‹ Fragments philosophiques (volume 3)Chapitre 75 sur 92 · I>E^ QUESTIONS · texte numérisé non relu

I>E^ QUESTIONS

encore Thotnme primitif. Ce n'est point assez pour l'homme de contempler l'inventaire analytique de ses connaissances y rangées sous des titres et pour ainsi dire sous des étiquettes méthodiques ; l'infatigable curiosité humaine ne peut se reposer dans ces classifications circonspectes; elle aspire à des problèmes supérieurs qui l'effraient et qui l'attirent, qui la charment et qui l'accablent II semble que nous ne possédions pas légitimement la réalité présente, tant que nous n'avons pas obtenu la vérité primitive , et nous remontons sans cesse à l'origine de nos connaissances , comme à la source de toute lumière. Or, la question de l'origine des connaissances en fait naître une nouvelle, aussi difficile, [dus difficile peut-être; c'est ceUe du rapport du primitif à l'actuel. Il ne suffît pas en effet de savoir où nous en sommes et d'où nous sommes partis ; il faut connaître tous les chemins par lesquels nous sommes arrivés au point où nous nous trouvons aujourd'hui. Cette troisième connaissance achève le& deux autres ; ici finit toute question : la science du sujet est vraiment épuisée, car quand on possède les deux points extrêmes et les intermédiaires, U ne reste rien à demander.

Considérons maintenant les principes intellectuels, relativement à leurs objets externes.

Chose étrange ! un être sait et conndt hors de sa sphère; il n'est que lui-même, et il connaît autre chose que lui; son existence n'est pour lui que son individualité même , et du sein de ce monde indi-

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yiduel qu'il habite et qu'il constitue , il atteint un monde étranger au sien ; et cela par des forces qui , tout intérieures et personnelles <pi'elles sont par leur rapport d'inhérence à leur styet, s'étendent aurdelà de son enceinte ^.et I ui découvrent des choses placées au-delà de sa réflex;ioa et de sa conscience. Que l'esprit de rhomme soit pourvu die ces forces merveilleuses, oui ne peut en douter; mai& leur portée est-eUe légilimie , et, ce qu'exile révèle existet-il réellement? Les principes intdlectuels qui ont une- autorité incontestable dans le monde intérieur de leur sujets sont-ils également valables, relativement à. leurs objets externes?

C'est là le problème objectif par- excellence;, or comme tout ce qui est placé au-dessus de la conscience est objectif 9 et comAie toutes les existences liéeUes et substantielles sont extérieures à la conscience,, laquelle ne s'exerce que sur des phénomènes internes, il s'ensuit que tout probJème qui se rapporte à quelque être particulier, ou qui, eo général, implique la question de l'existence, est un , problème objectif. Enfin ,. comme le p]x>blème de la. légitimité des moyens que nous, avons de connaître tout objectif, quel qu'il soit, est le problème de la légitimité des moyens que nous avons de connaîtire. d'upe manière absçlue ( V absolu étant ce qui n'est pas relatif au moi, mais ce qui se rapporte à l'être), il s'ensuit que le problème de la légitimité de toute connaissance externe., objective, ontologique , est le problème de la connaissance

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absolue. Le problème de l'absolu constitue la haute logique.

Quand nous bous sommes assurés de la légitiiiiité de nos moyens de connaître d'une manière absolue, nous appliquons ces moyens démontrés légitimes à quelque objets c'est-à-dire à quelque être particàUer{ et hous agitons la réalité de l'existence du moi sub stantiel , V^m^ qui se conçoit et pe s'aperçoit pas; de cet être étendu et figuré que nous appelons ma^ ùière ; et de cet Être suprême , raison dernière de tous les êtres 9 de tous les objets extérieurs, et du sujet lui-même qui s'élève jusqu'à lui , Dieu.

Enfin après ces problèmes , relatife à Pexistenœ des divers objets particuliers , se rencontrent ceux dés modes et des caractères de cette existence; pro* blêmes supérieurs à tous les autres ^ puisque , s'il est étrange que là personne intellectuelle sache qu'il y a des existences hors de sa sphère , il est bien aa> ti^ement étrange qu'elle sache ce qui se piKse dans ces sphères exlérieuines à la sienpe.

G^ rechercha spéciales constituent la haute «né* ^physique, la science de l'objectif, de l'être, de ITinyisible ; car tout etipe , tout objectif est ûivisîble à

la conscience.

tl^umons-nous : les problèmes cJbjectifs se divi-. sent en deux grands problèmes, Tun logique, Tautre métaphysique , savoir : i'**!e problème de l'absolu, la question de la réalité de l'existence de tout ob* jéctif ; a* la question de la réalité de Fexistence 4es <îîyct» objets particuliers. Ajoutez à ces dec* quesK

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tk>o3 <^ectiv^s les trois questions contemies dans la question générale du sujet, et yçw avee toutes tes questions métaphysiques ; il n'en ^ aupi^^ qui ne refi>tre dbms oes cadres généraux : nops avons donc satMaH k k ^r dmière loi d'ui^ d^si^eatioq { tâejbops de satisfaite) à la seeonde, et reom^aissons l'ordre da:i^ lequel H convient d'eigminer <^que quertion.

Examinons d'al>prd les deux prc^lèmes qui éfoU' tiei^enl: tou^ le^ autres » celui du sujet et celui de l'objet»

. 3ait que l'objet ^Kis^e pu qu'il n'eiciste pas , il iBst évident qu'il p'e:(iste pQUf nom qu'autant qu'il Dous est manifesté par le sujet; et qMand on prétendrait qoe le mysi^t l'ol^jt ^ actuellement et priinir tivetnent 9 1MUS sont donnés l'un ftveç l'autre, tou^ î<mm faut-il admettre que , dan^ ^ rapport naturel, le terme qui i^nnaît doit 4tre çoi^éré r ainsi q^'il l'est véritaWemeut , comm^ l'éléiwent fo3»daiWPtal du rapport, Cest do^^ parle «ujei; qu'il £^ut icomr m^eneer ; c'est d'abord nous-mêmes qu'il faut çon«naître , car nous ne oonnaî^sen^ rien que dans i^o^^ €t par nous ; ce n'est pas nous qw tournons autour du monde extérieur ; c'est \)im j^utôt 1^ inond^ e?ttéHeiu* qui tourne auiour de nous ; ou §i <^s deux sphèmiont cbaqnne des mouvements propres et individuels , et seulement corrélatils , nous ne le savons que parce que l'une nou$ l'apprend : c'est toujo^s de celle4à qu'il nous faut tout apprendre , mène l'existenoe de l'autre , et son existenoe indé-u pendantev

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Il faudra donc commencer par le sujet : par le moi 7 par la conscience.

Mais la question du sujet en renferme eUe-méme trois autres ; par laquelle faudra-t-il commencer ? D^abord I il en est une qui consiste à déterminer le rapport des deux autres, le rapport du primitif à l'actuel ; il est clair qu'on ne peut traiter celle-là qu'après avoir traité les deux autres ; reste à déter* miner l'ordre de ces deux dernières. Or, une méthode sévère n'hésitera point à placer l'actuel avant le primitif; car , en commençant par le primitif , on pourrait bien n'obtenir qu'un faux primitif , lequel ne rendrait , dans la déduction , qu'un actuel hypothétique dont le rapport au primitif ne serait que le rapport de deux hypothèses plus ou moins conséquentes. En commençant par le primitif, si l'on se trompe, tout est perdu ; la science du sujet est fausse, et alors que devient l'objet ? D'ailleurs, débuter par le primitif, c'est commencer par un des problèmes les plus embarrassants et les plus obscurs, sans guide et sans lumière; au lieu qu'en commençant par l'actuel on commence parla question la plus facile, par celle qui sert d'introduction à toutes les autres. De toutes parts on célèbre l'expérience et les méthodes expérimentales comme la conquête du s\ècle et le génie de notre époque ; la méthode expérimentale en psychologie sera de commencer par l'actuel , de l'épuiser s'il est possible , et de tenir un compte sévère de tous les principes qui gouvernent aujourd'hui IHntelligence ; on n'admettra que ceux qui se

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présenteront y mais on n'en repoussera aueun ;. on ne démandera à aucun d'eux ni d'où il vient ni ou il va ; il est, cda suffit; il doit avoir une place dans la science , puisqu'il en a une dans la nature. :. on n'exercera sur les faits aucune censure arbitraire , aucun contrôle systématique; on se contentera de les enregistrer l'un avec l'autre ; on ne se hâtera pas non plus de les tourmenter pour leur arracher unfi théorie prématurée ; on attendra patiemment que , leur nombre s'augmentant , leurs rapports se dégagent , et que la théorie se présente d'elle-même.

Si nous pa;ssons maintenant du sujet à l'objet , et si nous cherchons l'ordre des deux questions dont l'objet se compose, il est aisé de voir qu'il faut traiter la logique avant la métaphysique , le problème de l'absolu et de l'existence en général avant celui des existences particulières; car la solution , quelle qu elle soit, du premier problème, est le principe du second.

Voilà donc les lois d'une classificatioif satisfaites; voilà les cadres philosophiques divisés et ordonnés : maintenant qui les remplira ?

Et, d'abord, y a-t-il eu jusqu'ici, un philosophe qui les ait remplis ? Si cela était , il y aurait une science métaphysique, comme il y a une géométrie et une chimie. Les philosophes ont-ils du moins distingué ces différents cadres, s'ils n'ont pu les remplir? ont-ils dessiné les contours et les proportions de l'édifice , s'ils n'ont encore pu le réaliser ?. Si cela était , il y aurait une science commencée , une route

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ouverte, une méthode airétée. Mais si les {^ikh sophes n^ont su ni œmplir les oadres ptiiJ0Sopfa»<|ueSi ni mêtoié les aperoeyoir et les dLstûigttery qa'oftlrils donc fait ? Le void en pau de Mol3*

Les premiers philosaphios ont tout traité et tout résohi y mais confbséotent) ils ont tout traité ^ nais sans m^hode , ou avec des méthodes arbitraires et arti£k»elles : il n^y a pas tm problème m^physique qui n*ait été agité en tout sens et analysé de n^Ue manières par les philosophes de la Grèce , et par les métaphysiciens italtei» du xvi^ siècle; cependasit^ ni les premiers avec leur vaste ^nie , ni les derniers avec toute leur sagacité, ne purent ni découvrir m fixer les vraies limites de fihaque problème , leurs rapports et leur portée. Nul philosophe avant Des» caries n'avait posé nettement le premier problèmB philosophique 9 la distinction du sujet et de ïob^^t; cette distinction n'avait guère été qu'une distinction scholastique et grammaticale, que les sucoesaeiBS d'Aristote agitèrent vainement sans pouvoir «in tirer autre chose que des conséquences de la même nature que leur principe , des conséquences grammaticales qui , passant de la grammaire dans la logique , et de là dans la métaphysique , corrontr pirent la science intellectuelle et la remplirent de vaines argumentationsverbales. Descarteslui-mema, malgré toute la vigueur de son esprit, ne pénétra point toute la portée de cette distinction ; sa gloire est de Favoir Élite et d'avoir placé le vrai point de départ des redierches philosophiques dans la pensée

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