue doit être unique, pour être absolue : deux absolus sont contradictoires, et l'absolue substance est une ou n'est pas. On peut même dire que toute substance est absolue en tant que substance, et par conséquent une ; car des substances relatives détruisent l'idée même de substance , et des substances finies, qui supposent au-delà d'elles une substance encore à laquelle elles se rattachent , ressemblent fort à des phénomènes. L'unité de la substance dérive donc de l'idée même de la substance , laquelle dérive de la loi de la substance , résultat incontestable de l'observation psychologique ; de sorte que l'expérience appliquée à la conscience donne à un certain degré de profondeur ce qui lui est le plus opposé en apparence, c'est-à-dire l'ontologie. En effet, la causalité substantielle c'est l'être en soi ; donc les lois rationnelles sont les lois de l'être; et la raison est la vraie existence. Ainsi , comme l'analyse appliquée à la conscience avait séparé d'abord la raison dé la personnalité,'

de même maii^teiiant du point élevé auquel aous a eoBduits ranalyse , nous voyons que la raison et «es lois, se rattachant à la substance , ne peuvent ôtre ni une modiûcation ni an effet du moi , puisqu'elles sont r^flfet ifflmédiat de la manifestation de la sutetanee absolue. L'ontologie renvoie dcwc à la psychologie les lumières qu'elle lui enâpmnte ; et là est déjà l'identité des deux extrémités de la science.

TeUe est l'a&alyse de la raison , celle de l'activité n'est pas moins importante*

De tous les phénomènes actifs, le plus saillant est sans contredit celui de la volonté. C'est un fait qu'an milieu des mouvements que les agents extérieurs déterminent en nous, malgré nous, nous avons le pouvoir de prendre Yi^ nitiatiA d'un mouvement différent, d'abord de le con-eevoir, pnis de délibérer si nousTexécutoronSf^nfin de nous résoudre et de passer à l'exécution, de la commencer, de la poursuivre ou de la suspendre, de l'accomplir ou de Tarréter , et toujours de la maîtriser. Le fait est certain^ et ce qui n'est pas moins certain , c'est que le mcmvement ' exécuté à ces conditions prend à nos yeux un nouveau ea-^ ractère : nous nous l'imputons, ncmste rapportons comihie effet à nous, qui alors nous en considérons comme la cause. Là est pour nous l'origine de la notion de cause , non d'une cause abstraite, mais d'une cause personnelle , de nous-mêmes. Le caractère propre du moi est la causalité , ou la volonté, puisque nous ne. nous rapportons et ne nous imputons que ce que nous causons , et que nous ne causons que ce que nous venions. Youloir , causer, être pour nous, toutes expressions synonymes du même fait qui contient à la fois la volonté, la causalité et le moi. Le rap< port de la volonté et de la personne n'est pas un simple rapport de coexistence, c'est un véritable rapport d'iden*^ tité. Etre pour le moi n'est pas une chose , et vouh»r uutf autre , car il pourrait y avoir ou des volitions qui seraient

DE LA PREMIÈRE EDITION. Gj

impersonnelles, ce qui est contraire aux faits, ou une personnalité , un moi qui se saurait sans vouloir , ce qui est impossible ; car se savoir pour le moi , c'est se distinguer d'un non-moi; or, il ne peut s'en distinguer qu'en s'en séparant , en sortant du mouvement impersonnel pour en produire un qu'il s'impute à lui-même , c'est-à-dire en voulant. La volonté est donc l'être de la personne. Les mouvements de ia sensibilité, les désirs, les passions, loin de constituer la personnalité , la détruisent. La personnalité et la passion sont essentiellement dans un rapport invente y dans une contradiction qui est la vie. Comme on ne peut trouver l'élément de personnalité ailleurs que dans la volonté , de mênle aussi on ne peut trouver ailleurs l'élément de causalité. Il ne faut pas confondre la volonté ou la causalité interne qui produit immédiatement des effets, internes d'abord comme leur cause , avec les instruments extérieurs et réellement passifs de cette causalité qui , comme instruments , ont Vair de produire aussi des effets, mais sans en être la cause première , c'est-^-dire la vraie cause. Quand je pousse une bille sur une autre , ce n'est pas la bille qui cause véritablement le mouvement qu'elle imprime, car ce mouvement lui a été imprimé à elle-même par la main , par les muscles qui, dans le mystère de notre organisation, sont au service de la volonté. A proprement parler , ces actions ne sont que des effets enchaînés l'un à l'autre , simulant alternativement des causes, sans en contenir une véritable , et se rapportant tous comme effets plus ou moins éloignés à la volonté , comme cause première. Cherche-t-on la notion de cause dans l'action de la bille sur la bille , comme on le faisait avant Hume , ou de la main sur la bille , et des premiers muscles locomoteurs sur leurs extrémités , ou même dans l'action de la volonté sur le muscle , comme l'a fait M. de Brran , on ne la trouvera dans aucun de ces cas, pas même dans le dernier, car il est possible qu'il y ait une paralysie des muscles qui I. ' 5

rende la volonté impuissante sur enx , improductive , incapable d'être cause et par conséquent d'en suggérer la notion. Mais ce qu'aucune paralysie ne peut empêcher , c'est l'action de la volonté sur elle-même , la production d'une résolution, c'est-à-dire une causation toute spirituelle, type primitif de la causalité, dont toutes les actions eitérieures, à commencer par l'effort musculaire, et à finir par le mouvement de la bille sur la bille , ne sont que des symboles plus ou moins infidèles. La première cause pour nous est donc la volonté dont le premier effet est une volition. Là est la source à la fois la plus haute et la plus pure de la notion de cause qui s'y confond avec celle de la personnalité. Et c'est la prise de possession pour ainsi dire de la cause dans la volonté et la personnalité qui est pour nous la condition de la conception ultérieure ou simultanée des causes extérieures impersonnelles.

Le phénomène de la volonté présente les moments suivants : 1® prédéterminer un acte à faire ; 2° délibérer ; 3«» se résoudre. Si l'on y prend garde , c'est la raison qui constitue le premier tout entier , et même le second, car c'est elle aussi qui délibère , mais ce n'est pas elle qui résout et se détermine. Or, la raison qui se mêle ici à la volonté, s'y mêle sous une forme réfléchie ; concevoir un but, délibérer, emporte l'idée de réflexion. La réflexion est donc la condition de tout acte volontaire , si tout acte volontaire suppose une prédétermination de son objet et une délibération. Or , agir volontairement c'est agir ainsi , nous l'avons vu ; et G*est parce que la volonté est en effet réfléchie , qu'elle présente un phénomène si frappant. Mais une opération réfléchie peut-elle être une opération primitive ? Vouloir c'est, sachant qu'on peut se résoudre et agir, délibérer si on se résoudra , si on agira de telle ou telle manière , et choisir en faveur de Tune ou de l'autre. Le résultat dé ce choix, de cette décision précédée de délibération et de pré^ détermination .est la volition , effet immédiat de l'activité

persoQiieUe ; mais pour se résoudre et agir ainsi , il fallait sftToir qu'on ponyaK se résoudre et agir , il fàlteît antérieurement s'être résolu , avoir agir autrement , sans délibération ni prédétermination , c'est-4-4ire sans réflexion. L'opération antérieure à la réflexion est la spontanéité. C'est un fait que même aujourd'hui nous agissons souvent sans avoir délil)éré , et que l'apereeption rationnelle nous découvrant spontanément l'acte à faire , l'activité person<* nelle entre aussi spontanément en exercice et se résout d'abord ^ non par une impulsion étrangère , mais par une sorte d'inspiration immédiate» supérieure à la réflexion et souvaait meilleure qu'elle. Le qu'il mourût! du vieil Horace, le à moi, Asmergne! du brave d'Assas, ne sont pas d)es élans aveugles et par conséquent dépourvus de moralité ; mais ce n'est pas non plus au raisonnement et À h ré^ flexion que rhéroïsme les emprunte. Le phénomène de Taetivité spontanée est donc tout aussi réel que celui de l'activité volontaire. Seulement , comme tout ce qui est réfléchi est profondément déterminé et par cela même distinct, le phénomène de l'activité volontaire et réfléchie est plus apparent que celui de l'activité spontanée, moins déterminée et plus obscure. Ensuite , le propre de tout acte votontaire est de pouvoir se répétera volonté, de pouvoir être évoqué pour ainsi dire par-devant la conscience qui l'examine et ie décrit tout à son aise , tandis qufe le caractère propre d'un acte spontané étantde n'être pas^ volontaire , l'acte spontané ne se répète point à volonté et passe on inaperçu ou irrévocable, et ne peut être ultérieurement rappelé qu'à la condition d'être réfléchi, c'est^à^ dire d'être détruit comme, fait spontané. La spontanéité est donc nécessairement obscure de cette obscurité qui environne tout ce qui est primitif et instantané.

Cherchons bien , et nous ne trouverons pas d'autres modes d'action. La réflexion et la spontanéité comprennent toutes les formes réelles de Tactivité»

La réflexion en principe et en fait snpposé et snit la spontanéité ; mais comme il ne peut y avoir rien de pins dans le réflexif que dans le spontané , tout ce que nous avons dit de Tun s'applique à Vautre , et quoique la spontanéité ne soit accompagnée ni de prédétermination ni de délibération , elle n'est pas moins comme la volonté une puissance réelle d'action et par conséquent une cause productrice « et par conséquent personnelle. ' La spontanéité contient donc tout ce que contient la volonté , et elle le contient antérieurement à elle^ sous une forme moins déterminée , mais plus pure , ce qui élève encore la source immédiate de la causalité et du moi. Le moi est déjà avec la puissance productrice qui le caractérise dans l'éclair de la spontanéité , et c*est dans cet éclair instantané qu'il se saisit instantanément lui-même. On pourrait dire qu'il se trouve dans la spontanéité , et que dans la réflexion il se constitue. Le moi , dit Fichte, se pose lui-même dans une détermination volontaire. Ce point de vue est celui de la réflexion. Pour que le moi se pose , comme dit Fichte, il faut qu'il se distingue explicitement du non-moi. Distinguer, c'est nier ; distinguer une chose d'une autre , c'est affirmer encore , mais en niant , c'est affirmer après avoir nié. Or, il n'est pas vrai que la vie intellectuelle débute par une négation et avant la réflexion , et le fait à la description duquel Fichte a pour jamais attaché son nom est une opération dans laquelle le moi se trouve sans s'être cherché , se pose , si l'on veut , mais sans avoir voulu se poser, par la seule vertu et l'énergie propre de l'activité qu'il reconnaît lui-même en la manifestant, mais sans l'avoir connue d avance ; car lactivité ne se révèle à elle-même que par ses actes, et le premier a dû être l'effet d'une puis* ^ sance qui jusque-là s'était ignorée elle-même.

Quelle est donc cette puissance qui ne se révèle que par ses actes, qui se trouve et s'aperçoit dans la spontanéité , se retrouve et se réfléchit dans la volonté ?

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SpoDtanës ou volontaires , tous les actes personnels ont ^a de commnn , qu'ils se rapportent immédiatement à une cause qui a son point de départ uniquement en ellemême , c*est-àHlire qu'ils sont libres ; telle est la notion propre de liberté. La liberté ne peut être seulement la volonté , car alors la spontanéité ne serait pas libre ; et d'un autre cAté la liberté ne peut être seulement la spontanéité , car la volonté ne serait plus libre à son tour. Si donc les deux phénomènes sont également libres , ils ne peuvent Fétre qu'à cette condition, qu'on retranchera à la notion de liberté ce qui appartient exclusivement à Tun et à l'autre des deux phénomènes, et qu'on ne lui laissera que ce qu'ils ont de commun. Or, qu'ont-ils de commun sinon d'avoir leur point de départ en eux-mêmes et de se rapporter immédiatement à une cause qui est leur cause propre et n'agit que par sa propre énergie ? la liberté étant le caractère commun de la spontanéité et de la volonté, comprend sous elle ces deux phénomènes ; elle doit avoir et elle a par conséquent quelque chose de plus général qu'eux , et qui constitue leur identité. Cette théorie de la liberté est la seule qui s'accorde avec les faits divers que la conscience du genre humain proclame libres, et qui dans leui^ diversités ont donné lieu à des théories en contradiction les unes avec les autres, parce qu'elles sont faites exclusivement pour tel ou tel ordre de phénomènes. Ainsi, par exemple, la théorie qui concentré la liberté dans la volonté ne devrait admettre d'autre liberté que la liberté réfléchie , précédée* d'une prédétermî nation , accompagnée d'une délibération et marquée de caractères qui réduisent singulièrement le nombre des actes libres et enlèvent toute liberté à tout ce qui n'est pas réfléchi , à l'enthousiasme du poète et de l'artiste dans le moment de la création , à l'ignorance qui réfléchit peu et n'agit guère que spontanément, c'est-à-dire aux trois quarts de l'espèce humaine. Parce que l'expression de libre arbitre implique

ridée de (^hoix, de comparaisioii et de réflexion, on a imposé €06 conditions à la liberté, dont le libre art)itre n'est qu'une foraie ; le libre arbitre c'est la vdonté libre » c'està-dire la yolooté ; mais la volonté est si peu adéquate à la liberté , que la langue même lui donne l'épithète de libre, la rapportant ainsi à quelque chose de plus général qu'elleinénae. Il en faut dire autant de la spontanéité. Dégagée de l'appareil plus ou moins tardif de la réflexion , de la comparaison et de la délibération , la spontanéité manifeste la liberté sous une forme plus pure , mais elle n'est qu'une forme de la liberté, et non la liberté tout entière : l'idée fondamentale de la liberté est celle d'une puissance, qui, sous quelque forme qu elle agisse, n'agit que par une énergie qui lui est propre.

Si la liberté est distincte des phénomènes libres, le ca-r ractère de tout phénomène étant d'être plus ou moins déterminé , mais de l'être toujours , il suit que le caractère propre de la liberté dans son contraste avec les phénomènes libres, est l'indétermination. La liberté n'est donc pas une forme de Tactivité , mais l'activité en soi , l'activité indéterminée qui, précisément à ce titre, se détermine sous yne forme ou sous une autre. D'où il suit encore que le moi ou l'activité personnelle , spontanée et réfléchie , ne représente que le déterminé de l'activité , mats non son essence. La liberté est l'idéal du imoi ; le moi doit y tendre sans cesse sans y arriver jamais ; il en participe, mais il 4i'est point elle. Il est la liberté en acte , non la liberté en puissance ; c'est une cause , mais une cause phénoménale et non substantielle, relative et non absolue. Le moi absolu de Fichte est une contradiction. Il implique que rien d'absolu et de substantiel ne se rencontre dans quoi que ce soit de déterminé,c'est-à-dire de phénoménal. En fait d'activité» 4a substance ne peut donc se trouver qu'en dehors et audessus de toute activité phénoménale , dans la puissance non encore passée à l'action , dans l'indéterminé capable

de se déterminer par soi-même, dans la liberté dégagée de ses formes qui , en la déterminant , la limitent. Nous voilà donc dans l'analyse da mot, arrivés encore par la psychologie à une nouvelle fiice de Tontologie, à une activité substantielle , antérieure et supérieure à toute activité phénoménale, qui produit tous les phénomènes de l'activité ^ leur survit à tous et les renouvelle tous , immortelle et inépuisable dans la défaillance de ses modes temporaires. Et encore > chose admirable , cette activité absolue affecte dans son développement deux formes parallèles à celles de la raison, savoir la spontanéité et la réflexion. Ces deux moments se retrouvent dans une sphère comme dans l'autre , et le principe de l'une comme de l'autre est toujours une causalité substantielle. L'activité et la raison, la liberté et l'intelligence se pénètrent donc intimement dans Funité de la substance.

Le dernier phénomène de conscience que nous n'avons pas encore analysé, la sensation exigerait des développe^ ments analogues que le temps m'interdit , et je dds me contenter ici de quelques mots que les penseurs comprend dront, et qui serviront du moins de pierre d'attente à mes travaux ultérieurs sur la philosophie de la nature.

La sensation est un phénomène de la conscience tout aussi incontestable que les deux autres; or si ce phénomène est réel, nul phénomène ne pouvant se suffire à luimême , la raison qui agit sous la loi de causalité et de substance nous force de rapporter le phénomène de la sensation à une catise existante , et cette cause évidemment n'étant pas le moi , il faut bien que la raison rapporte la sensation à une autre cause , car l'action de la raison est irrésistible ; elle la rapporte donc à une cause étrangère au mot , placée hors de la domination du moi , c'est-à-dire à une cause extérieure ; là est pour nous la notion du dehors opposée au dedans que le moi constitue et remplit , la notion d'objet extérieur opposé au sujet qui

est la personnalité elle-même , la notion de la passivité opposée à la liberté. Mais que cette expression de passivité ne nous trompe pas ; car le nioi n'est pas passif et ne peut jamais l'être » puisqu'il est l'activité libre ; ce n'est pas l'objet non plus qui est passif, puisqu'il nous est donné uniquement sous la raison de cause, de force active. La passivité n'est donc qu'un rapport entre deux forces qui agissent Fune sur l'autre. Variez et multipliez le phénomène de la sensation,, la raison le rapporte toujours et nécessairement à une cause qu'elle charge successivement , à mesure que les expériences s'étendent , non des modiflcations internes du sujet , mais^ des propriétés objectives capables de les exciter, c'est^-dire qu'elle développe la notion de cause , mais sans en sortir, car des propriétés sont toujours des causes et ne peuvent être coniiues que conmie telles. Le monde extérieur n'est donc qu'un assemblage de causes correspondantes à nos sensations réelles ou possibles ; le rapport de ces causes entre elles est l'ordre du monde. Ainsi ce monde est de la même étoffe que nous, et la nature est la sœur de l'homme ; elle est active , vi-vante , animée comme lui ; et son histoire est un drame tout aussi bien que la nôtre,

De plus, comme le développement de la force personnelle ou humaine se fait dans la conscience en quelque sorte sous les auspices de la raison , que nous reconnaissons comme notre loi alors même que nous la violons , de même les forces extérieures sont nécessairement conçues comme soumises à des lois dans leur développement , ou pour mieux dire les lois des forces extérieures ne sont autre chose que leur mode de développement dont la constance constitue pour nous la régularité. La force dans la nature est di»^ tincte de sa loi , comme la personnalité en nous l'est de la raison; je dis distincte, et non pas séparée; car toute force porte sa loi avec elle et la manifeste dans son action cl par son action. Or, toute loi suppose une raison ^ et le^

lois da monde ne sont pas autre chose que la raison conûdérée dans le mopde. Voilà donc un nouveau rapport de l'homme avec la nature : la nature se compose comme l'humanité de lois et de forces , de raison et d'activité ; et sous ce point de vue les deux mondes se rapprochent encore.

N'y a-t^il rien de plus ? Comme nous avons réduit à deux les lois de la raison et les modes de la force libre, de même ne pourrait*-on tenter une réduction des forces de la nature et de leurs lois ? Ne pourrait-on réduire tous les modes réguliers d'action de la nature à deux modes qui dans leur rapport avec Faction spontanée et réfléchie du moi et de la raison , manifesteraient une harmonie plus intime encore que celle que nous venons d'indiquer entre le monde intérieur et le monde extérieur ? On entrevoit que je veux parler ici de l'expansion et de la concentration ; mais tant que des travaux méthodiques n'auront pas converti ces conjectures en certitudes , j*espère et me tais ; je me contente de remarquer que déjà les considérations philosophiques qui réduisent la notion du monde extérieur à cellb de la force ont fait leur route, et gouvernent à son insu la physique moderne. Quel physicien , depuis Enler , cherche autre chose dans la nature que des forces et des lois ? qui parle aujourd'hui d'atomes ? et même les molécules , renouvelées des atomes, qui les donne pour autre chose qu'une hypothèse ? Si le fait est incontestable , si la phy-* sique moderne ne s'occupe plus que de forces et de lois , j'en conclus rigoureusement que la physique , qu'elle le sache ou qu'elle l'ignore , n'est pas matérialiste , et qu'elle s'est faite spiritualiste le jour où elle a rejeté toute autre méthode que l'observation et Tinduction, lesquelles ne peuvent jamais conduire qu'à des forces et à des lois ; or, qu'y a-t-il de matériel dans des forces et dans des lois? donc les sciences physiques sont entrées elles-mêmes dans la large route du spiritualisme bien entendu ; et elles n'ont plus

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