‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 76 sur 92 · ET DES ÉCOLES PHILOSOPHIQUES · texte numérisé non relu

ET DES ÉCOLES PHILOSOPHIQUES

OU le tnoi ; mais il ne fut pas frappé , comme il devait l'éti^, de Tabîme qui sépare le sujet de Tobjet; et, api<às avoir posé le proÛème, oe grand homme le résolut trop Êicilement. Il était réservé au dix-huitième siècle d'appliquer et de répandre ^esprit de la philosophie cartésienne j et de produire trois écoles qui , au lieu de s'égarer dans des recherches extérieures et objectives , commencèrent par unexa* mën plus ou moins sévère, plus ou moins profond de reprit humain et de ses &cultés. U appartenait au plus grand philosophe du dernier siècle de mar« quer le caractère de la philosophie moderne dans le titre même de sa propre philosophie. Le système de Kânt est appelé une ariiiijue. Les deux autres écoles euTôpéenâes , l'école de Locke et l'école de Reid y tomtes deu:x fort au-dessous de l'école de Riuit 9 et par finfiétiorité du génie de leurs ch^ et par f infériorité des doctrines y toutes deux bien différentes entre elles et par les principes et par les conséquences 9 se lient à celle de liant , et lâenuent l'une à Patttre par l'esprit de critique et d'analyse qui les recommande.

Maj» fiutant ces trois grandes écoles se rappro* chent par l'esprit général qui les anime , autant elles dîjEfêreut parleurs principes positife; et la raison de cette différence est le point <k vue partidulier sous lequel chacune d'elles a considéré là philosophie.^ Toutes les questions philosophiques pou?vaïit se ré-^ duire à trois grandes questions *. pour l'objet ^ à ^ question d:e l'absolu et de la réalité des existences;^

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pour lé sujet, à celles de l'actuel et du primitif , hk faiblesse de l'esprit humain , qui se trouve dans les esprits les plus forts , ne permit point à Locke y à Reid et à Kant de porter également leur attention sur ces trois questions , et la dirigea sur une seule; or, Locke , Reid et Kant prirent <tous trois une question différente; de sorte que, par une fatalité assez étrange, chacune des trois grandes questions qui partagent la métaphysique devint l'objet spécial et la possession exclusive de chacune des trois grandes écoles du xviii® siècle; l'école de Locke aspire à l'origine des connaissances ; l'école écossaise recherche plutôt les caractères actuels que présentent les connaissances humaines dans l'intelligence développée; et l'école de Kant .s'occupe surtout de la légitimité du passage du sujet à l'objet. Je ne veux point dire que chacune de ces trois écoles n'ait agité qu'un seul problème ; je veux dine que chacune d'elles s'est occupée plus spécialement d'un problème particulier, et que c'est la manière dont elle a résolu ce problème qui la caractérise éminemment. Tout le monde convient que Locke a méconnu plusieurs des caractères actuels des connaissances humaines; Reid ne dissimule point que la question de leur origine lui' importe assez peu ; et Kant se contente d^indiquer en général la source de la connaissance humaine sans rechercher l'origine spéciale de chacun des principes intellectuels, des célèbres catégories qu'il établit et dont il mesure la portée. Or, il me sembla qu'en

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suivant cette division parallèle tles questions et des écoles philosophiques j on envisagerait l'histoire de la philosophie sous un aspect nouveau; dans les trois grandes écoles modernes on pourrait étudier et approfondir les trois grandes question^ philosophiques ; chacune de ces trois écoles , bornée et incomplète en elle-même , s'étendrait et s'agrandirait par le voisinage des deux autres; opposées^ elles nous révéleraient leurs imperfections relatives ; rapprochées , elles se communiqueraient ce qui manque à chacune d'elles. Ce serait une étude intéressante et instructive de pénétrer les vices des écoles modernes en les mettant aux prises l'une avec l'autre, et de recueillir leurs divers mérites dans le centre d'un vaste éclectisme qui les contiendrait et les compléterait toutes les trois. La philosophie écossaise nous démontrerait les vices de la philosophie dé Locke ; Locke servirait à interroger Reid sur des questions qu'il a trop négligées ; et Fexamen du système de Kant nous introduirait dans les profondeurs d'un problème qui a échappé aux deux autres écoles.

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