DU COGITO, ERGO SUM
Dieu 9 et descend à l'univers. L'existence personnelle est pour lui la base de toutes les autres certitudes ; cette première certitude obtenue , le raisonnement en déduit toutes les autres , mais il ne fonde pas celle sur laquelle il s'appuie. Elle est la pierre de Fédifice ; tout porte sur elle : elle ne porte que sur elle-même. L'ame démontre Dieu et par contre-coup l'univers ; mais nul principe antérieur ne démontre l'ame , sa certitude est primitive ; elle nous est révélée dans le rapport de la pensée à l'être pensant. iSi l'ame ne pensait point ^ elle ne pourrait se connaître; mais sa nature étant de penser, elle se connaît nécessairement. Le raisonnement ne fait pas sortir logiquement l'existence de la pensée; mais l'ame ne peut penser sans se connaître, parce que l'être nous est donné sous la pensée : cogito , ergo sum. La certitude de la pensée ne précède pas la certitude de l'existence , elle la contient , elle l'enveloppe ; ce sont deux certitudes contemporaines , qui se confondent dans une seule, qui est la certitude fondamentale; cette certitude fondamentale complexe est le principe unique de la philosophie cartésienne. Cette forte doctrine est renfermée dans le livre des Méditations , l'un des plus beaux et des plus solides monuments du génie philosophique. Descartes prétend démontrer par le raisonnement, avec la rigueur de la géométrie, que l'existence de la nature et l'existence de Dieu sont des vérités incontestables , puisqu'elles reposent sur notre existence personnelle, laquelle est au-dessus de tous les efforts
du scepticisme. Tel était le dessein de Descartes , et non pas d'établir l'existence personnelle que personne ne pouvait nier de bonne foi; il l'établit pourtant dans la première et la seconde Méditation, et d'une manière très solide , en montrant la simultanéité de la conception de l'existence et de Taperception de la pensée. Et ce rapport de simultanéité , il le marque par ergô; mais il ne s'arrête point à nous avertir que la connaissance de ce rapport n'est pas l'ouvrage du raisonnement j ce n'était pas là son objet ; il se contente d'établir la certitude de l'existence personnelle , et il s'en sert pour établir toutes les grandes vérités : il ne devait pas instituer une discussion particulière pour prouver que nous ne tirons pas l'existence de la pensée; il devait seulement établir la certitude de l'existence personnelle , et il le fait. Il affirme que très certainement nous existons , puisque nous pensons ; le lecteur n'est pas trompé par-là sur la nature du lien qui unit la pensée et l'existence. Descartes ne dit point que ce soit le raisonnement y il dit même implicitement que ce n'est point le raisonnement, puisqu'il va de suite et nécessairement de l'une à l'autre. Mais encore une fois j il ne s'arrête pas , et ne devait pas s'arrêter là-? dessus. Le livre des Méditations est donc irréprochable; il présente ce qu'il devait présenter, la doctrine cartésienne dans toute son étendue , mais aussi dans ses limites. Si l'on voulait y faire entrer la théorie détaillée de l'existence personnelle , elle pe dérangerait aucunement le système général , c^r.
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elle n'en ferait pas partie. Ëile est en dehors de ce système, et voilà pourquoi Descartes ne l'a point développée dans un ouvrage consacré uniquement à l'exposition de sa philosophie ^ c'est-à-dire la dé-r monstration de l'existence de Dieu et de l'existence des corps. Que si ses contemporains ne l'entendent pas et l'accusent de déduire à tort l'existence de la pensée , Descartes s'expliquera ; mais il ne changera pas les proportions du monument immortel où il a déposé ses pensées et sa méthode ; il s'expliquera ^ mais dans des réponses, responsionesj et il prouvera alors que touâ les reproches qu'on lui adresse portent à faux , puisqu'ils tombent sur le principe de son système qu'on l'accuse d'avoir établi par le raisonnement; comme si, dit-il, le principe d'un système pouvait être un principe lexique, et comme si la connaissance des principes en général était du ressort de la dialectique : notitia principiorùm non fit dialecticè.