‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 22 sur 92 · LEÇONS · texte numérisé non relu

LEÇONS

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l88iISflRLI8Và(mTiSBIL'An,

Pab M. LAROMIGUIÈRE,

PROVBMBVa DK FBILOSpPHlB 4 LA Wàevptà l>t« LKITEBS AK L'ACaO^KU IW PAmxs.

(Paris, chez Brunot-Lâbbe : tome I, x8x5 ; tome II, x 8x8; m-8®.}

Depuis un siècle à~ peu près que la métaphysique de Locke , sur }es ailes brillantes et légères de Timagination de Voltaire , traversa le détroit et s'introduisit en France , elle y a régné sans contradiction et avec une autorité dont U n'y a pas d'exemple dans l'histoire entière de la philosophie. C'est un fait presque merveilleux que, depuis CondiUac , il n'a paru parmi nous aucun ouvrage contraire à sa doctrine y qui ait produit quelque impression sur le public. Condillac régnait dono en paix ; et sa domination y prolongée jusqu'à nos jours à travers de»^ chang^i|ctents de toute espèce , paraissaijt à l'abri de tout danger et poui:suivait son pai^ble cours, lies discussions avaient cessé : les, disciples n'avaient pkis

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qu'à développer les paroles du maître ; la philosophie semblait achevée. Cependant les choses en sont venues insensiblement à ce point qu'il parmt tout à coup un ouvrage où l'auteur abandonne et combat même le système établi , sans choquer le public. Que dis-je ? le public , jusqu'alors si prévenu en faveur de Condillac ^ accueille son adversaire , et ne paraît pas même éloigné d'embrasser la nouvelle direction. Ceci prouverait deux choses : d'abord , qu'une révolution philosophique se fait sourdement dans quelques esprits ; ensuite; que cette révolution est déjà préparée dans l'opinion publique^ Or nous ne craignons pas d'avancer qu'une telle révolution , si elle n'est point une chimère , est un des faits les plus importants de l'époque actuelle.

Mais le fait estUl bien réel ? L'esprit humain a-t-il ressaisi parmi nous le droit d'examen? et M. Laromiguière, jadis si zélé^ si scrupuleux disciple de Con7 dillac j a-t*il vraiment abandonné sa doctrine ? C'est ce qu'il s'agit de constater par une analyse exacte etapprofondie des Leçons de philosophie.

Il y a deux hommes dans M. Laromiguière , l'ancien et le nouveau y le disciple et l'adversaire de Condillac. L'adversaire se montre souvent, et c'est • là le phénomène que nous nous proposonsde signaler ; le disciple reparaît plus souvent encore , et c'est ce qui. prouve précisément, selon nous, la réalité de la révolution que nous annonçons ;car, si l'ouvrage de M. Laromiguière n'était qu'un nouveau système, sans rapport avec ceux qui l'ont précédé >

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etaveç celui de Condillac ^ qui est leur type commun^ faute de s'appuyer sur le passé , il n'exercerait aucune influenisesur l'avenir ,' et ne serait pour nous qu'un système de- plus dans la multitude des systèmes, un ouvrage plus ou moins ingénieux , mais stérile , parce que cela seul est fécond qui est animé de l'esprit du siècle 9 qui se lie à ses besoins, à ses vœux 9 à sa tendance. S'il n'y avait aucun rappc^t entre Ck>ndillac et M. Laromiguière, quand même M. Laromiguièr^ aurait pour lui la raison , il n'aurait pas pour lui le public , qui veut bien marcher, mais non pas courir; qui veut bien permettre qu'on améliore ses idées , mais non pas qu'on les détruise brusquement : jamais le même individu n'a complètement changé ; la société ne change complètement que par les changements partiels et progressifs des diverses générations. Si la rupture de M. Laromiguière avec Condillac eût été violente , on pourrait accuser la pagsion ou le caprice , et ne voir là qu'un phénomène superficiel et passager ; mais* les changements insensibles préparent les révolutions durables. Enfin , si l'auteur n'avait pas été un disdplè de de Condillac et ne s'en montrait pas toujours le plus ardent admirateur, il eût manqué à Condillac d'être abandonné par un des siens.. Être attaqué n'est qu'un accident ordinaire, même à un système vaidqueur; trouver des résistances est un accident inévitable pour un système nouveau qui se développe • et qui marche àla victoire ; gagner peu de terrain est l'effet de toute résistance opiniâtre, et n'est encore qu'un

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phénomène peu inquiétant : mais en perdre , mais reculer quand on a été si loin , mais tomber, nefôt-ce que d'une ligne , quand on est parvenu au Éitte , ce sont là des présages tout autrement sinistres : eh fait de système aussi, toute chute est ruine; reculer^ c'est être vaincu; perdre, c'est déjà périr. Ce qui caractérise l'ouvrage de M. Laromiguière , comme ce qui en fait l'importance, est donc précisément ce mélange , ou , pour ainsi dire, cette lutte de deux esprits opposés , de deux systèmes contraires ; lutte d'autant plus intéressante que l'auteur n'en a pas le secret , d'autant plus sérieuse qu'elle est plus naïve. C'est le spectacle de cette lutte que nous voulons donner au public ; elle est partout dans le livre de M. Laromiguière ; elle est dans chaque grande division , dans chaque chapitre , dans chaque alinéa , dans chaque phrase : tant une situation est profonde lorstju'elle est vraie !

L'ouVrage de M. Laromiguière est la collection des leçons qu'il donna à là faculté des lettres de l'Académie de Paris, pendant tes années i8if, i8i2et 1 8 1 3. Les succès du pf ofesseur furent grands : ceux de l'écrivain y répondront ; tel est l'effet d'un enseignement et d'un style qui conduisent toujours le lecteur ou l'auditeur de ce qu'il sait mieux à ce qu'il s&it moins , ou à ce qu'il ignore tout-à-fait.

Ces leçons se présentent sous le titre d* Essai sur les fhtultés de Famé. Au fond , cet essai comprend toute la métaphysique ; car l'auteur, considérant les Ëicultés et dans leur nature et dans leurs produits ,

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c'e$t-4t-dire en elles-mêmes et dans les diverses idées dpnt leur développement pnligressif enrichit Fintelligence, embrasse tout ce que Ton peut dire de rhomme intellectuel; car, où s'arrête la portée de nos facultés , là seulement finit l'homme intellectuel . Mais jusqu'où ne vont pas les facultés de l'homme? £t quelles questions peuvent échapper à la simplicité infinie du plan de M. Laromiguière ? L'analyse des facultés, considérées en elles-mêmes et dans leurs rapports les unes avec les autres, est l'objet du premier volume; le second traite de leurs produits , ou des idées. Nous nous proposons de les examiner ra détail, montrant toujours en quoi l'auteur suit Condillac et en quoi il s'en écarte, dans le vaste champ qu'il parcourt après lui ; et comme , en général, dans la philosophie, l'idée de la méthode plane sur toutes les autres idées, et comme Condillac et M. Laromiguière répètent souvent , ce que nous admettons volontiers, que là philosophie n'est qu'une méthode, nous insisterons d'abord sur là nature et le caractère précis de la méthode suivie par Condillac et M. Laromiguière.

Nous conamencerons par écarter la méthode d'en*seignement , que Condillac et M. Laromiguière ont trop souvent confondue avec la méthode de découverte , pour nous occuper uniquement de celle-ci. Or, quant à la méthode de découverte, nos deux philosophes se ressemblent tellement, que Ton peut prendre à volonté l'un pour l'autre , et qu'en examinant la méthode de M. Laromiguière, où examine aussi celle de Condillac.

ce L'idée de la méthode , dit M. Laromîgmère (i**^ <c leçon j p. 43 ) 7 quoique assez facile à saisir, n'est « pourtant pas une idée simple ; quand nous saurons a ce que c'est qu'un principe et ce que c'est qu'un « système , nous serons bien près de savoir ce que a c'est que la méthode. »

Maintenant , qu'est-ce qu'un principe et un s/s-tème ? Laissons parler M. I^aromiguière :

« Personne, dit-il {ib.j p. 5o), n'ignore la manière ce dont se fait le pain. On a du grain qu'on broie sous (c la meule ; le grain ainsi broyé est imbibé d'eau ; il « prend ainsi de la consistance sous la main qui le « pétrit ; et bientôt Faction du feu le convertit en « pain. Voilà quatre faits qui tiennent les uns aux « autres , mais de telle manière que le quatrième est « une modification du troisième , comme le troisième « est une modification du second, et comme le se- « cond est une modification du premier. Or, toutes ce les fois qu'une même substance prend ainsi plu- « sieurs forinçs l'une après l'autre, on donne à la « preihière lé nom dé principe. »

Et ajoutons , pour compléter la pensée de l'auteur : à l'ênsemblè de ces formes qui s'engendrent l'une l'autre, on donné le nom de i^ï/ê/we.

Or, la méthode qui systématise tous les éléments d'une"^ science en les ramenant à un principe commun , à leur origine , cette méthode s'appeîie d'un seuA. mot analyse.

« C'est l'analyse , dit M. Làrômigùièré ( ibid. , « p., 58), qui , ramenant à l'unité les idées les plus di-

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« verses qa^elle-méme nous a données , fait produire « à la faiblesse les effets de la force ; c^est l'analyse « qui sans cesse ajoute à Fintelligence , ou plutôt « l'intdligence est son ouvrage , et la méthode est « trouvée. »

La méthode est trouvée ! c est ce qu'il s'agit d'examiner, en cherchant à se défendre de Fenthousiasme qui peut bien saisir le poète en présence d'une grande image ^ d'une inspiration sublime , et même le métaphysicien le plus méthodique^ à l'instant où il croit apercevoir une idée féconde ; mais qu il ne faut pas commencer par partager soi-même , lorsqu'on veut savoir s'il est bien ou mal fondé y si réellement la méthode est trouvée. Et, selon nous, elle ne l'est pas; ou , si elle se trouve dans la description qu'en vient de donner M. Laromiguière , elle s'y trouve si bien enveloppée sous des éléments étrangers y- qu'on a peine à l'y reconnaître. En effet, pour systématiser une science , c'est-à-dire pour ramener une suite de phénomènes à leur principe , à un phénomène élémentaire qui engendre successivement tous les autres , il faut saisir leurs rapports , le rapport de génération qui les lie; et pour cela, il est clair qu'il faut commencer par examiner ces différents phénomènes séparément. Cette opératipn, c'est l'observation. Or, l'observation peut bien conduire à l'unité , mais quelquefois aussi elle n'y conduit pas; elle y conduit, si elle la trouve; elle la trouve, si l'unité existe : si l'unité n'existe pas , l'observation aura beau la chercher, elle ne la trouvera pas ; elle

!• lO

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dotic xiïie iehcysè , ùhlr et systèmàtiisei* en est xjùoie autre^ ces deux bf^rations ne s^ r^iicbntiient dont pa& fbrtïlîtement -, exUérieuremetat poùlp âinri di<lé > jteir Feffet de l'identité qui peut exister dans les choses observables. Alors bous iiè rameteons {yàis les phénoiÀiènés à Tunité; tnais nouis Voyons riiniié dal» lés jph'énomènes j parce que les phéàomèntes scmt ide^rtîques. 'Si Funité est une crëàtiôii de l'esprit', îc-est une chimère avec laquelle l'otseirvation et la V^aîé philosophie n'ont rien à voir ; si c'est \ïiie ï-éalitéy c*ëàt un fait, un fait d^ôbservàtion, comme tôtit àuti^ fait, <:omme la diversité ou la ressemblance. L'obsetvatîon , «i elle est exacte , le trouve même ians îè chercher ; de telle sorte qu'aldrs il n'y aurait pas même dans là méthode deux opérations', Topé-^ riation qui observe, et Topéràftion ^ui unit et systématise, msfis une seule op^êratioA, Savoir l'obsër- Vation , laquelle trouve ou ne trouve pâfsl^tIAité. Daii^ ce 'cas , la méthode Consisterait uniquement dans. Vobsefvatîon ; et dans Ce cas encore, si l'on veut donner un nom grecà robserVation, à la méthode^ qui n'est j^aspltis grecque que française , et qui ap^ partient 'à la raison humaine, on peut lui donner le nom d'û/rei^^e, cette eïprësisiôn mai^quaiit l'ôpé^ ration 'de Tesprit 'qui divisé , qui décompose , c'ésti-dîrè qui tend à robsérvation ; car On n'ôbsërvev *on n'observe Ken qîi'en déeditipiosant : voilà *pottr- '^ilOi Ba langue grecijue ^ôpp6se Vdnàfyse à ^syPt'ikèscy ocnàttie Iklangue'frànçaise oppose h. déi^omk

DE MUMWPHIE. l^

^sidoB à k compositioiL Xou^efoi» 1/^ défîm* tions de mat$ étaat libm, sauf riiMâmvéïâfiiit de coofcuidce les idées par la ç<m(]mQn du languie .Qouyeau , on peukt^ 6i Fou v^ut^ c^pqpteler ur^dysm }a iéuQÎioii de ropération wtdkkdUA^Ue qui diéç^wppfie et de celle qui compose , de Tajaalyse et de )g »yji^ ^èse, comme les Grecs Teiitendaient, ^et ^/omvo^ jusqu'ici TeDleiMlait touA le mQnde; on pe^t.eixQçtre, si on le v^eut ^ a{^>eJer méthode en gé94rfd c/^ tdeui^ jopérations , qui, aju iond., cQnstituei^ 4eui^ l»uâthodes , et qui jusqu'ici passaient pour 4emp médiodes différencies, iies faits ^opt.toutyiles mot^PS^ sont ri^i :. qu'on fasse des mots ee qu'on voudra; jnais que les faits restent intaiCjts, ainsi que leui^s çx^ nactères. Quelque dénomûnsU^ion que ri>n e^^ploie ^ toujours est*il. qu'unir et isystéuiatiser n'^ pas ^ «conqKiser «et.cd^erver; que ces. deux procédés , aans «'exclure, ne se suivent pas ^nécessairement^ .que, pour atteindre .à la mérité , l'obseryatiau est incom parablement plus utile .que la xechenohe >de l'unité; ot que, pariconséquent^ dans llidée générale de mé* fhode , la décomposition en iaite.t en droit , ;précède la composition.

Condillac et M. X/aromiguière iwit tgiut Je >€€»traire. Sans proscrire l'obseryatian ^ ils :in^tent rpUiliàt sur la icompo^ition , sur d'unité néces^aice ià Fiout système. Pourvue «point parler de CcmdiUac, les passages de M. Laromiguiere que.ncHis ayons oités qdusJbaut, :sont décisif JU itondance îÀ l'unité çBt /t^le-dansies 2^6f:a/i^.^|?&i^â>jP^iif,iquandépeiidafii-

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ment de tou& les passages où le professeur la recam^ mande, €;t où il la suit explicitement , il reste encore je ne sais quel esprit général qui y aspire sans cesse ^ qui se produit.dans les mots comme dans les idées , qui remplit et anime le livre entier. Ôr, qui ne voit que cette tendance à l'unité j cette supériorité ac« * 'cordée à l'esprit de système sur l'esprit d'observation y doit êti*e funeste à la vraie science j laquelle Tepose sur ^es faits ? Que dirait-on d'un chimiste qui , dans des leçons sur la méthode > la réduirait à la recherche de l'unité , à la recherche d'un élément unique, simple, indécomposable, dont tous les autres ne fussetit que des formes, et dont la chimie entière ne fut que le développement? Un tel chimiste ne rappellerait-t-il pas le temps de Paracelse plutôt que le temps de Lavoisier ? Celui-là , à coup sûr, ne trouverait pas la classification des corps simples ; car où il y a unité, il n'y a pas lieu à classification : il ne trouverait pas un élément nouveau ; car deux éléments simples, et tout élément est simple ou supposé td , deux éléments engendreraient , selon lui , deux sciences tout-à-fait opposées. Que dirait-on du physiologiste qui recommanderait de chercher avant tout la fonction organique élémentaire ? Que diraiton du médecin dont la méthode médicale consisterait à réduire toutes les maladies à une seule , la goutte à la fièvre ou la fièvre à la goutte ? Qite dirait-on du physicien qui, au lieu d'ajouter la géométrie à l'expérience , prétendrait , à priori ^ construire la nature avec un x ou un j ? N'est-il pas

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^ible qu'aussitôt que Tesprit humain s'écarte de: Kex;périence, il s'écarte de la ligne droite de la.

science?

Ne serait-on donc pas ùmàè à dire à GpndiUac et k son école : i^ Sans prétendre que vous rejetez l'ex». périence, certainement vous insistez plus sur l'unité et l'esprit de système; dès là, votre méthode , sans être absolument vicieuse, contient déjà un germe funeste que l'application développera néces-r sairement^ .

!à^ Quand même il serait vrai que, dans l'appli-* cation , vous n'eussiez pas failli , le mérite en serait à vous, non pas à.votce méthode ;. et notre remarque subsisterait toujours» .

3^ Quoi qu'il en soit de notre remarque, si elle pèche, assurément ce n'est pas par une excessive témérité, et ce n^est pas à vous d'accuser vos adver-r \ saires d'être des esprits ambitieux et chimériques. £n §£fet, quelle ambition que celle de voir tout en un , et même de ne vouloir rien voir autrement! cac non-seulement l'unité est poiu* vous un résultat, mais c'est une loi , c'est un précepte , une méthode» Quand donc vous rencontrez, sous votre plume les noms de philosophes étrangers ou de philosophes anciens , les noms de Platon ou de Pythagore , des Alexandrins ou de certains scholastiques, de Leibnitz ou de Spinosa, et d'autres modernes plus récents dont la gloire est l'orgueil des grandes nations con? ten^raines , de grâce , moquez-vous moins^ de leurs prétentions, car les. vôtres ne sont pas. petites. Cçs

I Ba httcona.

pliilotiophe^ ambitieux , <»é iUumiti^ , comme toùa lê^ appelez (tom. I, p. 4^^ tom. H, p. 1 72 — 449 ®t y;aj^//7i.) on ne sait pourquoi, peuvent-ils avoir été ^ius loin qile vous? car encore une fois, qu'y a4-il: an-Kietôtis et au-delà de Tunlfé ?

' ^^De plus , cette unité que vous cherchez ^ nous la souhaitons aussi ; salis doute l'homnie ne peut se reposer que dans l'unité : l'unité est la fin dernim^ de là science y mais nous croyons que l'observation en est la condition, et, tout en cherchant la fin de là science , Uous nous pénétrons surtout du besoin d'accomplir ses conditions légitimes. Voyez dcmo qui ^ de vous ou de nous , se confprme le mieux à l'esprit des temps modernes, lequel n'est autre chose que la crainte de l'hypothèse , et la prédomi-, iiance^ quelque£Dis ménie excessive, de l'observa^ tioii sur k spéculatloUi

Sans appli<!{[uer i M; Laromiguière ces paroles pacifiques que nous n'adressons ici qu'au chef lui^ ménDë^ àGoudillac, nous ne pouvons nous empêcher de Iregretter que M. Laroiliiguière, qui, sur d'autres pèinti», afaandonhe Condillac, Tait, surcéhit-là^ si scrupuleusement suivi. Sa méthode est cdle deCon^ diiiac ; elle en à vaas les inconvénients ; die en a aussi lotis les avantages, parmi lesquels il faut Inettre au ^*eiiiter rang le talent de l'exposition et du style. Si tàMèà les idée» sont réductibles à l'unité , si l'unifé fdt k loi dfe la pensée humaine^ l'analogie est k loi du kU'gs^e; erussi raiiâlogie est-dle fe caractère éaà^ ntBÀt thi ^tyle de Condillac et de M. Larosniguîère^

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De là ce styl^ h^ut^uic; 4opt le secret cqpsi^te à aller sans cesse du copnq à rincQi^nu , et k répanclre ^insi 6UP toutes les in^tière$ la luipière et Y^gvéme^t ; dç làoette éléganpe cpntinue dont CondUlac 9 transini^, avec sa métl^ode géni^r^e, l'^iabitude systéniatique ^ son heureux imitateur, qui , par un travail plus prq* fond encore , une étude plus assidue, semble y a,ypir ajouté plus de force et plus 4^ cl^arme. Comme 1^ système de M, Laromiguière Q'est qu un/e g^nératiop progressive d'idées ^ sa Ungue n'est qu'une tr^duo-. tion harmonieuse* L'habile éçriysiin vous conduit j vous promène 9 pour ainsi dire, d'une forme à ]['au- Ire, d'une expression à une ^utre e^pressipn , avec im art aussi profond et aussi subtil que l'habile dia*lecticien vous fait passer d'un principe plus pu moins prouvé 9 mais enfin établi et convenu, à |ine conséquence immédiate qui dle-méme çngendre une conséquence nouvelle $. 4'où sort upe suijte de nouvelles conséquences toutes liées intimement l'une à l^autre, préparées et ménagées par des harmonies et des gradations qui , en se développant successlr vement sous yos yeaxj vous charment sans trpp vous surprendre, et vous éclairent sans youséWouir. Malheureusement le talent d'exposition, qui S^ prête aussi bien à l'erreur qu'à la vérité , ne prpuye rien pour ou contre yn système*

Mais commcflsJ: se £8Lit-U que M. Laroiniîguièx'^ dif- .ftre, autant que nous l'avons annoncé, de Condillac» Si leur méthode est la même ? c'est qu'il^ l'appliquât diversement. Uous deux cherchent l'ui^té; mais

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Condillâc la trouve dans une chose, M. Laromi-guière dans une autre , et ces deux choses sont es* sentïellement opposées ; de là , malgré l'idafitité de la méthode, la diversité des directions, qu'un reste d'habitude et des artifices de langage peuvent bien encore rapprocher sur certains points , mais sans pouvoir réeUement les confondre; de là les diiSê^ renées et les ressemblances que nous avons annon^^ eées, et qu'il nous reste à développer.

Pour saisir nettement les différences qui exji/stent déjà et les ressemblances qui se trouvent encore eiitre le système de M. Laromiguière et celui de Condillâc, il faut bien concevoir ce dernier système , et surtout l'enchaînement du principe et des conséquences.

Le principe de Gondillac est la sensibilité; il y voit l'intelligence tout entière. Toutes les facultés de l'homme ne lui paraissent que le développement varié d'une première sensation.

A la première odeur , dit Gondillac ( Traité des Sensations^ i'^ part., chap. & ), la capacité de seur tir est tout entière à l'impression qu'elle éprouve ; voilà l'attention.

L'attention que nous donnons à un objet n'est , de la part de l'ame , que la sensation que cet objet fait sur nous. {Logique y i^^ part., chap., 7. )

Une double attentiop s'appelleva comparaison ; elle consiste dans deux s^isations qu'oa éprouve, comme sîi on les éprouvait seules , et qui excluent toutes les autres, ( Zog., i'^^ part, chap. 7.)

' Un objet est ou absent ou présent : s'il est pré^ sent j Fattention est la sensation qu'il fait actuellement sur nous; s'il est absent, l'attention est le souvenir de la sensation qu'il a faite. Yoilà la mémoire. ( Log.j même cHap. )

Nous ne pouvons comparer deux objets, ni éprouver les deux sensations qu'ils font exclusive-t ment sur nous, qu'aussitôt nous n'apercevions qu'ils se ressemblent ou qu'ils diffèrent : or , apercevoir des ressemblances et des difiFérences , c'est juger. Le jugement n'est donc encore que sensation. ( Log.^ même chap.-)

La réflexion n'est qu'une suite de jugements qui se font par une suite de comparaisons. {Log^y même cbap. )

La réflexion, lorsqu'elle porte sur des images, prend le nom d'imagination. ( Log., même chap. ) v Raisonner , c'est tirer un jugement d'un autre jugement qui te renfermait ; il n'y a donc dans le raisonnement que des jugements, et par conséquent des sensations.

L'ensemble de toutes ces facultés se nomme entendement ; on ne saurait s'en faire une idée plus exacte. ( Log.y même chap. )

En considérant nos sensations comme représen- , tatives , nous venons d'en voir sortir toutes les facultés de l'entendement : si nousî les considérons comme agréables ou désagréables , nous en verrons sortir toutes les facultés qu'on rapporte à la volonté.

J^ souffrance qui résulte de la privation d'ui\e

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chose 4QPt là jouis^mce était yne habitude , est le hesolB.

JLa hesoÎQ a divers degrés ; plus, faibli^ , c'est 1^ iQalaise } plus vif, il prend le nom d'inquiét!949 ( l'inquiétude croissante devient un tourment.

Le besoin dirige toutes les fi^cultés sur son ohi^t : cette direction de toutes les forcer de nos f^ucultésî. ^ur un seul objet y est le désir.

Le désir } tourné en habitude , est la passion.

Le désir j rendu plus énei^ique et plus fixe parl'espérance , le désir absolu ( Traite des Se^safions , i** part., chap. 3) est la volonté. Telle est l'afscepjtjon propre du mot volonté; mais op lui dom^e souvent une signification plus étendue, et on la prien4 souvent pour la réunion de toutes les habitudes qi4 naissent des désirs et des passioi^s.

En résumé , on appelle entendement la réunion de la sensation , de l'attention , de la comparaison , de la mémoire, du jugement, de la réflexion, de l'imagination et du raisonnement; on appelle volonr té la réunion de la sensation agréable pu désagréable, du besoin , du malaise ^ de l'inquiétude , du dé^ir , 4e la passion , de l'espérance et du phénomène spécial que l'espérance, jointe k la passion, détefwne. Iu9i pensée est la réupion de toutes les faculté^ qui se rapportent à l'entendemeat^ et de toutes celles qui ^ rapportent à la volonté. Et fcomme J'élémenJ: générateur de la volonté et de l'entendeijQ^t est Ifi sensatiou représentative ou affective , l'élémeat gé-. nérateur de la pensée ^est^ jen d/^mière analyse ^ K sensation.

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Tel est y selon Ocmdillac , le syslème de» faculté» de l'âme , système cpiï devrait faire abandonner tous les autres, si la simplicité et la clarté étaioit lea^ seules ou même les plus importantes qualités que Ton exige d'un système philosophique. « Mais ^ ol>>. « serve très bien M. Laromiguière y si cette clarté « était plus apparente que réelle , si cette simplicité tf laissait échapper ce qu'il importe le plus de rete^ «( nir so^s les yenx de l'esprit , si elle était l'oubli de. t quelque condition nécessaire à la solution du t problème , si le principe d'où part CondiUac ne t contenait pas tout ce qu'il en déduit , et si le fil « des déductions se trouvait rompu plusieurs fois y c alor^ , entre un système simple y faicile , ingénieuxi « mais manquant d'exactitude y et un système plus «c approchant de la vérité y fût-il présenté sous des % formes moins heureuses y il n'y aurait pas à balan- « cer ; car la simplicité est une chose relative à nous; t( au lieu que la vérité est une chose absolue , indé* H pendante de la faiblesse de notre esprit. » (Tom. P', troisième leçon.)

Or M* Laromiguièrô y apnçs un long examen, pré^ tend y et il établit y selon nous y très solidement y qu'il n*est point vrai que la sensation soit Tunique élément de la pensée y de l'entendement et de la volonté. Il €roit qu'entre nos facultés et la sensation il y a un véritable abime*

En effet , pour ne parier d'abord que de l'enten*dement y les facultés qui s'y rapportent ne peuvent yéîÀT de la sensation qu'autant que l'attention elle*

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