DU LIVRE DE LESPRIT. SO
résout le problème moral , constitue une obligation absolue, des devoirs égaux pour tous : or , il est clair quHl ne satisfait point à ces conditions. Plus loin , page i6, l'auteur cherche à expliquer le plus bu moins de facilité que nous avons à nous identifier avec les autres , mais cela même tourne contre lui : où il y a du plus ou du moins , il y a de l'arbitraire , et le fondement de la morale n'est pas là. Aussi le sens moral de l'auteur , sa droiture et sa sagesse , manquant d'un point d'appui assez ferme y n'oiit pu le sauver de quelques assertions hasardées qui tendent à introduire l'arbitraire dans la morale , en donnant le nom de vertu à des sentiments qui n'y ont aucun droit , et en ne reconnaissant pas la vertu là où elle est évidemment. Par exemple j en parlant de vertus politiques , il prétend qu'elles ne sont point absolues , mais relatives à la nature des gouvernements; et empruntant la division célèbre de Montesquieu, il adopte, toujours d'après Montesquieu , comme principes des gouvernements despotique , monarchique et républicain , la crainte , l'honneur , et l'amour de la patrie , qu'il appelle des vertus poU tiques , vertus non absolues , mais seulement relatives; d'où il suit, pour ne point parler de l'honneur des monarchies, que la crainte est une vertu , puisque c'est une vertu relative ; et que l'amour de la patrie n'est point une vertu absolue, c'est-à-dire que la basse^e d'un aga qui , de peur de déplaire à son maître, opprime ses malheureux compatriotes , et l'action d'un Régulus qui meurt ï. 14
aïO NOUVELLE REFUTATION
pour les siens y sont placées au même rang , et confondues sous la même dénomination de vertus relatives. On n'échappe à toutes ces définitions arbitraires que par des principes fixes et absolus ; et on ne trouve de pareils principes , ni dans la sensibilité physique d'Helvétius , ni dans ce qu'on appelle , avec plus ou moins de justesse ^ la sensibilité morale : la raison seule a le privilège d'établir des règles inviolables , parce qu'elle seule aperçoit la vérité , fondement unique de l'obligation morale. Trop souvent on a cru pouvoir employer la sensibilité et le raisonnement seuls pour atteindre à la vérité, et par4à , au lieu de la trouver, on l'a perdue. On a donc pris en défiance tout ce qui touche à la saisation et au raisonnement, et l'on s'est réfugié de dése^oir dans le sentiment , contre les émotions des sens et les incer-^ titudes de l'entendement. De là cette pente qui entraine aujourd'hui tant d'esptits au mysticisme. Mais le sentiment , quoique plus intime 4 l'ame que la sensation^ est aussi variable qu'elle, et n'est pas plus scientifique t c'en est fait de la science:^ si le mysticisme triomphe ; il endormira les âmes , il ne les calmera point; il énervera les esprits; il éteindra la spéculation^ Même fléau de la part de la sensation et du raisonnement seuls , qui agiteront sans éclairer , et retiendront toujours les recherches philosophiques dans les données étroites et fugitives d'une sensibilité bornée et mobile, ou dans les cercles vicieux de la dialectique. La raison est le seul asile éternellement ouvert à la dignité de l'homme et a