‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 26 sur 92 · LIVRE DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

LIVRE DE L'ESPRIT

(Clennont-Ferrand, 1817; iii-8^]

La nouvelle Réfutation est divisée en six sections, dans lesquelles Fauteur examine et combat successivement différentes assertions dont se compose la doctrine du livre de l'Esprit. Cette doctrine ayant été souvent attaquée ,^ les arguments du nouvel adversaire ne pouvaient guère avoir le mérite de la nouveauté; l'intérêt s'attache donc moins, dans l'ouvrage que nous annonçons, à la réfutation proprement dite qu'à la doctrine même que l'auteur oppose à celle d'Helvétius , dans l'intention de réfuter plus victorieusement l'erreur en montrant la vérité. Mais est-ce bien la vérité qu'il nous présente ? et sa doc* trine satisfait-elle mieux que celle d'Helvétius aux conditions que l'esprit impose à toute doctrine morale scientifique?

De quoi s'agit-il précisément en morale? de bannir l'arbitraire , avec lequel il n'y a ni morale , ni science possible. Là-dessus , l'auteur de la nouvelle Réfutation est entièrement de notre avis : or, le contraire de l'arbitraire , logiquement et grammaticale-

NOUVELLE RÉFUTATION DU LIVRE DE l'eSPRIT. ao5

ment 9 c'est l'absolu; le problème moral se réduit donc à savoir s'il y a ou s'il n'y a pas des principes absolus en morale. S'il y en a , il y aura une obligation morale absolue , et une science morale est possible ; s'il n'y en a point, il faudra renoncer à l'espoir d'une science morale. Or, le système d'Helvétius, qui repose sur l'arbitraire, se détruit évidemment luimême, et comme système, et comme système moral; car, quoi de plus arbitraire qu'un désir du bien-être, divers selon les individus , changeant dans le même individu , susceptible d'une infinie variété de degrés et de nuances; que les objets environnants modifieraient sans cesse, quand même il ne dépendrait pas des dispositions accidentelles d'une organisation qui se renouvelle à chaque instant? Certes, il n'y a là rien d'absolu, ni par conséquent rieii d'obligatoire; car l'obligation n'est pas, ou elle est absolue; et pour être absolue , il faut que l'obligation se rapporte à quelque chose d'absolu. Adressons-nous donc à l'auteur de la nouvelle Réfutation , et voyons si nous serons plus heureux auprès de lui qu'auprès d'Helvétius. Voici le principe qu'il oppose à celui de la morale de l'intérêt :

a L'idée du plaisir qu'une action peut'procurer à quelque autre personne qu'à nous, ne nous attire pas moins , ne nous sollicite pas moins à faire cette action , que si c'était à nous qu'elle dût en procurer.

« L'idée de la douleur qu'une action peut procurer à quelque autre personne qu'à nous, ne nous repousse pas moins, ne nous sollicite pas moins à nous

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