‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 33 sur 92 · DU LANGAGE · texte numérisé non relu

DU LANGAGE

racles qui nous accablent aujourd'hui j et dans l'éclat desquels le signe et la parole cachent leur origine. Car, ôtez l'activité humaine, et cette puissance mystérieuse se réduit à rien. Laissez l'activité ,. au contraire; laissez-lui apercevoir ces cris , ces gestes , qui, tant qu'ils lui sont étrangers, sont insigqifiants en eux-mêmes. Elle les aperçoit ; bientôt elle va les répéter librement, et par-là se les approprier, les rendre significatifs pour elle, qui les comprend parce qu'elle les produit , qui les produit puisqu'elle lesu répète li* brement; car toute répétition volontaire est une véritable production. Voil^;, les signes inventés; l'activité n'a plus qu'à les perfectionner, à les modifier, à les varier, à les unir, à en faire à la longue, pour la pensée, ces moyens de rappel, de communication, ou même de production ultérieure, si actifs et si puissants , puisqu'ils sont dépositaires de toute l'activité et de toute la puissance de l'intelligence volontaire et libre , dont ils sont à la fois les effets et les instrumente. Les signes, la parole, ne sont donc rien en eux-mêmes ; ils ne sont que ce que Isi volonté les fait être ; et en ceci, comme en beaucoup d'autres choses, il est dur d'entendre partout célébrer les effets, quand la cause est ou négligée, ou méconnue, ou repoussée. Que l'on y songe; la théorie que nous combattons ne va pas. à moins qu'à faire produire l'homme par la parole; mais l'homme d^ cette théorie n'est qu'une majchine dont se sert plus ou moins heureusement le langage , qui vient alors on ne sait d'où : n'est-ce pas là un véritable suicide ?

a 1 6 DE LA • LOI MORALE

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