‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 27 sur 92 · NOUVELLE RÉFUTATION · texte numérisé non relu

NOUVELLE RÉFUTATION

abstenir de cette action que si c'était à nous-mêmes qu'elle dût en causer. »

Ce n'est donc plus seulement l'idée de nos plaisirs ou de nos douleurs personnelles qui détermine nos actions, comme le veut Ilelvétius; l'idée des plaisirs et des douleurs d'autrui nous sollicite ou nous arrête : mais cette idée du plaisir et de la douleur qu'une de nos actions peut procurer à une autre personne, n'est-elle pas elle-même susceptible de plus ou. de moins de clarté , de plus ou de moins d'énergie ? Qui révèle , qui mesure le plaisir ou la peine d'un autre aux yeux de chacun de nous? notre propre sensibilité. Mais ne retombons-nous pas alors dans l'individuel , et , par là, dans le variable et l'arbitraire?

« Une circonstance particulière est nécessaire pour que ces deux effets se produisent (pour que l'idée des peines ou des plaisirs d'un autre nous arrête ou nous sollicite); c'est que nous nous identifions par la pensée avec la personne à laquelle nous jugeons que notre action causera du plaisir ou de la douleur. J'appelle s'identifier par la pensée avec une autre personne que soi , cette opération, ou, si l'on veut , cette illusion de notre esprit, par laquelle il transporte, si l'on peut ainsi dire, par la pensée, notre moi dans celui d'une autre personne ; en sorte que , ces deux moi n'en faisant plus en apparence qu'un seul , les modifications que nous jugeons que cette personne éprouve deviennent les nôtres propres, avec cette seule différence, qui les distingue de celles que nous avons la conscience d'éprouver en nous-mêmes, qu'il

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