‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 62 sur 92 · SUR LES VÉRITÉS ABSOLUES · texte numérisé non relu

SUR LES VÉRITÉS ABSOLUES

Je livre au public philosophique le programme des leçons que j'ai données pendant quelques mois de cette année à la Faculté des lettres de l'Académie de Paris et à l'Ecole normale, sur le point le plus élevé de la science, savoir l'idée même de la science. Selon moi, comme toute vérité est sans doute telle' bu telle vérité, mais qu'elle a de plus quelque chose ien elle qui la constitue vérité; de même toute science se compose et d'un élément individuel qui la fait elle et non pas une autre, et d'un élément supérieur, non individuel , qui lui imprime le caractère de science. Qu'est-ce donc qui constitue la vérité et la science en elles-iiiêmes , comme vérité et comme science , indépendamment de leurs éléments individuels , et de leurs applications particulières , dont l'intérêt philosophique est tout entier dans leur rapport avec leur élément supérieur ou leur principe ?

Cette question fondamentale, décomposée dan»

PROGRAMME SUÎl LES VÉRITÉS ABSOLUES. ÛQl

toutes celles auxquelles elle donne lieu nécessairement > engendre une science entière qui, sans doute, n'apprend aucune science particulière, mais qui, se retrouvant dans chacune, plane sur toutes, et peut être appelée la science par excellence, la science première , et à parler rigoureusement la science de la science, puisqu'elle est la science de ce qui, dans toute science, appartient exclusivement à la science. S'il est démontré qu'il y a dès vérités sans vérité , qu'il y a des sciences et point de science, je conviens que tout ce travail est inutile et porte à faux. Mais si le contraire est évident , il faut bien cherchet" à résoudre le problème que j'ai posé.

Introduction à toute science , ou science de la science.

Idée de la science en général, ou de la science comme science, considérée dans sa forme, c'est-àdire en elle-même , dans son élément constitutif, abstraction faite de sa matière , c'est-à-dire de toutes les sciences particulières^

Axioine fondamental de la scieniîe de la science : point de science de ce qui passe. L'absolu , élément scientifique.

De Vesprit scientifique^

Transporter sans cesse l'absolu dans le relatif, et ramener sans cesse le relatif à l'absolu, pour être toujours dans l'absolu , c'est-à-dire dans la sciencei

Méthode scientifique.

Chercher l'absolu sans lequel il n'y a point de vraie science , et le chercher par l'observation sans laquelle il n'y a point de science réelle. De la spéculation et de l'observation , et de leur importance relative.

Problème scientifique.

Trouver l'accord de la spéculation et de l'observation , ou trouver à posteriori quelque chose qui soit à priori.

Sphères d'observation.

i"* Du moij ou de la liberté.

a° Du non-moi, ou de la sensibilité et de ses deux modes 9 la sensation et le sentiment.

Que l'observation , soit qu'elle s'adresse au monde extérieur ou au moiy est dans une égale impuissance d y trouver aucun point de vue spéculatif, aucune base scientifique. En effet, si le caractère du nonmoi est le multiple ou le variable, et celui du moi l'individuel , l'absolu ne peut se trouver ni dans l'un ni dans l'autre, isolés ou réunis. Ni le sujet ni l'objet, ni l'humanité ni la nature , considérés dans ce qui leur est propre , ne peuvent fournir aucune donnée scientifique.

3° De la raison , comme distincte de la sensibilité et de la liberté. Elle tombe sous l'observation

SUR LES VIÉRITIBS ABSOLUES. sgS

aussi bien que la sensibilité et la liberté. C'est dans cette sphère que l'observation saisit immédiatement des principes qui, aussitôt qu'ils apparaissent à l'observation , lui apparaissent antérieurs , ' postérieurs, supérieurs à elle-même , indépendants d'ellemême , vrais en tout temps et en tout lieu , parce qu'ils sont vrais en eux-mêmes, c'est-à-dire vrais d'une vérité absolue. Là est la solution du problènoie scientifique.

Division de toute recherche, scientifique.

i^ De l'absolu, comme idée, ou dans son rapport avec la raison. — Psychologie rationnelle.

1^ De l'absolu , hors de la raison , dans son rapport avec l'existence. — Ontologie. ; r

Les deux extrémités de la science ainsi posées , trouver leur rapport : ou — r.

3^ De la légitin^ité du passage de l'idée à l'être , de la psychologie rationnelle à l'ontolc^e. — Logique.

Classification de toute recherche scientifique j ou, de l'ordre dans lequel les problèmes scientifiques doivent être traités.

La psychologie rationnelle doit être traitée la première, la première chose à faire étant de constater ce sur quoi on veut opérer. La logique doit être traitée avant l'ontologie , l'ontologie n'étant qu'une hypothèse si la légitimité des principes sur lesquels

elle repose n'a pas été antérieurement démontrée. Ainsi :

I** Psychologie rationnelle.

a° Logique.

3*^ Ontologie.

Page 1