SYSTÈME OBJECTIF MORAL
OU STSTÈUE RELIGIEUX.
Logique transcendante ^
L'absolu apparaît à ma conscience , mais il lui apparaît indépendant de la conscience et du moi , et c'est à ce titre qu'il oblige la personne morale, qui est en nous un fragment de la nature morale universelle.
L'absolu , n'étant pas relatif au moi , a une valeur
p'UN COUflS DE PHILOSOPHIE. ^83
légitime hors du moi qui Taperçoit ^ mais qui ne lei constitue pas.
Examen de la distinction de la raifiîon spéculative et de la raison pratique. Unité de la raison et de l'absolu. L'absolu ne se divise que relativement à ses objets y soit mathématiques , soit métaphysiques , sQÎt piQraux.
ïïqlle considération pratique ne peut transformer le relatif en gbsolu. Réfutation de la doctrine de Kant.
En métaphysique, les principes absolus de causalité, j d'intentionnalité , de sid)stance et d'unité , nous ont conduit à la connaissance de Dieu comme cause intentionnelle, unique et substantielle ; quatre principes absolus nous ont donné l'être absolu. Dieu.
£n morale , nous avons reconnu deux principies absolus , le principe moral obligatoire , et le principe nécessaire dii mérite et du démérite : or , ces deux principes qui apparaissent à ma conscience comme absolus, ont une portée tran^^cendante , et me révèlent des existences placées hors de moi. Rien de plus naturel et de plus légitime , puisqu'ils n'appar^ tiennent pas au moi. Or , comme on a admis en mé-* ta[^ysique la légitimité des principes absolus, il faut admettre de même en morale la légitimité de ces principes.
Examinons quelles sont les conséquences rigoureuses qui découlent des principes absolus de la morale ; voyons quelles existences nouvelles ils nous pfi^ip^ifestent , ou quels caractères nouveaux ils ajou^
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tent à celles que noua avons déjà obtenues, Aiité^t rieurement à la morale y nous avons obtenu Dieu , cause unique, intentionnelle et substantielle, à l'aide de quatre principes qui avaient leur fondement psychologique dans la causalité intentionnelle , Tu*, nité et la substance de la personne. Mais non-seulement je suis une cause intentionnelle et substan-*^ tieUe, je suis encore un être moral: ce nouveau caractère , aperçu par moi, me force de transporter dans l'auteur suprême de mon être un nouveau ca* ractère que je n'avais pu encore y découvrir. Dieu n'est plus seulement pour moi le créateur du monde physique , mais le père du monde moral. L'auteur d'un être juste ne peut être injuste; ce n'est donc pas la volonté divine qui révèle la loi du devoir, mais la loi du devoir qui me révèle la justice de la volonté divine.
Nouvelle application du principe de causalité ,. d'intentionnalité et de substance. Dieu substance et raison de la justice, idéal de la sainteté, Saint des saints.
Retour sur l'univers. De l'univers sans la suppo-^ sition antérieure d'un Dieu juste.
Quand détournant les yeux du spectacle de l'uni* vers , je les reporte sur moi-même, la justice divine m'apparaît dans le principe de justice au fond de ma, conscience. Je me dis que Dieu, ayant fait le monde, a dû le faire d'après les lois de la justice suprême ; de sorte que le monde extérieur , fût-il encore jAu% obscur, et livré à plus de désordres apparents, daii$,
d'un gouas de philosophie. SkSâ
c^te nuit profonde ^ en présence même de ces désordres, le principe absolu de la justice, dirigé par celui de la causalité, me ferait dire encore arec con* fiance: ce que je vois et ce que je ne vois pas , tout est non-'seulement pour le mieux , mais tout est bien, parfaitement bien, car tout est ordonné ou permis par une cause juste et toute-puissante.
Le principe de justice, transporté de moi à Dieu, fait luire la justice sur le monde extérieur; le juge* ment du mérite et du démérite , transporté de moi à Dieu, me fournit de nouvelles lumières. Le jugement du mérite porté par la personne morale pro^ nonce que la vertu est digne du bonheur. Ce juge* ment , étant absolu , a une valeur absolue et transcendante. Or , une fois que Dieu est conçu par moi comme un être moral souverainement juste , je ne puis pas ne pas concevoir que le principe absolu du mérite et du démérite ne soumette Dieu lui-même à son empire ; car Dieu est une nature morale , et le jugement du mérite et du démérite atteint toutes les natures morales.
, Le principe du mérite et du démâte ainsi transporté de moi au Dieu juste, j'impose à ce Dieu juste et tout*-puissant Tobligation de rétablir l'harmonie légitime du bonheur et de la vertu , troublée ici-baft par la causalité externe. Dieu peut la rétablir s'il le veut , et il ne peut pas ne pas le vouloir , puisqu'il est souverainement juste , et que lui aussi jugeiabso^ iument que la vertu mérite le bonheun Conception de l'autre vie.
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La conception de l'autre vie est aussi absolue que la conception de Fexistence de Dieu, que celle de l'existence des objets externes , que celle de notre propre existence. Si l'absolu est absolu , il Test dans tous les cas; si on l'accepte pour une chose, il faut l'accepter pour toutes; si nous croyons à notre propre existence , nous pouvons croire au même titre à la réalité d'une autre vie ^ à l'immortalité de l'ame.
Examen de l'opinion qui fonde l'immortalité de l'ame sur sa simplicité. — Simple ou non , l'ame pourrait être détruite par un acte spécial de Dieu. La simplicité n'est qu'une condition et une présomption d'immortalité. Le jugement du mérite et du démérite prononce seul, d'une manière absolue^ que l'ame est immortelle.
Ainsi la loi du mérite et du démérite nous donne l'immortalité de l'ame , comme le principe moral me donne la justice divine ; et de même que la conception de la justice de Dieu rétablit à nos yeux l'ordre et la lumière dans le monde externe, de même la conception d'une autre vie , et de la réalisation future de l'harmonie légitime de la vertu et du bonheur , me fait consentir sans murmure aux misères de cette vie. Je conçois que cet ordre de choses est un état passager, et que l'ordre éternel que me révèlent les principes absolus de la justice et du mérite sera rétabli dans un autre monde.
Examen de la question: Pourquoi y a-t-il tant de souffrances dans cette vie ?
d'un cours de philosophie. ^87
Réfutation de la solution de roptimisme ordinaire tirée des lois générales dii monaè, et de Timpossiliilité où Dieu était dfe faire mieux.
Vraie solution. La fin de l'homme et le but de Texistence humaine n'étant pas seulement le bonheur, mais le bonheur dans la vertu et par la vertu ^ la vertu , en ce monde , est la condition du bonheur dans l'autre vie; et la condition inévitable de la vertu^ dans ce monde, est la souffrance. Otez la souffrance, plus de résignation , d'humanité, plus de vertus pénibles , plus de sublime moral. Nous sommes sensibles , c'est-à-dire soumis à la souffrance , parce que nous devons être vertueux, et parce que nous ne pouvons être vertueux que par le sacrifice de la sensibilité à la raison morale. S'il n'y avait pas de mal physique , il n'y aurait plus de dévouement moral , et ce monde serait mal adapté à la destina*^ tion de l'homme. Les désordres accidentels du monde physique et les maux imprévus qui en résultent ne sont pas des désordres et des maux échappés à la puissance et à la bonté de Dieu. Dieu non-seulement les permet, mais il les veut. Il veut qu'il y ait dans le monde physique , pour l'homme , un grand nom-* bre de sujets de peine, afin qu'il y ait pour lui des occasions de résignation et de courage.
Rapport des lois de la nature extérieure et de notre nature physique et passionnée , qui nous imposent la souffrance, avec la loi morale qui nous im** pose le courage , dans le dessein général d'un Dieu moral qui a fait l'homme dans un but moral.
Règle générale : Tout ce qui tourne ati profit de la vertu, tout ce qui donne à la liberté morale plus d'énergie, tout ce qui peut servir au plus grand développement moral de l'espèce humaine, est bon. La souffrance n'est pas la pire condition de l'homme sur la terre, la pire condition est l'abrutissement moral qu'engendrerait l'absence du mal physique. Fin des misères de la vie.
Le mal physique externe ou interne se rattache à l'objet de l'existence qui est d'accomplir ici-bas la loi morale, quelles que soient ses conséquences ^ avec la ferme espérance que la récompense ne manquera pas dans une autre vie à la vertu malheureuse: La loi morale a sa sanction et sa raison en ellemême ; elle ne doit rien à celle du mérite et du démérite qui l'accompagne et ne la fonde point Mais si le principe du mérite et du démérite n'est point un motif imn^édiat d'action , il est un motif de consolation et d'espérance. Part de la religion j part de là morale.
Qu'est-ce que la morale? La connaissance du devoir en tant que devoir, quelles que soient les suites.
Qu'est-<;e que la rdigion? La connaissance du devoir dans son harmonie nécessaire avec le bon* heur , harmonie qui doit avoir sa réalisatidn dans une autre vie par la justice et la toute puissance de Dieu.
La religion est de croyance; la morale d'<^ervation. La morale est psychologique, la religion est
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transcendante ; la morale est d'aperception , la religion est de révélation. J'ai foi aux existences qui me sont révélées par les principes moraux , j'aperçois les principes eux-mêmes.
La religion est aussi vraie que la morale : car une fois l'absolu moral admis, il faut en admettre les conséquences.
L'existence morale tout entière est dans ces deux mots harmoniques entre eux : dei^oir et espérance.