‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 23 sur 92 · LEÇONS · texte numérisé non relu

LEÇONS

asême en dériverait. La sensation ^ dit M. Laromi-. guière , est passive , l'attention est active ; Fattention lie vient donc pas de là sensation : le principe passif n'est pas la raison du principe actif; l'activité et la passivité sont deux faits que l'on ne peut confondre*

Si l'attention ne dérive pas de la sensation, si elle est son principe à elle-même , elle échappe à toute définition. En effet, la définition d'une idée n'est possible qu'autant qu'on a une idée antérieure , de laquelle dérive celle qu'on se propose de définir : d'où il suit que l'idée fondamentale d'une science ne peut jamais être définie; car l'idée fondamentale d'une science en est l'idée première , et par consé* quent une idée qui n'en a pas d'antérieure. L'activité ne se définira donc pas : elle ne se démontrera pas non plus; car elle est un faijt, et les faits n'em-» pruntent pas leur évidence de celle du raisonne^ ment ; ils ont une évidence qui leur e$t propre. Seu-* lement M^ Laromiguière en appelle. au témoignage des langues : <x Partout , dit-il , on voit eiïonnsgarde ; a on entend et l'on écoule ; on sent eX Y cm. flaire; on <K goûte et l'on sarour^; on reçoit l'iiupresaion mé- <c canique des corps , et on Ie$ remue. Tout le genre a humain sait donc , et ne peut pas ne pas savoir, « qu'il y a une différence entre voir et regarder, « entre écouter et entendre : il sait, en d'autres ter* «( mes , que nous sommes tantôt passifs et tantôt <c actifs ; que l'ame est tour à tour passive et active. » (Tom. P*", quatrième leçon, p. 92.)

Si cette distinction est fondée , et nous Ja croyons

bE PHILOSOPHIE. iB^

incontestable , il en résulte que le système entier de l'entendement repose, en dernière analyse, non sur la sensation ^ mais sur l'attention , sur l'activité de l'ame ; tandis que la fsiculté de sentir, qiie M< Laro^ miguière propose d'appeler capacité de sentir^ pour mieux marquer sa passivité, n'est que l'occasion de l'exercice de l'activité intellectuelle, lui fournit des matériaux, mais ne la constitue pas.

La même différence essentieUe , établie entre la sensation et l'attention , relativement à l'intelligence, M. Laromiguière la retrouve entre le malaise et l'inqiifié^de , entre le besoin et le désir, relativement à la volonté. Le malaise est un sentiment ou une sensation passive ; l'inquiétude est le passage du repos à l'action : « Pour ^ que l'inquiétude fût la même cbose « que le malaise , ou une transformation du mal- « aise , il faudrait que le repos pût se transformer en t( mouvement » (Tom. P% cinq, leçon, pag. i38.) L'inquiétude déterminée , portée sur un objet particulier, c'est le désir , le désir, et non pas le besoin , phénomène passif comme le malaise , est donc le véritable principe , le principe actif des facultés de la volonté. Le malaise et le besoin sont bien l'occasion du désir, mais ils n'en sont pas la raison; car la raison d'un fait ne peut être trouvée que dans un fait similaire ou analogue , et le désir et le malaise sont entièrement dissemblables , selon M. Laromiguière.

Ainsi, pour la volonté comme pour l'entendement , l'activité est le vrai point de départ de toutes les facultés humaines, et la pensée, qui comprend

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f entêndevnéÎM: H Sa 'fnàonUé ropme tout: tètÉàktte f activité , c'est^-<]tre sur l'attention* L'altention est iè principe de M. Laromîguière , comme la sensation est ^lui de dondiliac. La différence qui les sépane «^ donc gravé y comiDe nous l'avions annoncé^ piiîs- ^m c'^eM: celle de la passivité k Factivité.

Qaanft à la ressemMance qui rapproche eaacane des théories opposées l'une à l'autre dans leur fondement, elle est délicate , et plus dil&cile à exposer et à saisir. M. Laromi^ière n'admet pas, coixmie Gondillac , que l'attetition vieune de la sensation : mais , aussitôt qu'il est arrivé à l'attention par d'autres chemins que GondiUac, il rentre dans les voies de ce dernier, et, <3omme lui , il déduit de l'ajtlentioa lotîtes les facultés de l'entendement , et du désir toutes celles de la volonté. Il y a bien encore qudiques légères différences dans l'arrangement -et dans le langage ; il n'y &ï a point dans l'analyse des faits et dans leur déduction. Or, nous pensons que M. Laromiguière est plus heureux dans les différences que dans les ressemblances. A peu près d'accord avec l^i sur les points qui lui appartiennent en propre, qous avouons franchement que nous nous en séparons entièrement pour la partie qui se rapproche davantage de CondiDac. Une exposition fidèle et détsifflée de cette partie de la doctrinecontenue dans les iLe-çons'de philosophie doit en précéder la critique; il faiït montrer comment le savant professeur analyse les facultés de l'entendement et de la volonté, <;omment il les enchaîne eittre elles, afin de prouver que

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soii fttiâlipêfe h'é^t pà6 tonjottrii exacte, et que k c^îne âe se* déductions se rompt ûrixs plusieurs èhâroits.

Le système des factilïés de l'ame commence^ ëe\<m M^ ÏJàromigmèTe , non pas à la sensation , mais à Fattekilion, la première de nos facultés actives. L'at'» tention^ datis son doubk développement, produit raccesâvement toutes les facultés , et celles dc^it se cmnpose rentendement 9 et celles dont se oomtpose la volonté. Les facultés de l'enlïendement isont di*^ verses , mais on peut les réduire à trois >. d'abord l'attention , la faculté fondamentale; puis la oomparaisoii , puis enfin le raisonnement. Dans ces ^ois facufltés rentrent toutes ^les ^autres facultés intellect tuelles. Le jugement est ou la comparaison élle^ même ^ ou un produit de la comparaison ; la mé* moire n'est encore quHm produit de rattention-, ><m ce qui reste d'une sensation qui nous a vivemenft a£fectés{ la réflexion, se composanit de raisonne^ mentfr, de comparaisons et d'actes d'attention , n^est pas une faculté distincte de ces acuités; >rimagîna<^ tion n^est que la réflelcion , lorsqu'elle combine des images ; enfin l'entendement est la réunion des trois facultés élémentaires et des autres facultés cempo^ «ées qui leur servent de cortège. Or^ la réunîcm de plusieurs facultés n'est pas une faculté i^éelle ; ce *n'est qu'une faculté nominale, Unsignessms valeur ^propre et sans réiflité. Il n'y a de réel que les trois •facultés^élémentairés : je dis élémentaires , parce que, dans leur développement, ellçs en^gendrent d'aufrifs

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facultés ; mais , dans le vrai ^ il n^y a de faculté élé^ men taire , selon M. Laromiguière, que l'attention. En effet , la comparaison n'est que l'attention ^ l'at^ tention double , l'attention donnée à deux objets , de manière à discerner leurs rapports ; sans attention j point de comparaison possible ; et sans comparaison , point de raisonnement^ car le raisonne^ ment n'est qu'une double comparaisoti; il naît de la comparaison ^ comme la comparaison naît de l'attention : l'entendement est donc tout entier dans l'attention.

Quant à la volonté , son point de départ , ou sa faculté élémentaire ^ est le désir, comme l'attention est le point de départ , la faculté élémentaire de l'entendement. Le désir engendre , comme l'atten* tion y deux autres facultés , ni plus ni moins ; sa*^ voir, la préférence et la liberté. La préférence est au désir! ce que la comparaison est à l'attention; et la liberté est à la préférence ce que la raison est à la comparaison. Gomme les facultés élémentaires de l'entendement élèvent successivement des facultés secondaires qui interviennent dans leur exercice , de même les trois facultés élémentaires de la vo^ lontéy savoir : le désir, la préférence et la liberté, se compliquent successivement de diverses facultés secondaires auxquelles elles donnent naissance; telles que le repentir et la délibération. Le repentir naît à la suite de la préférence : il n'entre pas dans les facultés intellectuelles de M. Laromiguière, quoiqu'il soit une faculté , selon Condillac. Mais , selon

DE PHILOSOPHIE. t&I

M. Laromiguière , le repentir appartient à la sensibilité ; la délibération suit la préférence et précède la liberté: on peut d'abord préférer sans avoir délibéré; mais si l'acte de préférence a été suivi de repentir , on ne préfère plus de nouveau sans délibérer ; or , la préférence après délibération , c'est la préférence libre, la liberté. Désir, préférence , liberté, voilà les trois facultés réelles; leur réunion est la volonté; mais, comme la rétmion de plusieurs facultés n'est point une faculté réelle, la volonté n'est point une faculté propre, mais une faculté nominale, un signe, ainsi que l'entendement, et rien déplus.

En résumé , il y a donc ici six facultés réelleis et deux fat:iîltés nominales ^ or , ces deux facultés nominales , l'entendement et la volonté , se réunissent dans la pensée. La pensée , réunion de facultés , n'est pas une faculté, ce n'est pas même un signe représentatif de signes , puisque la volonté et l'entendement , dont la pensée «st le signe , ne sont pas des facultés réelles , mais des signes ou appellations collectives de facultés. Par ces expressions, entendement et volonté j il ne faut donc entendre réellement autre chose que l'attention , la comparaison , le raisonnement , d'un côté , et , de l'autre , le désir , la préférence et la liberté ; facultés réelles ^ qui se développent dans deux sphères différentes , mais dans le même rapport , et sans que l'un où l'autre de ces deux ordres de facultés dépassé l'autre dans son développement ou reste en deçà. I^ développement I. II

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de Tattention se fait ^ trois façons différentes , qiii se reproduisent fidèlement dans les développements du désir* Le parallélisme est parfait; mais le comble de Fart était , non-seulement d'établir ces deux lignes parallèles , mais de les faire ae toucher dans un point, et même de manière à établir entre dles mieux qu'un rapport de coïncidence , un rappoM dé génération : or , n'est-ce pas établir un ràp|port de génération entre l'entendement et la volonté , que de tirer toutes les facultés de la volonté , du désir ^ lequel ^ selon CondiUac et M. Laromiguière , est la 'direction de toutes les facultés de V entendement vers un objet dont on a besoin? (Tom. 1% 4® leçon^ p. t o40 Tant que le besoin ne se mêle point à Fac^ tion de nos facultés^ ces facultés > savoir , Fattention^ la compajraison , le raisonnement ^ ne s'exercent pas moins ; mais que le besoin intervienne ^ les trois fa*» cultes se réunissent dans une direction commune \ Voilà le désir. Or , comme > sdon M. Laromiguière lui-même , le besoin n'est pas une faculté > mais un simple phénœnène sensible , entièrement étranger à l'activité, il s'ensuit que Factivîté^ et les faculté qui en dérivent , irestent ce qu'elles sont > quand même le besoin n'intervient pas dans leur exerdce; de sorte qu'essentiellement le désir n'est qu'un mode de l'activité j l'activité concentrée sur un objet dbnt il se trouve que la sensibilité a besoin , circonstance tout-à-fait accidentelle. Au fond , le désir est don^ l'activité elle-même; seulement Factivité ne s'exercerait pas comme elle le fait dans le désir , si le be-

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isoin n'ùiterveuait, non comme fotitteme&t et comme principe , mais comme une simple conditicm présk* ïable. L'^ctiyité , c'est-à-dire l'attention , est le ^rai principe du désir > puisqu'elle est le principe des facultés intellectùeUes , dont le désir n'est que la concentration. L'attention est donc le principe uni^ que y non-seulement de l'entendement ; maïs aussi de la volonté , et par COïiséquent de la pensée tout entière, c'est-à-dire de l'homme. Ceci achève le système de M. Laromiguière : jusqu'ici ce système était double » maintenant il est vraiment un , et le parallélisme se résout dans l'unité absolue. Opposé d'ailleurs à Condillac , puisqu'il fonde toute sa doc^ Irine sur l'attention , essentiellemoit distincte de la sensation , M. Laf omiguière s'en tiapp^oche ce«> pendant^ en ce qu'il tend également à ramenet tontes les facultés à l'unité. L'unité de nos deux au* teurs ne se ressemblent guète » mais enfiii c'est tôa* joiurs de Tunité» Voilà une iressemblance danft l'applieation y que nouft avions signalée dans la métho<îe| et cette ressemblance est fondamentale. Setdement il £aiut reconnaître que l'unilé de M. Larokniginèm eM: jàas savante que celle de son devancier y et-ses combinaisons plus systématiqiies. Condillac^ enii*^ rant de la sentation , eomme él^eskt unique^ tontes les facuitès humaines j se contente de les sépali^ mi deux classes \ cdies ^ui se reqoportent à l'entende* Inent et c^es qui se rapportent à la volonté ^ et dà marquer dans tsfaacune de ces dasses le mode sqg4 cessif de leur développement. Il les énumère tontes^

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mais ni dans chaque classe ilme détermine quelles sont les facultés principales, ni dans lés deux clasises il ne montre le rapport plus ou. moins intime des facultés correspondantes. Mais 'M. Larômiguière , en partant de l'attenticm comme élément unique, ne se contente pas d'engendrer successivement toutes nos facultés intellectuelles ou morales; il détermine avec précision le nombre esact et le mode de génération . progressive des diverses facultés élémentaires de chaque classe. Il n'y a que trois facultés pour chacune d'elles, La volonté n'en contient pas plus que lentendement , ni l'entendement que la volonté; le rapport de génération qui unit les facultés de la première série , unit également toutes Celles de. la seconde. Partout identité; de nombre , partout identité de développement. La simplicité de GondiUac disparaît devant celle-là ; sa régularité est le chaos devant celle dé M. Laromiguière. En effet , quoi de plus simple et de plus régulier qu'un tel système? Figurez-vous d'abord trois facultés, dont la seconde sort de la première , dont là troisième sort de la seconde exactement de la même manière : voilà l'entendement. Figurez-vous ensuite trois nouvelles. facultés parallèles, dont la première sort des trois premières réunies , comme la dernière de ces trois autres sortait des deux précédentes; de telle sorte que cette première feculté, savoir,- le désir , dans ses deux transformations progressives , produit la préférence , puis la liberté , comme on avait vu sortir de l'attention la comparaison , puis le

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raisonnement : voilà la volonté. Volonté et entendement 9 voilà deux signes distincts à la fois et correspondants 9 qui résument leurs facultés respéc-. tives, et se résument elles-mêmes dans un signe pliis général y la pensée. Ici les réalités et les signesV les idées individuelles et les idées abstraites , . se prêtent un mutuel appui , et présentent à Tceil charmé, l'aspect et le jeu du .plus heureux mécanisme. Je le demande, estril un objet de la nature et de Fart qui se compose et se recompose , se démonte et se remonte avec plus de souplesse et de grâce , et dont on suive les mouvements avec plus de facilité , que l'homme de M. Laromiguière ? Est-il un édifice dont toutes les divisions j les compartiments et les dessins . soient plus également , plus symétrique-' ment. ordonnés; où les moindres détails soient ar-rétés et finis avec une. précision plus subtile , une élégance plus scrupuleuse ?

Nous l'avouons , cet ordre si parfait et si achevé , s'il 19e rappelle pas la grande manière des artistes de l'antiquité , semble reproduire encore moins les procédés de la nature , qui ne marche point avec tant, de précaution , et ne fait rien de si minutieusement compassé, j^ priori , dans les arrangements métaphysiques de M. Laromiguière , il est bien difficile de. ne pas redouter quelque chose d'artificiel. Quoi! la nature nous a donné trois facultés de l'entendement, et non pas deux, et non pas quatre i et il s'est trouvé qu'elle a fait la même chose pour la vo^ lonté ; et encore , que ces deux ordres de facultés se

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iforment et se eombineni avec une aussi rigoureuse identité ! £n vérité ^ la nature a traité Thomme bien Êivorablemént pour la métaphysique. '^ semble qu'elle l'ait fkit ains^ tout exprès pour qu'on pût l'analyser et l'expliquer d'une manière si simple et si. nette à Vattention la plus supejpficieHe ^ qu'en dé* pit d^elle ^ eHe ne pût pas ne pas le comprendre. Tant que la nature ne sera pas plus grande ^ la science tiumaine ne sera pa& bien difficile. Malheureusement^ Qu heureusement pQur nous , il n'en est point ainsi; et qus^d la simplicité du système de M. Lsl^ ]^oin%uière ne nous défendrait pais eUe-^même de ses. propres séductions t un examen attentif et l'expérience nous démontreraient que le système du sa^ vaut professeur est purement artificiel ^ qu'il ne répond point s^ux choses, qu'il réunit ce qu'il fiaudrait séparer , et que , sur plusieurs points importants , les faits dér^^nge^t sia ^e]le harmonie, Sdcm élégante et facile structure^

. Nous ex;aminerons d^abord Tentendement et ses facultés, lesquelles, selon M. Laromiguière , sont 0u nombre de tirois : savoir , l's^ttention , la compa* mson,leraison^ement.

Phis QQUfî y réflécliissons , moins il nous est fa-, çile de comprendre comment l'intelligence humaine se trouve renfermée tout çntiçre duns ces trois Êipultés. n ne nous paraît pas vrai de dire que l'enteur detnent ne soit qu'un mot , un pur signe, et que Is^ yéTitabie réalité se trouve dans l'attention , la comparaison et le va.isojrinement. Être attentif, est sans

doute une condition pour comprendre; il faut comparer pour pouvoir juger , et Topération du raisonnement amène sow les yeux de l'esprit des vérités cachées sous d'autres vérités : mais ces nouvelles vérilte ^ si c^est le raisonnement qui permet à l'esprit de les apercevoir, ce n'est pa$ le raisonnement qui; les apercent ; raisonner est une chpsç; saisir et comprendre les vérités d<p raisonnement est une autre, chose. L'affirmation irrésistible , la compréhension; vive et absoli^e que deux idées se conviennei|t , est une opération tout autre que celle du rapprochement de ces deux idées, que.souvent on rapproche très laborieusement , sans pouvoir en surprendre le rapport. L'attention la pluslerm^, la plus soute-, nue, n'est pas non plus cette lumière qui nous révèle la vérité à la recherche de laquelle nous appliquons notre attention. Au fond , l'attentioa n'esta qu'un acte de volonté; nul n'est attentif qui ne veut l'être, mais ne comprend pas qui veut comprendre , . et l'attention ne contient pas plus l'intelligence , que la sensibilité elle-même neco|itientrattentipn. Ainsi, pour expliquer ma pensée par unexemple vulgaire , avoir les yeux ouverts devant un Jivre de mathématiques, percevoir l'impression des caractères., être affecté de toutes les sensations qui sortent de la présence de ce livre, estrune condition, et même une condition préliminaire indispensable pour que l'esprit puisse découvrir le sens intellectuel et mathé-< matique qui y est contenu. De plus, il est nécessaire que Vactivîté volontaire, profondément distincte de.

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la , sensibilité , s'y ajoute , et se dirige sur les pages placées sous nos yeux; il faut que l'attention , vigilante et sévère, écarte les sensations diverses, les images, les idées, toutes les distractions qui peuvent s'interposer entre l'esprit et le livre ; aussitôt que l'œil cesse de voir et que l'attention défaille, l'esprit s'arrête et cesse dé comprendre. Sentir et vouloir sont donc i nécessaires pour comprendre ; .mais , tout en reconnaissant la nécessité de la deuxième condition, comme de la première, il ne faut pas croire que la volonté soit autre chose que la condition de l'intelligence, et qu'elle en soit le principe; ce serait une confusion, trop ordinaire.il est vrai, mats très peu philosophique. Le fait de la : perception de la vérité se cache squ$ les faits plus apparents de la sensation et de la volition, et se dérobe d'autant plus facilement à la conscience, qu'il lui est plus intime :. mais ce fait n'est pas moins réel; il contient même la partie la plus élevée de la nature humaine. L'entendement est une faculté spéciale qui n'a spn principe qu'en elle-même, tout comme la volonté et la sensibilité. Juger du vrai ou du faux , juger du bien ou du mal ,'Sont des actes qui n'ont rien à démêler avec ceux du vouloir, bien qu'un être volontaire et libre puisse seul les porter. 3e veux ou je ne veux pas , je donne mon attention ou je ne la donne pas ; ici tout est en ma puissance , et rien n'arrive que ce qui me plaît : mai$ il n'en est pas ainsi du jugement. Sans doute je puis juger ou ne pas juger, en ce sens que je puis satisfaire ou ne pas satisfaire à la condition

fondamentale de tout jugement , savoir, l'attention. Mais aussitôt que cette condition est accomplie y alors parait un fait différent du premier, et dont les caractères sont tout à fait opposés : le premier est libre , le second ne l'est pas. Ce second fait , indé-^ composable et simple , est la perceptiop de la vérité ; perception irrésistible, à laquelle nul homme ne peut se soustraire , et dont la lumière le frappe et réclaire nécessairement , lorsque librement d'abord il s'est mis en état de l'apercevoir. Ainsi , pour rappeler l'exemple déjà employé , tout homme est libre d'étudier ou de ne. pas étudier l'arithmétique, c'est-^ à-dire de diriger ou de ne point diriger son attention sur cette matière ; les uns le font, les autres ne le font . pas , tous peuvent lé faire : mais aussitôt que l'on a dirigé son attention de ce côté , et qu'on a étudié suffisamment , alors il est certain que l'on aperçoit les divers rapports des nombres; on ne fait pas ces rapports , car alors ces rapports pourraient changer au gré de notre volonté qui les aurait faits ; par conséquent la volonté n'intervient point dans leur perception : on ne les fait pas , disonsnnous ; on ne les constitue pas , on les aperçoit. Qui donc les aper* çoit ? ce n'est aucune des facultés de l'entendement de M. Laromiguière ; ce n'est pas le raisonnement , puisque ce n'est pas la comparaison ; ce n'est pas la comparaison, puisque ce n'est pas l'attention ; ce n'est pas l'attention , puisque ce n'est pas la volonté ; encore une fois qu'est-ce donc ? Quelque chose qui a échappé à l'analyse de M. Laromiguière et de bien

d'autres métaphysiciens; quelque chose qui diffèrev autant de la voloQté qu'elle*tnême diffère de la sensibilité ,, qui tient intimement ^ la personnalité, mais qui s'en dislingue ; qui gouverne l'homme y et que l'homme ne gouverne pas ; uqie acuité enfi^ à laquelle on peut donner tous les noms que l'on voudra , pourvu qu'on la cpnserve et qu'on la décrive fidèlement . l'intelligence, la raison, Tesprit, l'entendement.

Si l'attention ne suffît pas pour expliquer l'entendement, il est facile de montrer en peu de mots que le désir ne suffit pas davantage pour expliquer la volonté , et nous sommes forcés de reconnaître dans la seconde partie de la théorie des facultés de l'ame d'aussi graves malentendus que dans la première. Les facultés de l'entendement, tel que le conçoit et le décrit M. Laromiguière ,, appartiennent plus à la volonté qu'à l'entendement, puisqu'elles reposent jsur l'attention , laquelle est très certainement une £siculté volontaire. Or, chose extraordinaire, quand l'attention, c'est-à-dire la volonté développée en comparaison et en raisonnement , se concentre sur un objet correspondant à nos besoins, M. Laromiguière prétend qu'elle devient le désir : la métamorphose est impossible ; aucune transformation ne peut convertir l'attention en désir , à moins que cette attention ne soit celle de Condillac, c'est-à-dire involontaire et passive. Dans ce cas , la transformation est très facile ; rien n'est plus aisé que de convertir )e passif en passif; mais l'attention de M. Laromi-

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guière esl une faculté qui u'a rien de passif^ une force dont nouâ disposons à notre gré, une puissance yolcmtaire. Or, comment convertir une force, une puissance , une &ciilté, la volonté enfin, dans le désir, phénomène purement passif? En présence de tel ou tel objet correspondant à mes besoins, il se produit en moi le phénomène du désir ; ce n'est pas moi qui le produit; il se manifeste par des mouvements souvent même physiques , que la sensibilité , l'organisation et la fatalité déterminent. Il ne dépend pas de moi de désirer ou de ne pas désirer ce qui m'agrée^ Je puis bien prendre toutes les précautions nécessaires pour que le désir ne s'élève pas dans mon ame ; je puis bien fuir toutes le^ occasions qui l'exciteraient : quand il est né, je puis bien le combattre ; car ma volonté, qui est distincte du désir , peut lui résister : mais quand le désir naît, et même quand il meurt , je ne puis ni l'étouffer, ni le ranimer; il m'assaille ou il m'échappe malgré moi. Voilà pourquoi Gondillac tire le désir du besoiq. Sans doute il a tort de faire sortir nos facultés inorales du désir : mais ^ a raison d'avoir tiré le désir du besoin, qui ^'engendre facilement de la sensation , principe de tout son système. Mai^ comment M. Laromiguière , qui veut échapper à )a sensation, qui, pour cela, retranche le besoin du nombre des facultés morales , y conserve-t*il le désir, qui se trouve là isolé et flot*» tant entre des facultés n^orales qu'il n'engendre pas , et des facultés intellectuelles dont il ne dérive point, de sorte qu'il n'appartient ni aux unes ni au^

17a LEÇONS

autres, et que le système est frappé à la fois du double vice de faire sortir le désir des facultés intellectuelles volontaires qui lui sont entièrement étrangères, et de tirer du désir la préférence et la liberté, qui lui sont aussi opposées qu'au besoin ? car le désir et le besoin sont frères ; ils naissent tous deux de la sensation. Ici se fait sentir, plus explicitement que partout ailleurs,, l'empire que Condillac retient encore sur son disciple. C'est en effet dans Condillac qu'il faut chercher le mode de déduction par lequel M. Laromiguière tire la liberté et la préférence , phénomènes éminemment actifs , du désir , phénomène passif.

Nous aurions encore quelques objections à pré- ^ senter, sur lesquelles nous insisterons peu , parce qu'elles pourraient nous mener trop loin. Si la préférence est antérieure à la liberté, et par conséquent à la volonté, elle n'est donc pas volontaire et libre. Qu'est-ce alors que la préférence de M. Laromiguière ? Elle a bien l'air d'un désir exclusif, d'un besoin prédominant , c'est-à-dire d'un simple mouve- . ment organique. De plus, M. Laromiguière réunit sous la dénomination générale de volonté le désir , la préférence et la liberté, comme il avait réuni sous la dénomination générale d'entendement les trois facultés d'attention, de comparaison et de raisonnement. Si M. Laromiguière n'attache pas plus de réaKté à la volonté qu'à l'entendement , nous lui de-^ manderons s'il est bien vrai qu'il n'y ait point dans l'ame humaine un fait réel et spécial de la volition ,

toùt-à-fait distinct du désir; et si M. Laromiguière pense que la volonté est un fait , et non pas un mot, nous lui demanderons si ce fait contient la liberté tout entière, ou s'il ne serait pas plus vrai de dire que la volonté n'est qu'une forme^e la liberté ; en d'autres termes , si la liberté est volontaire , ou si la volonté est libre. Mais ces questions nous conduiraient trop loin. Nous conclurons 9 en ramenant cette idée générale, que la doctrine des Leçons de philosophie sur les facultés de l'ame appartient à la fois et à Condillac , dont elle reproduit en grande partie le système, et à M. Laromiguière , qui , en plusieurs endroits , s'est frayé des sentiers nouveaux.

Ce caractère que nous venons de signaler dans la théorie des facultés de l'ame, nous le retrouvons encore dans le système des idées , c'est-à-dire dans les pi*oduits dès facultés de l'ame auxquels le second volume de M. Laromiguière est consacré.

Sur cette importante théorie , la méthode philosophique semblait' recommander deux choses :

i°de rechercher quelles sont les idées qui se trou-: vent réellement aujourd'hui dans l'entendement humain , . quels caractères les rapprochent ou les séparent, et peuvent servir de base à une classification exacte et complète ; 2° de déterminer leur origine et leur mode de génération. Ces deux points sont très distincts, et leur ordre ne peut guère être impunément interverti. Vouloir se placer d'abord aux sources primitives et mystérieuses d'où l'intelli-

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gence découle, et reconnaître d'un premier coup d'oâl les canaux délicats à ti^avers lesquels elle «st arrivée à la forme et aux caractères qu'elle présente aujour* d'hui, c'est vouloir débuter par une hypothèse dont les résultats systématiques ne reproduisent pas tou-* jours la réalité. La marche opposée, qui part de la idéalité telle qu'elle est actuellement , sauf à recheàr^ cher ensuite d'où elle vient, est moins ambitieuse^ mais plus sûre \ elle est la seule qu'une saine philosophie puisse avouer*

Le vice fondamental de la méthode de Condillaïc est précisément d'avoir Voulu enlevet* en quelque sorte Torigine et là génération des idées, avant d'en avoir donné une 'classification sévère; et l'on recon* naît en génét*al tous les élèves de cette école à Tim-» portante exclusive qu'ils attachent à la question de l'origine des idées. M. Laromiguière aussi s*y arrête spécialement , et ses recherches à cet égard embrasa sent la plus grande partie des leçons que contient ce second volume.

Mais quelle que soit sa place légitime, quelles que soient en elles-mêmes les difficultés qui l'embafras^ sent , la question de l'origine des idées ne se fésout*" elle pas sans effort , du , pour mieux dire , n'ést-eUe pas résolue d'avance par le système général de M* La:*^ k*omiguière? Si nos idées sont les produits de nos h* cultes , et si nos facultés ne sont que l'activité dl&« tïiême s'exerçânt sur des données sensibles, ne suit^il pas rigoureusement que les idées né peuvent étné que le produit de l'activité ou de l'attention travail-*

lant sur les matériaux que lui fournit la sensibilité ; la sensibilité, disons-nous, et nulle autre source. La plus légère incertitude sur ce poiiilrénerverait et pbs" curcirait la théorie générale, et la mettrait en con* tradiction avec elle-même.

fin effet , M. Laromiguière , lorsqu'il passe de la théorie des facultés de Famé à celle des idées , établit que toutes nos idées dérivent du travail de nos facultés sur les données sensibles : mais tout à coup il revient sur ces expressions de données sensibles^ sensibilité y capacité de sentir; et leur imposant une acception plus étendue que celle que la langue, Fusage, la théorie de Locke, de Condillae, et la sienne propre, leur accordent ordinairement, il métamorphose subitement la sensibilité, que jusque-là, sur la foi de ses propres eixplications , nous avions cru suf^^ iisamment connaître, en une sensibilité nouvelle *, douée de-propriétés extraordinaires , et comprenant des phénomènes que jusqu'alors on ne lui avait point attribués. Là faculté de sentir reste toujours le fond» primitif et unique de toutes les idées , et nous ne pouvons savoir que parce que d'abord nous avons senti : mais il y a bien des manières de sentir ; et c'est sur ces diverses manières de sentir que repose la théorie des idées.

Selon M. Laromiguière, il y a dans la sensibiUté quatre modes , quatre éléments.

La première manière de sentir est produite pal* l'action des objets extérieurs ( tom. II , 1 1 ® leçon , pag. 58); voilà la sa^sation.

ir 76 LEÇONS

La deuxième manière de sentir est produite pat* l'action de nos facultés ( tom; H, pag. 65 ).

Quand nos facultés et l'attention qui est leur principe, s'appliquent à la sensation , elles produisent les idées sensibles ; quand l'attention s'applique à la conscience d'elle-même et dès facultés qu'elle engendre 9 elle acquiert les idées des facultés de l'ame.

Si M. Laromiguière eut ajouté que toutes les idées possibles ne sont qiie le développemeht et la com* binaison de celles-là , savoir, les idées sensibles et les idées des opérations de l'ame, il aurait rencontré le système de Locke fondé sur la réflexion et la sensation , système que Condillac détruisit pour le simplifier , en réduisant la réflexion à un mode de la sensation ; si, dis^je, M. Laromiguière s'était arrêté à ce point, il eût été conséquent à l'idée générale de son système, dont le but avoué ne fut jamais que de rétablir l'activité de l'ame , et l'indépendance de nos facultés, confondues par Condillac avec la sensation : mais il ne s'arrête pas là ; et , s'écartant brusquement de Locke et de son propre système, il prétend que l'homme n'est point borné à ces deux sources de connaissances, insuffisantes pour expliquer toutes les idées. « D'où nous viendraient, dit^il ( pag. 64 ) , les idées de ressemblance, d'analogie , de cause et d'effet? aurions-nous les idées du bien et du mal moral ?»

Voilà pourquoi il admet deux autres sources d'idées, c'est-à-dire deux nouveaux modes de sentir.

Lorsque nous avons plusieurs idées à la fois^ il se produit eh nous une manière de sentir particulière ; nous sentons entre ces idées des ressemblances où des différences, des rapports. Nous appellerons cette tnanière de sentir qui nous est commune à tous^ sentiment de rapport, oxxsentimerU^rapport (p. 70). Quand l'attention s'applique à ces sentiments de rap port, les démêle et les éclaircit , elle produit les idées de rapport.

Quant à la quatrième manière de sentir^ nous laisserons à M. Laromiguière le soin de Fexposer lui-même.

ce II est une quatrième manière de sentir qui paraît différer des trois que hous venons de remarquer, plus encore que celles-ci ne diffèrent entre elles.

« Un homme d'honneur, je parle dans l'opinion ou dans les préjugés de l'Europe, un homme d'hon-^ neur se sent frappé; jusque-là c'est une sensation qu'il reçoit^ et une idée sensible qui en résulte. Mais s'il vient à s'apercevoir qu'on a eu l'intention de le frapper , quel changement soudain ! le sang bouil« lonne dans ses veines ; la vie n'a plus de prix, il faut la sacrifier pour venger le plus ignominieux des outrages. Lorsque nous apercevons, ou seulement lorsque nous supposons une intention dans l^agent extérieur, aussitôt au sentùnentsensation €fp!ïi pro-» duit sur nous , se joint im nouveau sentiment qui semble n'avoir rien de commun avec le sentimentsensation ; aussi prendril un autre nom : on TappelUr sentiment moral*

t. la

î'jS LEÇOIfS

« ici se Montreiit les idées du juste et de Finjuste , dé rhonnéte/les idées de générosité , de délicatfesse , etc. j*

En t^iiméy il y Si quatre sentiments distincts le^ uns des autres^ le sentiment moral, le sentiment-rap* port, lé sentiment-action des facultés de rame> et le ^entimetit*sensation ^ c'est-à-dire le sentiment des ihipre^sion^ perçues à l'occasion des objets extérieurs ; de là les idées de sensation y les idées des fticultés humainei^, leà idées de rapport , lés idées moràlels ; dé sorte que la source de toutes ces idées est le sentiment et non pas la sensation, et qu'il faut distinguée* entré la sensibilité proprement dite, cdie des^éns, étune autre sensibilité entièrement distincte de la preitlière, et qui contient^ avec le ^ntimentsehsàtion , le sentiment de rapport , le sentiment mbràl, et lé sentiment des B^icultés de l'ame. Ainsi ée ne serait pas assez d'avoir séparé l'activité de l^àine de là Sensation, tl ne faudrait pas croire, avec ces deujt éléments distincts, avoir expliqué tout fkomméplne ifaudraitpàs dire que «dans l'esprit humain tout peut ^ réduire à trois choses t, aux sa!i* sàlSions , au travail de l'esprit sur ces sensations^ et atix idées ou connaissances résuhant de ce travail ^ ( tôiia. I , p. 95 ).

11 Die faudi^t pas dire que : » Tel efit; Tordre de développement de l'esprit humain :

« ï ® Sensations, opérations*; premières idées > provenant dés sensations et des opérations > et par conséquent idées sensibles.

r)E PHI£X>SOPHI£. ^"75

a a" Premières idées , ou idées sensibles ; nouveau irayail » nouvelles Idées.

<c 3^ Nouvelles idées , nouveau travail , nouvelles idaes^ et toujours de mézoe , sans qu'on puisse assigner de bornes à ces développeipents de l'intelli* gesieD » ( tom. 1, pag. 98 ).

Il faudrait intervertir cet ordre, et placer de mveau avec les sensations et le sentiment de l'activité , comme éléments nouveaux et essentiellement étrangers, le sentimentrrapport et le sentiment moral; élargir la. base du système , en multiplier les ptindpes, len changer tout l'aspect y sauf à en garder la ^ra^édic^ie : c'est ce qu'a fait M. Lanomiguière.

h&$ quatre manières de sentir constituent-elles quatre phénomàsues essentieUetnent distincts ? Oui , répond, dans sa quatrième leçon , M. L^romiguièré. Alors pourquoi donc leur donner un nom commiiin ? L'objeetion est jb!-ès-«imple; selooa nous, elle est invinciUe. Dira-tToa que l'on voulait raj^orter e^ gé^ oéral .toutes les sources des connaissances humaines à la Mnsibiliié , pour s'accorder , dans les foiigaules généralea, av^ec une théorie qui a long-4emp& régné , en donnan^t toutefois à la sensibilité une acidepcion assez vaste pour pouvoir y faire entrer des faits nou- «^eiaux et importan^ts que , depuis quelques années , l'opinion iramèiie dans les discussions philosophiques? C'est là une raison d'auteur, non de philosophe. La philosophie est l'expression de ce qui est, ^ non îpas un dictionnaire arbitraire. Toute confu- 3i^ci de choses distinctes est une violence faite aux

l8o LEÇONS

choses j et par conséquent à la vérilé ; tout rapport chimérique doit être retranché de la science y toute analogie verbale renvoyée à la scholastique. Certainement il n'y a aucun rapport réel entre le sentiment-sensation y pour parler la langue de M. Laromiguière , le sentiment-rapport , le sentiment moral et celui de l'action de nos facultés. Être frappé par les impressions du dehors , jouir ou souffrir , est un phénomène qui n'a rien de ccAnmun avec celui de la volonté et des facultés dont elle est le principe. Maintenant en quoi les phénomènes sensibles et volontaires ressemblent-ils à ces jugements rationnels par lesquels nous affirmons le vrai ou le faux , le bien et ie mal j et prononçons sur les rapports des choses et sur les rapports des hommes ? L'opération de l'esprit qui juge est-^elle ceUe qui veut ? est-elle la jouissance ou la souffrance? Qu'on le prouve, autrement que l'on renonce à toute assimilation verbale^ Au fond , ou le sentiment de rapport et le sentiment moral sont des modifications de la sensation y et dans ce cas ils peuvent et doiveiît porter le même nom ; et alors le système général de Âf . Laromiguière y savoir^ que tout dérive de la sensibilité et de l'att^ition ^ est vraiment un système ; ou le sentiment-rapport et le prétendu sentiment moral ne sont point des modifications de la sensation ^ et alors , en dépit de tous les abus de langage , l'atteU'»tion , c'est-à-dire la volonté, et le mot abstrait, collectif et vague de sentiment et sensibilité , n'expMquent point tous les phénomènes de l'intelligence.

Qr^ d'un côté, M. Ijaromiguière prouve que le sentiment de rapport et le sentiment moral ne sont pas réductibles aux deux autres phénomènes de la sensation et de l'attention , et par-là il renverse son système : de l'autre côté^ après avoir séparé dans le fait y il confond, dans le terme ; après avoir distingué forleHient le sentiment moral et le sentiment de rapport de. la sensation et des opérations de nos faciûtés, il donne à tout cela une dénopiination commune , réparant par l'identité fictive du mot des distinctions et des oppositions réelles , et relevant son système pan.un de ces arrangements de grammaire ingénieux et vains , qui consumèrent stérilement l'oiseuse activité des péripatéticiens du moyen âge > loin des choses et de la nature.

. Sans doute, dans le langage ordinaire , les phénomènes les plus élevés delà raison sont appelés des sentiments. En e£fet , c'est une loi de la nature humaine , qu'à la suite des jugements les plus purs se manifestent , dans la sensibilité ^ des mouvements parallèles qui réfléchissent la saison sous des formes passionnées. C'est la raison seule qui aperçoit le vrai, le bien et le beau d'une aperception pure , calme, absolue comme la beauté , la vertu et la vérité elles- . mêmes; mais en même temps, la sensiblité , qui enveloppe de, toutes parts l'esprit humain, par un contrecoup plus ou moins énergique, entre en exercice et mêle ses phénomènes aux phénomènes intel^ lectiiels. La géométrie est vraie, et en même temps elle a ses jouissances pour Leibnitz et pour Descartes.

l8t LEÇONS

La raison ^ en présence de telle ou telle action y prononce qu'elle est juste ou héroïque^ avec autant d'as* surance , avec autant de sang-^froid que s'il s'agissait de vérités mathématiques ; mais la sensibilité ébranlée cdmjpliqiie bientôt le phétiomène rationnel de mouveilrients étrangers^ qui souvent l'étouffei^t., toujours l'obscurcissent^ et impriment au phéno«^ mène tot^il leur forme particulière. De là l'expressioB unique ût simple de sentiment employée pour repré*s^ter un fait complexe : mais le philosophe^ dont le devoiv est de séparer les faits y reconnaît aisémeat sous l'expression desentiment, sentiment^rapport ou sentimettt moral, le hàt rationnel, qui précisémeat par sa pureté et sa simplicité trompe la conscience inattentive, et se cache en quelque sorte sous le fait s^isible qui le surmonte, et le cou^^e de toute la vivacité et de toute l'énergie attachées à la passion. En effet la raison nous édbajppe par son intimité même. Des jugements irrésistibles n'exigeant aucun ^ort, n'avertissent point de leur présence, s'accom^ plissent^ passent inap^çus dans les pro£^deurs de l'ame. U lïemUe cpie l'homme ne pmsse contempler la himière qu'au dehors de lui-^méme, dans la clarté apparenté de ces faits extérieurs que l'ame aperçoit d'untant plus aisément qu'ils lui sont plus étrangers, ona dans ces faits de conscience , libres et voIcmi- 4mres ,'(^i se manifestent; dans l'effort même que l'àme iiait pour les porodutre. La vraie lumiève, la ;hinrièî^ intérieure luit dans les ténèbres et comn*e ensevelie dans i'abïtne denotneêtre.

DE PHILOSOPHIE. l83

Il est encore une autre manière d'expliquer (1. Ls^romiguière et la généralité de ce mot ^ekitiment qui, comme nous l'avons vu , est philosophiquement inapplicable aux quatre phénomènes que M. JLarpmiguière appelle les quatre sources de toutes les idées. Ces phénomènes sont étrangers l'un àTautre ; par conséquent y ils appartiennent à des propriétés ou facultés différentes; et l'unité de acuité est une contradiction réelle avec l'essentielle diversité des résultats. Il y a donc réellement quatre facultés ; QU si^ comme le pense l'auteur de cet article t on peut ramener à une &culté identique , savoir , la, raison, et les jugements de rapport et les jugements morauii, il y aurait trois facultés primordiales ; la sensibilité» siège de toutes les autres sensations ; l'activité volontaire et libre, qui contient en elle l'attention, la comparaison, une partie de la réminiscence, etc. ; enfin la raison qui juge du vrai et du faux, du bien et du .mal, du laid et du beau. L'homme est l'union de ces trois facultés. M ais^ixes facultéssont essentiellement dirtinctes,. elles ont toutes les trois cela de commun , que l'homme en a consdence. Ce n'est point ici le lieu d'approfondir le phénomène singulier de la conscience ; il suffit de le constater. .Ce phénomène n'a aucune espèce de rapport originaire et essentiel avec la sensibilité ; mais conuue la conscience est rapide et fugitive , et conune, encore .une fois, pour exprimer ce qui se passe en lui de plus pro£6nd et de plus pur, l'homme va chercher des appuis et des images dans cette sensibilité, où tout paraît si évi«-

l84 LEÇOMS

dent , il y puise entre autres métaphores celle qui assimile le fait de conscience à un fait sensible : de là Texpresçion de sentiment substituée à celle de conscience ; ^t comme la conscience comprend tous les faits et les réfléchit tous , le sentiment , avec lequel on la confond , est érigé par là au rang de principe vmique des connaissances humaines , quoique la conscience elle-m^me ne produise aucun &it j et soit un témoin , et non pas un agent ou un juge.

Le principe de la théorie des idées de M. i^romiguière est donc la distinction de quatre éléments de connaissance y de quatre phénomènes primitifs et indépendants les uns des autres, et leur confusion sous une dénomination commune. Le vice du principe accompagne la théorie dans tous ses développements y engendre à chaque pas des équivoques et des malentendus sans nombre , et répand sur l'ensemble une confusion , une obscurité malheureuse* Il a suffî d'indiquer le vice à son origine; le suivre partout serait une tâche inutile et fatigante. Le bon sens tranche aisément les subtilités verbales; mais en voulant les résoudre en détail , la critique s'y enlace et s'y embarrasse elle-même.

Il est superflu d'ajouter que les réflexions un peu sévères que nous impose là vérité n'affaiblissent en rien les éloges sincères que nous nous sommes plu à donner àl'ouvrage deM. Laromiguière. Les difficultés mêmes dans lequelles il est tond>é témoignent d'autant plus son intention d'aban^donner CondiUac j et

DE PHILOSOPHIE. l85

le peu de simplicité réelle cachée sous l'apparente simplicité de son système 9 prouve les efforts qu'il a Êiits pour s'éloigner de la route battue. Il quitte GondillaCi puisqu'il commence à parler du sentiment moral comme d'un phénomène réel et indécomposable ; du sentiment de rapport et de Tactivité comme de faits irréductibles à la sensation : là est le mérite de l'auteur. S'il eût été plus loin ^ s'il eût laissé la nomenclature de Gondillac, çoî^n^e il abandonnait ses idées ; s'il eût fait des faculté^ différentes pour des phénomènes différents , et d'autres noms po^r d'aufres faits, il aurait été plus conséquent et plus neuf. Mais on ne brise pas tous ses antécédents à la fois ; et , au sein des différences graves qui séparent M. |jarpmiguière de Condillac , il fallait bien que parût toujours le rapport secret , mais intime , qui rattache l'élève au fnaître.

DK

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