DU LIVHE DE L ESPRIT
nous semble que ce soit en cette personne que nous les éprouvons. »
. Ainsi, pour faire le bien, il ne faut pas seulement avoir l'idée de la peine ou du plaisir que telle action pourrait procurer à une autre personne; il faut s'identifier avec cette personne : mais qui nous identifie avec un autre ? ce n'est ni la raison , ni la conscience ; ce ne peut être que l'imagination et la sensibilité, c'est-à-dire les deux facultés les plus variables de la nature humaine. Tout à l'heure , il ne fallait que se faire sur sa propre sensibilité quelque idée des affections futures d'une sensibilité étrangère: maintenant il faut la partager, la ressentir en soi : ceci est plus difficile. N'y aura-t-il pas des natures qui s'y prêteront moins aisément que d'autres ? n'y aura-t-il point des tempéraments et des imaginations plus promptes ou plus lentes , plus froides ou plus vives, plus ou moins sympathiques? Où donc est l'unité du bien , l'égalité du mérite, dans la diversité des conditions de bien faire ? de plus , qu'est-ce alors que bien faire ? Ou l'identification est complète , ou partielle: d'abord, qu'est-ce qu'une identification partielle? ensuite, comme l'idefltification complète est la condition nécessaire pour ressentir la douleur d'autrui et se déterminer à la secourir, il s'ensuit que , si elle n'est pas complète, la condition de la détermination n'existant pas , la détermination ne peut plus avoir lieu , ou du moins ne peut plus constituer un devoir, et que l'obligation périt tout entière dans la plus légère modification de l'identité, à moins
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pourtant que l'on ne veuille admettre aussi des demidevoirs et une obligation partielle. D'une autre part^ si l'identification est complète , l'action suit nécessaire et non volontaire ; ce n'est pas un acte réfléchi et libre , un acte moral , mais un simple mouvement instinctif 9 et la vertu expire avec la liberté dans l'instinct. Encore , si toutes les vertus se rapportaient à la bienfaisance ! Mais il n'en est pas ainsi. Régner sur soi 9 ne pas trahir la vérité, sont des devoirs qui s'accomplissent ou du moins peuvent s'accomplir sans bien ou mal faire à autrui : en quoi se rapportent-ils, même indirectement, à la pitié, à la sympathie , à l'identification ? Avec qui s'identifie , sur quoi s'apitoie, quelle infortune soulage, quelle joie procure celui qui meurt pour la vérité ? La bienfaisance elle-même repose-t-elle toujours sur l'identification? A.U fond, l'auteur convient que cette identité n'est qu'une illusion; que dire alors des vertus qu'une illusion détermine? Enfin , si je me suis identifié absolument avec la personne souffrante , si je suis elle et si elle est moi aux yeux de l'imagination et de la sensibilité, ne s'ensuit-il pas que ce n'est pas elle, mais moi-même , que je le soulage, ou du moins que j'ai l'intention de soulager? Ici nous ne sommes plus seulement dans l'arbitraire , mais dans l'arbitraire à la fois et dans l'égoïsme; et nous voilà ramenés au système d'Helvétius.
L'auteur se donne beaucoup de peine pour établir la réalité de ce fait : mais il rie s'agit point de sa réalité , ou de sa non-réalité ; il s'agit de savoir si ce fait