‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 40 sur 92 · MYSTICISME 9 STOÏCISME. . O/X'J · texte numérisé non relu

MYSTICISME 9 STOÏCISME. . O/X'J

Puisque Dieu ne se révèle que par la vérité , la vérité est Dieu : c est de lui tout ce que nous en pou-* vons connaître. La raison tente-t-.elle d'écarter la vérité et d'atteindre immédialement à la substance ^ de voir l'infini face à face, elle se confond et s^abîme dan& le mysticisme. Le mysticisme consiste à substituer l'illumination directe à la révélation indirecte , l'extase à la raison^ Féblouissement à la philosophie. Je ne dis pas qu'il n'y a point d'autre mysticisme que celui-là ; mais tous les genres de mysticisme se rattatachent à l'illumination directe. Le mysticisme et le rationalisme sont toujours en présence , et selon que l'un ou l'autre l'emporte , la religion est raisonnable ou absurde. D'un autre coté f vous arrêtez-vous à la vérité, et ne la rapportez-vous point à son principe, vous ne possédez pas la vérité tout entière ; et de peur de vous égarer, vous restez à moitié chemin dans les régions intellectuelles.

Non-seulement l'infini ne se révèle à nous que par son idée , par la vérité , mais encore elle ne se révèle à nous que dans le fini ; elle se révèle à l'homme dans l'homme et dans la nature; elle ne détruit pas le monde réel , elle l'éclairé ; elle ne nous transpoite pas du fini dans l'infini , ce qui est impossible , mais elle nous impose la loi de vivre dans le fini , pour y chercher et représenter l'infini autant qu'il est en nous , en adorant le beau, en pratiquant le bien , en cherchant le vrai : de sorte que quiconque adore le beau , pratique le bien , cherche le vrai , est déjà religieux dans la pratique ; car c'est à Dieu qu'il obéit

2^S BELIG10]fy MYSTICISME, STOÏCISME.

sans le savoir, quand même il n'apercevrait pas que le beau , le vrai et le bien , ont une cause substantielle au-delà des limites de ce monde.

Or, comme l'esprit de l'homme n'est pas toujours assez élevé pour aller du vrai , du bien et du beau à la conception de leur étemel auteur, souvent aussi il n'est point assez étendu pour embrasser le vrai , le bien et le beau dans leur harmonie. Le beau , qui participe de la raison et du sentiment, tient par le sentiment à la sensibilité, variable dans les différens individus : tous les individus ne sont donc pas capables d'adorer et de représenter le beau ; et celui qui recherche la vérité et se soumet aux austérités de la vertu adore suffisamment la beauté dans le vrai et dans le bien ; l'homme vertueux et éclairé est un artiste à sa manière , et représente «n sa noble vie et dans l'élévation de sa pensée la partie, la plus admirable du beau. Tout le monde n'est pas non plus capable d'être philosophe et de poursuivre sans cesse la vérité , quoique tout le monde soit obligé de la chercher dans sa sphère et selon la mesure de ses forces. Il n'y a donc que le bien qui soit par lui-même Qbligatoire, également obligatoire pour tous, et dont nul , sous quelque prétexte que ce soit , ne peut être dispensé. Ce dernier point de vue, dans sa grandeur un peu étroite, est le point de vue stoïque. C'est Fextréraité opposée au mysticisme.

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Ds l'histoire de la philosophie. 229

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