‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 35 sur 92 · ET DE LA LIBERTE · texte numérisé non relu

ET DE LA LIBERTE

Le monde sensible agit sur moi , et l'impression que je reçois est pour moi une occasion de vouloir. Ma volonté détermine à son tour un changement dans le monde sensible. C'est là l'ordinaire de la vie humaine, où le vouloir ne se manifeste qu'à la suite de mouvements sensibles et par des mouvements sensibles. Faites plus : contenez votre vouloir en luimême, qu'il agisse sans se manifester au dehors , que ses libres déterminations ne sortent pas du sanc^ tuaire intérieur ; ne cherchez pointa marquer votre volonté par des effets sensibles : et vous voilà tout à fait affranchis du monde matériel, votre vie est toute spirituelle , vous êtes parvenu à la source de la véritable activité , vous êtes en possession du saint , du pur et du divin ; vous avez une vue intérieure de la vie divine qui se révèle dans la vôtre. Se placer hors de toute condition sensible ; vouloir, sans égard aux suites de son vouloir; vouloir, indépendamment de tout antécédent et de tout conséquent , replier ses déterminations sur elles-mêmes, c'est là la vraie liberté, le commencement de l'éternité. On peut parler de liberté , de sainteté , de pureté : mais on ne combine que des mots lorsqu'on ne s'est point affranchi soi-même. On n'obtient, dit le christianisme , le sens de la vie éternelle qu'en renonçant au monde et à ses fins. Alors la foi en l'Étemel entre dans l'ame. Enfin , selon les images de la doctrine chrétienne , il faut mourir et être enfanté de nouveau pour entrer dans le royaume des cieux.

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La philosophie n'est que la vue de Famé généralisée. Si la volonté est attachée au monde sensible , comment peutK)n croire à la sainteté et à une autre vie ? On traite l'éternité de fable , ou on y ççoit par préjugé. Réformez la vie pour réformer la philoso* phie. Les lumières de l'esprit ne seraient que tônè* bres sans la lumière de la vertu. Oh ! si l'ame du dernier des Brutus ^ si l'ame de saint Louis s'étaient racontées elles-mêmes, quelle belle psychologie morale nous aurions !

La volonté infinie et ét^nelle se révèle à nous dans la conscience morale , dans ce commandement suprême , Veux le bien ; et la volonté humaine individuelle se mêle à la volonté infinie en obéissant librement à sa voix. Là est le grand mystère de Yé* ternité se découvrant 9, l'humanité , et de l'humanité se revêtant librement de l éternité. L'homme est tout entier dans ce mystère : donc la morale est la source de toute vérité , et la vraie lumière réside dans les profondeurs de l'activité volontaire et Ubre.

Voici un fait de conscience incontestable, et en inême temps simple et indécomposable :

« Fais le bien, sans égard aux conséquences ; c'estff à-dire , veux le bien. ».

Puisque ce commandement n'a pas d'objet terrestre , visible , matériel, applicable aux besoins de cette vie et de ce monde sensible, il suit que , ou il n'a pas de fin , de but, ou il a une fin , un but invisible , et qu'il regarde un monde différent du nôtre, où les mouvements externes qui résultent des vo-.

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